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12 mai 2018 6 12 /05 /mai /2018 08:09

 

Piazza San Marco, Venezia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Miklos Szentkuthy,

 

le baroque hongrois du Bréviaire de Saint-Orphée

 

et d’Europa Minor.

 

 

 

 

Miklos Szentkuthy : Le Bréviaire de Saint-Orphée,

I En marge de Casanova, 272 pages. 22 € ; II Renaissance noire, 240 pages. 22 € ;

III Escorial, 303 pages. 23 € ;  IV Europa minor, 304 p, 23 € ;

traduits du hongrois par Georges Kassaï, Zeno Banui et Robert Sctrick, Vies parallèles.

 

 

 

 

 

      Démesurément amoureux de Venise, « ce réel absolu », mais aussi de l’Espagne, l’esprit véloce du sphinx des lettres hongroises et européennes étourdit, enlace, fascine son lecteur. À son inimitable manière, et cependant comme Marcel Proust, Jose Lezama Lima ou Robert Musil, le Hongrois Miklos Szentkuthy, surnommé « l’Ogre de Budapest », mit en œuvre un ouvrage polymorphe et proliférant. Ce Bréviaire de Saint-Orphée ne compte pas moins de dix volumes. La démesure était en effet son péché mignon. Dès la publication de Prae, en 1934, il avait fixé le programme de son œuvre future qui s’échelonna jusqu’en 1988, lorsque seule la mort sut arrêter sa plume, à quatre-vingts ans sonnés. De plus, son journal, dit-on, est un feuilleton ininterrompu, qui dépasserait les cent mille pages. Traducteur - excusez du peu - de Swift, Dickens et Joyce, il fut aussi un biographe impénitent, réunissant ses volumes sur Goethe, Dürer, Haendel, Haydn et Mozart sous le titre générique d’Autoportraits en masque. Nul doute que le « Saint Orphée » de son Bréviaire torrentiel en dix volumes, soit un autre avatar du polygraphe hongrois. Si seuls les quatre premiers sont lisibles en français, un éditeur belge, sous l’égide des « Vies parallèles » compte bien achever, au rythme d’un volume par an, la publication de l’intégrale en 2024. Des palais de Venise à ceux de l’Espagne, le monument de culture et d’analyse fomenté par Miklos Szentkuthy est lui-même une œuvre d’art totale, une Europa minor, déraisonnablement baroque de surcroit.

 

      Ecrivant sous un régime communiste sourcilleux, le prosateur hongrois considérait ses biographies de compositeurs et autres artistes comme d’efficaces paravents destinés à masquer la composition de son Bréviaire de Saint-Orphée, dont le titre dit assez la dimension sacrée (quoique passablement ironique), syncrétique et poétique de l’entreprise, irréductible à toute idéologie religieuse ou sociale, fut-elle sous le drapeau rouge du matérialisme dialectique scientifique de sinistre mémoire. Un monde intérieur de vaste culture vaut bien mieux que le carcan d’un fatras politique imposé.

      Les volumes successifs de Miklos Szentutkhy sont un vaste estuaire où confluent avec brio, dans le temps unique de la connaissance, les îles, les archipels et les continents de la culture occidentale et au-delà. Passant allégrement les frontières entre les genres, saupoudrant sa progression de vastes méditations, de bribes à chaque fois folles et pertinentes, journal, notes, récit, anecdote, hagiographie, tableaux historiques, conte libertin, l’écrivain impose d’abord un regard, celui d’un curieux en érudition, d’un gastronome de la sensation.

      En fait, notre auteur hongrois aurait pu placer en exergue de tous ses écrits « Moi et le monde ». Du futile au métaphysique, des pétales d’une fleur au poids de l’Histoire, il se disperse et rassemble le monde, comme pour trouver enfin au bout de sa quête « l’unique métaphore » qui le singulariserait, le résumerait et le totaliserait. Le poudroiement du catalogue, aux mains de l’esthète et du penseur, tout en tissant un réseau de leitmotivs et de correspondances, peut seul assurer au « Livre » total ainsi biaisé sa pertinence. Cette « accumulation d’impressions recueillies dans le monde » est le catalogue casanovien de la connaissance et des saveurs, alternant ces « femmes-beautés » qui fascinent et irritent la délectation du narrateur parmi la lecture de Proust et de Goethe, parmi les vies de papes et de rois, parmi la fureur de l’Histoire éternelle…

Et puisque le « corsage rouge plissé » sur la poitrine d’une femme est plus profondément son « élément » que les livres et les tableaux, Szentkuthy butine dans la vastitude de la culture avec ce constant investissement autobiographique qui fait de lui un Casanova de la vie, dont la raison et le bonheur ultimes sont cependant dans l’écriture.

 

      Faut-il lire ce Bréviaire de Saint-Orphée avec la scrupuleuse, progressive et monacale et fantasmatique fidélité requise, ou picorer de ci delà parmi ce fleuve aux multiples rapides et pépites ? Car il serait un peu vain d’espérer découvrir une définitive cohérence dans l’opus maximus du volubile Hongrois. Cependant des lignes de force se dessinent parmi les motifs pour le moins contrastés tissant l’œuvre de Miklos Szentkuthy : sainteté et érotisme, interaction des cultures, éternité de l’art et vanité de la vie humaine…

 

      Tout ceci conflue dans la « Sainte lecture » de l’Histoire de ma vie de Casanova qui forme le premier volet du Bréviaire de Saint-Orphée : En marge de Casanova. Ce dernier personnage et nonobstant écrivain plus que talentueux est la pierre de touche, et en quelque sorte le modèle, quoique un brin fantasmé, de notre auteur. Tout partit d’une série de représentations de l’Orfeo de Monteverdi, puis d’une poignée de voyages à Venise, « la seule chose qui mérite que l’on vive éternellement pour elle », où l’éblouissant Tintoret illumine l’intellect créateur de l’écrivain. Musique et peinture du XVI° siècle ordonnent l’art intensément baroque de Miklos Szentkhuty cependant curieux du siècle des Lumières. L’érotique théâtralité de Casanova est le fil rouge et le point d’orgue de l’essai tout en ne laissant pas d’être l’alter ego désiré, le miroir déformant de l’écrivain niché en son Europe centrale.

      Plus près encore de Monteverdi, le second volet s’attache à relier l’humanisme renaissant et le baroque : ainsi nait Renaissance noire. Saint-Dunstan, un Evêque mort en 988, Brunelleschi, l’inventeur de la perspective au XV° siècle, et Roger Ascham, précepteur de Elisabeth Tudor, mort en 1568, soit un an avant la naissance du créateur de l’Orfeo, éclairent tour à tour de divers liens les perspectives artistiques et culturelles d’un temps charnière de notre Histoire. Cette dernière n’est plus strico sensu chronologique et conséquentielle mais en rhizomes, en bouillonnements entrechoqués, en filigranes. Tacite (où Monteverdi butine un sujet d’opéra), Rome, Florence, Milan, Venise une fois encore, des passions, des saints et des péchés, des « aphrodites aux cheveux de coquelicots et au corps de lilas », tous côtoient et taquinent la théologie et la philosophie, composant l’inimitable et inénarrable dramatis personae de l’inépuisable et boulimique prosateur hongrois. Qui, tonitruant confie : « J’aime (au-delà de l’amour et du sexe, bien entendu) ces femmes abstraites, hiéroglyphes alexandrins, purs signes débarrassés du corps comme de l’âme ». Mieux encore : « À l’œuvre la vie me destine ».

Troisième temps, ou plus exactement second espace, Escorial, là encore au XVI° siècle, où la figure de Saint-François Borgia brûle de paradoxes, entre élévation de l’âme et usage de la chair. Ce nouvel avatar d’Orphée, à la différence des autres tomes, occupe tout entier le volume, jusqu’à l’en faire éclater. Le Jésuite est déchiré entre mélancolique acédie et fièvres de l’amour. Il s’agit, quand « l’Escorial de pierre » devient un « Escorial de papier », de « sanctifier le baroque ». Là aussi les anachronismes ne manquent pas lorsqu’il s’agit de jouer du piano à Charles Quint. L’on croise à saute-moutons Thérèse d’Avila et l’empereur de Chine, la « lutte éternelle de Christ et de Satan vue par le philosophe chinois », et, pour finir, Don Juan d’Autriche qui veut « devenir sultan, un tyran digne des Mille et une nuits »…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Europa minor enfin s’ouvre sur une « sainte biographie », comme lors des précédents volumes, cette fois d’un certain Toribio, mort en 1606, qui dès son enfance fut gourmand de « livres hérétiques interdits ». Ce qui ne l’empêcha pas, au contraire, d’être nommé par Philippe II Président du Tribunal de l’Inquisition, ce en 1552, sachant « de quels cachots, prisons asilaires et cloîtres cellulaires il fallait faire évader d’innocents hérétiques ». Il se fait remarquer par de rocambolesques et surréalistes exploits. Devenu archevêque de Lima, il continue d’être le Robin des bois des pauvres, conciliant en lui le voleur et le mystique. L’hagiographie est évidemment volontiers ironique, voire sulfureuse, au point qu’il convoite « les cuisses miraculeuses » de la jeune Elisabeth. Que de « moments théologico-aphrodisiaques » !

      Toujours au XVI° siècle, Elizabeth Tudor, Akbar le Moghol, qui tenta un syncrétisme risqué entre les trois monothéismes, et Marie Tudor s’associent arbitrairement pour fonder un triptyque étonnant, où la voix de l’auteur chevauche celle de Drake le corsaire qui est censé avoir ramené de l’Extrême-Orient des textes rares, d’où les analyses du Genji Monogatori et l’évocation d’un manuscrit persan enluminé. En somme l’origine hellénistique, latine et judéo-chrétienne de notre culture se voit subvertie par une dimension orientale. À la réflexion esthétique érudite et de haute volée s’entrelace une fantaisie passablement délirante, non sans que l’énormité des anachronismes soit élevée au rang de la haute voltige, prétendant par exemple restituer un texte « de la main d’Elisabeth Tudor », et farcie de formules venues du siècle de l’auteur, princesse qui aime tant « l’Orient bafouant toutes les Hellades ». Le titre, Europa minor, est ainsi rendu clair par celui qui se forge un nouvel alter ego et porte-voix, cette fois féminin autant qu’aristocratique.

      Le palimpseste s’enrichit de l’histoire du fabuleux danseur persan Shadid, à qui un prince fait enseigner toutes les sciences ; ce qui donne lieu à une borgésienne énumération. Le conte merveilleux, inspiré des Mille et une nuits, en est bien digne. Les histoires de batailles, d’amours et de morts s’entrelacent en de splendides « pastiches culturels » fournis par notre surabondant « serviteur de rêves et de fugaces fictions ».

Autre trésor venu du bateau corsaire de Drake, l’histoire de Gengis khan, qui, évidemment, s’exprime comme écrit notre auteur. Il médite l’extermination et la « table rase », en avatar de Mao, méprisant toute culture et tout humanisme. L’on ne sait à cet égard s’il s’agit d’un anti-modèle ou, qui sait, d’une voix décadente et désabusée de l’auteur. Cependant un Juif, marchand et entremetteur, fait au khan l’éloge de sa jeune fiancée, dans la langue poétique et chamarrée du « styliste » et du « VRP », entrelardée des lyrismes de notre sacro-saint narrateur de bréviaire : « Et dois-je parler de cette vallée de l’amour plongée dans une ombre éternelle, à la fois nuit et rouge disque solaire, enfer sacré du silence et gai paradis résonnant du vacarme de la vie ? »

     La princesse catholique et « incarnation aristocratique des pleurs, Marie Tudor enfin, donne lieu au « langage de la clinique ». Inévitablement la digression phagocyte la narration, qui se voit remise en question, de même que le bourdonnement des mythes. L’ancrage historique vite expulsé donne lieu à une exégèse critique et spéculaire : « La création littéraire du XX° siècle exprime l’unité parfaite - journal intime, métaphysique et thèmes symboliques qu’engendre le combat où les deux s’affrontent – d’une vie humaine marquée pour son malheur par une grande intelligence et par une acuité perceptive d’une infinie précision ». Est-ce « bouillon de culture d’associations insensées, […] anarchie du journal intime dévoilant l’impuissance de l’artiste » ?

      L’on revient à la princesse, courtisée par les lettres de Philippe d’Espagne et par le comte Seymour, qui est son « fou ». Elle est absolument la « Marie d’encre » de l’écrivain, alors qu’il s’agit de répondre à la lettre de l’Espagnol, à moins que son courtisan burlesque prenne à sa place la plume. Ainsi l’on retrouve, en un écho assumé d’Escorial, le monde hispanique, de l’Alhambra arabe en Andalousie au monastère roman de Poblet, en Catalogne. Ainsi se clôt cette méditation exaltée sur la dimension européenne : « Est-ce cela l’Europe ? Cette synthèse d’un Orient mielleux et mystique, d’une Rome décadente et d’une Grèce d’opérette ? »

 

 

      Une fois de plus, en ce quatrième et succulent volet, « l’art est le roi de l’expression ». Le questionnement esthétique et moral est sans cesse remis sur le métier : « S’agit-il de ce principe archaïque à jamais inviolable selon lequel beauté et amoralité sont inséparables ? » Cependant Miklos Szenthuky n’est pas loin d’atteindre son « idéal » : « harmoniser l’homérique et le proustien, le mythologique et le décadent ». Usant pour notre plus grand vertige d’une plume faite de « nuances réalistes et espaces infinis pascaliens, précision miniaturiste et nirvana des harmonies mozartiennes ».

      Après ce quatuor inaugural du Bréviaire de Saint-Orphée, précédemment publié chez Phébus, viendront chez l’éditeur bruxellois « Vies parallèles », les titres suivants : Cynthia, Confession et jeu de marionnettes, La seconde vie de Sylvestre II, Canonisation désespérée, Un âne ensanglanté, Dans les pas d’Eurydice. Le Décaméron bâti sur de multiples sédimentations culturelles trouvera son achèvement en 2024. Ne doutons pas que leurs couvertures seront tout aussi somptueusement illustrées, dans une esthétique absolument accordée à l’écriture du prosateur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    

 

 

 

 

 

 

 

 

      Il faut se tourner chez José Corti pour goûter le pullulement des cent-douze notes qui constituent Vers l’unique métaphore[1]. Elles deviennent une miniature magnifique du grand-œuvre entier de Miklos Szentkhuty, dont l’inachèvement était prévisible. Le recueil de fragments se présente comme étourdissant « catalogue de phénomènes », un vagabondage indémêlable entre « la vie analytique et la vie hymnique », une « exigence ininterrompue d’éros », une quête de « la femme-beauté ». Ce n’est pas un journal, mais presque, par un traité philosophique, mais presque ; avec délectation on le lira comme un autoportrait sensuel et intellectuel diffracté : « le moi est quelque chose d’indéfinissable, de jamais achevé, d’ondoyant, de fondant, de dissocié, d’inopinément et grotesquement cristallisé ». Embrasser la totalité par le verbe reste cependant une aporie : « Vers une unique métaphore ? Mon destin ne serait-il pas, en fait, l’inverse : depuis des millions de métaphores vers un seul être humain ? »

      N'ayons pas crainte de se voir pris au piège de la prose chatoyante, formidablement érudite, « analytique et métaphorique à l’excès », cependant sensuelle et insensément fantasmatique de Miklos Szentkuthy. Il donna dans Vers l’unique métaphore à la fois le secret de son thème et son projet esthétique : « Mon sujet est toujours un et toujours le même : une embryologie complète, la vie corporelle et spirituelle d’un embryon depuis le jaillissement du sperme jusqu’à la naissance – et la foisonnante contre-ornementation de l’histoire, des luttes, des bulles papales, des blasons, des idéaux, des rois et des papes ». Ainsi continua-t-il son art du contrepoint, dans des recueils intitulés En lisant Augustin[2] et Le Calendrier de l’humilité[3]. Celui que l’on appela « l’ogre de Budapest » n’est pourtant qu’un, et non des moindres, parmi l’incroyable nébuleuse d’auteurs étranges, essentiels, d’un petit pays d’Europe centrale, mais centraux en Europe, parmi lesquels les Karinthy[4], Kosztolanyi[5], Krasznahorkaï[6]

 

      Un tel graphomane ne pouvait échapper au démon de l’autobiographie. Ce fut chose faite avec La Confession frivole[7]. L’on devine également qu’il ne s’y contente pas de son moi événementiel, entre 1908 et 1988, mais qu’il élargit ses perspectives à la mesure du destin de l’Europe. Le volume, qui atteint les sept-cents pages, agglomère récits, vignettes et méditations épiques : « légendes et réalités familiales », « mini-proustiade » et « Elementa inspirationis ». L’on participe à un chemin initiatique, de « Szentkuthy en gestation » à l’ « Autoportrait sous différents masques ». Ses récits se mêlent d’entretiens, rapportant et proposant d’avisés retours en arrière sur les jalons de son œuvre. Ses voyages, vénitiens et espagnols, valent ceux de la seconde moitié de sa vie, qu’il vécut en reclus dans sa chambre-bibliothèque, où il préférait demeurer en compagnie de Cicéron, de Shakespeare, de Goethe, sans compter Casanova, plutôt qu’avec ses contemporains, sinon de rares amis, dont sa précieuse compagne et secrétaire, Maria Tompa. N’empêche que, publiée dès sa mort, cette Confession frivole fit un succès, avec cinquante mille exemplaires vendus, comme si, à Budapest, le mur de Berlin s’écroulait sous les coups de tant de liberté et de culture. Il concluait sur ses mots : « J’aime la modestie des notes marginales tout autant que la force des confessions déchirantes ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

À partir d’un article publié dans Europe, septembre 1991.

 

[1] Miklos Szentkuthy : Vers l’unique métaphore, José Corti, 1991.

[2] Miklos Szentkuthy : En lisant Augustin, José Corti, 1996.

[3] Miklos Szentkuthy : Le Calendrier de l’humilité, José Corti, 1998.

[7] Miklos Szentkuthy : La Confession frivole, Phébus, 1999.

 

 

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20 avril 2018 5 20 /04 /avril /2018 19:45

 

Bouddha. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Les illuminations de l’art à travers le monde

de Laszlo Krasznahorkai :

Seiobo est descendue sur terre,

Au nord par une montagne...

 

 

 

Laszlo Krasznahorkai : Seiobo est descendue sur terre,

traduit du Hongrois par Joëlle Dufeuilly, Cambourakis, 416 p, 25 €.

 

Laszlo Krasznahorkai :

Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l'ouest par des chemins, à l'est par un cours d'eau,

traduit du Hongrois par Joëlle Dufeuilly,

Cambourakis, 192 p, 20,30 € ; Actes Sud, Babel, 7,50 €.

 

 

 

      Le démiurge hongrois Laszlo Krasznahorkai caresse la littérature du fouet de son imaginaire, jetant après le magistral Guerre et guerre un nouveau chef d’œuvre sur la table de nos lectures. Le moins qu’il puisse faire est qu’un roman consacré à l’art soit lui-même une œuvre d’art. Divisé en dix-sept chapitres, numérotés selon la progression exponentielle de la suite de Fibonacci, Seiobo est descendue sur terre visite autant de lieux emblématiques de l’art mondial pour exhiber et interroger la mission de l’artiste. De manière kaléidoscopique et fluviale, il bouleverse celui qui reçoit en plein cœur la révélation du chef d’œuvre, étonnement introduit par un « grand héron blanc », dans une rivière de Kyoto, « artiste sans appel », dans « l’esthétisme de son immobilité parfaite ». Une constante japonaise innerve également un étrange roman du maître des proses vagabondes et initiatiques : Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l'ouest par des chemins, à l'est par un cours d'eau.

 

 

      Le journal de voyage en mosaïque est incarné par autant de personnages, parfois historiques, souvent fictionnels, que de lieux incontournables. Entre l’Alhambra de Grenade et l’Italie, entre Athènes et le Musée du Louvre, c’est le Japon qui est récurrent, de la ville de Kyoto au sanctuaire d’Ise. En un large syncrétisme, le christianisme est dépassé par le polythéisme grec et le bouddhisme. En effet, Seiobo est une déesse japonaise, allégorie de la beauté « descendue sur terre ».

      À chaque fois, alors que « la vie, qu’elle soit rêvée ou vécue, est monotone », ou au sommet d’une « pénible ascension », comme sous les Propylées, l’initiation à « l’insoutenable beauté » de l’art est l’occasion d’un éblouissement, non loin du syndrome de Stendhal, qui voyait les touristes tomber en pâmoison dans un musée de Florence. Hélas la violence de la lumière méditerranéenne, frappant le calcaire et le marbre, empêche l’impétrant, qui n’a pas su prévoir les lunettes adéquates, de voir l’Acropole : « il avait réalisé son rêve sans le réaliser ». Par une sordide ironie du sort, le visiteur déçu sera tué par un camion…

      Le mythe biblique d’Esther est l’occasion de croiser une reine perse et le peintre Filippino Lippi, qui, pendant la Renaissance italienne, reçoit une commande destinée à illustrer cette « Arrivée d’Esther au palais de Suse », et l’on sait combien la beauté de cette reine est époustouflante et ravit ceux qui ont le bonheur de la regarder. Dans la Scuola Grande de San Rocco, lui répond un « Christo morto », à l’attribution discutée entre Titien et Bellini, empreint « d’une paix d’un autre monde », et qui « voulait ouvrir les yeux » ! Autre écho thématique, l’on assiste ailleurs à l’exhumation d’un cheval en terre cuite, dévoilement du visible après une longue nuit…

      En Espagne, à Barcelone, c’est l’architecture de Gaudi qui estomaque un paumé : « il la trouva répugnante ». Mais, découvrant un Christ peint sur fond or, une Vierge Marie, des Saints, trois anges, c’est avec « une vive douleur », qu’il ressentait « cette incommensurable distance qui le séparait […] de leur rayonnement ». Les icônes russes sont pour lui une révélation : « sa misérable existence n’est rien, car le tout se trouve là-haut, se trouve au-delà, se trouve ici, s’il plonge son regard dans l’insaisissable spectacle qui s’ouvre derrière la porte de l’icône ». La narration se change alors en une investigation digne d’un historien d’art, le récit fait un bond dans le passé, là où l’on réalise une copie de la Sainte Trinité de Roublev. Rien de tout cela cependant ne sauvera le vagabond du désespoir. Autre lieu intemporel espagnol, l’Alhambra, « citadelle fantôme », qui, depuis la fuite des Arabes, ne donne plus accès à sa signification. Son palais est pourtant un sommet de l’art…

      L’atelier du peintre du XV° siècle migre de Florence à Perugia alors qu’un nouvel apprenti fait déjà merveille : Il s’appelle Raphaël. Auprès du Maestro, il découvre le secret des couleurs, en particulier d’un vermillon à « la luminosité intemporelle » et au service d’un retable. Quant au XX° siècle, plus précisément en 1909, il est l’occasion de découvrir un peintre paysagiste, en Suisse, probablement l’alter ego de Ferdinand Hodler, qui s’approche « de l’ultime, de la grande fin cosmique ». Elle est quelque part « dans le bleu des bandes horizontales ». Ainsi le leitmotiv de la couleur circule de siècle en siècle.

 

 

      Pour revenir au Japon, l’on restaure un Bouddha ancien et précieux ; et, soudain, « le regard est revenu ». Grâce à lui « un grand bonheur se lit sur tous les visages ». Un homme passe des mois à tailler dans le bois un masque nô, selon un modèle ancien qui est « l’idéal à atteindre ». Ce qui est narré avec un luxe ascétique, avec une méticulosité que d’aucuns trouveraient irritante, jusqu’à ce qu’il ait « donné naissance à un monstre, démoniaque ». Plus loin, un acteur a conscience que « le théâtre nô représentait toute sa vie, une vie dans laquelle Kasuyuki Inoue n’était qu’un médium se laissant porter par ce dont le Ciel l’avait comblé ». Son apothéose advient lorsqu’il revêt enfin « le magnifique masque de Seiobo ». Le finale retrace la « reconstruction du sanctuaire d’Ise », qui doit être détruit et reconstruit tous les vingt ans lors d’une cérémonie exceptionnelle. Ainsi, « il resplendit en permanence de fraîcheur depuis l’an 600 ». Et pour répondre à cette ambivalence de la vie et de la mort, il reste Zeami, exilé sur une île japonaise, dans le temple de Shoho, « coincé entre l’oiseau du temps et un espace temporel réduit à une seule journée », qui apprend à mourir en écrivant une dernière œuvre…

      Outre une érudition japonaise impressionnante, et le soin de l’ekphrasis, cette description de l’œuvre d’art selon la rhétorique des Anciens, c’est à une véritable et didactique étude sur le regard, ses manques, ses travaux, ses qualités et ses assomptions, que se livre le romancier, à l’exception du chapitre complémentaire sur la musique baroque et sur Jean-Sébastien Bach, « la plus suprême des musiques ». Cet « apogée » est pour lui tel qu’il en méprise tous les autres, en particulier Wagner, « ce criminel impérial » ! N’est-ce pas un peu fort de café, injuste ? Cependant, pas une œuvre évoquée ne vient de l’art contemporain. C’est peut-être dommageable, à moins que ce soit effectivement un jugement de valeur rédhibitoire de la part de l’auteur.

      Celui qui chercherait ici un carambolage de séquences dramatiques serait déçu. Seule une intensité croissante parait aimer les chapitres successifs au gré de la patience du lecteur charmé ; à moins qu’il soit agacé par cette narration peu resserrée. Et s’il n’y a pas de personnage récurrent, un type apparait néanmoins : un homme ou touriste d’âge moyen rencontre l’extase, l’effroi et la joie devant le sublime. Que ce soit à Venise, Athènes, Perugia, l’affinement de la sensibilité croise la pureté de l’œuvre ou s’emporte dans la transcendance, devant une icône, auprès d’une « fissure dans le marbre de Paros » de la Vénus de Milo... C’est avec une rare finesse que Krasznahorkaï use de l’Histoire de l’art et de l’analyse psychologique en ses longues séquences lyriques.

      Théorie esthétique, presque proustienne, et guide pour voyageur, Seiobo est descendu sur terre touche et caresse son lecteur avec tendresse, tout en lui imposant une discipline exigeante. Une ascèse est en effet à l’œuvre pour nous persuader, nous convaincre, qu’une fois la mort tombée sur nous et les dieux disparus dans les nuages de leurs fictions, reste l’évidence à percevoir et goûter au plus profond de soi des œuvres d’art insignes qui sont les sommets de l’humanité. De la même manière que les artistes construisent leurs parfaites beautés, les restaurateurs ont pour tâche de les ramener à leur splendeur érodée par le temps et l’oubli. Si l’écrivain, Krasznahorkai en l’occurrence, est le passeur, son lecteur est le réceptacle d’une délectation indispensable, qui, provisoirement, le sauve de la mort.

      Le Hongrois Laszlo Krasznahorkai aime enlacer son lecteur au moyen de phrases (interminables diront ses détracteurs) sinueuses et hypnotiques, infusées par une délicate érudition qui permet de peindre avec sagacité les différentes expériences artistiques abordées. Seiobo est descendue sur terre est-il un roman, un essai, un vaste poème en prose ? Qui sait… En tout état de cause une ode à l’éternité de l’art, au travers de ces incarnations temporelles et géographiques dans de multiples cultures, à l’exception de l’art contemporain, dépassant l’espace de l’Europe et des Etats-Unis où se situaient de précédents romans, comme Guerre et guerre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Le Japon est également le théâtre d’un autre roman de Laszlo Krasznahorkai : Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l'ouest par des chemins, à l'est par un cours d'eau. Un tel titre, guère laconique, est délicieusement programmatique. Ce court roman conte l’histoire du petit-fils du prince Genji -ce dernier se faisant l’écho du livre immense et fameux écrit au XI° siècle par Murasaki Shikibu[1]- à la recherche d’un jardin secret, qui figurerait la quintessence de la beauté. Feuilletant un ouvrage illustré intitulé Cent beaux jardins, il tombe en arrêt devant son ultime trésor : « le jardin caché ». L’on devine que la quête n’est pas seulement géographique, labyrinthique, mais poétique, intérieure. Il lui faut trouver « la mesure intrinsèque de quelque chose dont l’évocation à travers ce mur cherchait à prévenir le nouvel arrivant que celui-ci aurait bientôt besoin d’autres unités de mesure que celles auxquelles il était habitué, d’autres échelles de valeurs pour s’orienter, que celles qui avaient jusqu’ici encadré sa vie ».

      Le voici découvrant un mystérieux temple, « érigé en haut du versant Sud de la montagne, afin d’être protégé au Nord, Nord-Est, par le sommet, des dangers et menaces qui traditionnellement venaient de cette direction ; au Sud, s’étendait conformément aux prescriptions un lac ». Parmi ce temple, où s’élève une statue du Bouddha, la déambulation du personnage est erratique, attentive et d’un sensuel intellectualisme. Elle devient, au fur et à mesure de la pérégrination, de plus en plus ouverte sur des temporalités de la nature et de l’humanité diverses, sur l’infini… Sans compter que l’on découvre, au détour de pages délicieusement touffues, des notations aussi curieuses que pertinentes sur les mathématiques et leur étude de l’infini, sur l’architecture et la botanique, y compris sur l’édition et la fabrication du papier, où l’on apprend avec curiosité qu’il existe une « reliure papillon ».

      Le conte philosophique, aussi énigmatique que lyrique, exige un réel « recueillement spirituel ». Il développe de surcroit une étonnante variante de la recherche de l’âge d’or et du jardin d’Eden perdus, ou de la recherche de l’absolu, pour reprendre le titre de Balzac. Il y a là également quelque chose du conte borgésien, dans lequel la nature, l’art et l’absolu introuvable ont bien plus d’importance que les êtres humains, tels ces courtisans chargés de ramener le prince, et qui repartiront les mains vides, seulement souillées par les bières qu’ils ingurgitent au sortir d’un distributeur, scène on ne peut plus ironique. D’autant que le centre du sanctuaire bouddhique est la bibliothèque, qui regorge de sutras, immense reflet du livre même que nous tenons entre nos mains.

 

      Lauréat du Man Booker International Prize en 2015, Laszlo Krasznahorkai, né en 1954, écrit comme s’il avait découvert le paradoxal, impossible, secret qui consisterait à faire d’un haïku de dix-sept syllabes un roman consciencieusement étiré jusqu’aux limites de la perception. Ces deux romans, paisibles, contemplatifs, infiniment riches d’émotions artistiques, peuvent être lus comme un antidote adressé à ses précédents livres qui peignaient à coups de traits amers et satirique une Hongrie provinciale et désastreuse, agitée par des personnages alcooliques, déments et visionnaires, voire assimilés au Messie, à Satan, comme dans Le Tango de Satan[2], d’ailleurs adapté au cinéma par Bela Tarr. De même, les anges exterminateurs mènent le déchaînement de la violence dans La Mélancolie de la résistance[3], à moins que l’on s’immerge dans les vices de l’humanité, tancés dans les huit nouvelles de Sous le coup de la grâce[4]. Peut-être faut-il couronner ces lectures avec cet opus qui reste peut-être le plus marquant, parce que synthétique de toute l’œuvre de Laszlo Krasznahorkai, Guerre et guerre[5].

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Murasaki Shikibu : Le Dit du Genji, Diane De Selliers, 2007.

[2] Laszlo Krasznahorkai : Le Tango de Satan, Gallimard, 2000.

[3] Laszlo Krasznahorkai : La Mélancolie de la résistance, Gallimard, 2006.

[4] Laszlo Krasznahorkai : Sous le coup de la grâce, Vagabonde, 2015.

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10 février 2018 6 10 /02 /février /2018 12:16

 

Kunsthaus, Zurich, Schweiz. Photo : T. Guinhut.

 
 
 

 

Trois romans picaresques et burlesques.
 
Tobias Smollett : La carrière d’un vaurien,
L’Expédition de Humphry Clinker ;

 

Georg Weerth :
Vie et faits du fameux chevalier Schenapahnski.

 

 

 

Tobias Smollett : La Carrière d’un vaurien,
traduit de l’anglais par André Fayot, José Corti, 480 p, 22,40 €.

 

Tobias Smollett : L’Expédition de Humphry Clinker,
traduit de l’anglais par Sylvie Kleiman-Lafon, Phébus, 432 p, 22 €.

 

Georg Weerth : Vie et faits du fameux chevalier Schenapahnski,

traduit de l’allemand par Christophe Lucchese, RN, 232 p, 23,90 €.

 

 

 

 

      Comme de curieux cafards, les picaresques héros parcourent le monde, tentant de récolter quelques baies rouges de la fortune, nonobstant leurs échecs et rebonds. Qu’ils s’appellent Lazarillo de Tormes[1], le fondateur de l’espagnole lignée, en 1454, ou  l’Allemand Simplicissimus en 1668, ils sont misérables, le restent, ne s’en sortent provisoirement que par leurs pirouettes, leurs coups fourrés, leurs arnaques et séductions burlesques. Cependant le Vaurien et Humphrey Clinker de Tobias Smollet ou Schenapahnski de Weerth en sont des avatars du XVIII° et du XIX°, passablement infidèles au modèle originel de l’anti-héros picaresque, dont Maurice Molho soulignait la condition de gueux misérable et mendiant, tout en notant qu’il « ne tarda guère à élargir sa signification originelle pour évoquer extensivement toutes sortes de personnages louches, sans feu ni lieu, que l’oisiveté, la paresse et le vice conduisent à la délinquance[2] ». En ce sens, les délinquants de Smollet et de Weerth, s’ils ne viennent plus d’un milieu sordide, sont indubitablement de vicieux délinquants, quoique burlesques à souhait.

 

      Vaurien délibéré, noir scélérat et sans le moindre scrupule, tel est Ferdinand. Se prétendant, comte Fathom, son noble lignage usurpé ne l’empêche en rien d’être un gueux moral, mais l’empêche à peine de permettre que le roman de Smollet, publié en 1753, soit intrinsèquement considéré comme picaresque. Reste que, contant les aventures d’un salopard sensuel et révoltant, il s’agit d’animer de cent péripéties le récit de La Carrière d’un vaurien, qui alterne victoires et déboires avec un allant et une ironie inimitables.

      Escroc, voleur, violeur, notre vaurien quitte un moment « le domaine de Vénus pour l’âpre champ de Mars », où l’on plonge bientôt parmi le registre héroïcomique. Il revient cependant aux intrigues du séducteur pour outrager la vertu de la belle Elenor, se voit ensuite fêté dans le grand monde, puis assailli par bien des revers de fortune, entre pauvreté crasse et richesse insolente acquise par de douteux moyens. C’est par les femmes qu’il exerce ses pires talents, jusqu’à un providentiel mariage et ce qui parait être une rédemption sentimentale et morale pour parachever le roman, bien que l’incrédulité du lecteur ne s’y laisse guère prendre. La satire est évidemment pleine de vigueur et de couleur, au service d’une dimension morale, par la vertu du contre-exemple. Quoique le romancier, et le lecteur avec lui, prenne un malin plaisir à ce tourbillon d’exploits et d’avanies d’un malfaiteur patenté.

      On notera, non sans un frémissement de plaisir, à la fois de l’ordre de l’histoire littéraire et de « l’horrible épouvante qui anéantit peu à peu tous les secours de la raison et de la philosophie », que ce vaurien romanesque offre les prémices du roman gothique[3], avec une histoire de blanc fantôme féminin, et de « cadavre encore chaud d’un homme récemment poignardé », que notre piètre héros doit substituer à sa silhouette dans son lit pour éviter d’être poignardé à son tour, avant de s’échapper sous les yeux d’une « Hécate ratatinée »...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Au premier regard, L’Expédition de Humphry Clinker ne parait pas aussi palpitante que La Carrière d’un vaurien, dont le personnage de Fathom réapparait brièvement sous les traits d’un vertueux pharmacien de village. On aurait tort pourtant de s’arrêter au préambule entre le libraire-éditeur et l’auteur, ou par les premières pages qui semblent ne pas permettre que la mayonnaise prenne. Peut-être cela vient-il de la forme choisie, se dit-on. L’Expédition de Humphrey Clinker est en effet un roman épistolaire, genre fort en vogue à l’époque de l’Anglais Tobias Smollett, qui vécut de 1721 à 1771. Le roman par lettres nous ravit lors des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, mais il peut aussi, avec Richardson ou Rousseau, confiner à l’interminable…

      Peu à peu pourtant, cette expédition acquiert sa vitesse de croisière. Dès que Lydia vient à s’amouracher d’un jeune inconnu, d’un acteur forain qui se déguise en vieux juif, dès que cette passion évidemment réprouvée par sa famille de bon aloi est pimentée par le mystère, nous voilà accrochés. S’agirait-il vraiment d’un aristocrate tout ce qu’il y a de comme il faut ? Même Mr Bramble, qui a le malheur d’être l’oncle de cette écervelée et d’un jeune homme terriblement raisonnable, de plus flanqué d’une sœur infailliblement vieille fille, nous devient sympathique malgré son esprit chagrin. Le progrès qui le cerne, sans compter ses ennuis de santé, font de ce gentleman campagnard, le type du râleur. Aux prises avec un « si méprisable monde de duperie et de fausseté », avec cette « énorme masse » londonienne qui n’est qu’un « grand déferlement du luxe et de la corruption » il est sans nul doute l’écho du caractère de l’auteur qui en voulut beaucoup de ses insuccès à ses contemporains. Conservateur -on dirait aujourd’hui réactionnaire- le bonhomme fait preuve néanmoins de charité et n’hésite pas à défendre les droits outragés. Il va se lancer dans un voyage à travers l’Angleterre et l’Ecosse, et parmi des stations balnéaires, escorté par le valet Humphrey Clinker, garçon d’écurie un rien philosophe ramassé au bord de la route, qui devient vite un personnage non moins picaresque que les autres protagonistes, parmi un roman bientôt totalement prenant. Serait-il le fils illégitime de Mr Bramble ?

      Car la mauvaise humeur de Mr Bramble bascule bien souvent vers l’humour. Dénonçant la surabondance des vices anglais, le misanthrope, le mauvais coucheur en bute aux aléas d’un voyage semé d’embûches, de rencontres excentriques, est doué d’un esprit critique et caustique ; celui bien sûr de Smollet lui-même qui, après un voyage en Ecosse, s’en alla mourir à Pise avec le manuscrit de ce roman publié de manière posthume en 1770. On croise également bien des personnages hauts en couleurs. Outre le valet, c’est par exemple Lismahago, grand escogriffe à la gueule de violon, bourré de tics et qui se pique d’enseigner la phonétique… On laissera le lecteur imaginer quels retournements de situations et mariages inattendus vont animer un tel roman…

      Moins que l’intrigue et cette histoire de fils naturel retrouvé, ce sont les tableaux de mœurs, les moments burlesques qui font le prix de ce récit de voyage. De curieuses pages émaillent le cours des péripéties et des chroniques parfois fastidieuses des coutumes locales. On remarquera la description de l’usine littéraire où travaillent maints paperassiers, à peine transposée de l’entreprise que fonda Smollett lui-même pour achever son Histoire de l’Angleterre. Ou la dissertation du médecin sur les pollutions et autres excréments… L’artifice du roman épistolaire n’est finalement pas sans intérêt. Les mêmes faits racontés par cinq personnages différents (y compris le franc parler à l’orthographe pittoresque de Madame Jenkins) prennent un relief saisissant et contribuent à montrer la relativité des opinions humaines : notre bourru Mr Bramble peut alors passer pour un apôtre de la tolérance et d’une liberté de la presse tempérée par la crainte de la diffamation.

 

 

      Voici un sacré chenapan ! Il est digne de marquer d’une pierre bariolée l’histoire littéraire allemande. Il s’agit en effet, en 1848, l’année même du Manifeste communiste, du premier roman feuilleton d’outre-Rhin, publié dans la gazette de Marx et d’Engels.

Etymologiquement, Shenapahnski, signifie « voleur de poules ». Il faut prendre cette appellation dans tous les sens, y compris figuré. Notre héros, et plus exactement anti-héros, ploie sous le poids des dettes et s’approprie plus ou moins indûment l’argent d’autrui. Quant aux femmes, il ne se fait pas faute de les oublier, poursuivant une carrière accidentée de séducteur aux insuccès et succès divers, jusqu’à une laide et chauve duchesse, heureusement fort riche et au cœur accueillant. Ce qui le mènera jusqu’au Parlement de Frankfort.

      Lecteur, tu t’amuseras beaucoup au cours de cette « rocambolesque épopée », de ces péripéties contées sur le mode héroïcomique et grivois. Une foule « d’amourettes », un duel, du « caviar de femme », des diamants achetés au nom de « Zeus » ; de Berlin à Rome, en passant par l’Espagne, les aventures burlesques s’entrechoquent avec un train d’enfer et une corrosive ironie. L’humour au galop cache cependant une satire insolente contre une classe de nobliaux plus préoccupée de ses aises et roublardises que du bonheur de ses concitoyens et du progrès de la société.

      Auteur d’un seul livre, le chroniqueur social Georg Weerth ne bénéficia que d’une courte vie (1822-1856). Il s’en fut mourir à La Havane, laissant à la postérité un irremplaçable roman à clefs brocardant le chevalier Lichnowsky-Shenapahnski qui exista bel et bien, mais surtout un fleuron du récit picaresque, dans la lignée rabelaisienne et du Simplicissimus de Grimmelshausen[4].

 

      Tobias Smollet et Georg Weerth fomentent de bien amusant anti-héros qui sont des avatars satiriques du genre picaresque, né avec Lazarillo de Tormes, cette confession anonyme parue dans l’Espagne de 1454. À cet égard la traduction des anonymes Aventures et espiègleries de Lazarillo de Tormes, publiée en 1801 et illustrée par des gravures de Ransonnette[5], est une belle infidèle puisque son deuxième volume, lui aussi anonyme, est un ajout postérieur dans lequel Lazarillo accède à une fortune sociale que sa condition aurait dû lui interdire : héritant d’un ermite, il se fait lui-même ermite, non sans avoir tenté de se marier et d’être roué de coups et volé par quatre femmes dont il se venge bientôt. Sa fin, passablement moralisatrice sera heureuse et pieuse. Or, ce qui n’était, de Lazarillo à Simplicissimus, qu’aventures de gueux picaresques condamnés à le rester, contamine avec Smollet et Weerth une bourgeoisie et une noblesse peu reluisantes. Il s’agit moins d’une évolution des mœurs que d’un renouvellement du regard des écrivains vers une satire sociale burlesque et endiablée qui n’épargne plus aucune classe sociale.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie-

La partie sur Smollet est parue dans Europe en 2006,

celle sur Weerth dans Le Matricule des anges, janvier 2018.

 

 

[1] Lazarillo de Tormes, traduit de l’espagnol par Bernard Sesé, GF, 1993.

[2] Maurice Molho : Romans picaresques espagnols, La Pléiade, Gallimard, 1968, p 14.

[4] Grimmelshausen : Simplicissimus, traduit de l’allemand par Jean Amsler, Fayard, 1990.

[5] Aventures et espiègleries de Lazarillo de Tormes, Didot Jeune, 1801.

 

 

Gravure de Ransonnette.

Aventures et espiègleries de Lazarillo de Tormes, Didot Jeune, 1801.

Photo : T. Guinhut.

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1 septembre 2017 5 01 /09 /septembre /2017 19:42

 

Piazza dei Signori, Verona. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Michal Ajvaz ,

 

fantastique géographique et livresque :

 

L'Âge d'or de l’Autre ville.

 

 

Michal Ajvaz : L’Âge d'or,

traduit du tchèque par Michel Pacvon et Aline Azoulay-Pacvon,

Mirobole, 2017, 322 p, 22 €.

 

Michal Ajvaz : L’Autre ville,

traduit du tchèque par Benoît Meunier,

Mirobole, 2015, 224 p, 19 €.

 

 

      Seuls le rêve, le voyage, un regard particulièrement affuté, peuvent modifier l’espace. Mais également l’art, qu’il soit architectural ou littéraire. Comme un Piranèse de fantaisie, entre roman et surréaliste poème en prose, un Tchèque étrange, nommé Michal Ajvaz, né en 1949, déplace et perturbe les îles et les villes pour en faire de précieux et déstabilisants labyrinthes. De L’Âge d'or à L’Autre ville, le plaisir du conte borgésien ne cesse de se renouveler, en un fascinant diptyque.

 

      Sommes-nous dans une île digne de L’Utopie de Thomas More ? S’il s’agit dans L’Âge d'or de montrer un modèle à la perfection absolue et finalement destructrice des libertés et de l’individu, Michal Avjaz répond absent : « que le lecteur ne redoute point qu’on lui présente insidieusement un idéal social ou moral ». Ni utopie ni contre utopie à la Huxley ou Orwell… Que faire alors d’un livre qui n’a aucun but politique ? Eh bien, jouir, sans arrière-pensée, des bonheurs perplexes de l’imagination. Car dans cette île montagneuse on savoure « toutes les nuances des plaisirs de l’insensé ». Les insulaires ont par exemple des murs d’eaux transparents et des mines de pierres précieuses dans leurs maisons. Sans oublier qu'ils considèrent «  les taches dessinées sur les murs comme l'écriture par laquelle leur dieu leur communiquait ses messages et ses volontés ». On y croise une princesse et des « tapis rêveurs », la Métaphysique d'Aristote et un volume imaginaire d'Averroès...

 

 

      Le pittoresque magique bute bientôt sur le caractère informe, instable et indéfini de toute une culture : les mots sont changeants, le Livre unique peut être sans cesse réécrit. D'ailleurs ce « Livre insulaire était plus complexe que Les Impressions d'Afrique de Raymond Roussel, dans lequel Michel Foucault dénombra neuf niveaux de digressions ». Malgré ses « poches blanches de digressions », ses histoires de « taches », il forme, avec une lutte entre deux clans royaux, avec un prince observant au télescope une autre vie et une autre langue, puis avec des « statues en gelée », des romans dans le roman, des « parodies de l’art » bientôt disparues. Face à la ville de Prague où le narrateur revient écrire son mémoire, l’île et ses habitants démentent toute logique, absorbant leurs colonisateurs, désunissant les amours, effaçant les gouvernants et les noms.

       Labyrinthes, miroirs, quête de « la couche originelle du Livre » sont des thèmes borgésiens certes, mais le Tchèque Michal Avjaz les accommode d’une manière toute personnelle, dans un étonnant roman qui flirte autant avec l’essai qu’avec la description géographique, le tout avec une fantaisie polymorphe et chatoyante. Ce livre qui, au moyen d’une mise en abyme vertigineuse, recèle son fameux et déroutant « Livre insulaire », s’est déroulé « sans avoir succombé aux sirènes du sens, de l’idée et du didactisme ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Après cette exploration d’un espace îlien peuplé d’excentriques jouant à sans cesse modifier un livre labyrinthique, L’Autre ville choisit de receler un « livre à reliure violette ». Ce dernier ne peut qu’attirer l’attention d’un amateur de Prague qui est peut-être un alter ego de notre conteur. Ecrit dans un alphabet inconnu, il emporte son nouveau propriétaire dans une quête compulsive et hallucinante. Un bibliothécaire -sage ou pusillanime ?- tente de le dissuader : « Oubliez ces livres étranges qui vous rappellent les frontières de notre univers ». Les « lettres phosphorescentes » du volume fascinent notre narrateur au point qu’un cylindre caché dans une colline le conduit en cette « autre ville », qui est peut-être le kaléidoscope de son ancien imaginaire d’enfant. Dans une immense église, un prêtre entame un sermon éminemment borgésien, se référant à des « livres saints », aux « commentaires contradictoires », bourrés de facettes mythologiques, de détails ubuesques. Une fois cette porte fermée, les soixante-seize caractères du livre sont ceux d’un « alphabet maudit », selon le narrateur d’un récit emboité interrompu. Où sont les « portes interdites », où passe le « tramway de marbre vert » ?

      Sans cesse se muant en fascinante prose poétique le roman ajvazien navigue à la lisière d’un guide touristique qui serait devenu fou et d’une métaphysique aporétique. Quelque part entre la « bibliothèque universitaire » et le « temple rupestre », parmi les cafés qui se changent en jungles, repose le secret introuvable d’un livre qui n’est pas étranger au « naufrage parmi des rayonnages couverts de livres » de malheureux bibliothécaires disparus. Qui sait s’il s’agit là d’une métaphore du communisme qui sévit si longtemps sur Prague ? Est-ce pour cette raison que notre auteur, dont l’enfance fut contrainte par l’interdiction qui pesait sur les livres non-réalistes, aime à se réfugier et se perdre dans des univers parafictionnels ? De même, lorsque dans L’Âge d'or, le Livre voit s’effacer et se réécrire sans répit l’Histoire, comme si une impalpable tyrannie rendait impossible toute permanence, toute transmission.

 

 

      De Michal Ajvaz, il est à souhaiter que l’édition française imagine de traduire son Retour du vieux dragon de Komodo, dans lequel un archéologue s’aventure à la recherche d’un empire oublié. Bien sûr, il y aura encore en ces pages, un étonnant texte à lire, gravé en une cathédrale. À moins de préférer Rues vides : cette fois il s’agit d’un peintre qui consacre son talent à peindre les objets comme s’ils étaient de secrets hiéroglyphes. Heureusement pour le lecteur français, et quoiqu’il soit aujourd’hui épuisé en sa première édition parue en 2007, chez Panama, il se peut que L’Âge d'or soit son plus brillant roman, entre ethnographie, philosophie et conte. Là où le livre sans cesse compulsé et retravaillé par les îliens est une sorte d’hypertexte, une mémoire en perpétuelle mouvance, dissolution et création.

 

      L’ailleurs spatial et temporel, bruissant de toutes ses potentialités mentales et oniriques, est à l’évidence un thème récurrent, voire obsessionnel, chez ce romancier, poète et essayiste, pour lequel les éditions Mirobole sont parvenus à reconstituer un troublant diptyque. Ainsi s’aiguise notre insatisfaite curiosité pour cet auteur qui a consacré des essais à Derrida et Borges. Décidemment « l’entrée de la bibliothèque est dangereuse », mais aussi séduisante, surréaliste et unique sous la plume chatoyante de Michal Ajvaz, sans cesse mobilisé par l’avalanche d’univers parallèles où le langage est pris au piège de son propre soupçon. Sommes-nous parmi les seules spéculations et constellations romanesques du fantastique, du merveilleux, du gourmand fantasme, ou parmi l’inquiétante étrangeté de la paranoïa ?

Thierry Guinhut

À partir d’articles publiés dans Le Matricule des anges, avril 2007 et avril 2015

Une vie d'écriture et de photographie

 

Treviso, Veneto. Photo : T. Guinhut.

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13 juillet 2017 4 13 /07 /juillet /2017 14:46

 

Palazzo ducale, Milano. Photo : T. Guinhut.

    

 

 

 

 

 

 

Dezso Kosztolanyi

 

ou les mystères de la personnalité :

 

Kornél Esti, Portraits, Une Famille de menteurs.

 

 

 

 

Dezso Kosztolanyi : Kornél Esti, traduit du hongrois par Sophie Képés,

Cambourakis, 272 p, 20 € ;

 

Dezso Kosztolanyi : Portraits, traduit par Ibolya Virag et Michel Orcel,

La Baconnière, 192 p, 16 € ;

 

Deszo Kosztolanyi : Une Famille de menteurs, traduit sous la direction d’Andras Kanyadi,

Cambourakis, 112 p, 10 €.

 

 

 

 

 

      L’altérité du portrait frôle souvent le miroir. Portraiturer autrui, n’est-ce pas aussi, un peu, par l’imminence de ses choix, se dire soi-même ? Un étrange écrivain hongrois a su illustrer cette problématique, exposant le mystère fascinant des personnalités. Mais de celui qui raconta dans Kornél Esti l’histoire d’un traducteur kleptomane subtilisant l’argent des textes qu’il était censé rendre, on ne peut attendre qu’une belle propension à l’humour. C’est également chose faite avec ces trente-cinq Portraits du Hongrois Dezso Kosztolanyi (1885-1936), souvent francophiles, qui ne sont pas loin d’être composés au hasard. Portraits également, que ceux d’Une Famille de menteurs, jusqu’à ce que s’écaille le vernis de l’apparence, jusqu’à mettre à nu les ressorts de la fiction.

 

      C’est dans sa suite romanesque titrée Kornél Esti que Kosztolanyi réunit ce qui était d’abord d’éparses nouvelles, formant ainsi une promenade fantasque peuplée de figures hautes en couleurs. Parmi la Budapest des années vingt, parcourue par le personnage éponyme, masque et alter ego de son auteur, le réalisme côtoie le fantastique et l’absurde. Car depuis l’enfance, l’écrivain et son étrange ami, « mon frère et mon contraire », se complètent, s’opposent : « c’est lui qui m’initia au mal (…) qui inocula l’ironie à mes sentiments ». Le premier lui propose : « Je suis la fidélité même. Toi, à côté de moi, tu es l’infidélité, le papillonnage, l’irresponsabilité. Fondons une firme. Que vaut l’homme sans le poète ? Et que vaut la poète sans l’homme. Soyons coauteurs ». Ce projet créateur devient un art poétique : « une biographie romanesque (…) Ne l’intègre pas à un quelconque récit stupide. Que tout reste comme il sied au poème : fragment. » Leurs styles sont, l’un « classique », l’autre « romantique » avec « beaucoup d’adjectifs, beaucoup de comparaisons », dont le premier supprimera cinquante pour cent. Infiniment facétieux, Kosztolani, peut-être flirtant avec le surréalisme, illustre à merveille le dédoublement entre l’auteur et son personnage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      En un tableau sans cesse renouvelé, le héros - ou anti-héros - fait connaissance avec la « société humaine ». Bientôt il éprouve le « mystère du baiser » d’une jeune fille, qui lui semble « une serpillère lourde et trempée » ; il a un mal fou à se débarrasser de son héritage, traverse toutes sortes de picaresques péripéties, y compris dans le milieu des journalistes et des poètes. C’est là que l’on retrouve notre fameux traducteur kleptomane, au chapitre XIV : « Dans lequel nous levons le voile sur les mystérieux agissements de Gallus, traducteur cultivé, mais dévoyé ». Nous apprenons avec surprise qu’il fait disparaître, de sa par ailleurs impeccable traduction, les bijoux des personnages, les lustres des châteaux : « il s’était approprié illégalement et indument dans l’original anglais 1 579 251 livres sterling, 177 bagues en or… » Pour reprendre le titre de Michel Foucault, où se trouve la limite entre les mots et les choses ? Comprenons qu’il sera bien difficile de ne pas succomber à l’humour de Kosztolanyi…

            Outre que chacun à leur façon ils répondent à la question Comment vivre ? Ou, La vie mérite-t-elle d’être vécue ? Ces Portraits sont ordonnés chronologiquement, de la sage-femme au fossoyeur, et, peut-être, hiérarchiquement, puisque l’écrivain est sacré bon avant-dernier : lui dont « les mensonges sont différents ; ils représentent plus que la vérité. » Tranche de vie, mode d’existence, scalpel sociologique, tout est finesse en ces courts entretiens, presque dialogues philosophiques, mieux que reportages journalistiques. Du diplomate à la domestique, ces vignettes des cœurs et des classes sociales sont pimpantes, attendries, parfois inquiètes, sinon cruelles. En fin de compte, sauf la choriste, chacun est plus vaniteux que l’autre, comme chez le barbier où l’on « admire son visage ».

 

 

      Le profil psychologique est rapidement saisi, non sans ironie, tel le hussard qui parle « de chevaux et de filles » et dont les amours durent « le temps de les berner ». En quelques mots, l’on sait tout des secrets du boulanger, comme de l’éboueur, dont l’observation des ordures permet de dire : « comprendre, c’est pardonner ».

L’humour caracole. Le souffleur de théâtre fut puni en classe pour avoir « soufflé ». Le maître-nageur « se tait comme une carpe (…) Il s’avère pourtant qu’il a le sang chaud ». Reste à découvrir l’élégante qui se confesse à géométrie variable devant la tombe de ses parents ; comme quoi la personnalité est faite de plusieurs tiroirs, changeants, pas forcément cohérents. Mais aussi le bibliothécaire, l’imprimeur, tous ces astres bien terre à terre qui composent le système solaire de l’écrivain…

      Quand les philosophes font profession de chercher la vérité -à moins qu’ils polissent des mythes et des utopies politiques- les écrivains de fiction sont forcément des menteurs. Le Hongrois Deszo Kosztolanyi est l’un des plus acharné d’entre eux, tout en se cachant malicieusement derrière les personnages d’Une Famille de menteurs. Parmi ces nouvelles volontiers loufoques, on ment au point de prétendre parler le chinois ou le français, par vanité, obstination et fantasme. Une « fille laide » correspond avec un potentiel amoureux et joint à sa lettre « la photographie de sa sœur cadette », d’ailleurs décédée, pour se payer d’une illusoire exaltation. Un tricheur qui sort de prison va jusqu’à tricher aux cartes avec son fils. Quant à la peur de la mort qui s’empare de très jeune gens devant le cadavre d’un bébé, elle n’est que le masque du désir. Le texte le plus brillant est peut-être celui où un comédien se joue d’ « une vie passée dans la beauté et la fange ». La nouvelle-titre est un festival de mensonges, entre un père incarcéré pour « détournement et falsification de fonds » et une famille qui donne un permanent spectacle peu à peu déjoué. Malgré l’amusement du lecteur, le pathétique enfle, entre récit psychologique et satire sociale.

 

 

      Une toute autre ambiance imprègne Venise[1], petit recueil bigarré, véritable pot-pourri, entre des citations de Byron sur les gondoles, de Goethe et Rilke, et la confession d’un mélancolique qui réussit son exil dans la cité des Doges, où « la vie est un théâtre »… L’art du récit bref, du fragment, excelle dans ces miniatures, qui ne peuvent que séduire et conduire le lecteur vers le plus vaste recueil de Deszo Kosztolanyi : son pas assez fameux et scandaleusement méconnu Kornel Esti. En filigrane, comme parmi les Portraits, qui sont pourtant ceux d’autrui, se lève un autoportrait avec son double et aux plusieurs volets. De celui qui a les vertus majeures de la curiosité et de l’empathie : Kosztolanyi lui-même, prestidigitateur du récit.

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Les parties sur Portraits et Une Famille de menteurs

ont été publiées dans Le Matricule des anges, juin 2013 et juin 2017.

 

[1] Deszo Kosztolanyi : Venise, traduit par Cécile A. Holdban, Cambourakis, 80 p, 8 €.

 

 

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 08:17

 

Villa Adriana, Tivoli, Latium, Italie. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Trois internats pour enfants,

 

trois degrés du totalitarisme.

 

Mariam Petrosyan : La Maison dans laquelle ;

 

Arthur Koestler :

 

Les Tribulations du camarade Lepiaf ;

 

Zivko Cingo : La Grande eau.

 

 

 

Mariam Petrosyan : La Maison dans laquelle,

traduit du russe (Arménie) par Raphaëlle Pache, Monsieur Toussaint Louverture, 960 p, 24,50 €.

 

Arthur Koestler : Les Tribulations du camarade Lepiaf,

traduit de l’allemand par Olivier Manonni, Calmann-Levy, 368 p, 21, 50 €.

 

Zivko Cingo : La Grande eau,

traduit du macédonien par Maria Bejanovska, Le Nouvel Attila, 224 p, 16 €.

 

 

 

 

      Les prisons éducatives et répressives sont de tous les régimes totalitaires, surtout s’il s’agit d’y enfermer des enfants et des adolescents. En un étonnant triptyque cosmopolite, que nous offrent les hasards de l’actualité éditoriale française, ce sont trois romanciers qui émeuvent, fustigent et angoissent le lecteur en bâtissant des murs  de pages étrangement et douloureusement habitées. L’Arménienne, Mariam Petrosyan, au moyen de La Maison dans laquelle, nous introduit dans les arcanes d’une « Maison » où ce sont essentiellement ces chères têtes brunes et blondes qui sont les créateurs et les vecteurs d’une « Loi » tantôt amicale et tantôt cruelle. Mais entre menace nazie et espérance communiste, l’ironie de l’Allemand Arthur Koestler, avec Les Tribulations du camarade Lepiaf, nous transporte dans un foyer pour enfants appelé « L’Avenir » ; quand le Macédonien Zivko Cingo, avec La Grande eau, clôt de murs infranchissables les plus beaux rêves enfantins, en une métaphore poignante du totalitarisme.

 

 

Mariam Petrosyan : La Maison dans laquelle

 

      Où se trouve cette « Maison » ? Mystère. L’on sait bientôt qu’à dix-huit ans il faut la quitter, toujours à son plus grand regret. Mais au lecteur il faudra une patiente persévérance, au long cours de quelques centaines de pages, pour comprendre qu’il s’agit d’un « internat pour enfants handicapés », ou bien inadaptés, rejetés, parmi lesquels on distingue les « Roulants » et les autres. On l’appelle la « Maison Grise » des « enfants-chiendents ».

      C’est un univers en soi, clos, exclusif : « Ils ne veulent rien connaître de ce qui se situe en dehors de la Maison ». Les plus casaniers réussissent à se cacher pour échapper à la migration estivale en car vers la mer, qui ne sera jamais un sujet de conversation digne d’intérêt. Il en est d’ailleurs de même du contenu des cours, jamais évoqué, des professeurs, jamais portraiturés. On pourrait croire que cette prison délicieusement consentie n’est que masculine, ignorante du sexe opposé, alors que les filles ne sont que des ombres de la bibliothèque, habitant un autre étage, plus lointain que la stratosphère ; quand, au milieu du livre, « la Nouvelle Loi » permet soudain de visiter les uns, les unes et les autres, de découvrir « Rousse », « Sirène », « Chimère », « Aiguille »...

      L’on vit par dortoirs, par confréries, d’où l’on exclut l’un, où l’on accueille les autres. Là règnent des conventions, des rituels, des interdits, des conflits et des complicités. Les clans se surveillent, s’affrontent, chapeautés par des mâles dominants  Même si l’on n’y est jamais seul, en un chaud collectivisme, en une lourde promiscuité, chacun peut se ménager des moments d’intériorité, sous ses couvertures, dans un coin de la cour, voire dans la punition de la « Cage ». Pour ses habitants, la « Maison » est l’espace d’une « enfance sauvage et libre », où ils peignent les murs, font de la musique, écrivent des poèmes, participent, en l’apothéose de la dernière nuit, à une « Nuit des Contes »…

 

 

      Les narrateurs alternent, même s’ils ne viennent que du quatrième groupe : « L’Aveugle », « Le Macédonien », « Chacal Tabaqui », « Fumeur », pour l’essentiel. Rarement, à l’exception de « Ralph », de « Requin », de « Marraine » ou de « l’ancien directeur », les éducateurs interviennent parmi ces voix, encore moins les professeurs ; quant au Directeur, il est plus que lointain, malgré une discipline erratique, une surveillance à l’occasion inquisitoriale. Les autres groupes d’enfants, parmi « Les Rats », « Les Oiseaux », « Les Chiens », « Les Faisans », plus jeunes, n’interviennent que sporadiquement, n’ont qu’une réalité inégale, malgré leurs surnoms tout aussi pittoresques, de « Feignasse » à « Limace », en passant par « Cher Ami », « Pisseur », « Beauté » ou « Eléphant »… Car personne ici n’a d’état civil ; le groupe, le chef octroie un nom de baptême afférant à une caractéristique physique ou morale, souvent dépréciatif. Ce qui donne lieu à des portraits parfois rapides, parfois intensément fouillés à l’occasion des personnages dominants.

      Aux côtés d’un réalisme apparemment omniprésent en ce fatras romanesque à l’organisation confuse, le fantastique innerve la « Maison », considérée comme un être vivant, à peine policée par une quelconque civilisation. Ses jeunes habitants, hantés de superstitions, se protègent avec de nombreuses « amulettes », comme « des petits crânes de rats enfilés sur une fine lanière de cuir ». Le « Macédonien »  est capable de « miracles », mais aussi de « malédiction » contre « Loup ». Quant aux « tombants et sauteurs, ce sont ceux qui sont capables de visiter l’envers de la Maison ». Au moyen d’opérations mentales inexpliquées, « L’Aveugle » animalisé visite « la forêt aux datura » qui lui sourit. La « Maison » recèle bien des lieux étranges, comme le « Sépulcre » où vivent « Rousse » et « Mort », comme le « Dépotoir » ou la « Chambre maudite », comme la Cave où l’on va parfois fouiller ses archives, car elle a « une histoire plus que centenaire ». De plus, parmi les habitants, corporels ou non de la « Maison », on dénombre les « Jérichonistes, dont la présence annoncerait apparemment la fin ». En ce sens, il y a quelque chose de gothique en ce roman-monstre, que l’on ne rattachera cependant à aucune école littéraire.

      Malgré la hiérarchie qui la gouverne, cette « maison » n’est pas un espace totalitaire. Tout juste pourrait-on la qualifier de prétotalitaire, dans la mesure où les libertés ne sont le plus souvent régies que par le groupe et sa tête plus ou moins inspirée, dans la mesure où les structures tribales de cette société primitive et chamanique génèrent des provocations masculines, des combats de filles, des assassinats irrésolus, comme celui de « Pompée », le chef des « Chiens », dont la gorge héberge soudain un couteau. Luttes de pouvoir entre les chefs de meutes, duel et « salve de coups » explosent entre « L’Aveugle » et Noiraud », auprès du « trône vacant de Pompée ». Meurtre rituel, sacrifice du bouc émissaire, les hypothèses sont légion -qui feraient palpiter la curiosité d’un René Girard[1]- parmi ce qui ne serait qu’allusivement une enquête policière, qui ne préoccupe que les adultes encadrants.

      L’énorme conte initiatique aux chambres et galeries innombrables est révélateur autant du spectre des rapports humains, au sens anthropologique, que d’une pensée magique et, cela va sans dire, du passage de l’enfance à l’âge adulte. Quoique le départ, aux dix-huit ans révolus, soit vécu comme un inéluctable déchirement. Seul l’ « Epilogue » s’ouvre aux « voix de l’extérieur », lorsque les personnages les plus essentiels donnent de leurs nouvelles, reviennent sur leur passé commun avec une prégnante nostalgie, voire visitent les maigres restes ruinés de la « Maison ».

      Malgré soi, le lecteur de cet énorme objet, tantôt anecdotique, tantôt palpitant, tantôt suffocant, brûlant, qui croît en puissance au fur et à mesures des chapitres, se découvre pris dans la toile d’araignée formée par Mariam Petrosyan. Ses personnages, d’abord peu sympathiques, voire répugnants, s’insultant à l’envi, et fauteurs de combats « homériques », deviennent attachants, au même rythme que l’on comprend combien ils ne sont pas seulement doués d’agressivité et de bassesse les uns envers les autres, mais d’empathie, de solidarité, sinon jusqu’à l’amitié la plus indéfectible. Ebauché à dix-huit ans, par une Arménienne (née en 1969 à Erevan) qui mit dix ans à l’écrire en russe, plus exactement à l’ourdir, ce roman comparable à nul autre ajoute une insolite et irradiante et sombre pierre de touche à bien d’autres récits sachant tisser un monde moins enfantin qu’il n’y parait. Quoique l’on puisse ici penser à une autre demeure littéraire fantastique : celle de Danielewski, La maison des feuilles[2].

      Un de ses narrateurs, qui est probablement en cela un alter ego de l’écrivaine, prépare ainsi son récit : « Je pris alors une inspiration et me replongeai dans le tourbillon sanglant de la Nuit la Plus Longue, dans ces ténèbres où les légendes de la Maison puisaient leur inspiration. Je plongeai et je nageai, remuant cette vase, ces os rongés qui constituent l’épine dorsale des mythes ». Douée d’un style étonnement plastique, du trivial et vulgaire au plus cultivé et raffiné, on ne doute pas que Mariam Petrosyan partage le crédo d’un de ses personnages, « Sphinx » : « Moi, ce qui me débecte, c’est celle [l’odeur] qui se dégage des mots vides, des mots morts ».

 

 

 

Arhur Koestler : Les Tribulations du camarade Lepiaf

 

      On glosera de longtemps sur l’identité des deux totalitarismes du XXème siècle : nazisme et communisme. En 1934, Arthur Koestler la pressentait-il ? En ses « tribulations », il va plus loin que le traumatisme infligé par Hitler. Né en 1905 en Hongrie, parmi une famille juive, il écrit d’abord en allemand, puis en anglais avant d’être naturalisé britannique, pour mourir en 1983 à Londres. Entre temps, son existence aura été secouée par le sionisme, un séjour en Palestine, d’autres en Union Soviétique, par des reportages pour un journal anglais pendant la guerre franquiste. Communiste en Allemagne à partir de 1931, il doit se réfugier en France. C’est là que, rédigeant un rapport sur la misère des enfants immigrés en centres d’hébergement, il imagine ce roman, dont le manuscrit, envoyé à un éditeur antifasciste en Suisse, ne parut jamais : on ne le trouva pas assez communiste. Retrouvé en 1950 par son auteur, il ne le jugea pas digne de  publication. Il fallut attendre 2012 pour le détromper, puis aujourd’hui en sa première et nécessaire traduction. Si l’antifascisme est flagrant dans Les Tribulations du camarade Lepiaf, l’on y devine déjà une sourde méfiance envers le communisme.

      Le lecteur est d’abord un peu réticent devant une composition brouillée. Le jeune Peter est coincé entre l’angoisse de ses parents juifs qui veulent le mettre à l’abri et l’attente d’un père adoptif, avant d’échouer dans un foyer près de Paris, appelé « L’Avenir ». Quant au « camarade Lepiaf », ce n’est qu’un congénère, parfaitement secondaire, abusivement éponyme. Les péripéties, conversations et controverses sont parfois oiseuses et répétitives. « Journal mural » et journaux intimes complètent l’alternance des points de vue. L’on sait que l’auteur s’appuya sur un travail documentaire lorsqu’il visita un tel foyer.

 

 

      Pourtant, une fois les fragments épars du tableau agrégés, cette micro-satire de société prend un relief étonnant. D’abord grâce aux personnages hauts en couleur : Roland le nain et Petit Hérisson, et les éducateurs : Clystéria, psychanalyste, férue de sa logorrhée, Furonclet, remplacé par Lampel et Moll, respectivement l’ouvrier et l’intellectuel. Entre les deux, Piete le Grand, Ulrich l’Opposition et Thekla l’Oie rouge. On devine les marqueurs politiques. Car les adolescents, au fait de la tyrannie hitlérienne et conscients de l’impéritie de la direction, s’érigent en « membres du collectif », fomentant « compétition socialiste pour l’épluchage des pommes de terre », « grève et insurrection armée », montant un procès pour « acquitter le voleur de chocolat victime du capitalisme ». La phraséologie marxiste-léniniste est redoutable. L’on conçoit, à l’issue d’une fin ouverte, combien « L’Avenir » du foyer est d’une corrosive ironie.

      La gabegie grotesque devient en effet satire au vitriol. Les polémiques politiques sont le reflet de celles des adultes, les méthodes d’éducation sont conspuées, en un condensé des « luttes de faction » de l’époque. Malgré l’apparence farfelue, le roman reste réaliste, troublant constat de la misère d’avant-guerre. Les enfants politisés à outrance, ou définitivement « bourgeois », ne sont en rien idéalisés, non loin de ceux qui peuplent l’île de Sa Majesté des mouches de William Golding[3]. On doute alors que ces futurs adultes, s’ils survivent, préparent une génération meilleure que celle de leurs parents. Celui qui rêve de devenir un « vampire » quand il sera grand peut apparaître comme une prémonition du totalitarisme rouge.

      Plus tard, Arthur Koestler fournira des romans plus solidement composés : Spartacus[4], récit des révoltes d’esclaves dans l’empire romain, et surtout Le Zéro et l’infini, écrit à la suite des procès de Moscou de 1938, qui met en scène la descente vers l’exécution d’un commissaire du peuple, roman emblématique de sa définitive perte de foi envers tout communisme : « Le Parti niait le libre arbitre de l’individu -et en même temps exigeait de lui une abnégation volontaire ». La conclusion est sans appel pour qui prétend penser en dehors de la doxa et user de son esprit critique : « Un second coup de massue l’atteignit derrière l’oreille. Puis tout fut calme[5] ».

 

 

Zivko Cingo : La Grande eau

 

      « Que je sois maudit », répète sans cesse le jeune narrateur de La Grande eau. Il y de quoi en effet, maudit par une tyrannie communiste qui ne dit d’abord pas son nom, inexorablement enfermé entre d’immenses murs. En cet orphelinat, dont le nom par abject euphémisme est « Clarté », Lem est l’un des enfants de troupe d’un régime qui prétend avoir vaincu le « fascisme ».

      Au-delà -à moins qu’il ne s’agisse que d’un rêve- « la Grande Eau », aimante les aspirations à la liberté. N’est-ce qu’un lac, ses vagues sont-elles celles de la mer ? Plus loin encore s’élève le mont « Senterlev », fabuleusement ensoleillé. Tout ce que l’on voit au travers des « fentes »  du mur, ou que l’on croit voir... Comme cette image de la « Vierge », qui passe de main en main, de poche en poche, au pouvoir érotique fascinant, jamais retrouvée par les gardiens.

      Plus encore que de lui, Lem parle sans cesse de son ami, Isaac, « fils de Keiten », sans cesse torturé. Sera-t-il infiniment puni pour avoir volé un « bout de bois », et pour y sculpter une « mère » ? Car au-dessus du petit peuple des orphelins, rongés par les poux,  règne un Directeur volontiers violent, doté d’une main brutale, Trifoun Trifounovski. Lem est cependant pétri d’admiration pour ce dernier, de surcroit objet de l’enthousiasme général, lorsqu’il récite un poème vantant le « travailleur de choc ». Et bien des « éducateurs » : Olivera, sous-directrice cruelle, si fière de sa « culotte rouge » soudain (oh, scandale !) disparue ; le « sonneur », gardien du sommeil et du réveil, armé de cloches et d’une barre de fer. Sous leur férule, « personne n’avait droit d’avoir sa volonté, ses pensées ». Sans compter les délateurs qui fourbissent leurs dossiers : « Le monde entier est rempli d’intentions bienveillantes, oh, dont nous mourrons ! », phrase digne des plus judicieuses ironie et philosophie politique…

      Nous avons compris qu’il s’agit là, en réduction, d’une métaphore de l’univers totalitaire. On vénère et souille l’image du « Généralissime », qui n’est autre que Staline, on éduque, à travers de complexes leçons de morale, au bienfondé d’une « société égalitaire », dans laquelle pleuvent les châtiments et les humiliations. Une sorte de kafkaïenne « colonie pénitentiaire » dévolue à un petit peuple d’enfants sacrifiés. Au point de devoir se demander si l'enfance est le berceau du totalitarisme...

      Conduit par une écriture obsédante, parfois outrageusement répétitive, d’une redoutable efficacité, Zivko Cingo, Macédonien né en 1932 et mort en 1987, enferme le lecteur entre les murs de la tyrannie et de l’injustice, au moyen d’une prose épique, traversée de soudains éclairs de lyrisme, à l’occasion des rêves, ou du « talent » impromptu d’un orphelin.  À tel point que l’on est soulagé de refermer un livre si tragique, dont on n’a pourtant pu quitter les pages, un mémorable apologue d’une bouleversante acuité. Cette enfance emprisonnée, conditionnée par une discipline de fer, ne prépare que des vies de malheureux, que des vies de délateurs et de tyrans. À moins que leurs rêves sachent les en sauver…

 

 

      Les enfants sont -on pardonnera le truisme- l’avenir de l’humanité, l’être humain de demain. Ce pourquoi les sociétés enfantines et primitives exigent d’être civilisées. Ce pourquoi l’éducation totalitaire modèle d’abord ses orphelins, dégagés de l’influence délétère de la famille clanique et individualiste, de façon à obtenir un homo communistus, voire un homo islamicus. L’on sait pourtant, et heureusement, que les résultats ne sont pas toujours garantis. Si cette dernière formule est également vraie dans le cadre d’une éducation humaniste et universaliste aux Lumières et aux libertés, il n’en reste pas moins qu’en dénonçant, chacun à leur manière, des systèmes d’éducation erratique, brutaux et uniformément idéologiques, nos trois auteurs plaident en creux, car sans explicite, pour une éducation telle que le droit naturel et la dignité humaine puissent permettre aux libertés et au raffinement culturel de se développer.

 

Thierry Guinhut

La partie sur A. Koestler a été publiée dans Le Matricule des anges, juillet 2016

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Voir : René Girard : Des Choses cachées depuis la fondation du monde, Grasset, 2001.

[3] William Golding : Sa Majesté des mouches, Gallimard, 1956.

[4] Arthur Koestler : Spartacus, Calmann-Lévy, 2006.

[5] Arthur Koestler : Le Zéro et l’infini, Le Club Français du Livre, 1949, p 360, 373.

 

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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 13:15

 

Bois Henri IV, La Couarde, Ile de Ré. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Stefan Brijs,

l’esprit de la guerre et de la science :

 

Courrier des tranchées, Le Faiseur d'anges.

 

 

Stefan Brijs : Courrier des tranchéesLe faiseur d'anges,

traduits du néerlandais (Flandre) par Daniel Cunin,

Héloïse d’Ormesson, 2015, 464 p, 23 €, 2010, 592 p, .

 

 

      Il suffit à Stefan Brijs de deux romans aussi sombres, voire noirs, que de lecture aisée pour ausculter l’esprit de la guerre et de la science. Visiblement il ne porte aucune des deux en haute estime, ce que l’on peut comprendre pour la première, mais bien moins pour la seconde. Un jeune homme vit son inquiet roman de formation dans l’Angleterre contemporaine de la Grande Guerre et se fait observateur du Courrier des tranchées. Un médecin pratique des expérimentations génétiques pour le moins risquées en ce Faiseur d’anges qui fait de lui l’héritier des « faiseuses d’anges », ces avorteuses désignées par euphémisme. Deux romans excitants pour l’intellect, quoique désespérés.

 

      Rien de trop volontairement sensationnel en ce Courrier des tranchées. Plutôt que de nous plonger ex abrupto dans l’enfer bien connu des tranchées de la guerre 14-18, le romancier choisit de se pencher sur le regard de l’arrière, sur ceux qui restent en une Angleterre menacée jusque dans ses ports, voire jusqu’à Londres, et saignée à grands flots par les troupes de jeunes gens qu’elle envoie au front. Deux personnages opposés sont au centre de l’intrigue : John Patterson et son ami Martin Bromley, du moins celui qu’il pense devoir rester son ami. Le premier préfère la paix des livres et de la littérature, digne héritier de sa mère décédée et de son père qui constitue une splendide bibliothèque qu’il ne lit pas et calfeutre contre la guerre, en toute fidélité pour la disparue. Le second est son frère de lait, un trop jeune garnement, voire un délinquant, qui ne rêve que d’endosser l’uniforme et qui y parviendra grâce à une douteuse entourloupe. L’affaire se complique lorsque la jeune fille, Mary, que convoite amoureusement John, parait céder aux avances des uns et des autres. Amitié et amours contrariés façonnent rudement le développement intellectuel et affectif de notre jeune héros, d’autant que, bientôt, son père, facteur de son état, miné par les avis de décès militaires qu’il doit livrer à la pelle, omet de remettre à la mère de Martin un courrier affligeant…

      Au-delà du chassé-croisé sentimental, le tableau de l’époque est parfaitement mis en scène. Autour de John la pression est considérable : ne pas s’engager est vu par ses camarades, par la société entière, par les femmes, comme une indigne lâcheté. C’est à un autre courage que se livre William, un condisciple de John, en envoyant aux journaux une lettre ouverte qui ne sera jamais publiée, mais qui dénonce avec une furieuse acuité le bellicisme ambiant ainsi que les manipulations du gouvernement et d’une propagande  éhontée.

      A cet égard la seconde partie, plus mince, est un peu moins convaincante. Cerné par les fins tragiques de ses proches, notre jeune narrateur s’engage et patauge parmi les champs boueux et macabres des tranchées. Il devient l’ordonnance d’un officier, qui, passionné de botanique, lui confie : « Il faut savoir se satisfaire du moindre témoignage de beauté ». C’est au cours d’une excursion entre les champs de bataille qu’avec joie de dernier trouve la fleur de la « vinca minor », avant de réaliser qu’elle a poussé entre les doigts d’un cadavre… Dans l’abri d’une tranchée, il s’extasie devant un œuf de merle, ce qui donne l’occasion aux deux militaires de communier dans le souvenir de la poésie de John Keats: « Un objet de beauté est une joie éternelle ». Ce qui est un leitmotiv du roman puisque les Lettres de Keats à Fanny Browne ne quittent jamais notre jeune héros, souvenir de sa mère et lien imaginaire avec cette Mary qu’il n’aime qu’avec l’idéalisation illusoire de son ardent désir, sans l’ombre du moindre succès.

      Alors que son père était « un collectionneur qui ne lisait pas », il est « devenu un lecteur qui ne collectionne rien ». Fort heureusement, le romancier a su collectionner pour nous une vie, un monde, quoique également brisés. Le roman d’éducation, profondément déceptif, est cependant un torrentiel tableau d’une époque orageuse. Son réalisme scrupuleux, son art consommé d’une narration solidement classique ne font tout de même pas de Stefan Brijs un brillant styliste, alors qu’il sait avec sûreté saisir son lecteur entre ses griffes, comme dans son précédent volume, aux menaces fort différentes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Ne vous fiez pas à l’incipit apparemment conventionnel de ce Faiseur d’anges, avec juste ce qu’il faut de suspense. Un Docteur débarque dans une ville frontalière (entre Belgique, Pays-Bas et Allemagne) en étonnant les braves gens. N’a-t-il pas, comme son père, un « bec de lièvre » et, dit-on, trois bébés jumeaux dont les cervelles ressemblent « A une noix. Mais en bien plus gros. Et tout visqueux. » On prendra la chose pour de stupides commérages…

      Mais gare ! Ce roman va bientôt, et dans un crescendo efficace et crédible, nous emporter vers une fin proprement hallucinante. Car notre mystérieux et peu sympathique Docteur, souffrant du syndrome d’Asperger (difficulté à ressentir des émotions, à différencier le bien et le mal, à communiquer) même s’il sauve d’abord un enfant, finit par nous délivrer le secret de son enfance martyre, puis de sa vocation : la médecine, le clonage. Ainsi les trois bambins, élevés par une aimable institutrice, ressemblent-ils violemment à leur père, sans pouvoir espérer d’échapper au vieillissement accéléré. Notre Docteur se révolte contre « une faute commise par Dieu, une erreur qu’il convenait de réparer ». Autour de lui, on s’inquiète : « Fallait-il freiner un génie au motif qu’il montrait des signes de démence ? » Avant de peut-être parvenir à affiner sa technique pour un couple en mal d’enfant perdu, son mysticisme délirant le poussera au sacrilège suprême au bout d’un chemin de croix… Ce que l’habitué de la culture flamande pourrait lire comme une mise en scène digne de l’enfer de Jérôme Bosch.

      Bien sûr, on peut lire cette fiction d’abord réaliste, qui culmine cependant parmi le fantastique et la science-fiction, en ce sens ressortissant du réalisme magique, comme une réécriture du mythe de Frankenstein[1], dans une vision où l’aventure scientifique ne peut rivaliser avec Dieu et ne mène qu’au désastre, selon une tradition morale, bien établie, trop bien établie. En ce sens, il est permis de considérer ce roman comme un brin réactionnaire, déniant à l’homme le droit de corriger la nature, le droit de prendre des risques pour améliorer ses enfants. Si l’on est en droit de trouver Stefan Brijs excessif dans son propos mystique et antiscientifique, il a mérite de poser d’indéniables problèmes éthiques.

 

      Critique de l’emballement de ceux qui se prennent de passion pour la guerre, des dérive d’une science sans conscience qui n’est que ruine de l’âme, pour reprendre Rabelais, notre romancier néerlandais, né en 1969 dans le Limbourg belge, est bien un humaniste. Si son Faiseur d’anges était une réussite, quoique empreint d’un double anathème contre le viol de la nature par la science et contre les scientifiques sans âme, anathème passablement excessif, son Courrier des tranchées, plus simplement réaliste, à mi-chemin du roman historique et du roman d’initiation d’un jeune homme, passera pour une radiographie, pleine d’humanité, d’une époque terrible.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Voir : Lecture du mythe de Frankenstein

 

Bois Henri IV, La Couarde, Ile de Ré. Photo : T. Guinhut.

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7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 09:15

 

Monasterio Santo Domingo de Silos, Burgos. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Peter Nadas, les Histoires parallèles

 

de la mémoire,

 

ou la mélancolie des sirènes

 

 

 

Peter Nadas : Mélancolie, Chant de sirènes,

traduits du hongrois par Marc Martin, Le Bruit du temps, 2015, 80 p, 15 €, 120 p, 18 €.

 

Peter Nadas : Histoires parallèles,

traduit par Marc Martin, Plon, 2012, 1152 p, 39 €.

 

 

 

      L'Europe centrale aurait-elle accouché de son écrivain proustien ? Les Histoires parallèles du Hongrois Peter Nadas font chanter les sirènes de la mémoire et de la mélancolie. Un roman interminable, parmi une trilogie, fait se heurter des personnages pléthoriques, une pièce de théâtre aux vers homériques jette les sirènes d'Ulysse dans une mer pourrie. Seule une patience angélique paraît idoine pour glisser l’entendement du lecteur en ces chaos lentement structurés. À moins que de plus modestes portes s’ouvrent afin de tenter de l’apprivoiser. Peut-être est-ce ainsi qu’il faut lire cette Mélancolie, médusée devant un tableau de Caspar David Friedrich…

 

      Les Anciens appelaient ekphrasis la description d’une œuvre d’art. L’archétype en est celle du bouclier d’Achille dans l’Iliade[1]. Partagé en deux, ciel chargé de nuées d’une part et roches maritimes de l’autre, le tableau de Caspar David Friedrich, intitulé « Rivage au clair de lune », s’ouvre sur deux infinis. Mélancolie de Peter Nadas semble au premier abord ne vouloir être qu’un exercice de regard. Pourtant sa modestie première, peu à peu, s’enfle en une cosmique dimension, à mi-chemin du poème en prose et de l’essai philosophique.

      Dans l’amas sombre des nuages, l'auteur hongrois voit un visage, une « horrible Gorgone », voire l’autoportrait au fusain « où Caspar David Friedrich campa son regard dément ». Mais aussi le « Protée » homérique, ce « Vieux de la mer[2] », dont l’Odyssée conte la sortie des eaux, friand de métamorphoses et de violences. Ainsi le mince feu de naufragés, ou de pêcheurs, sur un rocher à marée basse, stimule la réflexion métaphysique, entre être et non être. Car « nous sommes des chercheurs d’abri », sur « une route des ténèbres à la lumière et de la lumière aux ténèbres ». Parmi l’espace ordonné et le chaos qui nous entourent, « le point fondamental de la mélancolie est ce retour effectué sur ordre protéen ». Entre expérience et oubli, entre souvenir et imaginaire, le mythe et la culture offrent leur « troisième dimension à l’espace des dimensions de l’existence et de la non existence ». Le rapport qui unit et sépare la peinture et l’écriture dépasse bien évidemment le simple « Ut pictura poesis[3] » d’Horace (« la poésie est comme la peinture »). Lessing est passé par là, constatant en 1763 dans son Laoccon[4], l’irréductibilité des deux arts…

      Mais au-delà du tableau, auquel il trouve plus d’un centre, une autre mélancolie pointe, celle de l’impuissance de l’observateur et du langage : « tout ce qu’on sent, c’est la manière dont on pourrait parler si les mots ne nous manquaient ou ne nous abusaient : tel est le propre de la mélancolie. » Cette dernière, de surcroit, est une « activité », qui « tend à établir des correspondances entre les images de ses sentiments et les concepts de son savoir ». Le lecteur ne sera pas surpris de découvrir que Peter Nadas s’appuie sur le livre fameux de son compatriote Foldenyi, intitulé également Mélancolie[5], quoique abritant un plus vaste et bouillonnant traité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Notre lecteur d’Homère n’en a pas fini avec la mélancolie de Protée et des « dieux des mers », au point qu’il consacre à l’Odyssée une réécriture satirique : Chant de sirènes. Il s’agit là d’une bien étonnante pièce de théâtre, du moins du cinquième et avant-dernier épisode d’un spectacle commandé par le Théâtre de la Rhur, qui, en 2010, avait invité six auteurs de nationalités différentes à œuvrer sur le thème suivant : « Ulysse, de retour à Ithaque, ne reconnaît plus son île natale ». Ce qui aurait pu sembler un pensum académique devient sous la plume de Peter Nadas un drame satirique virulent, un dantesque enfer contemporain.

      Perséphone et Hadès mènent le bal, entre Mères et Fils, entre « mouches à viande grosses comme des chihuahuas », soldats et « blessés à l 'agonie », alors que des trios humains errent sans pouvoir ni communiquer ni exprimer des sentiments, aussitôt moqués par le chœur des Néréides. Sur la mer « polluée par de déchets industriels, / l'aurore aux doigt de rose / point encore » sur les camps de réfugiés, tandis que l'apocalypse de l'Histoire du XXème siècle ravage l'humanité. La pièce culmine avec la victoire immonde des « petits vieux révolutionnaires », Bakounine, « le père à longue barbe des attentats », Robespierre, au moi « enkysté ». « Terroriste », on se voue « à la liberté, fût-ce aux dépens de la liberté ». Ainsi les vieux systèmes totalitaires dévorent l’humanité. Ainsi les fils tuent leur vieux père Ulysse, sans qu'il ait « trouvé le chemin d'Ithaque ». Les dieux homérique approuvent le dénouement de la tragédie : « Tout le monde a faim et le monde est vide, / Dévasté à toutes les sauces. »

      D'une manière plus qu'ironique, l'écho de l'Enfer de Dante a contaminé l'épopée homérique en intégrant les pires génocides de notre temps enfantés par les utopies. L'impressionnante réécriture oscille entre pastiche et parodie. La poésie chante et raille, quand seules les sirènes de la déréliction engluent spectateur et lecteur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      De même, l’Europe déploie et enchevêtre dans les romans de Peter Nadas « les scènes primitives de son passé ». Les mille cent trente pages d'Histoires parallèles sont une pâte feuilletée de personnages, qui évoluent entre la Première Guerre mondiale et les destinées contrariées de l'amour et du sexe. Peter Nadas avoue volontiers avoir eu besoin de dix-huit ans pour patiemment tisser ce roman. Roman-somme entre tous, il agrège le policier et l'épique, le panorama historique, la saga familiale, l'amour charnel et éthéré, l'intime et l'exhibitionnisme. Au point qu'un épisode masturbatoire soit narré avec une gourmandise précieuse, qu'une copulation soit étirée sur quatre jours et cent quarante pages, avec une précision anatomique à la limite de la technicité et de l'extase.

      Une bonne centaine de personnages se croise et se disperse, depuis l'incipit dans le Berlin des années 90 (où  l'on découvre avec Döhring, à l'occasion de la chute du Mur, un mort affalé sur un banc) et la Budapest des années 60. Entretemps et autres motifs en mosaïques, on aura visité un camp de concentration nazi, une enclave homosexuelle sur « l’île Marguerite » au milieu d'un fleuve, des mères névrosées et des familles qui étranglent l'individualité et la liberté, mais aussi l'insurrection hongroise de 1956 qui se souleva contre l'oppression communiste. Ainsi la narration fonctionne comme une débâcle d'îlots en archipels, qui ne permettent que des histoires « parallèles » et inachevées, des confrontations irrésolues : que deviennent par exemple Gyöngyvér et l'homme qui est au lit avec elle, et qui « constatait qu'assassiner le stimulait davantage que faire l'amour », alors qu'ils prennent plaisir à l'ondinisme ? Comment se résoudra le jeu de dupes entre trois anciens camarades de pensionnat qui se sont fait tous les trois espions ?

      Du « Territoire muet » au « Souffle de la liberté », en passant par « le fin fond de la nuit », il n’est pas du tout certain qu’un « Jugement dernier » puisse racheter les meurtres parmi les camps. Là où « le fichier à des fins d’hygiène publique », permet d’asseoir « le système d’épuration raciale », au point que Von der Schuer se prenne à rêver : « ce sont les fichiers de Dieu qu’il nous faudrait ». Hélas pour ceux qui voudraient appeler « L’ange de la vengeance », « sans criminels, leur lutte contre les criminels n’aboutirait pas ». La quête mémorielle de Peter Nadas est un labyrinthe aux sombres lueurs criminelles, sexuelles et difficilement métaphysiques…

 

 

      Une langue sensuelle et minutieuse, un système d'échos complexe, parmi lequel le leitmotiv de la solitude semble central, qu'il s'agisse de celle des amants ou de celle de ces enfants livrés aux expérimentations de biologie raciale nazie, ou encore de Döhring obsédé par le passé trouble de sa famille au cours de l'holocauste, par le « Liebestod » des images insupportables des massacres... Sommes-nous devant un chef-d'œuvre qui nous échappe encore ? Initialement paru en 2005 en Hongrie, ce roman monstre fit alors scandale, autant par sa forme que par l'émulsion d'une sexualité sans fard et du volcanisme mémoriel réveillé. Comme ce que nous nommons chaos faute d'en maîtriser la structure et la logique, probablement ces Histoires parallèles sont-elles le sommet du triptyque composé avec l'également torrentiel Livre des mémoires[6]et le plus modeste et autobiographique récit La Fin d'un roman de famille[7].

 

      Etrange et opiniâtre Peter Nadas... Né en 1942 à Budapest, il vit son œuvre couronnée par le Prix de littérature européenne dès 1995. Comment un aussi petit pays que la Hongrie a-t-elle pu engendrer tant d’écrivains fabuleux depuis un siècle ? Dezsö Kosztolanyi[8], Ferenc et Frigyes Karinthy[9], Imre Kertész[10], Laszlo Krasznahorkai[11]… La puissance de la mélancolie créatrice n’est certainement pas pour rien dans la trajectoire complexe autant que séminale de Peter Nadas. Lui aussi est une sirène fascinante dont le chant romanesque et poétique n’a pas fini de nous hanter…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

                


[1] Homère : Iliade, XVIII, 478-617, Garnier, 1960, p 345-348.

[2] Homère : Odyssée, IV, 386, Garnier, 1960, p 53.

[3] Horace : Art poétique, vers 361, Œuvres, Janet et Cotelle, 1823, p 442.

[4] Lessing : Laocoon, Hermann, 1990.

[6] Peter Nadas : Le Livre des mémoires, Plon, 1998.

[7] Peter Nadas : La Fin d’un roman de famille, Le Bruit du temps, 2014.

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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 16:31

 

Sierra de Bernera, Aisa, Alto Aragon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Entre polar baroque et veine fantastique,

 

le roman monstrueux de la conscience balte :

 

Ricardas Gavelis : Vilnius poker.

 

 

 

 

Ricardas Gavelis : Vilnius poker,

traduit du lituanien par Margarita Le Borgne,

Monsieur Toussaint Louverture, 544 p, 24 €.

 

 

 

      Venu des tréfonds de l’Europe, voici un opus sombre, inquiétant, monstrueux. En un mot : fascinant. Il émane d’ « au-delà des barbelés » du goulag, ravivant le passé de la Lituanie, entre chape de plomb soviétique et indépendance rêvée. En autant de parties, quatre voix effectuent cette descente aux Enfers littéraire, se débattent à la recherche d’une liberté impossible : Vytautas, l’ex-prisonnier, au sexe de « bête couvert de cicatrices », Martynas, auteur d’un « Extrait des marmoires », la blonde Stefania, enfin la « Vox canina » d’un étrange chien philosophe.

 

      Vytautas Vargalys, qui est peut-être le double de son auteur, n’est-il qu’un narrateur paranoïaque ? Dans un immense et labyrinthique monologue intérieur, seulement parfois coupé de dialogues, il exhibe sa personnalité trouble, ses errances dans Vilnius, la capitale lituanienne, sa brève passion pour une « Circé des carrefours ». Epié, pense-t-il, par une « organisation fantomatique », il se fait embaucher par la bibliothèque, parmi les « informaticiens sans ordinateurs », chargés d’un catalogue absurde et inaccessible, mais pour « mener [son] enquête clandestine ». Qui sont-ils ? Tous ceux qui, au cours de l’Histoire, ont incendié des livres. Ils ont pour « but de kanuk’er les gens, de les priver de leur cerveau et de leur résolution ». À moins qu’ils soient l’allégorie du communisme qui vampirise la Lituanie, « des suppôts de Satan -tous ces Staline, Hitler, Pol Pot »… Au cours de cette quête des entités malfaisantes qui menace la raison de Vytautas, seule la jeune, séduisante -et presque nabokovienne- Lolita parait lumineuse (il aime « le jazz de ses paroles »), si elle n’est pas un leurre dangereux. Elle participe à la tension érotique, parfois obscène, en aimant ceux qui sont marqués « par les glyphes du malheur ». En effet, l’anti-héros ne poursuivra son errance que jusqu’à son arrestation, sa disparition, probablement dans les « caves du KGB ».

      Suite à la confession tourmentée de Vitautys, qui remplit les deux tiers du volume, les témoins présentent leur version du drame. Son collègue Martynas est un penseur, un bavard. Cerné par le « Pouvoir Exécutif des Grabataires », il aiguise son réquisitoire contre Vytautas : ce dernier est bien l’assassin de Lolita, démembrée, dépecée, dont il ne reste d’intact que « le mont de Vénus ». Stéfania, la « fille de la campagne », au contraire, le disculpe. Quant à celui qui s’est réincarné en chien,  comme en écho du fameux « Colloque des chiens[1] de Cervantès, il pense qu’elle « portait le parfum du suicide ». Sous les feux sombres de ces trois projecteurs mentaux, Vytautys reste un mystère urbain, une conscience politique brisée, un trou noir métaphysique. Quant à Vilnius, elle est également un personnage polymorphe, hallucinatoire, menteur, rusé, dont Vytautys est « la clé du code ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

            En ce roman touffu, profus, crépusculaire, dépourvu des balises que seraient de plus précis chapitres, l’atmosphère sourde, vibrionnante de menaces réelles et fantastiques, est évidemment une transfiguration, sur le plan du fantasme, de la tyrannie totalitaire opposée à la conscience de l’artiste. À la lisière du roman policier baroque et du réalisme magique, la prose de Gavelis est une pieuvre au mille bras imagés et dangereux. Ainsi, l’écrivain agit sur le lecteur comme un Kafka qui aurait gonflé, pourri de l’intérieur, comme un Borges qui aurait joué au poker avec les poupées vaudou de ses personnages…

 

      On comprend alors pourquoi, malgré la compacité proliférante du roman, Vilnius Poker fut reçu à sa sortie en 1989, comme un incendie littéraire, rallumant les noirceurs de la traumatique occupation soviétique dans les pays Baltes, reçu comme une catharsis sans pitié et nécessaire. Soudain Ricardas Gavelis (1950-2002) comble un vide dont nous ne savions rien, affame une curiosité nouvellement née pour son théâtre, ses nouvelles, ses romans aux titres toujours anglophones, comme The Last Generation of People on Earth. Trop tôt disparu, il hante les bibliothèques de l’angoisse métaphysique et politique. Sans oublier l’appel salvateur de la liberté créatrice.

 

Thierry Guinhut

Article publié dans Le Matricule des Anges, avril 2015

Une vie d'écriture et de photographie

 

 


[1] Miguel de Cervantès : « Le Colloque des chiens », Nouvelles exemplaires, La Pléiade, Gallimard, 2001.

 

Book cover © Gosia Herba 2014

 

 

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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 19:44

 

Monument aux morts, La Couarde-sur-mer, Île de Ré. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Laszlo Krasznahorkai :

La Venue d’Isaïe, Guerre & guerre :

le vent du chef d’œuvre ?

 

 

Laszlo Krasznahorkai : La Venue d’Isaïe, Guerre & guerre,

traduits du hongrois par Joëlle Dufeuilly,

Cambourakis, 32 p, 6 €, 368 p, 24 €.

 

 

 

      « Un manuscrit, naturellement ». Ainsi Umberto Eco, au fronton du Nom de la rose, présente-t-il l’histoire d’Adso de Melk, roman historique et policier dans lequel le rire d’Aristote hante la bibliothèque. L’artifice du manuscrit retrouvé sillonne la littérature : entre Potocki -son Manuscrit trouvé à Saragosse- et Cervantès glanant les feuillets arabes de Ben Engeli pour son Don Quichotte, l’écriture romanesque fourmille de ce topos, jusqu’aux plus contemporains écrivains. De même, le personnage principal peut lui aussi découvrir un manuscrit, le lire et le transmettre, comme Korim, dans Guerre & guerre. De ce Hongrois né en 1954, Krazsnahorkai, nous découvrons avec stupéfaction le sixième volume traduit en France. Peut-être s’agit-il du roman fondamental, ébouriffant, en quelque sorte annoncé par un prophète de malheur pitoyable dans La Venue d’Isaïe. Est-ce alors le vent du chef d’œuvre que nous sentons souffler, ou une outre gonflée de vent ?

 

      Peut-être vaut-il mieux commencer par La Venue d’Isaïe, ce prologue d’un opéra vériste, dans lequel Korim annonce, parmi les clients et clodos enlacés d’un sordide buffet de gare et à un « ange » d’une creuse banalité, rien moins que la disparition de « toute forme de noblesse, de grandeur, d’excellence ». Pire encore, l’humanité, au-delà de « raison et lumière », est menacée par un avenir où « le mal serait tout aussi absent que le bien ». Parmi le « chaos de crasse » du lieu, « ombre et poésie » surgissent maladroitement de « la masse visqueuse et grouillante de larves de syllabes ». Parlant à l’intention d’un « secrétaire céleste et terrestre », le prophète commence « le douloureux inventaire de tout ce qui avait disparu avec cette Atlantide : […] ce qu’étaient l’innocence, la probité, la générosité, la compassion, ces milliers d’histoires d’amour et de liberté si émouvantes »… Tout fout-l’camp, j’vous dis, ma pauv’dame ! Le mythe de l’âge d’or a bon dos dans l’affaire, même si l’on est en droit d’accuser une humanité qui sut mettre en scène guerres et holocauste autour du vortex hongrois. Nonobstant le magma prophétique et pré-apocalyptique passablement grandiloquent, l’opuscule est d’une impressionnante et sombre beauté. Le suicide pitoyable et raté de Korim clôt ce qui n’est en fait qu’un préambule pour Guerre & guerre. Glissons alors joliment ce récit en forme d’enveloppe dans le rabat de couverture prévu à cet effet, comme si nous postions la révélation de Korim dans le dos ailé de sa tétralogie angélique…

      L’auteur de La Mélancolie de la résistance[1], réactive, dans une atmosphère cendreuse, le dépressif personnage de Korim, « petit archiviste travaillant au fin fond de la province hongroise » et clodo presque beckettien. Cette fois il a quelque chose d’un peu plus concret à annoncer : un manuscrit anonyme -mais peut-être d’un certain Wlassich- découvert dans un dossier numéroté lui enjoint d’être révélé au monde, à la postérité. Peut-être guidé par le dieu Hermès, il enchaîne les péripéties que lui ordonne et provoque sa folie obsessionnelle, avant d’échouer dans ce qu’il pense être le nombril du monde : New York où il a « placé sa vie au service de l’art ». Sarvary, un trafiquant de drogue, lui loue une chambre pour qu’il puisse s’initier à l’ordinateur et confier à « l’éternel Internet ce magnifique texte poétique » jusque-là oublié, et dont il assène en même temps la teneur à Maria, la servante et partenaire de lit portoricaine de son logeur et « interprète », qui ne le comprend pas, hors quelques mots d’anglais qui parsèment le récit.

      Monologue intérieur et dense prolixité, sans compter des digressions et considérations un brin oiseuses, de banals événements secondaires racontés par le menu (on n’ignore rien du vol du Boeing ou du fonctionnement d’un ordinateur), des répétitions et récapitulations à la Thomas Bernhard, voilà qui permet d’entrer dans les méandres et les strates d’un cerveau double, de celui du Korim à celui du romancier introuvable. Mais aussi d’y cimenter le lecteur, englué dans les circonvolutions d’une langue tour à tour séduisante et pâteuse. Difficile d’abord de se sentir le complice, l’ami du narrateur qui ne nous laisser guère de légèreté, d’humour, assuré qu’il est de la gravité de l’entreprise. D’autant qu’il faut attendre la page 105 pour entrer enfin en ce fameux manuscrit, où sont enfin les plus belles pages…

      Qui trop embrasse, mal étreint, dit-on. Annoncer avec toutes les grandeurs symphoniques la venue d’un livre plus que biblique, une somme indispensable à l’humanité, ne peut être que dangereux pour l’écrivain. Malgré les moyens considérables de Krazsnahorkai, son souffle indéniable, sa culture et son phrasé haletant, le lecteur est en droit de se demander jusqu’où il a les moyens de sa prétention. Les longs paragraphes numérotés faits d’une seule phrase, « une phrase monstrueuse et infernale qui engloutissait tout », le ton comminatoire du chef d’œuvre annoncé -opus sacré ou palimpseste raté on ne sait- et qui n’est que peu à peu révélé dans toute son ampleur, mais pas dans toute sa réalité, peuvent épuiser la bonne volonté du lecteur. Qui, à bon droit, se demande par instant si on ne lui pas vendu le vent pour le concert. Reste un « message indéchiffrable », « l’insondable mystère de la finalité ».

 

Krazsnahorkai-krieg.jpg

Krazsnahorkai-guerre.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le tournant romanesque, après deux chapitres un peu erratiques et creux, est stupéfiant. Mise en abyme et ecphrasis se conjuguent pour écrire un roman dans le roman et décrire une œuvre d’art. Dans laquelle quatre personnages voyagent à travers des lieux et des époques figurant des acmés de civilisation. Parmi eux, un être méphistophélétique nommé « Mastemann », apparait périodiquement, annonçant la venue de la guerre et de ses ruines, écho de La Venue d’Isaïe. Le roman philosophique, oscillant entre réalisme sordide, irénisme humaniste et surnaturel illuminé, visite la Crète minoenne, la Venise Renaissance, Rome et son Mur d’Hadrien à l’orée du surgissement des barbares, l’Espagne de 1492, la Cologne du XIXème… Sont-ce quatre « anges », ou l’envers des quatre cavaliers de l’apocalypse ?

 

Désarroi kafkaïen, pointes de polar et de cavalcades burlesques, crise spirituelle et mysticisme échevelé, dimension angélique des voyageurs philosophes, apologue et parabole, mélange des genres, fulgurances et ténèbres, tout se conjugue pour faire de ce roman aux étages labyrinthiques un fabuleux palais aux fenêtres donnant sur l’équilibre et la ruine. Mais aussi pour laisser en bouche une sensation mi-figue-mi-raisin de délire prophétique empreint de religiosité abracadabrantesque. Alors qu’il s’agit de la prise en écharpe de l’Histoire, l’« impossible accès à la vérité » est aux mains de l’atavisme récurrent du mal. Le puzzle n’a pas de solution ; seule la fin, dans un musée suisse, auprès d’une sculpture de Mario Merz, semble annoncer « une plaque sur laquelle serait gravée une seule phrase », celle qui reconstituerait l’histoire de Korim, et que le roman ne nous livrera pas, nous laissant devant l’introuvable conjecture de la solution de l’univers, des civilisations et du mal…

 Il y a indubitablement, à partir du chapitre III, des pages splendides, parfois lyriques, des pépites conceptuelles. Un coucher de soleil crétois, « la sublime tragédie de toute transition et impermanence » ; la pelle jetant les « détritus […] par la lucarne de ventilation », métaphore de la disparition de la civilisation minoenne. Chaque époque est alors cristallisée en un espace, une image symbolique de civilisation apaisée : la construction de la cathédrale de Cologne, où l’on peut faire « un éloge du bien et de l’amour, les deux inventions majeures du monde occidental », avant un imminent conflit contre les Français. Les quatre voyageurs temporels évoquent « la différence scandaleuse entre l’amour pur par nature et l’ordre par nature impur du monde », se demandant « si cette liberté découlant de l’amour représentait le stade le plus élevé de la condition humaine », quoique « accordée qu’aux êtres éternellement solitaires »… Ils rejoignent Venise et sa « rencontre entre beauté et rationalité », avant de méditer sur les limites du monde depuis Gibraltar où « le définitif s’effacerait au profit de l’euphorie de la découverte ». Bientôt les temps se télescopent, l’effet de Mastemann se fait sentir, en particulier sur la sensualité des prostituées, le « Seigneur de la Mort » parait, comme un romanesque Roi des aulnes…

 On trouve à point d’audacieux moments où Krazsnahorkai, en doutant du manuscrit et de ses personnages, critique son propre roman, fustigeant « l’usage démesuré et abusif du procédé de répétition », l’écriture « de la réalité en boucle jusqu’à la folie », pour que tout soit « gravé dans le cerveau » ; se comparant aux légionnaires bâtissant le Mur d’Hadrien et « érigeant le monumental face au morcellement », mais aussi remplaçant « la guerre par la paix ». En vain ; la dernière partie, où « la langue se rebellait », devient, « illisible et dans le même temps d’une beauté incroyable » : un « effondrement ».

Comme lorsque, en un niveau parodique de mise en abyme supplémentaire, l’interprète, par ailleurs alcoolique et violent contre sa Portoricaine, s’imaginant vidéaste, « envisage de créer une œuvre vidéo magistrale, globale et fondamentale, sur l’espace et le temps, sur le silence et la parole, et surtout naturellement sur les sentiments, les instincts, la passion, tout ce qui constituait l’essence, le socle permanent de la condition humaine ». Fantasme irréalisé, n’en doutons pas, il s’agit là du miroir, de la synecdoque du roman qui pèse sur nos mains. Passionné par l’art sacré autant que par les installations de l’art contemporain (qu’il pratique), notre insolite et rare écrivain réalise le grand écart entre errance picaresque, questionnement métaphysique et encyclopédisme hallucinatoire, « là où l’esprit de la guerre domine la vie humaine », quoique Korim et Krasznahorkai, aux initiales semblables, bénéficient d’une plage de paix...

Ainsi, depuis la déflagration du troisième chapitre, jusqu’au huitième et dernier, l’adhésion du lecteur est devenue sans faille, conquis par Korim, par l’envoi de ces « quatre hommes dans le monde réel, dans l’Histoire, c’est-à-dire dans l’état de guerre permanent [tentant] de les installer en divers endroits prometteurs de paix »…

 

Comment le terreau littéraire hongrois peut-il se révéler si fructueux ? Il fallait compter avec Kertesz[2], Nadas, Kosztolanyi[3], les Karinthy[4]… Laszlo Krasznahorkai semble les balayer, les supplanter, s’écroulant sous le poids du mythe qu’il tente de créer. Faut-il alors retourner autour de New-York et comparer l’incomparable ? L’Américain Mark Danielewski avait également usé du topos du manuscrit trouvé autour d’une vidéo. Mais, parmi ses pages, les feuilles bruissent d’une écriture moins grandiose pour un roman bien également profus, peut-être plus séduisant et troublant : La Maison des feuilles[5]. Cette maison était inquiétante, bourdonnante de signifiés et fascinante, quand l’immense musée aux splendeurs et ruines de l’Histoire de Guerre & guerre, cette histoire d’amour d’un anti-héros pour un livre mystérieux, est lui dévastateur et sidérant : là où souffle également le vent du chef d’œuvre…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

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Philosophie de l'amour : Ogien, Ackerman

Erotisme, pornographie : Pauvert, Roszak, Lestrade

Une Histoire des sexualités ; Foucault : Les Aveux de la chair

 

 

 

 

 

 

Ampuero

Cuba quand nous étions révolutionnaires

 

 

 

 

 

 

 

Animaux

Elien Ursin : Personnalité et Prosopopée des animaux

Quand les chauve-souris chantent, les animaux ont-ils des droits ?

Jusqu'où faut-il respecter les animaux ? Animalisme et humanisme

L'incroyable bestiaire de l'émerveillement

Philosophie porcine du harcèlement

Philosophie féline, bestioles, musicanimales

Apologues politiques, satiriques et familiers

Meshkov : Chien Lodok, l'humaine tyrannie

Le corbeau de Max Porter

 

 

 

 

 

 

Antiquité

Le sens de la mythologie et des Enfers

Métamorphoses d'Ovide et mythes grecs

Eloge des déesses grecques et de Vénus

Belles lettres grecques d'Homère à Lucien

Anthologies littéraires gréco-romaines

Imperator, Arma, Nuits antiques, Ex machina

Histoire auguste et historiens païens

Rome et l'effondrement de l'empire

Esthétique des ruines : Schnapp, Koudelka

De César à Fellini par la poésie latine

Les Amazones par Mayor et Testart

Le Pogge et Lucrèce par Greenblatt

Des romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Antisémitisme

Histoire et rhétorique de l'antisémitisme

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Céline et les pamphlets antisémites

Wagner, Tristan und Isolde et antisémitisme

Kertesz : Sauvegarde

Eloge d'Israël

 

 

 

 

 

 

Appelfeld

Les Partisans, Histoire d'une vie

 

 

 

 

 

 

 

Arbres

Leur vie, leur plaidoirie : Wohlleben, Stone

Richard Powers : L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Arendt

Banalité du mal, banalité de la culture

Liberté d'être libre et Cahier de L'Herne

Conscience morale, littérature, Benjamin

Anders : Molussie et Obsolescence

 

 

 

 

 

 

 

Argent

Veau d'or ou sagesse de l'argent : Aristote, Simmel, Friedman, Bruckner

 

 

 

 

 

 

Aristote

Aristote, père de la philosophie

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Art contemporain

Que restera-t-il de l’art contemporain ?

L'art contemporain est-il encore de l'art ?

Décadence ou effervescence de la peinture

L'image de l'artiste de l'Antiquité à l'art conceptuel

Faillite et universalité de la beauté

Michel Guérin : Le Temps de l'art

Théories du portrait depuis la Renaissance

L'art brut, exclusion et couronnement

Hans Belting : Faces

Piss Christ, icone chrétienne par Serrano

 

 

 

 

 

 

Attar

Le Cantique des oiseaux

 

 

 

 

 

 

Atwood

De la Servante écarlate à Consilience

Contes réalistes et gothiques d'Alphinland

Graine de sorcière, réécriture de La Tempête

 

 

 

 

 

 

Bachmann

Celan Bachmann : Lettres amoureuses

Toute personne qui tombe a des ailes, poèmes

 

 

 

 

 

 

 

Bakounine

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

L'anarchisme : tyrannie ou liberté ?

 

 

 

 

 

 

Ballard

Le romancier philosophe de Crash et Millenium people

Nouvelles : un artiste de la science-fiction

 

 

 

 

 

 

 

Bande dessinée

Roman graphique et bande-dessinée

 

 

 

 

 

 

Barcelo

Cahiers d'Himalaya, Nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Barrett Browning

E. Barrett Browning et autres sonnettistes

 

 

 

 

 

 

 

Bashô

Bashô : L'intégrale des haikus

 

 

 

 

 

 

Basile

Le conte des contes, merveilleux rabelaisien

 

 

 

 

 

 

Bastiat

Le libéralisme contre l'illusion de l'Etat

 

 

 

 

 

 

Baudelaire

Baudelaire, charogne ou esthète moderne ?

"L'homme et la mer", romantisme noir

Vanité et génie du dandysme

Baudelaire de Walter Benjamin

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Beauté, laideur

Faillite et universalité de la beauté, de Platon à l’art contemporain

Laideur et mocheté

Peintures et paysages sublimes

 

 

 

 

 

 

Beckett 

En attendant Godot : le dénouement

 

 

 

 

 

 

Benjamin

Baudelaire par Walter Benjamin

Conscience morale et littérature

Critique de la violence et vices politiques

Flâneurs et voyageurs

Walter Benjamin : les soixante-treize sonnets

Paris capitale des chiffonniers du XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Benni

Toutes les richesses, Grammaire de Dieu

 

 

 

 

 

 

Bernhard

Goethe se mheurt et autres vérités

 

 

 

 

 

 

 

Bibliothèques

Histoire de l'écriture & Histoire du livre

Bibliophilie : Nodier, Eco, Apollinaire

Eloges des librairies, libraires et lecteurs

Babel des routes de la traduction

Des jardins & des livres, Fondation Bodmer

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Bibliothèques pillées sous l'Occupation

Bibliothèques vaticane et militaires

Masques et théâtre en éditions rares

De Saint-Jérôme au contemporain

Haine de la littérature et de la culture

Rabie : La Bibliothèque enchantée

Bibliothèques du monde, or des manuscrits

Du papyrus à Google-books : Darnton, Eco

Bibliothèques perdues et fictionnelles

Livres perdus : Straten,  Schlanger, Olender

Bibliophilie rare : Géants et nains

Manguel ; Uniques fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Blake

Chesterton, Jordis : William Blake ou l’infini

Le Mariage du ciel et de l’enfer

 

 

 

 

 

 

Blasphème

Eloge du blasphème : Thomas-d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

 

 

 

 

 

 

Blog

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

 

 

 

 

 

 

Bloom

Amour, amitié et culture générale

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

 

 

 

 

 

 

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Les parenthèses du chien romantique

Poète métaphysique et romancier politique

 

 

 

 

 

 

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borel

Pétrus Borel lycanthrope du romantisme noir

 

 

 

 

 

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Géographies des bibliothèques enchantées

Poèmes d’amour, une anthologie

 

 

 

 

 

 

 

Bounine

Coup de soleil, nouvelles élégiaques

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Brésil

Poésie, arts primitifs et populaires du Brésil

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

 

Brume et brouillard

Science, littérature et art du brouillard

 

 

 

 

 

 

Burgess

Folle semence de L'Orange mécanique

 

 

 

 

 

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

 

 

 

 

 

 

 

Canetti

La Langue sauvée de l'autobiographie

 

 

 

 

 

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Carrion

Les orphelins du futur post-nucléaire

Eloges des librairies et des libraires

 

 

 

 

 

 

 

Cartarescu

La trilogie roumaine d'Orbitor, Solénoïde ; Manea : La Tanière

 

 

 

 

 

 

Cartographie

Atlas des mondes réels et imaginaires

 

 

 

 

 

 

Casanova

Icosameron et Histoire de ma vie

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, Les Luminaires

 

 

 

 

 

 

Cavazzoni

Les Géants imbéciles et autres Idiots

 

 

 

 

 

 

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

 

 

 

 

 

 

Céline

Voyage au bout des pamphlets antisémites

Guerre : l'expressionnisme vainqueur

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

 

Censure et autodafé

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Livres censurés et colères morales

Incendie des livres et des bibliothèques : Polastron, Baez, Steiner, Canetti, Bradbury

Totalitarisme et Renseignement

Pour l'annulation de la cancel culture

 

 

 

 

 

 

Cervantès

Don Quichotte peint par Gérard Garouste

Don Quichotte par Pietro Citati et Avellaneda

 

 

 

 

 

 

Chesterton

William Blake ou l'infini

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Le Nouveau, rééecriture d'Othello

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Climat

Histoire du climat et idéologie écologiste

Tyrannie écologiste et suicide économique

 

 

 

 

 

 

Coe

Peines politiques anglaises perdues

 

 

 

 

 

 

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Métamorphoses du colonialisme

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Histoire amérindienne

 

 

 

 

 

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

Karl Marx théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

 

 

 

 

 

 

Constant Benjamin

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Corbin

Fraicheur de l'herbe et de la pluie

Histoire du silence et des odeurs

 

 

 

 

 

 

Cosmos

Cosmos de littérature, de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Couleurs
Couleurs de l'Occident : Fischer, Alberti

Couleurs, cochenille, rayures : Pastoureau, Roque, Jarman

Couleurs des monstres politiques

 

 

 

 

 


Crime et délinquance

Jonas T. Bengtsson et Jack Black

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

Dandysme

Brummell, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe psychique

 

 

 

 

 

 

Dante

Traduire et vivre La Divine comédie

Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

Manguel : la curiosité dantesque

 

 

 

 

 

 

Daoud

Meursault contre-enquête, Zabor

Le Peintre dévorant la femme

 

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

 

 

 

 

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Un Tour de France littéraire au XVIII°

 

 

 

 

 

 

 

Daumal

Mont analogue et esprit de l'alpinisme

 

 

 

 

 

 

Defoe

Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

De Luca

Impossible, La Nature exposée

 

 

 

 

 

 

Démocratie

Démocratie libérale versus constructivisme

De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

Descola

Anthropologie des mondes et du visible

 

 

 

 

 

 

Dick

Philip K. Dick : Nouvelles et science-fiction

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

 

 

 

 

 

 

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

Dostoïevski

Dostoïevski par le biographe Joseph Frank

 

 

 

 

 

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie, Ecologismes

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique

Monstrum oecologicum, éolien et nucléaire

Ravages de l'obscurantisme vert

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Naomi Klein : anticapitalisme et climat

Biophilia : Wilson, Bartram, Sjöberg

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Emerson : Travaux ; Lane : Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers écoromancier de L'Arbre-monde

Ernest Callenbach : Ecotopia

 

 

 

 

 

 

Editeurs

Eloge de L'Atelier contemporain

Diane de Selliers : Dit du Genji, Shakespeare

Monsieur Toussaint Louverture

Mnémos ou la mémoire du futur

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation idéologique

Haine de la littérature et de la culture

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers d'Asie, Pu Songling, Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Histoire romanesque du franquisme

Benito Pérez Galdos, romancier espagnol

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Amendements libéraux à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

Impéritie de l'Etat et de la France

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava, Marissa Pessl : les agents du mal

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

Wright, Ellison, Baldwin, Scott-Heron

 

 

 

 

 

 

Europe

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : tyrannie ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

Morselli Dissipatio, Longo L'Homme vertical

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Christine de Pizan, féministe du Moyen Âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

Herland, Egalie : républiques des femmes

Bernardine Evaristo, Imbolo Mbue

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L'Après littérature

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Flanagan

Livre de Gould et Histoire de la Tasmanie

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

 

 

 

 

 

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Maîtres de vérité, Question anthropologique

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Destin des prisons et angélisme pénal

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

La France de Sloterdijk et Tardif-Perroux

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Maison politique, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte, Vraiment peindre

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gilgamesh
L'épopée originelle et sa photographie


 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Crivelli, Titien, Rothko, Tàpies, Twombly

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

Croisade des enfants, Vies parallèles, Livre des nombres

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inégalités : Rousseau, Marx, Piketty, Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : dénis

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : défis

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Averroès et al-Ghazali

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : Madrigaux & Clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Rires du Japon et bestiaire de Kyosai

 

 

 

 

 

 

Jean Paul Richter

Le Titan du romantisme allemand

 

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Le Conquérant, Aléa

 

 

 

 

 

 

Knausgaard

Autobiographies scandinaves

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langage politique et informatique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

 

Mann Thomas

Thomas Mann magicien faustien du roman

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

Méditerranée

Histoire et visages de la Méditerranée

 

 

 

 

 

 

Mélancolie

Mélancolie de Burton à Földenyi

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Schéhérazade, Burton, Hanan el-Cheikh

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Pour l'amour du piano et des compositrices

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe controversé

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

SurVeillance, holocauste, hermaphrodisme

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Censures et Autodafés

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et Format américain

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Panofsky

Iconologie de la Renaissance

 

 

 

 

 

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Dictionnaire khazar, Boite à écriture

 

 

 

 

 

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron

Le tableau comme relique, cri, toucher

Peintures et paysages sublimes

Sonnets des peintres : Crivelli, Titien, Rohtko, Tapiès, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perec

Les Lieux de Georges Perec

 

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Philosophie

Mondialisations, féminisations philosophiques

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie

Anthologie de la poésie chinoise

À une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Japon poétique d'aujourd'hui

Lyrisme : Riera, Voica, Viallebesset, Rateau

Marteau : Ecritures, sonnets

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Poésie en vers, poésie en prose

Poésies verticales et résistances poétiques

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Schlechter : Le Murmure du monde

 

 

 

 

 

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

Tavares : un voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Générosité, Chambre aux échos, Sidérations

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : À l'ombre des jeunes filles en fleurs

Illustrations, lectures et biographies

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Ecrivains noirs : Wright, Ellison, Baldwin, Scott Heron

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

 

 

 

 

 

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

 

 

 

 

 

 

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome

Rome de César à Fellini

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

Isaac Babel ou l'écriture rouge

Ludmila Oulitskaia ou l'âme de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Le Guin : La Main gauche de la nuit

Magnason : LoveStar, Kling : Quality Land

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Mnémos ou la mémoire du futur

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

La Tempête, Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Ecrits des camps, Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

Surveillances étatiques et entrepreneuriales

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Spengler

Déclin de l'Occident de Spengler à nos jours

 

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

 

 

 

 

 

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tabucchi

Anges nocturnes, oiseaux, rêves

 

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

 

 

 

 

 

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies

Ernest Callenbach : Ecotopia

Herland parfaite république des femmes

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Culture et littérature contre la Civilisation du spectacle

Rêve du Celte et Temps sauvages

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Venise

Strates vénitiennes et autres canaux d'encre

 

 

 

 

 

 

Vérité

Maîtres de vérité et Vérité nue

 

 

 

 

 

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Lazare, Le ghetto de Varsovie

 

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