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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 17:14

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Femmes japonaises bafouées et rédimées

 

par Kiyoko Murata et Julie Otsuka.

 

 

 

 

Kiyoko Murata : Fille de joie, traduit du japonais par Sophie Refle,

Actes Sud, 272 p, 21,80 €.

 

Julie Otsuka : Certaines n’avaient jamais vu la mer,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Carine Chichereau,

Phébus, 2012, 144 p, 15 €.

 

 

      Un pittoresque exotisme, une rare délicatesse, semblent être les attributs de la geisha, dont l'âme a ses tiroirs secrets et raffinés. Pourtant, une romancière japonaise, Kiyoko Murata, ose nous dévoiler les faces obscures et parfois claires, de celle que l’on appelle, à la différence de la première, une « yüjo », ou pensionnaire des maisons closes : elles sont huit cents dans ce « quartier réservé » ! Décrivant ce lieu du « désir bestial », Fille de joie  est un roman historique situé au début du XX° siècle, en pleine ère Meiji, autant sociologique qu’intimiste. Mais une même préoccupation tant historique que féministe anime Julie Otsuka pour rendre un hommage à d’autres Japonaises bafouées dans Certaines n’avaient jamais vu la mer.

 

      Issue d’une île lointaine du sud et d’une famille de pécheurs vivant dans le dénuement, Ichi, quinze ans, se retrouve brusquement transplantée dans le monde flottant de Kyushu. Plus précisément au sein d’une maison de prostitution à qui son père l’a vendue, pour n’être que la malheureuse héroïne de Fille de joie. Heureusement pour elle, bien que fort fruste, mais aimant la calligraphie et la lecture, elle ne fera pas partie des filles du ruisseau « d’où l’on retirait parfois les corps des prostituées qui s’y étaient jetées ». Qui sait si elle sera une « oïran », parmi celles « de classe supérieure, capable de conduire leurs clients au septième ciel, grâce à leurs techniques secrètes, et de les charmer, hors du lit, par leurs talents dans tous les domaines, de la lecture à la cérémonie du thé en passant par la poésie et la danse »…

      Ichi, malgré ses indéniables capacités, est un peu rebelle. Un vieux et riche client, séduit, sort au bout de quelques nuits le visage tuméfié. « J’veux pas d’un vieux », rétorque-t-elle, aussitôt châtiée. Entre autres compétences sexuelles, elle doit apprendre à écrire. Au-delà du « genre épistolaire » à destination des clients, car « le mensonge est une vertu chez une courtisane », elle compose des sortes de poèmes à ses amis les « frémis » (entendez les fourmis). Ainsi elle tient une sorte de journal, rendant compte des évènements et des drames, dont son « dépucelage », mais également de son sens de l’observation et de ses émotions. Bien qu’un brin maladroite, l’écriture d’Ichi est dans la tradition poétique japonaise, depuis Le Dit du Genji de Dame Murasaki Shikibu[1], au XI° siècle, roman psychologique émaillé de vers. Hélas, cette dernière est considérée comme « une libertine » par Fukuzawa Yukichi, le grand penseur de Meiji, qui prétend par ailleurs que geishas et courtisanes « ne font pas partie du genre humain ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Le lecteur prend en douce pitié ces victimes d’une « geôle de débauche », exploitées sans pitié. C’est alors qu’une « grève » des femmes permettra peut-être d’améliorer leur ordinaire. « L’édit de libération du bétail de 1872 » (entendez les prostituées) va-t-il enfin, grâce au concours de la chrétienne Armée du Salut et de l’opinion publique, prendre réellement effet ?

      Le tableau de mœurs japonaises, mais aussi universelles, comme l’est la prostitution subie en ce bas monde, est impressionnant. Il vaut mieux ne pas tomber enceinte, ni attraper une « maladie du bas-ventre ». Pourtant, le retour de Mlle Shinonome, avec son bébé sera exceptionnel, car presque mythique est une « oïran avec enfant » ; à moins qu’elle préfère quitter le monde des courtisanes, puisqu’elle a remboursé sa dette. Parmi toutes ces anecdotes, ces drames, un kimono troué de sang dans une ruelle, un pubis impeccablement épilé, Mlle Shinonome, « belle comme un papillon de nuit blanc », un «  jour de soie rouge » (celui des règles) sont des images marquantes. Ainsi que le premier haïku d’Ichi : « Loin de mon pays / La première étoile / C’est ce bébé. »

      Tout un monde, ses rituels, ses kimonos, ses splendeurs et ses cruautés sordides, se déploie sous le perspicace pinceau de Kiyoko Murata. On ne s’étonnera pas que les lettrés de l’archipel lui accordent une sereine admiration : née en 1945, elle ne compte plus les récompenses, dont le fameux prix Akutagawa, pour Le Chaudron[2], adapté au cinéma par Akira Kurosawa sous le titre de Rhapsodie en août. Pour revenir à Fille de joie, c’est un beau livre, sensible et rude, fin et prenant. L’intérêt ethnographique est évident, quoique la dimension psychologique ne soit pas négligée. Une tendre empathie nait aux yeux du lecteur pour cette étonnante et attachante héroïne, Ichi, sans oublier une vraie reconnaissance pour son institutrice, Mlle Tetsuko. De toute évidence, chacune est un symbole, qui s’abstrait de ses chaines par l’éducation, puis la révolte, modestes icônes féministes japonaises de ce roman aussi militant que délicatement poétique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      C’est une strate tout à fait méconnue de l’histoire américaine que nous révèle Julie Otsuka. Un trou noir non dit, un effrayant sacrifice des femmes, un versant abject de la colonisation et de l'exploitation des femmes. Voici le chœur des Japonaises américaines bafouées par Julie Otsuka : Certaines n’avaient jamais vu la mer. Comment les Eats-Unis peuvent-ils redorer le blason de leur proverbiale liberté quand une part de leurs citoyennes fut opprimée de cette manière éhontée ?

      Au début du XXème siècle, un petit peuple de jeunes filles japonaises traverse l’océan dans des conditions désastreuses pour trouver un époux blanc, parmi les fermiers de l’Ouest en manque de compagnes. Loin d’être ravis par leur exotisme, les hommes n’ont guère pitié de ces créatures déculturées. Ils leur procurent des nuits de noces sacrificielles, le plus souvent dignes de brutes, rarement miraculeuses de tendresse, et pendant la plupart de leurs existences, le mépris, les durs travaux fermiers. Après que leurs enfants aient oublié le peu de leur culture native qu’elles ont pu leur enseigner, lors de la seconde guerre mondiale, ces innocentes sont soupçonnées de traîtrise, d’espionnage, puis déportées, abandonnant leurs biens… Parfois, aiguillonnées par des rêves d’ailleurs, dans leurs lettres envoyées au pays natal, elles mentent pour ne pas avouer qu’elles ne sont que des « bonnes ».

      Le roman, plein de sensibilité, devient alors une plaidoirie pour ces femmes aux rêves outragés, un réquisitoire à l’encontre de leurs bourreaux, si peu l’expression d’une satisfaction, au point que leurs voix entremêlées s’épanouissent intérieurement et collectivement à l’instar d’un chœur de tragédie grecque : « Nous avons accouché sans nos mères, qui auraient exactement quoi faire. (…) Nous avions attrapé une blennoragie dès la première nuit avec notre mari et nous avons eu des bébés aveugles. » On se demande : « Existe-t-il une tribu plus sauvage que celle des Américains ? »

 

      Julie Otsuka (née en 1962 en Californie d'une mère japonaise) s’est inspirée de sources historiques parfaitement documentées. On ne s'étonnera pas qu'elle ait reçu le Prix Fémina Etranger en 2012 pour ce récit effarant et cependant chargé de tendresse. En son court roman, à la lisière du poème en prose, ce qui aurait pu ne rester qu’une sorte de reportage historique de la condition féminine devient, grâce à une langue faite de cent langues individuelles, une vaste mélopée pathétique, une poignante épopée chantée. Avec Kiyoko Murata et sa Fille de joie, voici deux occasions réussies pour l’art du roman engagé en faveur de la justice et, au-delà du féminisme, de l’humanisme.     

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Murasaki Shikibu : Le Dit du Genji, Diane de Selliers, 2007.

[2] Kiyoko Murata : Le Chaudron, Actes Sud, 2008.

 

 

Plage des Prises. La Couarde-sur-Mer, Île de Ré.

Photo : T. Guinhut.

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 09:01

 

Bois de l'Escalère, Gouaux-de-Larboust, Haute-Garonne. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

La destinée poétique de Sôseki,

 

entre kanshi et haïku.

 

 

 

Natsume Sôseki : Poèmes, traduit du chinois (Japon) par Alain-Louis Colas,

Le Bruit du temps, 400 p, 28 €.

 

Haïkus à rire et à sourire, illustré par Minami Shinbô,

traduit par Brigitte Allioux, Philippe Picquier, 88 p, 12,50 €.

 

Oreillers d’herbe ou le Voyage poétique, traduit par Elisabeth Suetsugu,

Philippe Picquier, 200 p, 23 €.

 

 

 

      De langue maternelle allemande, et au-delà de ses Duineser Elegien, Rilke écrivit des vers en français, dont ses Vergers[1]. Cela paraît une gageure que de concevoir de la poésie dans une langue qui ne soit pas d’abord la sienne. Quant au Japonais Natsume Sôseki, il traça les Poèmes de toute une vie en chinois. Que l’on se rassure, Sôseki écrit ses romans en japonais, mais aussi, genre oblige, ses Haïkus à rire et à sourire dans la langue de Bashô. Sans oublier que l’un de ses chefs d’œuvre, Oreiller d’herbes, ait pu, par ses soins mêmes, être qualifié de roman-haïku.

      Peut-on parler de poésie autobiographique ? Il s’agit en tout cas, chez Soseki, d’un parcours de vie, plus exactement intérieure, entre 1867 et 1916, depuis la période estudiantine, jusqu’à la période de Meian, aux visées plus philosophiques, en passant par celles de convalescence et picturale. Il sera resté fidèle au kanshi, ce type de poème chinois classique. Il s’agit parfois de quatrains, souvent de huitains, faits de quatre distiques, parmi lesquels le parallélisme est de règle. Il maîtrisait cet art, sans se confiner dans l’académisme, au point qu’il fut reconnu par les plus grands sinologues de son temps.  Deux grands thèmes innervent l’écriture de Sôseki en ses deux cent sept poèmes : la nature et la maladie, au profit, peu à peu, du détachement et de la faveur accordée à la première, dans le cadre d’une éthique taoïste, mais aussi bouddhiste zen.

      Au creux d’une intense émotion lyrique, les voyages dans les régions montagneuses sont dès la jeunesse du poète d’évidentes sources d’inspiration :

« Raidillons pour chevaux, coupés par les ruisseaux,

Chemins d’oiseaux se prolongeant parmi le ciel.

Pour mes yeux écarquillés, tournés vers l’ouest,

Le pur éclat d’un sommet neigeux qui rougeoie. »

      Hélas, plus douloureusement pathétique, un ulcère gastrique tenailla longtemps Sôseki. Comment y échapper, sinon par le vol de la poésie ?

« Dans ta maladie, le goût de l’art te garantit du monde ;

Dans ma sottise, l’inanité rend mon vol solitaire. »

      Plus qu’un passe-temps, qu’un jeu, qu’un pascalien divertissement, l’exercice de la poésie touche à l’essentiel :

« Pour chasser le tourment, point n’est besoin de vin ;

Pour occuper le temps, il n’est que les poèmes. »

      C’était en septembre 1890. Bien plus tard, le 21 août 1916, il précise son éthique littéraire :

« Ni littérateur, ni commentateur d’œuvres canoniques,

Je me démène, à l’est, à l’ouest, comme plante flottante. »

      Ainsi l’agir et le non agir, le moi et la nature, le yin et le yang, se complètent et se répondent, se fondent finalement… Jusqu’aux ultimes vers, « quintessence de l’œuvre », selon Sako, dix-neuf jours avant la disparition, à 49 ans, jaillis sous un dernier pinceau le soir du 20 novembre 1916 :

« La vue, l’ouïe, je les oublie, le corps aussi, je le laisse.

J’ai tout le ciel pour chanter mon « Poème d’un blanc nuage ». »

      Ainsi va la libération intérieure de l’ermite, au gré des pas silencieux des mots, laissés au bon entendement de qui veut en écouter la pureté.

      Cette édition, comme souvent au Bruit du temps (qu’il s’agisse de la biographie d’Ossip Mandelstam[2] ou des Notes de ma cabane de moine de Kamo no Chômei[3]), est un bonheur : choix et discrétion de l’illustration de couverture, typographie élégante, pour un véritable tour de force : publier Sôseki de manière trilingue, en chinois (l’original), en traductions japonaise et française, avec le goût des alexandrins et des vers de quinze pieds, toutefois non rimés, par prudence. Avant-propos, introduction, notes et commentaires abondants et délicieusement érudits, bibliographie et chronologie, tout cela de la main du traducteur, ont supposé un soin, voire une ascèse, dont il faut mesurer le prix spirituel entre nos mains recueillies.

       Avec une agilité remarquable, Soseki pouvait passer du kanshi au haïku japonais, dans la plus pure tradition de Bashô[4]. C’est avec un humour -au choix délicat ou sans gêne- qu’il offre ses Haïkus à rire et à sourire. Du moins, parmi quelques 2600 haïkus, l’illustrateur Minami Shinbô en a-t-il choisi une petite brassée, de ces objets « pas tout à fait géniaux créés par des génies », dit-il. Nous ne lui en voudrons pas, au contraire ; surtout si, comme tout lecteur d’un goût élevé et doué d’un bas ventre en bon état de fonctionnement, nous aimons : « Dans le colza fleuri / Un caca du facteur / En plein jour ». Vingt-huit petits poèmes, bilingues, dans une agréable mise en page, sont environnés par des dessins très colorés, faussement naïfs. N’est-ce qu’un livre pour les enfants ? Lisant « La branche de prunier posée là / Interpelle les nuages / Oh la légende torée du Tao », l’on devine que la surprise poétique est déjà un émerveillement spirituel. Ou « Amaryllis des morts / Quelle importance ! Au bord des chemins ». Là, rien de moins négligeable en sa qualité d’aphorisme philosophique. Quel joli livre précieux et facétieux ! Et un dernier, cosmique et odorant, pour la route : « Son cavalier sur le dos / Le cheval lâche du crottin / Sur les asters étoilés ».

      Nous avions déjà traité d’Oreiller d’herbes dans sa dimension romanesque[5]. Si l’appellation roman-haïku, oxymorique en soi, mais assumée par Sôseki, est apparemment excessive, au vu de la longueur, il n’en reste pas moins que l’art de la suggestion y est poussé à sa plus pure acuité. De plus, l’on ne peut qu’y remarquer, outre la toute finesse de l’écriture et son attention permanente au détail, psychologique ou descriptif, l’abondance de ces légendaires poèmes de dix-sept syllabes.

      La retraite d’un jeune artiste parmi les montagnes ne lui permettra guère de parvenir à peindre le tableau dont il rêve. En revanche, les haïkus, par l’entremise d’une jeune fille fort fantasque, deviennent ses amis. « Pourquoi faudrait-il un verbe ? », demande-t-elle, lorsque le jeune homme tente de lui traduire une page d’un roman anglais. Il semble que cela puisse s’appliquer au haïku : « Ombre de fleur / Ombre de femme / Vision ou illusion ». L’éveil poétique, « l’oubli du monde », sont-ils les préludes de l’éveil pictural ?

      Mais au souvenir de Bashô, s’agrège la culture anglophone de Sôseki, en cela bien représentatif de l’ouverture à l’étranger de l’ère Meiji, car son jeune peintre cite les vers de Shelley ou Meredith.

      Cette nouvelle traduction d’Elisabeth Suetsugu s’accompagne à propos des illustrations venues de trois rouleaux peints en couleurs, où figure le texte entièrement calligraphié en 1926. Ce avec un étrange je ne sais quoi venu de l’impressionnisme occidental dans une esthétique paysagère et féminine bien japonaise… Une somptueuse délicatesse imprègne les pages : « Printemps étoilé / Dans la chevelure de la nuit / Passe une branche fleurie ».

      « Suivre la nature et quitter le moi », tel est le maître-mot de l’auteur du satirique Je suis un chat[6], aimable et désopilant narrateur pour qui « l’homme a toujours été un lourdaud ». Natsume Sôseki, au-delà de ses compétences d’angliciste (il enseigna la littérature anglaise à l’Université de Tokyo à la suite de Lafcadio Hearn), fut un romancier nombreux et couronné de succès, en particulier avec son personnage du Botchan,[7] ce petit maître enseignant qui devint au Japon un type, à l’égal de notre Cosette ou de notre Gavroche, mais aussi le diariste sensible et piquant des Petits contes de printemps[8]. Au plus profond, dans l’humanité de ses poèmes, il guide, parmi les herbes, les ronces et les montagnes de la vie, son lecteur, ce modeste impétrant, dans la voie du tao, et dans l’aspiration au souffle paisible du zen.

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Rainer Maria Rilke : Œuvres II, Seuil, 1972, p 313 et 467.

[6] Natsume Sôseki : Je suis un chat, traduit par Jean Cholley, Gallimard / Unesco, 1984.  

[7] Natsume Sôseki : Botchan, traduit par Hélène Morita, Le Serpent à plumes, 1993.

[8] Natsume Sôseki : Petits contes de printemps, traduit par Elisabeth Suetsugu, Philippe Picquier, 1999.

 

 

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22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 13:01

 

Parador de Villanova, Cangas de Onis, Asturias.
Photo T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Au Musée du silence de Yoko Ogawa :

 

Le Petit joueur d’échecs ;

 

La Jeune fille à l’ouvrage.

 

 

Yoko Ogawa : Le Petit joueur d’échec,

traduit du japonais par Martin Vergne,

Actes Sud, 336 p, 22,80 €.

 

Yôko Ogawa : Jeune fille à l’ouvrage,

traduit du japonais par Rose-Marie Makino,

Actes Sud, 224 p, 20 €.

 

 

      Les échecs fascinent les écrivains. Pensons à Stefan Zweig[1] qui mit en 1942 ce prestigieux duel intellectuel face aux terribles contraintes du totalitarisme nazi. Pareillement, il serait vain de réduire le nouveau roman de la prolifique japonaise Yoko Ogawa (né en 1962) à une énième variation sur un jeu de société : une autre dimension le transcende, celle de la transmission et du legs, des miroirs des vies, des solitudes et de l’art… Dimensions que l’on retrouve, outre ce Petit joueur d’échecs, parmi ses nouvelles, dont un judicieux bouquet orne la Jeune fille à l’ouvrage.

 

      Bien que scrupuleusement attachée à un contexte réaliste, Yoko Ogawa en fait rapidement surgir l’étrangeté. Comme dans Amours en marge, où une enfant s’attachait à un hippopotame, c’est ici au tour d’un gamin de sept ans de rêver à l’éléphante Indira qui vécut, mourut sur la terrasse d’un grand magasin, là où ses grands-parents l’abandonnent pour faire leurs courses. C’est son amie imaginaire, comme la « Miira » qu’il s’invente ensuite. Ce garçon singulier, découvrant un noyé dans la piscine de l’école (pensons à la nouvelle La Piscine[2]), mène l’enquête et rencontre un obèse qui, dans l’autobus où il vit avec son chat « Pion », sera son initiateur aux échecs. Mais au-delà du combat au-dessus de l’échiquier, c’est la qualité musicale, comme celle des mathématiques et de la poésie, de la belle partie, qui prime, « miroir » du joueur. Le défi est autant stratégie qu’esthétique. Jusqu’à ce que l’homme meure, que le garçon choqué ne puisse jouer que sous la table où il caressait le félin, qu’il devienne « Little Alekhine », petit surdoué, professionnel des échecs qui ne grandit plus, enfermé dans le silence de la poupée mécanique qui manie reine, tour et fou avec brio.

      Cette relation maître et disciple était également au cœur de La Formule préférée du professeur[3], quant à lui mathématicien. Outre sa table et son sac de pièces, la philosophie de l’obèse, emporté par une grue après sa désincarcération de l’autobus, revit : l’on ressent « un bonheur suprême à partager cette lumière avec quelqu’un d’autre ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Le récit initiatique gagne en intensité, lors du déplacement des pièces personnifiées qui est « mélodie », quand le corps contorsionné disparait sous l’automate, quand Miira et sa colombe deviennent pion. Le jeu subtil des images, lorsque la piscine devient échiquier humain, lorsque les « transcriptions » des parties sont des œuvres d’art, tisse un lyrisme envoûtant : « Avec des pièces de bois, il peut tracer de beaux dessins comme ceux d’une toile d’araignée après la pluie. » Hélas la « perversité est en train de croître au sein du club du Fond des mers ». La mort du petit joueur est au bout du chemin, « lèvres soudées comme au moment de sa naissance ». Seule « la transcription » de sa plus belle partie parlera pour lui.

      Ogawa excelle en s’attachant à la magie de l’enfance et en balisant les territoires imprécis du fantastique. Il faut la lire on comme joue à la marelle, chercher et choyer les joyaux, comme sa description de l’autobus meublé de « pin noir islandais » et d’ « azulejos », du caddie du sénior rempli de souvenirs. Il faut décrypter ses personnages de solitaires, en leur enfermement, leur intériorité, qui s’ouvrent pour l’amour discret. Qui collectionnent les objets ou les parties d’échecs, comme elle les collectionne pour nous, ce dont son roman emblématique, Le Musée du silence[4], fut l’apothéose…

      Chez Ogawa, tout objet, y compris le plus banal, acquiert une qualité spéciale, tel le « chiffon » de la grand-mère, « son talisman, son livre sacré », ou le bois poli des pièces du jeu, mais aussi l’immanence sereine des animaux. Ou encore le sensible duvet sur la lèvre du héros qui naquit la bouche scellée. Car les objets peuvent pallier à l’impuissance des mots. L’attention scrupuleuse au monde et à ses détails, la musique secrète du conte souvent tragique, sont parmi les clés de la fragile puissance d’évocation, de l’empathie que la romancière sait dégager tout au long de son espace-temps romanesque. Ce qui permet au lecteur d’immédiatement s’attacher, s’identifier, entre effroi et tendresse, aux lisières de l’onirisme…

      Autre « chiffon » précieux et symbolique, celui que brode « La jeune fille à l’ouvrage ». Devant elle, la mère fragile et placée en soins palliatifs lui permet de se demander : « combien de rêves ferait-elle » avant sa mort ? La brodeuse est bénévole auprès des patients, et son travail semble être celui d’une Parque discrète. Quoique japonaise, on pense à celle de Vermeer, pour sa patience, son recueillement, mais aussi son sentiment de liberté. Elle ranime la mémoire de l’enfance du narrateur, de l’enterrement d’un chat, évidente métaphore de la raison de leur rencontre en ce lieu, car l’achèvement de la broderie coïncide avec la mort de la mère.

      Si une telle nouvelle reste encore réaliste, d’autres ressortissent au fantastique, voire à l’anti-utopie. Une dame a l’esprit « remplacé par celui d’une princesse inconnue d’un endroit inconnu ».  Pourquoi enlève-t-on la « glande ressort » à ceux qui arrivent au « centre d’hébergement » ? Pourquoi les brûle-t-on ? Que devient le temps de chacun ? Un narrateur arrivant dans un lieu familier, ou nouveau, il y a toujours une étrangeté qui l’accueille, le met à l’épreuve, le bouleverse…

      Des thématiques récurrentes dans l’œuvre de la romancière affleurent lorsque deux enfants conversent sur la mort d’un chien pendant un « concours de beauté », lorsqu’une jeune femme compare une girafe autopsiée avec les grues que fabrique une usine. Ou lorsqu’une étudiante doit débarrasser une accumulation de pacotille, anti-muséale, écho inversé d’un de ses plus beaux romans : Le Musée du silence.

 

      Ainsi les nouvelles d’Ogawa sont-elles de micro-univers, bien faits pour refléter ses plus vastes romans, mais aussi pour initier son lecteur à un monde fragile. Avec Yôko Ogawa, les silences sont parlants, l’émotion discrète et d’autant plus prégnante. L’art des images et de la suggestion séduit l’empathie et la poétique du lecteur conquis. Qu’il s’agisse d’un sac de pièces d’échecs, d’une broderie, comme d’un livre d’Ogawa malencontreusement -ou avec intention- oublié sur un banc, tous sont dignes d’être sauvés dans « le musée du silence » de la littérature universelle : « nous sommes des spécialistes du traitement des objets hérités. […] Ce ne sont pas des boites qui renferment le passé, mais peut-être des miroirs qui reflètent le futur[5] »…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Articles parus dans Le Matricule des Anges, avril 2013 et mars 2016


[1] Stefan Zweig : Le Joueur d’échecs, Stock, 2000.

[2] Yoko Ogawa : La Piscine, Actes Sud, 1995.

[3] Yoko Ogawa : La Formule préférée du professeur, Actes Sud, 2005.

[4] Yoko Ogawa : Le Musée du silence, Actes Sud, 2003.

[5] Yoko Ogawa : Le Musée du silence, ibidem, p 115.

 

Voir : Yoko Ogawa : Cristallisation secrète du totalitarisme

 

Jeu d'échecs aux figures grecques.

Photo T. Guinhut.

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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 19:32

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Battle royale et Leçon du mal :

 

deux japonaises et cruelles téléréalités politiques.

 

Koushun Takami & Yûsuke Kishi.

 

 

 

 

Koushun Takami : Battle royale,

traduit du japonais par Patrick Honnoré et Tetsuya Yano,

Calmann-Lévy, 2006, 576 pages, 24 € ; Le Livre de Poche, 2008, 8,60 €.

 

Yûsuke Kishi : La Leçon du mal,

traduit du japonais par Diane Durocher, Belfond, 2022, 540 p, 24 €.

 

 

 

      Télé-réalité, jeu vidéo, ou littérature ? La frontière semble bien fragile entre scénario détaillé d'un jeu à suspense et fresque narrative sur les peurs et les pulsions qui animent nos sociétés modernes. Une île japonaise est le théâtre d'une opération militaire qui ressemble à s'y méprendre à celles de nos écrans. Le tout dans un roman trépidant et racoleur paru en 1999 au Japon : Battle royale. À moins d’imaginer de le lire au second degré, comme une satire de la pulsion de jeu, de guerre et de mort qui irrigue et pourrit notre anthropologie, notre contemporain et nos anti-utopies. Fantasme ludique ou cruelle réalité, l'on hésite à qualifier La Leçon du mal. Koushun Takami et Yûsuke Kishi nous disent-ils le filigrane d'horreur qui parcourt un Japon pourtant si policé ?

      Nous sommes dans un Japon non daté, cependant inféodé au XXème siècle, que gère un régime tyrannique mené par un « Reichsführer », ce qui est la marque d’un fantasme associé au fascisme nazi. De solides barrières protègent la culture nationale de l'influence délétère de l'Amérique du rock and roll et des libertés. Nous n'en savons guère plus. Seul importe ici un jeu, « Battle royale », à la disposition du lecteur autant que des dirigeants du pays. En témoignent le plan quadrillé de l'île et la liste des quarante-deux participants au début du volume. Ce qui permet, avec un brin de perversité de la part de l'auteur, de nous sentir de mèche avec les organisateurs venus des hautes sphères politiques qui hasardent des sommes colossales... Le principe est simple : chaque année, l'on isole cinquante classes de troisième pour forcer les élèves à s'entretuer. Le vainqueur gagnera le privilège de vivre aux frais de l'État pour le reste de son existence. Ce qui fait quarante et une victimes adolescentes à multiplier par autant de classes. C'est officiellement un programme de défense nationale, une «  Expérimentation militaire ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      En 80 chapitres, deux prologues et un épilogue, le lecteur suit de l'intérieur, au moyen de la focalisation omnisciente, le déroulement de l'opération. On gaze le bus scolaire afin d'embarquer tout le monde sur une île et on annonce la chose avec force menaces, puis un meurtre bien dissuasif. Et les participants de s'égailler dans la nature, munis chacun d'une arme, de la mitraillette lourde au couteau de poche en passant par l'arc ou la fourchette. Détails importants : on annonce régulièrement les secteurs interdits, faute de quoi votre collier piégé explose avec vous et le pire arrive pour tous si aucun élève n'est tué dans un certain délai. Les caïds foncent, quelques filles amicales se réfugient dans un phare jusqu'à ce que méprise et traîtrise les conduisent au carnage. Qui l'emportera ? La bête brute aux muscles assassins, ou le vainqueur d'une précédente session qui, hasard incroyable, ou manipulation, s'est trouvé dans cette nouvelle classe ? L'histoire gagne un soupçon d'intensité lorsque l'ultime combattant déjoue les plans du régime en sabotant la surveillance informatique et en entraînant dans sa fuite deux autres dissidents, révoltés contre le jeu et le régime. Voilà qui donne un léger parfum d'anti-utopie à ce roman d'action, comme on parle d'un film d'action. Ce qu’il devint d’ailleurs en 2000, sous la caméra de Kinji Fukasaku.

      On a deviné que ce livre, qui a enthousiasmé Stephen King, peut passer pour passablement médiocre. C'est un défilé de personnages sans grand relief ni individualité (inutile de donner leurs noms) de suspenses convenus, agrémentés de scènes gores carnassières, avec ce qu'il faut de surprises attendues. Le style est d’une platitude aisée, à la longue abrutissante. La narration, trépidante et sans pitié pour les nerfs du lecteur, est parfois pimentée de pathétique et de pitié pour les jeunes filles sacrifiées, avec un léger frisson d’érotisme, rendu plus sensible par le graphisme impeccablement esthétique des mangas qui ont suivi cette bombe romanesque.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       Et pourtant... Force est d'avouer que l'on se laisse prendre malgré soi à cette lecture vulgaire efficacement construite et trépidante. N'est-ce pas là un révélateur de nos sociétés ? D'autant qu'un succès phénoménal et multimédia entoure cet opus au Japon et ailleurs : après le film, treize volumes de mangas à ce jour, ce qui n'est pas innocent. On pourra gloser avec gourmandise sur la dimension satirique. Le pays du Soleil Levant, où la criminalité est l’une des plus faibles du monde, n'est-il pas celui où, dès l'entrée dans le système éducatif, règne la compétition la plus effrénée ? En ce sens Battle royale est une métaphore des plus réussies. Mais se limiter à critiquer le Japon serait une erreur. Notre télé-poubelle n'est pas loin. Si civilisés que nous sommes, peu de chose suffirait à faire basculer une bonne partie de nos populations dans cette variante hollywoodienne des jeux de gladiateurs qui satisferait nos voyeurismes. « Panem et circenses » (Du pain et des jeux) était, selon Juvénal[1], la devise d'Auguste pour aimanter le peuple autour du cirque et dans les limites de son despotisme. Elle pourrait être la devise de modernes tyrans ou d'efficaces empires médiatiques. Cette réflexion s'affinant à l'occasion de Battle royale, nous n'aurons pas perdu notre temps avec cette lecture racoleuse.

      Si l’on ajoute que le jeu, bien qu’à peu de choses près tabou pour de nombreuses familles qui ne veulent ni le voir, ni en annoncer la menace potentielle à leurs enfants, bénéficie de flashs d’informations télévisées affriolants, sans oublier les paris des dignitaires de l’Etat, on saura combien nos téléréalités aux cruautés plus ou moins anodines ne sont que les préfigurations apéritives d’un tel possible inhérent à la nature humaine abonnée au mal et à la tyrannie du spectacle. Sans compter la propagande militaire d’un régime qui s’enorgueillit de ses héros adolescents déchiquetés ou rarement vainqueurs. Et qui laisse entendre que n’importe qui pouvant tuer n’importe qui, le seul rempart à la menace pérenne -ou à la paranoïa- est un Etat fort, à même d’ailleurs de juguler toute rébellion individuelle ou populaire. Le manuel de terreur politique étatiste est au service d’une des pires anti-utopies qui se puissent fantasmer. Quoique peut-être au-dessous des camps d’exterminations nazis, eux réalisés par notre Histoire. À quand une « Battle Auschwitz » ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Peut-être faut-il conseiller aux élèves et enseignants sensibles de s’abstenir de cette lecture. Ou de considérer ce roman de Yûsuke Kishi, né en 1959 à Osaka, comme une catharsis. Un pédagogue unanimement admiré administre une leçon bien sentie : celle du mal. Hasumi, professeur d’anglais, joue de son charisme pour séduire, y compris physiquement, ses élèves, manipuler ses collègues, obtenir de brouiller les portables pour empêcher les fraudes aux examens, faire chanter un collègue d’arts plastiques qui entretient une liaison avec un jeune garçon… Pourtant, les failles et les soupçons vont croissant. Or « dans beaucoup de cas, il s’avère que l’homicide représente la solution la plus simple à un problème donné ». Solution qui devra multiplier ses procédés, jusqu’à verrouiller le lycée, piéger ses disciples et les massacrer, malgré la résistance erratique : « Dans les coups des ados, il y avait de la terreur, mais aussi de la rancœur, toute la haine qu’ils avaient emmagasinée à l’encontre de ce prof qui les humiliait et les maltraitait au quotidien ». Ainsi Shibahara, qui tripote le jeune corps d’une élève « jusqu’à plus soif » sera pris un moment pour le coupable absolu, ce qui ne contribuera en rien à la fin du carnage.

Mené par la main de fer du romancier, le personnage central, dont nous découvrons en une redoutable montée des périls les pensées, les crimes enfouis, est scanné sous toutes les coutures, sans oublier la psychologie de tous les protagonistes, grâce au narrateur omniscient. Laissons le lecteur dévoré par le suspense découvrir s’il restera un survivant, si le monstre sera pris, et par quels stratagèmes. Et si la chose paraît trop gore, elle est révélatrice des tenailles de l’enseignement japonais et du mécanisme des meurtres de masse.

 

       Ecoles de guerre, écoles de terrorisme ? Romans-fleuves, mangas colorés de sang pour catharsis et purgation des passions, ou jeux vidéo pour apprentis snipers ainsi excités et confortés, le débat ne manque pas entre fervents du pur divertissement médiatique et littéraire innocent et ceux qui dénoncent la contagieuse virulence morale et physique d’un Battle royale aux multiples avatars. Les enfants d’il y a un demi-siècle jouaient aux cow-boys et aux Indiens dans les bois, ou lisaient La Guerre des boutons de Louis Pergaud. Aujourd’hui, l’on accuse les Battle royale sur consoles et autres Koh-lantas guerriers. Avant d’incriminer le couteau, lisons dans la main de celui qui l’utilise pour tuer un enfant, ou le sauver… Serait-cela une leçon du mal ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Battle royale fut publiée  dans Le Matricule des Anges, septembre 2006

 

[1] Juvénal : Œuvres, Satire X, vers 81, Garnier sans date, p 128.

 

Manga japonais, XIXème siècle. Photo : T. Guinhut.

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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 17:42

 

Globe terrestre, vide-greniers de la Couarde-sur-mer, Île de Ré.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

La Chine, continent politique :

 

du Gène du garde rouge

 

aux Confessions d’un traître à la patrie,

 

en passant par Tienanmen.

 

 

 

Luo Ying : Le Gêne du garde rouge,

traduit du chinois par Shuang Xu et Martine de Clercq, Gallimard, 240 p, 20 €.

 

Diane Wei Liang : Les Amants de Tiananmen,

traduit de l’anglais par Elise Argaud, éditions de l’Aube, 368 pages, 23 €.

 

Li Chengpeng : Confessions d’un traître à la patrie,

traduit du chinois par Hervé Denès, Liana Lévi, 240 p, 19 €.

 

 

 

 

      Au ridicule de la rouge propagande communiste, préférons les écrivains courageux, poètes et essayistes. Quoique dire la vérité en Chine soit une mission à peu près impossible. Que ce soit sur le passé ou sur le présent. Trois écrivains, s’armant de genres littéraires fort différents, tentent de forcer le bâillon de la censure. Luo Ying, afin de dresser un édifiant tableau du maoïsme fondateur, fait œuvre de poète, avec Le Gêne du garde rouge, quand Diane Wei Liang choisit le récit avec Les Amants de Tiananmen. Enfin, Li Chengpeng, avec ses Confessions d’un traître à la patrie, puise dans son infatigable activité de bloggeur, pour dénoncer le pêle-mêle de corruptions et d’exactions liberticides.

      Existe-t-il un gêne du mal ? Luo Ying semble définitivement le penser. La Révolution culturelle chinoise des années Mao en est l'illustration et la preuve. Ce que nous pensions avoir compris en lisant Le Livre noir du communisme[1] et en y découvrant le trou rouge de ses quatre-vingts millions de morts chinois. Cependant la façon de mener sa démonstration fait du livre de Luo Ying une piqûre de rappel aussi efficace qu'incroyablement originale.

      Ecrit entre Pékin et Los Angeles, entre octobre et novembre 2012, ce récit autobiographique prend la forme peu usitée d'un ensemble d'une centaine de poèmes d'à peu près égale longueur, soit une page et demie. Ce sont de longs vers libres, plus exactement ce que l'on appelle, avec le Claudel des Cinq grandes odes[2], mais aussi, conformément à bien des pages bibliques, des versets. A l'instar de nos poèmes historiques médiévaux (pensons à la Chanson de Roland [3]), Luo Ying retrouve un lointain atavisme épique pour chanter l'Histoire. Sauf que cette Histoire fait grincer des dents.

      Ce sont des souvenirs d'enfance (Luo Ying est né en 1956) par petites touches, anecdotes, scènes d'horreurs quotidiennes et nationales. Il n'y a guère de page sans délire idéologique, sans vexation, torture ou cadavre, ce « butin de la Grande révolution »… La « dictature prolétarienne » n'est qu'un prétexte où s'engouffrent les pires pulsions violentes, les délinquants et les criminels. L'enthousiasme, les positions hiérarchiques acquises assurent l'impunité de tous ceux que le totalitarisme arme au service de la répression : « On nous faisait préférer l'herbe du socialisme aux blés du capitalisme ». On arrête son père, en tant que « contre-révolutionnaire », et cette tache déteint sur le fils qui tente de se dédouaner : « Au nom de la révolution nous avons brisé toutes les vitres de l'école primaire. » Quand involontairement briser « l'effigie en porcelaine du Président Mao » vaut à un élève quatre ans de prison. On coupe les cordes vocales au criminel politique avant de le fusiller...

 

 

      Pourquoi écrire un tel livre ? Bien qu'il ne puisse être publié qu'en Occident, son auteur réclame « que la Chine purge totalement sa mémoire de son histoire pour que sa société progresse. » Loin de s'égarer dans les afféteries lyriques, dans un impossible esthétisme, le poète reste essentiellement factuel, sans indulgence pour les Chinois endoctrinés par le « marxisme léninisme » et leur bien aimé Mao ; sans indulgence également pour lui-même, dans la mesure où il a participé autant qu'il a subi cette litanie d'abjections. Pourtant, jeune « voleur de livre », au-delà d'un art bassement au service de l'idéologie, il trouve sa liberté et sa fierté dans cet implacable réquisitoire au ton glacial. Ce qui ne l'empêche pas, en ce récit-poème, et dans un recueil intitulé Lapins, lapins[4], d'être critique envers le matérialisme d'un capitalisme sans libertés politiques, où trop d'ex-révolutionnaires se sont reconvertis sans états d'âme. Lui-même aujourd'hui est un homme d'affaires talentueux, de surcroît passionné d’alpinisme.

      La contre-épopée hallucinante se fait leçon d'Histoire et d'humilité. Luo Ying avoue en sa postface combien il a « été imprégné de son esprit de combat ». Il faut alors entendre en cet euphémisme la Révolution culturelle qui ne fut qu'une tyrannie anti-culturelle, conspuant la culture bourgeoise, les intellectuels et les lettrés, pour les remplacer par une propagande éhontée. S'il est « depuis toujours un garde rouge » (même s'il n'a « ni tué, ni mis le feu »), en une définitive imprégnation génétique, il reste contaminé. Comme la société chinoise, point à l'abri de retrouver le chemin de la rouge abjection. C'est nous dire que chacun d'entre nous est susceptible de choir en ce travers. Les circonstances aidant, qui sait si ne va pas se réveiller le « gène du garde rouge », ou noir, ou vert, qu'importe la couleur du mal, humain, trop humain...

      Une fois de plus, la Chine ouvre les pages rouge-sang de son histoire. Pas par la voix officielle, bien sûr, mais par celle de ses dissidents, de ces écrivains qui ont pu témoigner en faisant sortir leurs manuscrits du pays, ou en s’exilant, comme Diane Wei Liang. Née en 1966, au début de la « Révolution culturelle », elle doit quitter la Chine en 1989, suite aux révoltes étudiantes de la Place Tiananmen de Pékin. Elle a la chance de partir étudier aux Etats-Unis où elle est pourvue d’une bourse. C’est cet itinéraire à travers l’histoire chinoise qu’elle raconte dans ce roman autobiographique. Fille d’intellectuels, elle est harcelée par les écoliers et les délinquants qui la traitent de « vilaine princesse capitaliste », bien qu’avec tout son enthousiasme enfantin elle aille ramasser des choux glacés pour toute nourriture collective. Après la mort de Mao, en 1976, elle put intégrer « une école privée d’élite », puis entra en 1986 en deuxième année de psychologie. C’est là qu’elle rencontre l’amour… Très vite, ils s’identifient aux amants d’Anna Karénine de Tolstoï, car il faudrait à Dong Yi divorcer, dans une Chine réfractaire à cette insulte à l’honneur. Ils se retrouveront dans la tourmente des 50 000 manifestants de Tiananmen, face aux « tyrans », jusqu’à ce que « le sang coule du ciel », jusqu’à ce que « 1000 contre-révolutionnaires » soient arrêtés et que leurs familles remboursent « le prix de la munition pour pouvoir emmener le corps ». Il ne s’agit peut-être pas là d’un roman inoubliable au sens stylistique et épique affirmé, mais cette révolution contre-révolutionnaire, bafouée, écrasée, reste un témoignage crucial et prenant sur les mentalités politiques d’une Chine qui est loin d’être un continent de libertés et plus près du totalitarisme en voie de perfection…

 

      Hélas l’histoire de la tyrannie chinoise ne s’arrête pas là. Si le judicieux encouragement au capitalisme a propulsé la Chine au rang de la première puissance mondiale et permis à des centaines de millions de Chinois d’accéder à un niveau de vie meilleur, la chape de plomb du régime communiste et de ses nombreux affidés règne toujours sur l’empire du milieu. Il faut alors un courage surhumain pour aller à l’encontre de la censure, de l’arrestation toujours possible, de la prison, pour n’y échapper que par l’exil, si possible. Li Chengpeng est de ces héros du verbe, de ces hérauts de la liberté.

      La satire qui veine les Confessions d’un traître à la patrie est aussi pleine d’amertume que d’humour. En une vingtaine de textes au ton vif, Li Chengpeng se livre à une charge sans concessions à l’encontre de la corruption et du mensonge communiste, tous deux omniprésents. Ce ne sont là qu’une mince partie d’un volume plus vaste réunissant les billets de son blog, qui fit un triomphe sur Weibo, un réseau social chinois, avec plus de six millions d’abonnés. Jusqu’à ce qu’il soit suspendu en 2014. Sans se décourager, notre web-journaliste, publie sa production en volume. La sanction ne tarde guère : le voilà interdit. Heureusement Taiwan permet sa reparution, cette fois sans l’ombre d’une censure. Quant à son auteur, interdit de se présenter à des élections locales, il convole avec la liberté en recevant le « German Best Bloggers Award », puis en étant invité parmi les frais gazons de Harvard Kennedy School, même s’il ne souhaite pas quitter son pays…

 

      Tout commence par un tremblement de terre. Pourquoi un immeuble récent s’effondre-t-il, « effrité comme un biscuit », au milieu d’immeuble anciens intacts ? Soudain, la propagande communiste ne fait plus effet : « ce n’étaient pas les impérialistes qui étaient venus voler en douce les armatures métalliques des décombres ». Quand un « Inspecteur des travaux » est digne de confiance, des dizaines d’autres sont corrompus. Dénoncer cette impéritie nationale vaut alors à Li Chengpeng d’être lui-même dénoncé comme « traitre à la patrie », pour reprendre son titre-choc. Cependant, dit-il, « Pour moi, le patriotisme, c’est donner à chacun selon ses besoins et dépouiller les usurpateurs de leurs rapines. Alors, le pays pourra devenir florissant ». On passera sur l’illusion marxiste de la première partie de cette profession de foi pour retenir l’engagement en faveur de la probité.

      Combien de fonctionnaires corrompus sont à l’origine des scandales du « lait frelaté », des scandales immobiliers et sanitaires, des vagues de pollutions aux métaux lourds, des tsunamis de suicide dans des usines, des « petits marchands illégaux » balayés parce qu’ils ne peuvent payer leur licence, des vies affligées par les traînées sulfureuses de la révolution ? Une mère qui fut membre d’une troupe d’opéra témoigne de ce qu’elle fut envoyée dans une aciérie, à fin de rééducation de classe. On devine ce que veut dire : « l’argent de l’état est utilisé pour soigner tous « les malades mentaux » du pays ».

      Toutes ces tragédies, qui ne sont que la partie émergée de l’iceberg rouge, sont cependant contées avec une ironie sagace, un humour proliférant : « Si l’on reste agenouillé trop longtemps, on oublie les avantages de la station debout ». Fonctionnaires, « gardes urbains », « barrage des Trois-Gorges » font partie du chapelet communiste des calamités offertes au « citoyen de quatre sous ». Là où les bulletins de vote « ne sont qu’une décoration », notre polémiste « se sert de son stylo comme d’une hallebarde du dragon vert »…

      Mieux, pour Li Chengpeng, « le patriotisme, c’est ne jamais léser l’individu au nom de l’état ». En dernière analyse, la même conviction autobiographique et politique anime Luo Ying, dont Le Gêne du garde rouge doit être conjuré. Une fois de plus, les voix des écrivains, qu’il s’agisse d’user des genres les plus anciens, le vaste poème épique aux cent bras, la tradition romanesque avec Diane Wei Liang, ou les plus neufs, la chronique du bloggeur, secouent avec vigueur les chaînes avariées d’un communisme qui, s’il a sagement lâché prise en autorisant le développement capitaliste, n’a pas su se suicider au service du bien des patries et des individus, en accordant ce qui doit être complémentaire à la liberté économique : la liberté politique.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Luo Ying a été publiée dans Le Matricule des anges, mars 2015

 

[1] Le Livre noir du communisme. Crimes, terreur et répression, Robert Laffont, 1997.

[2] Paul Claudel : Cinq grandes odes, Gallimard, 1936.

[3] La Chanson de Roland, Mame, 1875.

[4] Luo Ying : Lapins, lapins, Le Castor astral, 2013.

 

Globe terrestre, vide-greniers de la Couarde-sur-mer, Île de Ré.

Photo : T. Guinhut.

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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 17:07

 

Valle de Aguas Limpias, Sallent de Gallego, Alto Aragon, photo T. Guinhut.

 

 

 

 

Sôseki : Rafales d’automne

 

sur un Oreiller d’herbes japonaises.

 

 

Natsumé Sôseki : Rafales d’automne,

traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu, Philippe Picquier, 224 p 18 €.

 

Natsumé Sôseki : Oreillers d’herbes, 224 p, 7,50 €.

Natsumé Sôseki : Clair-obscur,

traduits par René de Ceccatty et Ryôji Nakamura, Rivages poche, 496 p, 9 €.

 

 

 

      Que peut la délicatesse de la littérature et de l’art ? se demande sans cesse Natsumé Soseki. À la lisière de la tradition japonaise et du Japon de la modernité, puisque né en 1867 et mort en 1916, il est l’enfant de l’ère Meiji et de ses bouleversements. En effet, à partir de 1868, l’Empire du soleil levant s’ouvre à l’Occident. Natsumé Soséki alla donc étudier entre 1900 et 1903 en Angleterre, pour ensuite enseigner la littérature anglaise, succédant à Lafacdio Hearn, ce après avoir baigné dans les lettres classiques chinoises, dans l’esthétique du haïkaï. Ainsi, Nakano est à Tokyo stupéfait par un concert de musique occidentale (dont une sonate de Beethoven) dans le roman Rafales d’automne. Conjointement avec la réédition bienvenue d’Oreillers d’herbes, il permettra de rencontrer, à travers ses personnages, l’intimité de l’artiste des mots au fil du pinceau. Car autant Je suis un chat[1] est d’esprit presqu’occidental, dans la lignée satirique du voyage au pays des chevaux (les « Houyhnhnms ») de Swift et du Chat Murr d’Hoffmann, autant Rafales d’automne défend les valeurs éthiques d’une tradition balayée par la puissance financière d’une nouvelle hiérarchie nippone.

      Un trio d’apprenti-écrivains forme l’ossature de Rafales d’automne. Le grand écart de leurs conditions matérielles est constitutif du roman. Si l’amour de la littérature et l’ascèse de l’écriture unissent les trois personnages, l’argent, son abondance et son manque, les différencie, les écarte douloureusement. Takayanagi est un jeune homme pauvre, bientôt malade des poumons ;  il perd son précieux manuscrit destiné à un manuel de géographie, qui aurait dû lui rapporter quelques dizaines de yens. Il a bien du mal à envisager le précieux « détachement » qui lui permettrait de trouver son équilibre. Heureusement il est soutenu par son ami Nakano, également licencié ès lettres, mais fort riche, et qui peut trouver le loisir de composer un roman poétique. Ils croisent de plus Dôya, leur ancien et intègre professeur, moqué, démissionnaire, qui peine, à la sueur de ses écrits, à nourrir son épouse.

      Quel est le destin de l’homme de lettres, quelle doit-être sa fonction ? se demandent-ils tous les trois à leur manière. Misérable pour Takayanagi, qui « rongeait chaque soir l’os de la douleur du monde » ; léger et décoratif pour Nakano. Dôya, un peu plus âgé, duquel on lit de larges extraits de son texte sur le « détachement » dans la revue « Kôko » dont il est le rédacteur, a pour « vocation » de faire avancer la société « ne serait-ce que d’un pas dans une direction plus haute et plus noble ». C’est ainsi qu’au cours d’une conférence agitée, il va défendre son « idéal » aux dépens d’une idéologie de l’occidentalisation et de la réussite financière : « De même que l’homme riche, grâce au pouvoir de l’argent, fait prospérer la société, l’homme de culture, grâce à son savoir et à sa raison, apporte le bonheur à la société ».

      Entre réalisme et atmosphère poétique, des pages précieuses émaillent ces Rafales d’automne (dont le titre vient d’un mélancolique poème chanté par une femme aimée) : conversation sur l’amour (« le cosmos qui se reflète dans le cœur d’amoureux est plein d’une compassion profonde »), description d’un « anneau d’or », satire de la richesse lors du mariage de Nakano… Chaque écrivain, et c’est là on n’en peut douter une profession de foi de Sôseki lui-même, tente de vivre « tout comme le pinceau laisse une légère trace d’encre, pour éclairer le monde aveugle d’un point lumineux ».

      Il est évident que les romans de Sôseki (mais également ses nouvelles) ne sont pas des romans d’action. Conversations, situations, observation détachée du narrateur, analyses psychologiques, méditations intellectuelles abouties, notations des images de la nature, tout cela parsème une intrigue souvent ténue, et en fait toute la richesse, rendant ainsi justice à ce pathétique propos de Takayanagi : « Quel gâchis si je mourais sans avoir donné jour à ce moi qui n’appartient qu’à moi ! » Que fera ce dernier des cent yens offert par Nakano : aller soigner sa tuberculose ou aider son maître Dôya, dont l’ « Essai sur le caractère » promet d’être son grand-œuvre ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Qui sait si Oreiller d’herbes n’est pas le plus fabuleux récit de Sôseki. Celui qui est peut-être son alter ego est cette fois un peintre. Ce dernier sait établir avec la nature une relation privilégiée, profondément lyrique : une « fleur de camélia […] attire un homme de ses yeux noirs, sans qu’il s’en rende compte et elle instille dans ses veines un poison enchanté ». Aussi se retire-t-il parmi les montagnes, lors d’un « voyage en quête d’impassibilité », pour interroger le sens de son art, entre peinture japonaise et peinture occidentale. Or l’auberge qui le loge recèle un mystère : une femme fantomatique répond à ses haïkus. Est-ce cette fameuse Nami qui, suite à un mariage forcé, aurait perdu la raison ? Celle-ci, « sourcils levés qui cherchent à tout vaincre », s’avère être d’une exceptionnelle beauté, que le peintre pensera poursuive sous ses pinceaux. Ne s’agit-il que d’un idéal pictural, d’un amour insensé, d’une scène théâtrale, ou d’une allégorie qui serait le point de fuite parfait de ce « roman-haïku », selon le mot de son auteur…

      « Dès que vous avez compris qu’il est partout difficile de vivre, alors nait la poésie et advient la peinture ». Cette phrase inaugurale est le viatique d’un sage : Sôseki tel qu’en lui-même, nostalgique de la culture nippone traditionnelle, face à une modernité dont il se méfie (son personnage déteste le train). Car sans cesse Oreiller d’herbes est un récit d’une rare finesse poétique. Il sait tout transmuer en œuvre d’art : un entremet, « yokan bleu posé sur un plat vert céladon », un moinillon zen grotesque, l’apparition d’un « ample kimono de cérémonie », un « shamisen lointain », un nu féminin au travers de la vapeur du bain, un dialogue autour d’un thé et d’une « pierre à encre » ancienne… Car ce peintre, « dans la vie, ne reconnait d’autres valeurs que celles du rêve ».

      Entre le regard ironique, éminemment satirique, d’un narrateur qui commence par affirmer « Je suis un chat », et les récits autobiographiques de Botchan[2] et d’À l’équinoxe et au-delà[3], dures années d’études et du monde du travail, Oreiller d’herbes est le plus bel univers intimiste de Sôseki, quand Rafales d’automne est un texte majeur sur la condition de l’écrivain. Condition bientôt doublée par la souffrance des dernières années de son auteur, marquées par la maladie qui ne lui permit pas d’achever son dernier et plus vaste roman, Clair-Obscur d’un drame conjugal, à la mince intrigue, mais dont on aimera l’étoffe émotionnelle aux nuances inouïes…

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Natsumé Sôseki : Je suis un chat, Gallimard / Unesco, 1986.

[2] Natsumé Sôseki : Botchan, Le Serpent à plumes, 1993.

[3] Natsumé Sôseki : À l’équinoxe et au-delà, Le Serpent à plumes, 1995.

 

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 13:58

 

Ginkgo Biloba. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Poèmes d’Extrême-Orient :

 

Anthologie de la poésie chinoise,

 

101 poèmes du Japon d’aujourd’hui.

 

 

Anthologie de la poésie chinoise, sous la direction de Rémi Mathieu,

La Pléiade, Gallimard, 1548 p, 65 €.

 

101 poèmes du Japon d’aujourd’hui, Philippe Picquier, 182 p, 19 €.

 

 

 

 

      Une anthologie est toujours une gageure : songez à ces trois mille ans et à ce continent que quelques pages, fussent-elles 1500, ne sauraient dire. Pourtant, après les superbes anthologies de poésie consacrées en Pléiade à l’Allemagne, à l’Espagne, à l’Italie et à l’Angleterre, sans compter la France, il fallait bien franchir les anciens parapets de l’Europe. C’est évidemment à la Chine qu’il fallait songer, d’autant qu’elle est depuis la plus haute antiquité coutumière de la pratique anthologique : Confucius, au Vème siècle avant notre ère, aurait déjà compilé la sienne. En toute logique, le Japon devrait lui emboiter le pas. S’il faut combler cette attente, enjambons les millénaires pour lire en 101 poèmes du Japon d’aujourd’hui comment la tradition est revisitée, voire conspuée.

 

      De « l’aigle pêcheur » qui introduit (vers l’an -1045) une chanson d’amour, et « Laisse le soleil chasser l’aube / Bouger mon poème » qui, en 1988, ferme cette Anthologie de la poésie chinoise, la nature, son paysage de montagne et d’eau, est une constante rarement oubliée, comme chez Tao Yuanming :

« Longtemps j’ai vadrouillé par les monts et les lacs […]

L’humaine vie n’est rien, si ce n’est illusion.

Et tout doit pour finir retourner au néant. »

      Pour figurer l’ascension spirituelle, le marcheur monte vers le ciel ; non loin de la pensée du taoïsme et du bouddhisme. Ainsi, la poésie est le sceau de l’harmonie du monde, de l’homme et de la nature, au-delà même des convulsions politiques qui font changer les dynasties, depuis les Zhou, en passant par les Tang et les Song, suivis par les Yuan mongols, les Ming, et les Qing mandchous qui vinrent clore l’Histoire impériale en 1911. C’est ainsi, chronologiquement, que s’organise cette anthologie, guide des émotions par-delà les millénaires.

      En Chine, la poésie a longtemps bénéficié d’une indéfectible reconnaissance sociale, du plus humble paysan qui chante les travaux et les jours, jusqu’au plus prestigieux lettré et au souverain, qui sont des calligraphes accomplis, et connaissent les « six arts », base de l’éducation en Chine ancienne. Liberté dans un monde corseté, refuge de la paix et de la beauté dans une Histoire où cicatrisent les guerres, le poème est une sorte de sacralité, d’ivresse intime. On se réfère toujours à Li Bai (701-162), y compris chez les écoliers, pour élire une paradoxale permanence de la sensibilité : « Nuages flottants, état d’âme du voyageur ». Dire son cœur avec une portée philosophique, telle serait l’ambition du poète. Surtout au cours de la période Tang, âge d’or poétique, parmi lequel fleurissent Du Fu (712-770) et Li Bai (dont l’art virtuose n’est pas loin de celui du haïkaï du japonais Bashô[1]) :

« Au pied du lit la lune étend son vif éclat ;

On croirait presque voir du givre sur la terre.

Si je lève les yeux, c’est la lune brillante.

Si je baisse les yeux, le pays de mes pères. »

      Autres thèmes récurrents, l’exil, l’amitié, la poésie elle-même, le vin, la musique. Récurrente également l’imitation des textes anciens, en une posture cultivée obligée, ce qui n’interdit pas, comme chez Li Bai, l’invention de mots et d’images novateurs. Quand l’image picturale est souvent de la même main que celle du calligraphe et poète. La lecture de la nostalgie d’un des poètes du « Yuefu » suggère alors une peinture à venir :

« Je désire être l’un des deux cygnes jaunes,

Voler haut dans les airs et renter au pays ! »

      Quoique célébrées, aimées, surtout si elles sont chanteuses ou danseuses, peu de femmes écrivent (ou ont été retenues par le temps) en poésie chinoise : Li Qingzhao (1084-1155) ou Qiu Jin (1877-1907) disent les amours perdues. Ecoutons la première :

« Les fleurs d’elles-mêmes fanent et se dispersent, les eaux s’écoulent à leur gré,

Une seule et même pensée amoureuse,

Deux lieux à notre peine sans fin.

Ce sentiment, nul leurre ne peut l’éliminer,

Sitôt tombé entre les sourcils,

Il remonte à la pointe du cœur ».

      Vers de quatre ou sept syllabes, poèmes en prose parfois, que seraient-ils si nous traduisions littéralement ? « oiseau voler montagne forêt, lune briller tard ciel », propose en note Rémi Mathieu. Deux syntaxes, chinoise et occidentale, irréductibles, là où il faut pourtant préférer la mise en langue française, mais la plus allusive possible. Reste que les poèmes réguliers appelés « shi », sont ici en alexandrins, décasyllabes et octosyllabes : bel effort de la part de la demie douzaine de traducteurs de la langue han, qui ont œuvré pour quatre mille poèmes, et environ neuf cents auteurs. Ce sont disent les sages amateurs : « jades parmi les cailloux ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Avec le XXème siècle, la poésie chinoise connaît sa révolution : les poètes ne sont plus des fonctionnaires de l’Empire, mais de simples écrivains. À la suite du réalisme socialiste prôné par le maoïsme, la Chine de Taiwan poursuit une voie plus novatrice, bientôt rejointe par les nouveaux poètes qui n’ont pas connu la Révolution culturelle, et ceux qui écrivent en exil. Plus contemporains sont les « poèmes de Tian’anmen », que l’on devine guère officiels, quand résonne « Le brasier de la révolution détruisant l’impureté », quand des anonymes ont des « larmes en place de paroles ». Né en 1949, Bei Dao semble incarner une nouvelle ère à lui seul :

« La liberté est couvercle doré de cercueil

Suspendu au plafond de la prison […]

L’exil des mots a commencé »

      Auprès de ce volume, les Chinois adorant les anthologies, dont les visées sont autant morales, politiques, qu’esthétiques, nous nous sentons un peu Chinois, quoique avec le détachement de leurs sages qui se fient moins aux turpitudes des hommes qu’à la beauté des montagnes. Rassurons ceux que les forts et dignes volumes de La Pléiade impressionnent, effraient : cette anthologie est rafraichissante : on ne la lira pas obligé de se courber en toute son humilité devant toutes ces soigneuses pages et ces notes profuses. Mais, surpris du bonheur de ce voyage millénaire, au hasard d’une pérégrination, selon Bei Dao,

« Le verre des mots une fois bu

Donne plus soif encore. »

 

      En attendant que La Pléiade nous offre l’équivalent pour le voisin Japonais, voici que les éditions Philippe Picquier, éminentes spécialistes de l’Extrême-Orient, nous ouvrent les portes de 101 Poèmes du Japon d’aujourd’hui. Le plus anciens de ces poètes est né en 1913, le plus jeune en 1955. Il faut donc compter qu’ils écrivent depuis les années trente. Les formes prestigieuses du haïkaï et du waka ne retiennent plus prisonniers les auteurs, que l’influence occidentale a contribué à libérer : longs poèmes, parfois en prose, refrains, versets…  

      Les poèmes écrits au titre de l’effort de guerre furent, après la défaite, fort controversés, bientôt rejetés : art officiel, propagande, à quoi il fallut opposer une renaissance. Ainsi Ayukawa Nobuo est « A la recherche d’un garde-fou contre la mort », dans son « Chant du matin dans un hôtel à l’ancre ». Désespoir et scepticisme, « devant l’avenir mollet / De ces œufs fendillés », confluent lorsqu’il demande :

« Nous-même, notre dieu

L’aurions-nous pour toujours étranglé sur ce lit ? »

      S’il semble s’agir d’un dieu intime, peut-on le lire comme une allusion au Japon, à son empereur, lorsque l’ultime strophe constate :

« Naissance entre deux grandes guerres à l’ouest et à l’est

Echec de l’amour comme de la révolution »…

      De même, Yoshimoto Takaaki, croise « dans ses guenilles de victime de guerre un jeune homme », « une jeune fille d’un monde abandonné ».

      Au-delà de « la gare transparente du passé » vue par Tanikawa Shuntarô, il faut alors redécouvrir la vie, écrire avec conscience et sans naïveté :

« Si je n’ai jamais éprouvé de haine à leur égard

Je n’ai pas eu non plus d’affection pour les mots

Certains font dresser le poil de la honte

D’autres, par leur transparence, font oublier qu’ils sont des mots

D’autres encore, au terme d’une longue réflexion, peuvent déboucher sur un génocide. »

      On croirait entendre un écho des « Moines », chargé de tous les péchés par le poème satirique de l’irrévérencieux Yoshioka Minoru. L’humour ancestral des habitant de l’archipel du soleil levant reprend ses droits, y compris lorsqu’Itô Himori « prépare des boulettes de farine de riz enrobées de sucre qu’à mon ami / Je vais porter » et qui sont « lisses comme des fesses »…

      Cette poésie contemporaine, malgré le dynamisme économique et civilisationnel du Japon, est volontiers désespérée, quoique inventive ; elle a quitté les clichés zen parmi les brumes des montagnes. Quelle distance étonnante avec nos préjugés envers l’Extrême-Orient poétique ! Ces 101 poèmes nous révèlent un Japon d’aujourd’hui pour le moins inattendu, comme la beauté soudaine d’une fêlure dans un bol à thé…

 

      « Il y a là dans ces vers et si légère / Toute ma vie », écrit en 1970, le Japonais Kuroda Saburô. Ces deux vers pourraient parler au nom de tous les poètes de ces deux anthologies, de Chine et de Japon. Comment si bien voyager dans un fauteuil, sinon dans le temps et l’espace lointain, devenus intérieurs de ces deux anthologies de l’humanité ? Comme l’écrit vers 1368, la Chinoise Yifenr, ce sont des « Feuilles rouges répandues » :

« Feuilles rouges répandues : dragon de feu laisse tomber ses écailles ;

Pins verts délicatement tordus : un python montre ses crocs.

Il y a là de quoi faire des vers,

Matière à peindre, non moins ! »

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Voir : Basho Seigneur ermite : L'integrale des haikus

 

Photo : T. Guinhut.

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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 13:43

 

Puerto de Lesba, Potes, Picos de Europa, Cantabria.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Yasunari Kawabata :

 

des Pissenlits aux Premières neiges

 

sur le Mont Fuji.

 

 

Yasunari Kawabata : Première neige sur le mont Fuji,

traduit du japonais par Cécile Sakai, Albin Michel, 2014, 176 p, 16 €.

 

Yasunari Kawabata : Les Pissenlits, traduit du japonais par Hélène Morita,

Albin Michel, 2012, 252 p, 18 €.

 

 

 

      Parmi l’exposition « Le Japon au fil des saisons », au Musée Cernushi, parmi paravents et kakemonos de feuillages, d’insectes, d’oiseaux et de fleurs, auprès d’un mont Fuji peint par Tani Bunchô, j’ai repensé à Kawabata. Nous croyions tout savoir de ce dernier, avec une dizaine de titres traduits en France, parmi lesquels les inoubliables Kyôto et Pays de neige. Ou ces Belles endormies qui fascinent l’éros subtil et la pulsion contemplative du lecteur, et dans lesquelles la quête du beau côtoie la conscience tragique de la finitude et de la mort. L’atmosphère de ses romans est toujours singulièrement raffinée, d’une grande finesse psychologique, d’une esthétique précieuse et menacée. Ce que l’on retrouve tout autant dans un recueil de nouvelles inédites à l’ombre du mont Fuji que parmi un roman inachevé au parfum de pissenlits.

      Pour qui aurait la malchance de ne pas connaître Kawabata, ce recueil de six nouvelles inédites, titré Première neige sur le mont Fuji, est une parfaite introduction à son univers. Car sa réputation de délicatesse n’est pas usurpée.

      Ce sont surtout les circonstances dramatiques de la vie qui, à demi-mots, sont moins dites que suggérées : un couple se retrouve après plusieurs années, une guerre, un autre mariage, lorsque nostalgie incurable et avenir en suspens frémissent à la vue de la « première neige », métaphore du temps qui passe. De même, dans « Une rangée d’arbres », les « ginkgos » se séparent entre arbres nus et feuillus, pour cristalliser, d’une manière presque proustienne, une symbolique temporelle et métaphysique. Ainsi, « La jeune fille et son odeur » prennent toute leur valeur devant la tombe des ancêtres…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      L'on soupçonne des présences fantomatiques, lors du retour en « Terre natale », à mi-chemin du souvenir et de l’oubli. Ou lorsque les « Gouttes de pluie » couvrent « la discussion que les parents menaient à voix feutrée ». Comme quoi la communication entre les êtres, entre les êtres et les lieux, est au cœur de ce recueil…

Ce qui compte chez Kawabata, à l’instar de Mozart ou les silences entre et après  les notes sont encore du Mozart, ce sont moins les dialogues que leurs silences, leurs sens devinés, à l’image de la lueur de la « Première neige sur le Fuji ». Plus tragique, dans « En silence », l’écrivain « Ômiya Akifusa ne prononce plus le moindre mot », ni n’écrit. Lors d’un entretien prodigue en questions, le narrateur doit se résigner : « Le silence était mon interlocuteur ». La paralysie du vieillard n’explique pas tout. Comme si demeurait une volonté d’aphasie littéraire alors que l’écriture a perdu « toute sa puissance ». Ce qui n’est en rien le cas pour ce bouquet parfumé de nouvelles, venue des années cinquante du maître japonais.

 

      Les mêmes qualités de discrètes intensités se retrouvent dans Les Pissenlits, cet inédit inachevé -faut-il dire hélas ?- conformément à une esthétique récurrente. Près de la mer, à Ikuta, la floraison des pissenlits et le son d’une cloche paraissent pouvoir guérir les hôtes de « l’asile de fous » ; là où Ineko souffre d’une mystérieuse « cécité sporadique devant le corps humain ». Lorsque la mère de la jeune fille et son fiancé Hisano la quittent, leurs interrogations s’échangent, leurs mondes intérieurs se déploient, par petites touches, réminiscences et confessions intimes. Le souvenir de la mort du père, ancien officier de la guerre du Pacifique tombé d’une falaise, fonde peut-être la scène primitive du handicap. Refuse-t-elle de voir une partie de sa vie quand disparait pendant l’acte amoure le corps de son amant ? Maladie psychologique ou irruption du surnaturel dans un réel fragile, qui sait, non loin du monde imaginé par Kôbô Abé… C’est avec une tendresse infinie que Kawabata peint ses personnages, dialoguant dans une auberge jusque tard dans la nuit. Nous sommes conviés en un univers tout de sensibilité : un arbre « pleure » pour les fous, le jeune insiste pour épouser son aimée et devenir son thérapeute. Mais aussi de « démons intérieurs » lorsque le psychiatre voit poindre des « temps démoniaques »…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      En ce huis-clos poignant où le dialogue est à la fois anecdotique, psychologique, onirique, voire métaphysique, si, parfois, l’échange paraît tourner en rond, c’est pour exprimer les plus infimes nuances des émotions. La connaissance de l’autre, jusqu’au mystère de sa disparition, est ici sondée, quoique avec le soupçon qu’une part en reste à jamais inconnaissable. Au-delà, les oiseaux, les fleurs sont de purs signes difficilement déchiffrables. Lorsqu’un arc-en-ciel apparait au moment de l’étreinte remémorée, l’étrange et beau roman s’éteint, à la frange du réalisme et du fantastique.

      Il est permis de rêver à la suite fabuleuse que ne désirait peut-être pas écrire le maître japonais lorsqu’il s’est donné la mort en 1972… Ou de la trouver peinte parmi les jaunes pétales et les aériennes ombelles des pissenlits peints sur un kimono. Comme lorsque dans Tristesse et beauté,[1] Otoko « avait représenté des fleurs estivales mais d’une manière si audacieusement abstraite qu’on ne pût croire que ce fut elle qui les eût dessinées. Cela ressemblait à des volubilis, mais c’étaient en fait des fleurs imaginaires qui se coloraient de nuances variées conformes au goût du jour. Le tout donnait une impression de jeunesse et de fraîcheur. Otoko avait dû dessiner ces fleurs à l’époque où Keiko et elle étaient inséparables ».

Thierry Guinhut

À partir d’articles parus dans Le Matricule des anges, mars 2012 et octobre 2014

Une vie-d'écriture et de photographie

 

[1] Yasunari Kawabata : Tristesse et beauté, traduit du japonais par Amina Okada, Albin Michel, 1981, p 123.

 

 

Serra de Padornelos, Portugal. Photo : T. Guinhut.

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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 19:16

 

Manga japonais XIX°. Photo T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Kamo no Chômei, le vieux sage du Japon :

 

Notes d’une cabane de moine et de l’éveil poétique.

 

Suivi d'En longeant la mer de Kyôto à Kamakura.

 

 

Kamo no Chômei : Notes de ma cabane de moine,

traduit du japonais par le Révérend Père Sauveur Candau, 2010, 80 p, 11 € ;

Notes sans titre, traduit par le Groupe Koten, 2010, 224 p, 15 € ;

Récits de l’éveil du cœur, traduit par Jacqueline Pigeot, 2014, 464 p, 19 €,

 Les trois volumes sous coffret illustré, Le Bruit du temps, 42 €.

 

Anonyme : En longeant la mer de Kyôto à Kamakura,

traduit du japonais par le Groupe Koten, Le Bruit du temps, 168 p, 15 €.

 

 

 

 

            Le hôjô-ki, ou « Livre d’une hutte de dix pieds de côté », n’a même pas un pied de côté, à peine quarante pages, parmi la modestie du « Bruit du temps ». Pourtant, ce recueil d’impressions, ici titré Notes de ma cabane de moine, laisse une bien longue impression. Observateur autant que philosophe, Kamo no Chômei (1155-1216) fut à Kyoto secrétaire du « Bureau de la poésie », avant de se sentir le dégoût du monde et d’abandonner la vie publique pour la vie intérieure du bonze : il se contenta dès lors d’un ermitage dans les montagnes de Hino. L’idée était trop tentante pour Antoine Jaccottet, talentueux éditeur du Bruit du temps : il vient de réunir en un charmant coffret trois proses de Kamo no Chômei, adjoignant au premier des Notes sans titre et les Récits de l’éveil du cœur. Pour former le triptyque de la solitude montagneuse, de la poésie et de la spiritualité bouddhique, non sans humour. Qui sait si l'auteur anonyme d'En longeant la mer de Kyôto à Kamakura fut son contemporain ?

         Prose et chronique autobiographique dans une période politique troublée du Japon (des guerres de succession impériale), les Notes de ma cabane de moine sont d’abord une image de la vanité du monde et des gloires humaines, symbolisée par l’image de l’eau qui s’écoule. Ces « essais écrits au fil du pinceau », selon une expression consacrée, évoquent d’abord des « calamités extraordinaires », ouragan, famine, épidémie, tremblement de terre, incendie « en forme d’éventail déployé », contemporaines du changement de capitale : « N’ayant pas d’ailes, on ne pouvait s’enfuir vers le ciel ; n’étant pas dragon, on ne pouvait monter sur les nuages ». Devant les servitudes sociales, Kamo no Chômei cherche où goûter « le contentement du cœur ».

         C’est à cinquante-quatre ans que le poète se construisit un ermitage parmi les montagnes pour se consacrer à son salut personnel, renonçant au monde, sauf à la poésie et à la musique :

« Ce monde, à quoi le comparer ? Dans le petit jour,

blanc sillage d’une barque qui à la rame s’éloigne. »

        Nanti de quelques livres, un « koto » et un « biwa », un modeste jardin, un petit foyer, il jouit d’un « beau panorama qui rend facile la contemplation ». Près des coucous, il  fait « un pacte avec eux pour qu’ils [lui] servent de guide au suprême passage de la montagne de la mort ». Les voix animales l’émeuvent, la nature toute entière est sa confidente. En digne épicurien, il « estime que le bonheur consiste en l’absence des soucis ».

          Au-delà de l’exotisme temporel et géographique, les pages de celui qui « assimile [sa] vie à un nuage inconsistant » nous parlent, comme nous enchante la peinture zen (quoique postérieure). Une esthétique est cohérente avec l’éthique, sereinement individualiste et reliée au cosmos. Célèbres au Japon, ces Notes de ma cabane de moine ne sont pas tout à fait inconnues en France, puisqu’une anthologie crut bon de les publier in extenso, en 1910[1]. De même, la belle anthologie Mille ans de littérature japonaise[2] n’omit pas l’œuvre de Chômei. Il faut compter aujourd’hui les Notes sans titre et les Récits de l’éveil du cœur, comme l’indispensable complément, formant les trois volets de la spiritualité traditionnelle la plus raffinée au Japon, si l’on omet la peinture et la musique.

        Chômei fut un grand compositeur de poèmes, au point qu’il compila son propre recueil dès l’âge de vingt-six ans : ce sont 105 « waka », soit des quintains de 31 syllabes. Il peut alors se permettre ce parfait manuel du compositeur de poésie, ainsi que l’on pourrait moins modestement intituler les Notes sans titre, quoique le sous-titre soit « « Propos sur les poètes et la poésie ». Le genre très codifié du waka doit s’assortir de retenue et d’élégance, de « formulation limpide ; il est majestueux, éblouissant », selon son maître Shun.e. L’amour et les saisons se partagent le plus souvent les thématiques proposées lors des manifestations poétiques de la cour impériale. D’où se dégage une intemporalité absolue.

         Si l’on suit Chômei, le poème doit être chargé « d’un sentiment intense ». Qui ne le voudrait d’ailleurs suivre en cette matière ? Pour se faire, il s’agit de se préoccuper du « sens du sujet », du « bon et du mauvais enchaînement des mots ». Il cite alors de nombreux waka d’autres poètes, d’où l’on aimera détacher deux vers : « La brume printanière / Où donc s’élève-t-elle ? » Peut-être vient-elle :

« De la Semi-no-Ogawa

-La rivière caillouteuse-

Limpide sont les eaux

Et la lune vient loger

Dans le courant son clair reflet »

         Mais surtout, après cette lecture, ne croyez pas un instant pouvoir imiter en toute facilité le waka : il vaut mieux « ne pas se considérer comme un génie de la poésie », et n’en pas faire un métier. Il est également conseillé de veiller aux « retouches qui peuvent gâcher un poème ».

         C’était le temps « du raffinement des réunions poétiques », le temps ou une femme « vous adresse un poème dans un lieu public » et laisse « un chef d’œuvre » :

« Sur cette couche

Qu’il devait selon ses dires

Ne déserter qu’une nuit

La poussière inexorable

Est venue se déposer »

        C’est ainsi que « les poèmes se composent spontanément quand l’émotion déborde ». Et que ceux « d’une beauté supérieure font penser à un tissu broché : en émane une image ». Gageons que celui de Shunzei est d’une beauté supérieure :

« Prenant pour guide

L’image des fleurs

Comme une vision

J’en ai franchi tant et tant

Blanches nuées des sommets ! »

 

            Kamo no Chömei a-t-il atteint une dimension supérieure en se faisant moine ? Dans le cadre d’une expansion historique du bouddhisme voué à la recherche de la « Terre Pure », promise par Amida (incarnation de Bouddha), la réflexion morale et spirituelle l’emporte dans les Récits de l’éveil du cœur, mais sans le moindre didactisme pesant. Loin de tout guide de développement personnel passablement niais, il ne s’agit pas d’aller où le cœur nous mène : « ne prends jamais ton cœur pour maître ! »

        Ce sont des petites anecdotes, presque des nouvelles, alternant les scènes comiques, les historiettes amoureuses, la satire et la louange des moines… Car, parmi ces derniers l’un est « dévoré d’ambition », ou « cache ses vertus », ou encore voit sa tête irradier d’une lumière. D’autres parviennent à « l’éveil », à la porte du Nirvana, et accomplissent leur « Renaissance ». Pas mieux, pas pire, en somme, que les moines occidentaux… Parfois le fantastique pointe son museau, lorsqu’une « mère qui jalousait sa fille vit ses doigts se transformer en serpents » ; lorsqu’une morte revient voir son mari inconsolable et laisse un « cordon à cheveux » pour preuve de son éphémère retour. À moins de s’intéresser à l’ironie du sort d’une « vieille nonne qui se transforma, après sa mort, en vers attaquant un mandarinier » ; n’avait-elle pas souhaité rendre le mal pour le mal ? Ainsi l’apologue offre une morale bienvenue. Sans compter que l’on apprend souvent à bien mourir, en une philosophique préoccupation. Plus loin, les curieux un tantinet coquins sauront « comment une courtisane de l’escale de Muro noua un lien de salut avec un saint homme en chantant une chanson ». Non content de nous amuser, jusqu’au rire, comme lorsqu’un « Vénérable » fait « voler son bol » qu’il voit revenir vide, ce recueil unit les qualités poétiques et celles de l’édification bouddhique.

         « On pourra dire que j’ai saisi des nuages, que j’ai capturé du vent : à qui cet ouvrage sera-t-il utile ? » confie, non sans autodérision, Kamo no Chômei en son préambule des Récits de l’éveil du cœur. La modestie de cette profession de foi conviendrait à ses trois ouvrages ici réunis. Mais c’est bien à nous, lecteurs intemporels, que ces lectures seront utiles : peut-être nous permettent-elles, outre de saisir un passé lointain, de chercher un essentiel contemplatif, de frôler l’essence de la poésie, de savoir rire et s’émouvoir de personnages dont les travers et les vertus ne sont pas loin d’être, presque un millénaire plus tard, nos reflets. Un éveil des sens devant la nature, de la vivacité de l’esprit devant le monde… Plus tard, au XVIIIème siècle, un autre ermite, Bashô[3], offrit au Japon et au monde entier ses poèmes plus brefs encore que le waka : ses haïkus, parmi lesquels, avec humour, nous aimons citer :

« Dans la rosée matinale

un melon boueux –

Quelle fraîcheur ! »

 

 

      Montagnes et rivages sont les bornes du voyage, bornes exaltantes, surtout si le voyage se fait à pied et à cheval En longeant la mer de Kyôto à Kamakura. Comme celui d’un Japonais anonyme qui parcourut les sites du Tokaido dans les débuts du XIII° siècle. Tous ses efforts et tous ses moments contemplatifs visent à dépasser la cinquantaine qui vient et accéder à l’« Eveil » bouddhique : « des sandales de paille pour tout véhicule, j’emprunte la voie de l’érémitisme ».

      Le récit, ponctué de descriptions évocatrices, comme ces « rochers qui semblent des tigres », de légendes étranges, d’anecdotes curieuses, est également enrichi de courts poèmes, ou waka, de trente et une syllabes, qui touchent à la perfection : « Je ne m’attache pas / à cette existence, mais / pour avoir vécu jusqu’à ce jour / j’ai contemplé le Mont-Blanc / du pays de Kai / une raison de vivre ! » Cependant, il n’est pas sans nostalgie à l’égard de sa mère âgée. La traduction, élégante, se lit comme un bel et vaste poème en prose, aux accents lyriques et discrètement pathétiques, également métaphysiques. Ainsi l’on partage  les émotions mélancoliques et esthétiques de celui qui chemine, dort sous un pin, médite ses « divagations ».

      Quel plaisir que de découvrir, soigneusement édité, avec notes et postface éclairantes, ce classique du genre kikô ou « notes de voyage », qui oppose la paix des paysages et le souvenir des guerres civiles qui ont amené au pouvoir le gouvernement militaire des shôgun. Se ressourcer, pratiquer une ascèse, affiner sa vision et son expression, tels sont les buts de celui dont nous aimerions connaître le nom. Qu’importe ; il a vécu et marché pour atteindre le sommet de son art.

      Au XVIII° siècle, un peintre, Hiroshige, fit lui aussi le voyage du Petit Tokaido (Hazan, 2010) au moyen de ses estampes colorées, entre pluies et grand soleil, le peintre et le poète se répondant.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Michel Revon : Anthologie de la littérature japonaise, Delagrave, 1910, p 245 à 266.

[2] Ryôji Nakamura et René de Ceccatty : Mille ans de littérature japonaise, Picquier, 2005.

[3] Voir : Bashô, Seigneur ermite : L’intégrale des haïkus

 

Frontenay-Rohan-Rohan, Deux-Sèvres. Photo T. Guinhut.

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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 11:38

 

Mérens-les-Vals, Ariège. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburô,

le Cassandre nucléaire du Japon :

Notes d'Hiroshima, Adieu mon livre !

 

 

 

 

Ôé Kenzaburô : Notes de Hiroshima,

traduit du japonais par Dominique Palmé, Folio, 288 p, 7,50 €.

 

Ôé Kenzaburô : Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants,

traduit du japonais par Ryôji Nakamura et René de Ceccatty,

L’Imaginaire, Gallimard, 238 p, 8,92 €.

 

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Traduit du japonais par Jean-Jacques Tschudin et Sumi Fukui-Tschudin,

Philippe Picquier, 476 p, 23 €.

 

 

      C’est avec un sentiment de « terreur sacrée » que le Prix Nobel 1994 de littérature Ôé Kenzaburô, en particulier pour son foisonnant Jeu du siècle, relate le choc de sa visite à Hiroshima au tournant de sa vie. Outre celui de la naissance de son fils handicapé, il faudra surmonter tout cela par l’écriture, celle des Notes de Hiroshima, puis celle d’Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants, avant de pouvoir dire : Adieu mon livre ! Le démiurge poétique en ses romans apparait également comme une grande conscience morale japonaise.

      Traversant ce que sont encore les ruines du ravage de la bombe nucléaire américaine tombée en 1945, l’écrivain japonais se doit de se remettre vigoureusement en question : « Après une semaine passée dans cette ville, j’avais révisé de fond en comble mon attitude à l’égard de ma vie personnelle. Ce qui allait aboutir également à une transformation radicale de ma propre littérature ». En effet, en 1963, il est dans les affres d’une paternité contrariée : son fils restera gravement handicapé - ce qu’il racontera dans Une Histoire personnelle. Nul doute que les souffrances des atomisés le touchent. L’on peut comprendre alors son refus, en octobre 1995, de venir en France, quand les essais nucléaires battaient leur plein. En fait l’écrivain dit avoir été sauvé du suicide par son fils qui deviendra compositeur, et par Hiroshima. Dans les hôpitaux, il se penche sur les malades et découvre le dévouement des médecins, relativisant son propre tourment. Il évoque le destin tragique de ceux qui meurent des suites de l’atomisation, de ceux qui se suicide pour que cette mort soit leur mort et non une conséquence de la bombe. Cependant ces Notes sont parfois inégales. Ôé Kenzaburo ne se pose guère la question des responsabilités. Le Japon impérial méritait-il son châtiment ? A-t-on ainsi évité une pire propagation de la guerre autour de l’archipel qui menaçait de durer indéfiniment ? Pourquoi a-t-on choisi de jeter deux bombes nucléaires sur des populations civiles ? Mais rien en fait n’excuse les Etats-Unis d’avoir retardé des offres de paix japonaises pour pouvoir tester leur agent meurtrier sur du matériel humain…

      « C’était une époque de tueries. Tel un interminable déluge, la guerre inondait les plis des sentiments humains, les moindres recoins des corps, les forêts, les rues, le ciel, d’une folie collective ». Nous lisons ce réquisitoire parmi les pages d’Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants ; ainsi la guerre, qu’elle soit locale, mondiale ou atomique, passe comme un drame cosmique qui ne laisse intacte aucune dignité. Reste-t-il des innocents ? Oui ! proclame la conscience de l’écrivain : les enfants. Même venus d’une maison de correction et entraînés dans une cruelle odyssée, ils resteront des enfants. Seul être humain vrai, l’enfant narrateur refusera toute compromission avec la terreur et se privera du riz des villageois pour, malgré les coups, courir vers des lieux « encore plus sombres ».

      Notre juge de l’Histoire cède-t-il à une idéalisation de l’enfance, au romantisme du délinquant ? Les bourgeons de la maison de correction ne sont probablement pas tous aussi innocents que les paisibles victimes d’Hiroshima. Hélas, Hitler, l’empereur du Japon, y compris celui qui lâcha du haut de son avion la bombe, ont été des enfants. Cependant force est de constater que les villageois sont pires que ces « mauvais enfants » qu’ils veulent éradiquer comme une épidémie, que ces exclus qu’ils veulent chasser de leur territoire ou parquer.

      Reste que cet apologue d’Ôé Kenzaburo garde une portée universelle et toujours d’actualité, sans oublier la dimension symbolique de cette enfance qui témoigne de l’aliénation d’une partie de son futur par le Japon. Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants est un récit épique haletant, pétri de violence. Et c’est aussi une parabole politique. Moins touffu que les grands romans comme Le Jeu du siècle, il n’en est pas moins aussi efficace que précieux. Un autre roman, sur les complexités de l’âme humaine et les empoisonnements au gaz sarin par la secte Aum, serait dans les cartons de l’écrivain. Dites-moi comment survivre à notre folie ? titrait-il un autre livre…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Lorsque, né en 1935, le spectre commun s’approche, il faut à tout homme faire un bilan. A fortiori pour un écrivain. C’est ainsi que le prix Nobel 1994, qui annonça en cette occasion ne plus écrire de roman, reprit « la plume-réservoir » pour offrir un volume de plus de mille pages, puis une trilogie consacré aux « pseudo-couples », dont le dernier volet, Adieu mon livre, est le seul traduit en français. Où le Japon d’Hiroshima et de Fukushima voit venir le spectre de la fin de sa civilisation. Ôé Kenzaburo joue-t-il le rôle d’une Cassandre, destinée à n’être jamais entendue, où joue-t-il sa dernière carte pour conjurer un manque de créativité ?

      L’on n’a pas oublié sa dénonciation des groupuscules d’extrême droite et du nationalisme atavique dans les nouvelles du Faste des morts, le drame de son fils handicapé mental dans Une Affaire personnelle, des romans tant familiaux, oniriques, que politiques comme Le Jeu du siècle… Mais nous avons ici la chance d’aborder un continent inconnu, sa période tardive. 0n retrouve en cet opus testamentaire ces chères obsessions, mais aussi la défense du pacifisme inscrit dans la constitution japonaise de 1946, le combat anti-nucléaire, à l’occasion duquel il publia les Notes de Hiroshima. Celui qui eut dix ans quand jaillit la lumière de deux bombes atomiques, reprend sur le tard le bâton du pèlerin littéraire engagé ; tout en continuant  à traquer le nationalisme qui se cristallise à travers le « problème Mishima », ce « héros culturel » dont l’attachement aux valeurs de l’honneur et du combat le conduisit au rituel seppuku. Pourtant, Ôé Kenzaburo, dans une insoluble contradiction, admire le sens du sacrifice de cet écrivain. Il va jusqu’à imaginer qu’il puisse avoir survécu, lui et sa « Société du bouclier », en un sursaut de politique fiction…

      Ce serait injuste de dire d’Ôé Kenzaburô radote en écrivant Adieu, mon livre ! Il fouille son passé, son argumentaire politique et son esthétique romanesque, au travers d’une mise en scène : un romancier d’âge vénérable, nommé Chôkô Kogito, retrouve un ami d’enfance pour, en sa calme résidence au bord du calme forestier, échanger des vues sur le monde comme il ne va plus, peut-être promis à la destruction : « la disparition de la terre ou la fin du nucléaire » ? Car la catastrophe de Fukushima, écho de celle d’Hiroshima, est pour ce dernier, à tort ou à raison bien plus qu’un accident. Il s’agit là d’une crise technique, écologique et morale majeure, signant une fin des temps, comparable à l’entrée dans l’enfer de Dante, dont Ôé Kenzaburo est un fin lecteur.

      Le récit se double et s’enfle des conversations avec des invités, dont son demi-frère architecte, avec lequel il a été longtemps brouillé, qui fomente un attentat terroriste visant à écrouler un immeuble. Ce qui échoue lamentablement. Doit-on prendre au sérieux cette histoire rocambolesque d’indignés internationaux qui devraient s’inspirer du geste de l’architecte ruineur de bâtiments ? L’intrigue reste au choix burlesque ou pitoyable. Mieux vaut s’intéresser à  l’auto-examen de l’écrivain, accompagné de quelques intellectuels dissertant sur leurs romanciers favoris. C’est ainsi que le roman autobiographique, cette « montagne de signes annonciateurs », devient dialogue philosophique, en particulier dans le cadre du « pseudo-couple » formé entre Chôkô Kogitio et l’architecte Tsubaku Shigeru. Le double fictionnel de l’auteur et ses divers complices et disciples tracent les contours de l’engagement politique navrant ou idéal de l’intellectuel, ce en commentant des écrivains fondamentaux de tous horizons : Nabokov, Dostoïevski et ses démons, Céline… Parmi ces derniers, dans le grand écart entre Mishima et T. S. Eliot, et au croisement du « pseudo-couple » se profile la dialectique inhérente à la mission de l’écrivain : doit-il s’engager activement, voire violemment, au gré des causes collectives, ou devenir un philosophe des nuées, un contemplateur solitaire ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Ce sont surtout les poètes anglais qui guident la réflexion éthique et prophétique : William Blake, et plus encore T.S. Eliot, l’auteur de La Terre vaine, dont les vers fournissent l’épigraphe du roman : « Que je n’entende pas parler de la sagesse des vieillards, / mais bien plutôt de leur folie, / de leur crainte de la crainte et de la frénésie ». Ce en quoi Ôé Kenzuburo semble prendre une ironique distance envers le propos apocalyptique de son vaste et hybride opus. Les vers du poète anglais sont aussi le pessimiste fil symbolique du récit à la rencontre de l’« art de détruire ». Là où la mort, individuelle et collective, voire de la civilisation japonaise entière, menace. Il y avait le roman de formation ; celui de Kenzaburo Ôé devient le roman du délitement.

      Voyant s’approcher, comme une délirante pythonisse, ou comme cette Cassandre que personne n’écoute, la porte fermée de l’avenir, Oé Kenzaburo est-il dans l’hyperbole ? Son pessimisme est probablement, du moins faut-il l’espérer, bien excessif. Peut-être a-t-il tendance, comme bien des vieillards, à confondre sa désagrégation maussade avec l’état de la civilisation qui l’a vu naître. Reste, depuis la nostalgie de la forêt de son enfance, qu’il pointe d’un doigt accusateur, non dépourvu de justesse et d’humanité, la nécessité de transmettre aux générations futures un monde sain…

      Journal de lectures non sans finesse, « projet vidéo », récits emboités, bribes philosophiques, autofiction, remise en question de ses procédés d’écriture, immense veillée pré-funèbre, ce roman est un monument impressionnant. Hélas menacé par le ressassement qui peut exaspérer le lecteur, ce que n’a pas oublié de pointer la critique japonaise, reprochant au prix Nobel l’érosion de sa créativité. Oscillant entre fiction un brin artificielle et essai visionnaire et érudit à demi ruiné, le livre est fragile, devant la mort inéluctable. Quoique son auteur, grande et inquiète conscience nippone,  retrouvant le « caveau familial » et son « arbre personnel » comme pour retrouver la sérénité des peintures de paysage sur l’or des paravents anciens, lui survive encore, depuis quatre ans. Comme lui survivra le Japon, guéri des errements de la gestion de son parc nucléaire, archipel de nature, de traditions, de modernité et de technologie, archipel zen au milieu des vagues coupables et judicieuses des civilisations…

      Le Cassandre du nucléaire se serait-il emballé ? Au-delà de l’usage militaire, imparable, de l’atome, il ne semble pas que l’apocalypse soit de mise. La catastrophe nucléaire de Fukushima de mars 2011 n’a fait en elle-même aucun mort, quoique 1700 cancers mortels lui soient attribués et une centaine de cancer de la thyroïde chez les enfants de la province. Le tsunami ravageur a lui causé 18000 morts. Reste que, si elle a un avenir certain, il n’est pas tenable que l’énergie nucléaire doive obérer la santé de citoyens. Seules recherche scientifique et sagesse, comme éviter de construire des centrales dans des zones à risque, alors que l’on avait refusé de construire plus haut cet équipement, sauront veiller sur notre avenir…

Thierry Guinhut

La partie sur Notes de Hiroshima a été publié dans Europe, janvier-février 1997,

celle sur Adieu mon livre ! dans Le Matricule des anges, octobre 2013

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Bol à thé japonais. Photo : T. Guinhut.

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Naomi Klein : anticapitalisme et climat

Biophilia : Wilson, Bartram, Sjöberg

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Révolutions vertes et libérales : Manier

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Editeurs

Eloge de L'Atelier contemporain

Diane de Selliers : Dit du Genji, Shakespeare

Monsieur Toussaint Louverture

Mnémos ou la mémoire du futur

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation et rééducation idéologique

Haine de la littérature et de la culture

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers d'Asie, Pu Songling, Hearn

 

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Histoire romanesque du franquisme

Benito Pérez Galdos, romancier espagnol

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Amendements libéraux à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

Impéritie de l'Etat, atteinte aux libertés

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Bret Easton Ellis : Eclats, American psycho

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava, Marissa Pessl : les agents du mal

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

Wright, Ellison, Baldwin, Scott-Heron

 

 

 

 

 

 

 

Europe

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

 

Fabre

Jean-Henri Fabre, prince de l'entomologie

 

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : tyrannie ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

Morselli Dissipatio, Longo L'Homme vertical

Présences & absences fantastiques : Karlsson, Pépin, Trias de Bes, Epsmark, Beydoun

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Christine de Pizan, féministe du Moyen Âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

Rachilde et la revanche des autrices

La révolution du féminin

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

Herland, Egalie : républiques des femmes

Bernardine Evaristo, Imbolo Mbue

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L'Après littérature

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Flanagan

Livre de Gould et Histoire de la Tasmanie

 

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

 

 

 

 

 

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Maîtres de vérité, Question anthropologique

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Destin des prisons et angélisme pénal

 

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

La France de Sloterdijk et Tardif-Perroux

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Maison politique, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte, Vraiment peindre

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

 

Gilgamesh
L'épopée originelle et sa photographie


 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Girard

René Girard, Conversion de l'art, violence

 

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Faillite et universalité de la beauté, de l'Antiquité à notre contemporain, essai

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au Coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages : Les belles inconnues

IV Eros : Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De natura rerum. Montée vers l’Empyrée

VIII De natura rerum excipit

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

VII Démona Virago, cruella du-postféminisme

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Crivelli, Titien, Rothko, Tàpies, Twombly

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Un Etat libre en Pyrénées

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V Les Neiges du philosophe

VI Le Club des tee-shirts politiques

XIII Le Clone du Couloirdelavie.com.

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

 

Haine

Du procès contre la haine

 

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

 

 

 

 

 

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

 

Hoffmann

Le fantastique d'Hoffmann à Ewers

 

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder. Eté sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

Croisade des enfants, Vies parallèles, Livre des nombres

 

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Coffret Inde, Bhagavad-gita, Nagarjuna

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inégalités : Rousseau, Marx, Piketty, Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : dénis

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : défis

Sommes-nous islamophobes ?

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Averroès et al-Ghazali

 

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : Madrigaux & Clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Jankélévitch, conscience et pardon

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Rires du Japon et bestiaire de Kyosai

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Le Conquérant, Aléa

 

 

 

 

 

 

Knausgaard

Autobiographies scandinaves

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Le retour de Seiobo et du baron Wenckheim

 

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lainez

Lainez : Bomarzo ; Fresan : Melville

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langage politique et informatique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Legayet

Satire de la cause animale et botanique

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, mythe et histoire

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

La Colombe de Federico Garcia Lorca

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

 

Mann Thomas

Thomas Mann magicien faustien du roman

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie et Coup de dés

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

Méditerranée

Histoire et visages de la Méditerranée

 

 

 

 

 

 

Mélancolie

Mélancolie de Burton à Földenyi

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Schéhérazade, Burton, Hanan el-Cheikh

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie, justice sociale : More, Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

 

 

 

 

 

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Muray

Philippe Muray et l'homo festivus

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Pour l'amour du piano et des compositrices

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Mizubayashi : Suite, Recondo : Grandfeu

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Mémoire et Mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Romantisme et philosophie politique

Nietzsche poète et philosophe controversé

Les foudres de Nietzsche sont en Pléiade

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

SurVeillance, holocauste, hermaphrodisme

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Censures et Autodafés

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et Format américain

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Panofsky

Iconologie de la Renaissance

 

 

 

 

 

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Dictionnaire khazar, Boite à écriture

 

 

 

 

 

 

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron

Le tableau comme relique, cri, toucher

Peintures et paysages sublimes

Sonnets des peintres : Crivelli, Titien, Rohtko, Tapiès, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perec

Les Lieux de Georges Perec

 

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Philosophie

Mondialisations, féminisations philosophiques

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pierres

Musée de minéralogie, sexe des pierres

 

 

 

 

 

 

Pisan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

 

Poésie

Anthologie de la poésie chinoise

À une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Histoire de la poésie du XX° siècle

Japon poétique d'aujourd'hui

Lyrisme : Riera, Voica, Viallebesset, Rateau

Marteau : Ecritures, sonnets

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Poésie en vers, poésie en prose

Poésies verticales et résistances poétiques

Du romantisme à la Shoah

Anthologies et poésies féminines

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Schlechter : Le Murmure du monde

 

 

 

 

 

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

Tavares : un voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Générosité, Chambre aux échos, Sidérations

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : À l'ombre des jeunes filles en fleurs

Illustrations, lectures et biographies

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

 

Racisme

Racisme et antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Ecrivains noirs : Wright, Ellison, Baldwin, Scott Heron, Anthologie noire

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

 

 

 

 

 

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Catholicisme versus polythéisme

Eloge du blasphème

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

Eloge paradoxal du christianisme

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

 

 

 

 

 

 

 

Richter Jean-Paul

Le Titan du romantisme allemand

 

 

 

 

 

 

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

Miscellanées littéraires : Cloux, Morrow...

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome

Rome de César à Fellini

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Pléiade & Sonnet pour Hélène LXVIII

 

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Quichotte, Langages de vérité

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

Isaac Babel ou l'écriture rouge

Ludmila Oulitskaia ou l'âme de l'Histoire

Bounine : Coup de soleil, nouvelles

 

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Les obsolètes face à l'intelligence artificielle

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

Minéralogie et esthétique des pierres

 

 

 

 

 

 

Science-fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Le Guin : La Main gauche de la nuit

Magnason : LoveStar, Kling : Quality Land

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Mnémos ou la mémoire du futur

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

 

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

La Tempête, Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Ecrits des camps, Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Gris politique et Projet Schelling

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

 

Smith Patti

De Babel au Livre de jours

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

Surveillances étatiques et entrepreneuriales

 

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

 

Spengler

Déclin de l'Occident de Spengler à nos jours

 

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

 

 

 

 

 

 

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

 

 

 

 

 

 

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tabucchi

Anges nocturnes, oiseaux, rêves

 

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

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