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31 janvier 2019 4 31 /01 /janvier /2019 15:31

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Géographies des bibliothèques enchantées,
de Jorge Luis Borges à Mohammad Rabie.

 

 

Jorge Luis Borges : Fictions,

traduit de l'espagnol (Argentine)

par Roger Caillois, Nestor Ibarra et Paul Verdevoye,

Folio, Gallimard, 208 p, 6,80 €.

 

Mohammad Rabie : La Bibliothèque enchantée,

traduit de l’arabe (Egypte) par Stéphanie Dujols, 176 p, 19 €.

 

 

 

 

 

      Il ne suffit pas d’être un bâtiment, hébergeant des salles, des étagères, des rayonnages, encore faut-il avoir la dignité et le mystère de l’assemblée des livres. L’acmé du paradoxe, à savoir l’inventive pléthore de l’illisible, ayant été atteint par Borges dans son conte « La bibliothèque de Babel », et gravement parodié par Umberto Eco, il reste à ensemencer d’enchantement les bibliothèques réelles et imaginaires. Bien que Mohammad Rabie, écrivant non loin des sables de celle d’Alexandrie, ait la modestie de ne faire allusion au nom de Borges qu’incidemment, il ne peut cacher qu’il écrive dans son ombre, quoique sans démériter. Au point, qui sait, de pouvoir être son fils spirituel. Ainsi nous irons de  l'omniscience borgésienne au fantasme de traductibilté universelle de Rabie

 

      Sans vergogne, Jorge Luis Borges[1] fait profession d’omniscience : tout est dans ce tout qu’est la « bibliothèque de Babel ». La quête de sens trouve son réalisation dans la totalité, puisque tous les livres mathématiquement imaginables de par la succession, la combinaison et la dispersion des lettres de l’alphabet s’y trouvent, quoiqu’elle bute sur le relatif infini de la chose et la quasi-impossibilité pour l’homme-bibliothécaire d’y découvrir un seul livre entièrement lisible, pire un seul qui soit digne d’entrer dans une bibliothèque digne de ce nom, a fortiori d’un grand livre, qu’il soit de Dante ou de Kant. À l’omniscience idiote, car indifférenciée et relativiste du dieu borgésien non-dit et insituable, répond l’aporie d’une bibliothèque illisible.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Un « bibliothécaire de génie […] déduisit que la Bibliothèque est totale, et que ses étagères consignent toutes les combinaisons possibles des vingt et quelques symboles orthographiques (nombre, quoique très vaste, non infini), c’est-à-dire tout ce qu’il est possible d’exprimer, dans toutes les langues. Tout : l’histoire minutieuse de l’avenir, les autobiographies des archanges, le catalogue fidèle de la Bibliothèque, des milliers et des milliers de catalogues mensongers, la démonstration de la fausseté de ces catalogues, la démonstration de la fausseté du catalogue véritable, l’évangile gnostique de Basilide, le commentaire de cet évangile, le commentaire du commentaire de cet évangile, le fait véridique de ta mort, la traduction de chaque livre en toutes les langues, les interpolations de chaque livre dans tous les livres ; le traité que Bède put écrire (et n’écrivit pas) sur la mythologie des Saxons, ainsi que les livres perdus de Tacite[2] ». On devine qu’à ce vertige de la liste, pour reprendre le titre d’Umberto Eco[3], s’ajoute le gloubi-boulga de tous les ouvrages fautifs, qu’il s’agisse d’une seule faute d’orthographe ou coquille ou d’un fatras omnipotent d’erreurs, d’hérésies et de contre-vérités, scientifiques ou morales : tout et son contraire, tyrannie de la fausseté. La totalité associant une introuvable perfection philosophique et esthétique avec les marasmes de la vulgarité, de l’insulte et de la provocation au génocide, soit un Evangile de Luc fallacieux acoquiné avec un exact Mein Kampf… Plutôt qu’enchantée, cette bibliothèque ne manque pas d’exhaustivité maligne, comme dans le cas de l’hypermnésique qui retient tout, mais ne sait rien.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Sophiste stérile, essayiste des possibles, mathématicien des probabilités, ironiste distingué, érudit parodique, grand prêtre d’un culte babélique ? Tout cela à la fois. D’autant que Borges à l’habileté de disposer sa bibliothèque kilométrique comme un rubik’s cube exponentiel dans l’espace commode et mesuré d’un conte, lui-même dans un mince recueil de Fictions, dans une perpétuelle et vertigineuse mise en abyme, comme dans les boites d’oreilles de la Vache-qui-rit qui démultiplient à l’infini vers l’infiniment petit, au lieu que la démarche borgesienne se déploie en direction de l’infiniment grand. « Ce livre est fait de livres[4] », avouait le bibliothécaire de Buenos-Aires dans sa préface à l’édition de la Pléiade qui lui est consacrée.

      Nul doute qu’en cette Bibliothèque de Babel l’on lise l’article consacré à « Uqbar », dans cet unicum : « le tome XLVI de l’Anglo-American Cyclopedia », nanti d’une poignée de pages surnuméraires dévoilant une pure fantaisie géographique et historique. Ainsi que le livre de « Silas Haslam : History of the land called Uqbar[5] », aussi fictif que son auteur. Un monde est donc possible dans les brèches inédites du réel, ourdi par la facétie d’un auteur et d’un imprimeur, révélant parmi les territoires balisés de la connaissance encyclopédique une brèche où s’engouffrent le possible et l’impossible, nés des entrailles du vraisemblable, des conjectures et de l’imagination.

      L’on sait combien l’auteur bientôt aveugle de Ficciones fut parodié - en toute amitié bien entendu - par Umberto Eco, dans Le Nom de la rose : il devient un irascible Jorge de Burgos, également aveugle, au sens littéral et au sens figuré (sinon défiguré), qui veille jalousement sur la partie de la Poétique d’Aristote consacrée à la comédie, hélas disparue, et interdit, au besoin par la mort, à tout lecteur de feuilleter des pages qui laisseraient entendre que l’on peut rire de tout, donc de Dieu[6]. Au point d’être convaincu de crime par un avatar médiéval de Sherlock Holmes et de laisser lire le blasphématoire ouvrage, il préfère un gigantesque autodafé de la bibliothèque, où périra également sa chair. Ainsi cette bibliothèque monastique est-elle un autre avatar, celui de celle de borgésienne de Babel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Egalement menacée de destruction, La Bibliothèque enchantée de Mohammad Rabie parait être plus réaliste. Cette fois, ce n’est pas un autodafé religieux qui menace l’habitat des livres, mais quelque chose entre le despotisme politique et l’ignorance populacière[7] : l’urbanisme. Il s’agit de construire une ligne de métro dans la ville du Caire et donc de détruire l’encombrante construction. Aussi un fonctionnaire est-il chargé de rédiger un rapport. Le jeune Chaher découvre alors un vieil immeuble oublié, dans lequel, sur plusieurs niveaux, sont entreposés mille livres par pièce. Le rangement est incongru : il ne respecte que « l’ordre chronologique des publications », puis des arrivées. En l’absence de tout catalogue, l’on ne peut que piocher au hasard des yeux et de la main et en fonction de la date d’impression : les années trente au rez-de-chaussée, les années soixante au premier, et ainsi de suite en montant. En l’occurence aucun chercheur sérieux n’y peut travailleur, hors le « chercheur autodidacte ».

      Le récit laisse tour à tour la parole à deux narrateurs, Chaheb et le Dr Sayyib, un habitué, passablement au fait des mystères de la bibliothèque, qui joue en fait le rôle de l’initiateur un brin tortueux et manipulateur. Heureusement, un article de journal, extrait du dossier fourni à Chaheb, nous délivre l’origine de cette institution en passant par une sorte de conte enchâssé, non loin des Mille et une nuits. Voici une histoire d’amour entre un riche jeune homme et une modeste jeune fille, au talent poétique certain, ce qui convainc le père d’accepter un tel mariage : elle sera la créatrice de la bibliothèque, dans le but de « voir les mœurs des gens s’ennoblir grâce au savoir et aux belles lettres et leur vie s’enrichir par le dialogue et la critique constructive ».

      De loufoques et pathétiques personnages traversent le lieu éclairé par un « puits de lumière » : « Jean le copiste », travailleur compulsif qui est passé à l’appareil photo pour améliorer son rendement, Ali, persuadé qu’un document caché lui permettra de devenir propriétaire de la bâtisse, de ses livres et de ses précieux manuscrits…

      Outre la séduction de cette bibliothèque désuète aux rangements erratiques, Chaher est lui aussi enchanté en découvrant une traduction arabe du Codex seraphinianus[8], cette encyclopédie imaginaire, dont les illustrations fantasmagoriques, protéiformes, et l’écriture indéchiffrable le ravissent. Il y a évidemment une incongruité à traduire l’intraduisible en arabe, d’où l’infiltration du fantastique dans le récit de Mohammed Rabie. Jusqu’à ce que son personnage fomente de commettre un « larcin qui ait une portée cosmique et métaphysique », imagine une conjuration de traducteurs, des imprimeries souterraines et autres hypothèses fantasques…

      Le spectre de l’autodafé plane également parmi les volumes. Comme lorsque Chaher tombe sur une traduction en arabe de l’humaniste Etienne Dolet : ce dernier, pour avoir répondu « Rien du tout » à « la question rhétorique de Platon Qu’y-at-il après la mort ? » fut brûlé sur le bûcher ; mais aussi pour avoir été un traducteur fort infidèle. À cet égard la satire s’en donne à cœur joie, fustigeant les traducteurs bousilleurs, comme un certain Tharwat Okacha. Ce qui donne lieu d’ailleurs à des réflexions bien senties sur l’éthique de la traduction[9]. Mais aussi à une espérance folle de traductibilité universelle.

      On n’oubliera pas la satire de l’administration et de « l’opium du fonctionnariat » : sinécure et fainéantise, petitesse d’esprit et noircissage de paperasse inutile. Chaher ne se fait guère d’illusion sur sa mission : « préconiser la démolition ». S’il est un jeune employé du ministère des « Biens de Mainmorte », en conformité au réel ministère de ce nom qui gère les biens religieux et inaliénables, il faut probablement y voir une métaphore d’un Etat sous la férule duquel les biens et les livres sont des objets destinés à la mort.

      L’apologue a quelque chose de discrètement kafkaïen, de nettement borgesien, car cette « bibliothèque enchantée » au moyen de ses traductions en de multiples langues, dont les incroyables traducteurs resteront inconnus, est sous le couperet de ce réel sordide fait d’aménagement du territoire et de glaciales décisions administratives. Sous des dehors d’emblée anodins, se profilent de graves thématiques : l’avenir menacé des bibliothèques, la montée de l’ignorance, l’imbécillité de qui passe son temps « à glorifier son dieu - ou son gouvernement », les postulations de l’imaginaire babélique…

 

      Selon toute apparence, il s’agit là du premier livre traduit chez nous de l’Egyptien Mohammad Rabie. Roman surprenant, déroutant, attachant, apparemment neutre puis pétillant de malice. À ce titre, même si la dynamique narrative n’est pas immédiate,  plus l’on avance dans la lecture, plus l’ouvrage prend de l’ampleur, devient un festival de spéculations, de peur, de bouillonnement intellectuel, de spéculations enchantées et enchanteresses. À cet égard, nous laisserons au lecteur le plaisir de découvrir la fabuleuse révélation finale. Or notre curiosité s’allumant, l’on apprend que cet ingénieur, né au Caire en 1978, a publié deux autres romans : L’œil du dragon en 2012 et Otared, en 2014, qui est une infernale dystopie. Il n’est pas impossible qu’outre cette bibliothèque de fiction, ils doivent également dresser leur acte de naissance dans la langue de Molière. Faut-il, à la liste déjà généreuses des écrivains égyptiens d’importance, Naguib Mahfouz, Alaa El Aswany, ajouter le nom de Mohammad Rabie, disciple facétieux et inquiet de Borges ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[1] Voir : Un Borges idéal équivalent de l'univers : anthologie personnelle ou de l'art de poésie

[2] Jorge Luis Borges : « La Bibliothèque de Babel », Fictions, Œuvres complètes, tome I, Gallimard, La Pléiade, 2010, p 494.

[3] Umberto Eco : Le Vertige de la liste, Flammarion, 2009.

[4] Jorge Luis Borges : Œuvres complètes, T I, Gallimard, La Pléiade, 2010, p X.

[5] Jorge Luis Borges : « Tlön, Uqbar, Orbis Tertius », Fictions, Œuvres complètes, Gallimard, La Pléiade, 2010, p 453, 454.

[8] Luigi Serafini : Codex seraphinianus, Rizzoli, 2013.

[9] Voir : Aux pieds de Babel : les routes de la traduction et de l'iconographie

 

Cheykh Êl-Mohdy : Contes, traduits de l’arabe par J. J. Marcel, Dupuy,

1835. Photo : T. Guinhut.

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2 janvier 2019 3 02 /01 /janvier /2019 15:57

 

Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences des arts et des métiers.

Par une société de gens de Lettres. Mis en ordre & et publié par M. Diderot ;

& quant à la partie mathématique par M. D’Alembert, Pellet, Genève, 1778.

Photo : T. Guinhut.
 

 

 

 

 

Les Lumières encyclopédiques de Robert Darnton :
Un tour de France littéraire.
Le monde du livre à la veille de la Révolution.

 

 

Robert Darnton : Un Tour de France littéraire. Le monde du livre à la veille de la Révolution,

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-François Sené),

Gallimard, 400 p, 25 €.

 

 

 

 

 

      Incontestable succès de librairie, néanmoins controversée, l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert est l’arbre qui cache la forêt de l’édition au XVIII° siècle. Avec une aimable et précise érudition, Robert Darnton sonde les reins de la France à la veille de la Révolution, quand livres permis et livres interdits se partageaient les ballots des colporteurs, se cachaient ou s’exhibaient, depuis les imprimeries jusqu’aux librairies. Au voyage dans le temps, s’ajoute un périple géographique, au cours duquel Robert Darnton suit la trace de ces livres qui nourrissent l’édification, le divertissement, et par-dessus tout l’éducation aux libertés morales et politiques des lecteurs français au siècle des Lumières.

 

      Une sorte de marché noir occulte est à la fois l’envers et l’allié des Lumières. C’est justement à ces acteurs du livre, ces entrepreneurs et « intermédiaires loqueteux à la petite semaine » que rend hommage Robert Darnton. Un certain Noël Gille passa deux mois en prison pour « commerce de livres interdits », fourguant brochures de « piratage » et autres pages licencieuses. En effet, outre une pointilleuse censure, l’Etat versaillais ne cessait d’émettre des décrets, de créer de nouvelles corporations, « étendant l’autorité de la Police de la librairie […] augmentant ou réduisant les taxes sur le papiers » ; comme quoi l’Etat taxateur ne date pas d’aujourd’hui…

      Aussi curieux que cela puisse paraître, une immense partie des livres afférents aux Lumières étaient pour ces raisons mêmes publiée hors des frontières françaises, en ce que Robert Darnton appelle joliment « un croissant fertile » : aux Pays-Bas, souvent La Haye, parfois à Londres, ou encore en Suisse, à Genève et Neufchâtel, jusqu’en Avignon, alors territoire papal. La domination parisienne de l’édition qui est la nôtre, n’était pas, loin s’en faut, la règle, au siècle de Voltaire. Car si la capitale concentrait la production légale, soumise au regard des censeurs et au « Privilège du Roi », la province accueillait volontiers les productions étrangères, les contrefaçons et les livres sous le manteau, en particulier au voisinage des frontières, où sévissaient les douaniers, plus ou moins sévères, plus ou moins coulants, ou achetés. Ce pourquoi l’historien choisit de se consacrer à « la dimension provinciale du commerce du livre ».

 

      Un étonnant parcours est reconstitué par la patiente enquête et la sagacité de Robert Darnton : celui de Jean-François Faverger qui, entre l’été et l’automne 1778, entreprend un périple de plus de 1900 kilomètres, depuis la Suisse, par une ville du Jura, Lons-le-Saunier, en passant par Lyon, Toulon, Carcassonne, Bordeaux, puis Orléans, le tout au service de la Société Typographique de Neufchâtel. C’est un représentant en livres auprès des libraires, dont les archives sont intactes, parmi des milliers de lettres.

      Collant à ses talons, grâce à son « carnet de voyage », Robert Darnton nous conte les aventures et mésaventures de Faverger, ses rencontres, les chemins boueux entre La Rochelle et Poitiers, son cheval fourbu et blessé. Voilà un voyageur consciencieux, parfois picaresque : « En sueur pendant l’été dans le Languedoc et grelottant dans la bourbe automnale du Poitou, Favarger ne devait pas faire bonne figure sur la route ; il puait certainement quand il arrivait dans les auberges de campagne ».

      Les bouquinistes sont parfois des roués, les libraires achalandés font fructifier les marchandises ou commettent des impayés monstrueux, ont pignon sur rue ou établissent leur domicile « en l’air », profitent ou périclitent, à moins qu’ils se livrent au farniente, et meurent, laissant une veuve prompte à reprendre l’affaire. Une Comédie humaine à la Balzac en somme… S’en suit tout un peuple, plus ou moins fiable, de commissionnaires, colporteurs, voituriers et contrebandiers, qui portaient clandestinement les ballots de livres en feuilles ; à charge aux libraires de plier et coudre, avant de passer chez le relieur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Protestant et « agent des Lumières », Favarger vendit aussi bien la Bible que l’Encyclopédie, dont la société Typographique imprimait l’édition in quarto en 36 volumes, ce qui fit l’objet d’un « succès de vente spectaculaire ». L’entreprise commerciale vise d’abord à faire fructifier un capital, à gagner de l’argent, mais le livre n’étant pas une marchandise comme une autre, elle induit, vis-à-vis de la demande, de l’horizon d’attente des lecteurs, un réel opportunisme, aussi bien qu’une certaine dose de mission civilisatrice.

      Quels sont les livres les plus demandés par les lecteurs ? Robert Darnton nous fournit des listes et tableaux d’une précision inattaquable. Avec 1145 titres commandés à Favarger entre 1769 et 1789, l’on peut découvrir les ouvrages les plus prisées. Ce sont, outre les Psaumes de David (protestantisme oblige) premiers sur le tableau d’honneur, des recueils de sermons et de prières, des Mémoires sur l’administration du royaume, des dictionnaires, des comédies et « chansons gaillardes ». Beaucoup plus révélateur du vent d’esprit nouveau qui souffle sur la France et sur l’Europe occidentale, l’on trouve la Collection complète des Œuvres de Jean-Jacques Rousseau, probablement autant pour la dimension politique du Contrat social que pour le sentimentalisme préromantique des lettres de La Nouvelle Héloïse.

      Les ouvrages plus proprement philosophiques et historiques caressaient la curiosité et emportaient visiblement l’adhésion. Par exemple la considérable Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, de Guillaume-Thomas-François Raynal, (œuvre à laquelle Diderot mit la main) et dans laquelle l’esclavage est conspué, la colonisation mise en doute, ouvrage qui fut brûlé « par le bourreau public le 29 mai 1781 », et qui n’est hélas aujourd’hui réédité que par bribes[1]. Ce que l’on peut rapprocher de l’intérêt des lecteurs pour Les Incas, ou la destruction de l’empire du Pérou de Marmontel. L’on lisait le sérieux Helvétius, qui, parmi les pages intitulées De l’Homme, de ses facultés intellectuelles et de son éducation, était fort critique envers « les fausses religions », dont le « papisme[2] ». Il est d’ailleurs un peu dommage que Robert Darnton ne dise le plus souvent pas grand-chose sur le contenu des ouvrages cités ; mais il est vrai que ce n’est pas son propos. Et surtout il faut considérer que ce travail a déjà été fait dans son précédent essai Edition et sédition[3] auquel il ne faut pas manquer de retourner.

 

Guillaume-Thomas-François Raynal :

Histoire philosophique et politique

des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes,

Gosse, La Haye, 1774.

 

 

      Plus surprenant, l’ouvrage-phare, mi-essai, mi-récit, de Louis-Sébastien Mercier, publié en 1771, fut un énorme succès de librairie. Trop oublié, aujourd’hui injustement dédaigné, L’An 2440, est une anticipation utopique. En effet, à peu près tous les maux ont disparu : luxe (Voltaire est loin d’être d’accord sur ce point dans son poème Le Mondain qui en est une apologie), privilèges de la noblesse, esclavage, exploitation des pauvres… Quoique l’on se demande si l’on ne glisse pas vers l’anti-utopie en découvrant, lors de la visite de «  la bibliothèque du roi », le récit d’un gigantesque autodafé[4] : « D’un consentement unanime, nous avons rassemblé dans une vaste plaine tous les livres que nous avons jugés ou frivoles ou inutiles ou dangereux ; nous en avons formé une pyramide qui ressemblait en hauteur et en grosseur à une tour énorme : c’était assurément une nouvelle tour de Babel. Les journaux couronnaient ce bizarre édifice […] Il était composé de cinq ou six cent mille dictionnaires, de cent mille volumes de jurisprudence, de cent mille poèmes, de seize cent mille voyages et d’un milliard de romans. Nous avons mis le feu à cette masse épouvantable, comme un sacrifie expiatoire offert à la vérité, au bon sens, au vrai goût[5] ». De fait, le Tableau de Paris de Mercier, ainsi que son Bonnet de nuit bénéficièrent également de tirages confortables.

      Parmi les romans un peu libres, l’on était friand du Compère Mathieu ou les bigarrures de l’esprit humain, volontiers picaresque, humoristique et anticlérical. Et du Paysan perverti ou les dangers de la ville, du sieur Restif de la Bretonne, imprimeur et écrivain compulsif, qui donnait dans les ouvrages prolixes destinés à n’être lus que d’une seule main et publiés sous le manteau, comme L’Anti-Justine

      L’on aimait la poésie un peu leste et anticléricale, comme La Pucelle d’Orléans, qui s’amusait de Jeanne d’Arc, anonyme bien sûr, mais l’on sut bientôt qu’elle était de Voltaire. Ses Lettres philosophiques étaient toujours demandées. Ses thèses afférentes au déisme, au rationalisme, à la tolérance, à l’exigence de justice faisaient leur chemin.  Quant à Candide, quoique d’abord paru sous le nom d’emprunt du « Docteur Ralph » et prétendument traduit de l’allemand, en 1759, il fut de nombreuses fois réimprimé au point de devenir un beau succès de librairie ; même si la Société Typographique de Neufchâtel n’en vendit guère, quoiqu’elle eût à son catalogue 1145 titres. Notons que l’on est dépourvu de sources équivalentes concernant d’autres marchands, éditeurs et libraires concurrents qui permettraient d’en savoir plus. Reste que « les hommes qui dirigeaient la Société Typographique de Neufchâtel avaient des opinions qui correspondaient en général aux idées des Lumières ».

      Les romans sentimentaux ravissaient leurs lecteurs et lectrices, ainsi Le Voyage sentimental de Sterne, ou Les Malheurs de l’inconstance de Dorat, dépassés en modernité par Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos. Si la poésie était de loin dominée par La Fontaine, l’on ne dédaignait pas le théâtre, lu même en dehors de toute représentation : toujours et encore Molière, mais aussi, plus novateur, Le Barbier de Séville de Beaumarchais…

      Plus épicées, il fallait compter sur de revigorantes productions pornographiques, à l’instar de Thérèse philosophe, dans lequel le « cordon de Saint-François[6] », joue un rôle priapique et orgasmique qui ravit spirituellement et physiquement Mademoiselle Eradice. Un tel titre pouvait passer pour ce qu’il n’était pas, car le terme « livres philosophiques » était souvent un euphémisme pour désigner des écrits pour le moins lestes, scabreux et obscènes, irréligieux, séditieux, voire diffamatoires.

 

Hobbes :  Œuvres philosophiques et politiques,

Société Typographique de Neufchâtel, 1787.

M*** : La Vie de Voltaire, Genève, 1786.

  Photo : T. Guinhut.

     

 

      Lire c’est voyager. Aussi les livres des grands voyageurs contemporains, comme Cook, Lapérouse ou Bougainville, emportaient les lecteurs vers des destinations lointaines et exotiques, vers d’autres mœurs, permettant à Diderot de rebondir dans son Supplément au voyage de Bougainville (très bien vendu par la Société Typographique de Neufchâtel) passablement utopique et irénique, en particulier en ce qui concerne la vie sexuelle. Ce qui ne fut pas sans contribuer au mythe du bon sauvage et à la critique des mœurs occidentales. La géographie, l’histoire, les sciences, la médecine, le droit, les manuels pratiques, la littérature pour enfants, voire la Franc-maçonnerie et la magie, il n’y avait guère de domaine qui échappât à la librairie, peignant un portrait intellectuel d’un siècle en bourgeonnement.

      C’est ainsi que l’on découvre l’esprit des Lumières, à travers des libelles à scandale et des textes à charge contre la monarchie (comme les Annales politiques de Simon Nicolas Henri Linguet), des « ouvrages qui attaquaient Louis XV, ses maîtresses et ses ministres », dénonçant la corruption et les abus de pouvoir. Mais aussi des ouvrages plus ambitieux, prônant la séparation des pouvoirs dans la lignée de Montesquieu, prônant le déisme de Voltaire, l’athéisme d’Helvétius, donc les ferments actifs de l’anticléricalisme et de la Révolution. À cet égard l’essai du baron d’Holbach, Système de la nature, était un propagateur d’athéisme fort demandé par les esprits forts et les curieux.

      Grâce à ce Tour de France littéraire, plaisant et didactique à souhait, de plus illustré de cartes, pages de titres et frontispices, ainsi que de vues de villes, l’on fouille les arcanes non seulement du commerce des livres, mais surtout de l’évolution des mentalités qui bouillonnent du désir de renverser la monarchie absolue et la censure, préparant ainsi le terrain d’une Révolution à venir, dont la disparition des privilèges aristocratiques et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen furent les meilleurs symptômes ; hélas endeuillés par la Terreur républicaine. En ce sens, il est permis de placer cet essai profus aux côtés de celui de Jean Starobinski, L’Invention de la liberté, 1700-1789[7]. La seule et discrète réserve que l’on pourrait adresser au travail remarquable de Robert Darnton tient à sa louable méticulosité, qui, concourant à l’accumulation de scrupuleux détails, le contraint parfois à des redites qui ralentissent le propos.

 

 

      Voici complété un beau triptyque précédemment composé de L’Aventure de l’Encyclopédie[8] et d’Edition et sédition, soit sur la conception, la fabrication, les succès et les mésaventures du maître ouvrage de Diderot et d’Alembert, soit sur la littérature clandestine, pamphlets ou ouvrages érotiques. L’on connaissait l’historien et essayiste Robert Darnton (né en 1939 à New-York, il est le Directeur de la Bibliothèque d’Harvard) pour son Apologie du livre[9], pour son De la censure[10] qui s’aventurait jusqu’à notre contemporain. Mais cet éclairage sur le marché du livre au XVIII° siècle ne permet-il pas mieux de comprendre la fabrique de notre contemporain ? La contrefaçon est aujourd’hui à peu près inexistante, il n’existe plus, ou presque, de livres interdits, du moins dans nos démocraties libérales, mais une certaine conception de la liberté de publier et de lire est bien née parmi les Lumières, qui doivent être encore les nôtres.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Guillaume-Thomas-François Raynal : Histoire philosophique et politique des deux Indes, La Découverte, 2001.

[2] Helvétius : De l’Homme, de ses facultés intellectuelles et de son éducation, Œuvres, t III, Londres, 1781, p 49-51.

[3] Robert Darnton : Edition et sédition. L’univers de la littérature clandestine au XVIII° siècle, Gallimard, 1991.

[5] Louis-Sébastien Mercier : L’An 2440, France Adel, 1977, p 158-159.

[6] Boyer d’Argens : Thérèse philosophe, in Romanciers libertins du XVIII° siècle, T I, La Pléiade, Gallimard, 2000, p 883.

[7] Jean Starobinski : L’Invention de la liberté, 1700-1789 suivi de Les Emblèmes de la raison, Gallimard, 2006.

[8] Robert Darnton : L’Aventure de l’Encyclopédie. Un best-seller au siècle des Lumières, Perrin, 1982.

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10 novembre 2018 6 10 /11 /novembre /2018 14:33

 

Unicum. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Toute bibliothèque est unique :
Alberto Manguel, Allison Hoover Bartlett ;
Uniques et Singuliers
à la Fondation Martin Bodmer et à l'Imec.

 

 

Alberto Manguel : Je remballe ma bibliothèque,

traduit de l’anglais (Canada) par Christine Le Bœuf, Actes Sud, 160 p, 18 €.

 

Allison Hoover Bartlett : L’Homme qui aimait trop les livres,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cyril Gay, Marchialy, 320 p, 21 €.

 

Uniques, Sous la direction de Thierry Davila,

Flammarion / Fondation Martin Bodmer, 340 p, 65 €.

Thierry Davila : Singuliers. Signes, traces textures,
IMEC, 2022, 126 p, 26 €.

 

 

 

 

 

      Toute bibliothèque est unique. Y compris si elle n’abrite qu’une poignée de livres, dès que son propriétaire et jardinier des Lettres y imprime sa quête, sa personnalité et son goût de collectionner un équivalent de l’univers ; voire de voler, surtout s’il s’agit d’un opus dont il n’existe qu’un exemplaire au monde. Et s’il est un bonheur renouvelé c’est celui de déballer sa bibliothèque, comme Walter Benjamin. Mais s’il s’agit de la remballer, voilà qui est moins drôle et qui mérite pour le moins une élégie, sous les doigts affligés d’Alberto Manguel. Autrement affligés sont les libraires à qui l’on a volé des livres rares, lorsqu’Allison Hoover Bartlett mène son enquête. Fort heureusement les précieux trésors de la Fondation Martin Bodmer de Genève sont bien gardés, y compris lors d’une rare exposition d’Uniques. Cahiers écrits, dessinés, inimprimésEgalement sous la houlette de Thierry Davila, ils rejoignent ceux de l’Institut de la Mémoire Contemporaine tant ils sont Singuliers. L’amour des livres a cependant plus de prix que le montant affiché à l’occasion des cartes de crédit qui crépitent à la rencontre de volumes introuvables.

 

      Tout amateur de lecture, tout bibliophile, ne peut qu’éprouver un pur plaisir parmi les pages de l’auteur d’une Histoire de la lecture[1]. Ce qui ne se dément pas avec Je remballe ma bibliothèque, même si ce plaisir est teinté de mélancolie. Ce que suggère le sous-titre, « Une élégie & quelques digressions », plus exactement, pour respecter l’original anglais : « dix digressions ».

      « Rituel mnémonique », le déballage s’oppose au remballage, qui doit « s’exercer à l’oubli ». De même, « si déballer une bibliothèque est une action débridée de renaissance, en remballer une est une mise au tombeau bien ordonnée ». En ce sens l’émotion de l’auteur, à la fois autobiographe et essayiste, est patente, communicative, poignante, voire tragique : « si toute bibliothèque est autobiographique, son remballage semble avoir quelque chose d’un auto-éloge funèbre ».

      Pourquoi quitter ce presbytère et cette grange de la Vienne ? Pourquoi cet « enterrement prématuré » d’un ensemble de 35 000 volumes ? C’est avec « colère » et néanmoins pudeur, qu’Alberto Manguel évoque  « des raisons qui appartiennent au domaine de la bureaucratie sordide dont je ne veux pas me souvenir ». Est-ce à dire que la chose ne serait pas à l’honneur de la France ? Des allusions à « des fonctionnaires de l’immigration », aux « inspecteurs des impôts » laissent craindre le pire, venant d’un Etat kafkaïen prétendument attaché aux libertés…

      Les « digressions » s’interrogent sur le « processus créatif » qui permet de mettre au monde les grands livres de l’humanité. Il semblerait que le malheur et la mélancolie soient favorables à l’art. Mais n’est-ce pas un mythe, lorsqu’au contraire bonheur et sérénité favorisent la réussite de la création ? Elles rêvent également de la mythique Bibliothèque d’Alexandre, cependant avérée par Callimaque, et dont le demi-million de rouleaux a disparu on ne sait trop comment, entraînant dans leur chute une épopée comique d’Homère, le Margitès, des dizaines de tragédies d’Eschyle et de Sophocle, et tant de chefs-d’œuvre dont nous ignorons le contenu, voire jusqu’aux titres… Certes ces dix bribes mangueliennes, comme arrachées au souvenir qui gît dans les cartons refermés, et qui se souviennent du Golem, de Borges dont il fut un temps le jeune secrétaire, ne sont peut-être pas toujours à la hauteur des vastes essais que sont Une Histoire de la lecture ou De la curiosité. Cependant là n’est pas l’essentiel en cette stèle de mots : elle sait porter et transmettre les effluves d’une vie changée en bibliothèque et d’une bibliothèque changée en souvenir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Si toute bibliothèque est unique, « le nombre des combinaisons de livres, bien qu’inconcevablement élevé, n’est pas infini ». Cependant, se souvenant de l’humanité et des livres qui l’ont précédée, « chaque histoire est un palimpseste ». Comme chaque chapitre écrit par-dessus les rêves des personnages livresques, ou par-dessus les dictionnaires. On l’a par ailleurs compris : cette élégie est une réécriture en miroir de l’opuscule de Walter Benjamin, Je déballe ma bibliothèque. Une pratique de la collection[2] ; mais avec la patte toute personnelle d’Alberto Manguel. Outre l’émotion que dégage ce livre, sans oublier ses fenêtres éclairantes sur les littératures, l’on goûte des formules savoureuses, ainsi « ces volumes en un tout comparable aux pays colorés de mon globe terrestre ». Heureusement les livres sont « des objets consolants », que l’on espère aujourd’hui habiter une nouvelle bibliothèque de l’« animal lecteur », Alberto Manguel lui-même, lui procurant, non seulement vie, mais éthique.

      Or, en un romanesque rebondissement, offert en miroir à la mémoire de Borges, notre bibliothécaire remballé se voit offrir le poste de Directeur de la Bibliothèque nationale de Buenos Aires ! Hésite-t-il un moment, le voilà emballé… Un demi-siècle plus tard, il retrouve ses rayonnages, non plus dans un « palazzo du XIX° siècle », mais dans une tour contemporaine, « dans le style brutaliste des années soixante ». Avec enthousiasme, celui qui se compare au « Juif errant » commande l’établissement du catalogue, de la numérisation, de la programmation culturelle, le voilà voyageant à travers l’Argentine pour y rencontrer les bibliothécaires de province, découvrir « un livre rare enfoui », ou « la collection de récits de voyages détenue dans la bibliothèque du Bout du Monde en Terre de Feu ». Cela vaut bien un rêve, un projet de séjour prometteur pour les modestes lecteurs que nous sommes, n’est-ce pas ?

      Reste qu’au-delà, il s’agit de savoir « si la littérature joue un rôle dans la formation d’un citoyen ». Elle est à cet égard mémoire « de nos épiphanies et de nos atrocités ». Or toute bibliothèque peut « se définir comme l’entrepôt de toutes les manifestations de justice, comme un catalogue d’actions justes (ainsi qu’injustes bien entendu) afin d’instruire et de guider les lecteurs et de leur rappeler leur rôle civique ». Il y a bien un sens moral à la collection de livres. Et un sens politique à la gestion, au financement et à la garantie des libertés des bibliothèques, nationales ou privées.

      En conséquence, et opérant une gradation ascendante depuis l’élégie personnelle jusqu’à la dimension philosophique et politique, ce petit livre est une action juste, un vade-mecum, une cristallisation, non seulement de la bibliothèque en caisses de son propriétaire, mais de toutes les bibliothèques du monde, et, quoique forcément lacunaire, un véritable bijou.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      « Je suis convaincu que le vol est répréhensible et pourtant, à d’innombrables reprises, il m’a fallu rassembler toute la force morale que je pouvais trouver pour ne pas empocher un volume convoité ». Cet aveu et ce scrupule d’Alberto Manguel n’embarrasseraient pas un instant l’anti-héros de L’Homme qui aimait trop les livres, découvert par Allison Hoover Bartlett. Si du bibliophile au bibliomane, il n’a y a qu’un pas, ils sont deux pas entre l’acheteur compulsif, voire forcené, et le vol. Surtout si les livres ont les prestiges désirables de la rareté et de l’ancienneté.

      Journaliste de son état, Allison Hoover Bartlett mène son enquête dans le milieu des librairies et salons du livre ancien, parmi les Etats-Unis, entre New-York et Los Angeles, en passant par Salt Lake City, où Ken Sanders tient son entrepôt. Depuis son royaume de papier, il traque un ingénieux arnaqueur à la carte bancaire qui s’approprie indument des flopées d’éditions originales des plus grands écrivains anglo-saxons, de Lovecraft à Stephen King, en passant par Mark Twain et Jack Kerouac, parfois dédicacées.

      Quoique John Gilkey fasse de fréquents séjours en prison, rien ne calme ses achats compulsifs ou méthodiquement planifiés, et surtout frauduleux, au service de son rêve de posséder les « cent titres de la Modern Library » : « J’aime avoir entre les mains un livre dont je sais qu’il vaut 5000 ou même 10000 dollars. Et aussi recevoir l’admiration des autres ». Il s’agit alors de « faire coïncider possession matérielle et personnalité ».

      L'on aurait tort de se laisser décourager par les premiers chapitres, dont l’écriture est assez plate. Bientôt la chose prend de l’épaisseur, s’attachant au mystère et au puzzle de la personnalité de son objet d’étude. Mieux, l’addiction aux collections est éclairée par des allusions, des citations de Freud ou Walter Benjamin. Ainsi la narratrice s’initie-t-elle avec nous aux arcanes de la bibliophilie autant qu’aux complexités du désir, de la dissimulation du sujet ; qu’elle étudie sans manichéisme, et dont la personnalité évolue vers les qualités de l’érudition. À l’issue de cette lecture, on s’étonne que cette enquête didactique et à suspense soit si proche de la haute tenue d’un roman aussi bien construit qu’attachant, voire d’un essai attaché à notre « héritage culturel ».

 

      Le bibliophile Martin Bodmer s’est donné pour mission de rassembler l’héritage culturel de l’humanité. Dans ce qui est devenu, après son décès, une Fondation sise à Cologny, près de Genève, et suite à de multiples expositions consacrées à Sade[3], à Frankenstein[4], aux jardins en livres[5], ou aux Routes de traduction[6], voici une bibliothèque stupéfiante, qui n’est faite que d’unica : Uniques[7]. Ce sont d’uniques exemplaires d’une édition unique. Et, pour reprendre le sous-titre : des « Cahiers, Ecrits, Dessinés, Inimprimés ».

      Certes l’exposition, surtout composée de manuscrits, paraît à première vue moins spectaculaire que celle consacrée à la bibliophilie afférente aux Jardins ou à Frankenstein. Mais elle rassemble une centaine de documents peut-être plus émouvants. Parce qu’intimes et secrets, fleurant au plus près la main et l’esprit des créateurs.

      Les cahiers de cours du philosophe Philippe Lacoue-Labarthe, si finement et exactement calligraphiés paraissent pouvoir se passer de l’imprimerie tant ils sont soignés, et ne peuvent passer en aucune manière pour des brouillons. Autour d’eux a germé l’idée d’une exposition vouée à ces cahiers manuscrits qui portent l’empreinte fascinante, voire sacrée, de la main qui les conduisit, de la pensée qui les innerva. Journal intime ou « livre d’heures contemporain », ou encore notes de peintres, ils sont surtout venus des deux derniers siècles, balises nécessaires du faire créatif face à l’inexistence programmée des pixels du numérique. À l’heure déjà plus que centenaire de « la reproduction mécanisée de l’œuvre d’art[8] » pointée par Walter Benjamin, cette production, voire reproduction (comme Gérard Collin-Thiébaud recopiant le Journal d’Amiel comme le Ménard de Borges, qui est ici présent avec Deux portraits de Coleridge), est une revanche, une solitude assumée, une pérennité de la main. Ne faut-il pas lire et regarder ces pièces, où l’acte d’écrire et de dessiner s’acoquinent, autant comme des pages à lire que comme des objets de plasticiens ?

      Chez Mallarmé, le vide dévore la page du « coup de dé », tandis que d’autres paraissent inspirés par l’horror vacui : ainsi le journal de Julige Knifer et le carnet de recettes de Dorothy Ianonne bouillonnants jusqu’à dévorer les marges. On joue avec le livre-objet, qui peut se déplier, on l’anime de pictogrammes. Reste que la sérénité peut les avoir inspirés, quand l’horreur nazie peut avoir contribué à leur élaboration, dans le cas de Rozsa Deak qui fut détenue dans le camp de concentration de Bergen-Belsen.

      Pour compléter ces « inimprimés », ce sont également des livres sortis des presses, sous forme d’épreuves, comme celles, fascinantes, constellées de ratures et d’ajouts, de Du côté de chez Swann griffonnées par Marcel Proust, ou des exemplaires enrichis à la main, ainsi devenus uniques. Parfois, des imprimés sont tirés à si peu d’exemplaires qu’ils deviennent quasiment solitaires, quasiment des hapax, dans le cas de Goethe avec son Traité des couleurs, dont l’édition de 1810 n’imprima qu’en trois exemplaires un cahier de planches coloriées, forcément légèrement différents. De même, quoique tirées à deux cents exemplaires, le Campi Phlegroei de William Hamilton, en 1776, exhibent des gravures explosives, aquarellées, de volcans en éruption.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Ne manquons pas de faire honneur à aux manuscrits enluminés médiévaux, tel celui de la chute de Troie racontée par Guido delle Colonne, orné de cent soixante-seize vignettes peintes vers 1370. Et lorsque l’on rehausse à l’aquarelle un atlas de Ptolémée de la fin du XV° siècle, le résultat est proprement somptueux !

      Les auteurs de ces œuvres uniques sont parfois à peu-près inconnus, alors que se côtoient les noms prestigieux de Stefan Zweig, Walter Benjamin, Marcel Proust, Henri Michaux, Jorge Luis Borges. Ils sont philosophes avec Isaac Newton, Jean-Jacques Rousseau et Schopenhauer. Diaristes avec Amiel et Jacques Chessex, dont le calepin est également bourré de collages et de dessins obscènes, qui nous amènent au champ des curiosa. Ils sont archivistes du quotidien par calligraphie et détournement picturaux interposés, mythologues de leur propre crû, comme Patrick Van Caeckenbergh, ou jouant sur le clavier du leporello (un cahier en accordéon) la gamme des couleurs permettant  le déploiement du Discours sur la création de Thomas Huber…

      Des pièces exceptionnelles, dont la valeur historique, civilisationnelle et patrimoniale est incroyable reposent ici : l’anonyme Codex Mendoza, un catéchisme destiné aux indigènes mexicains, écrit en logogrammes et phonogrammes colorés, dont ce précieux catalogue aux généreuses notices reproduit une quinzaine de double-pages, un Pustaha batak, livre sanscrit en écorce, venu de Sumatra, qui recueille les sciences magiques d’un monde précolonial. Ainsi, lacunaire ou bouillonnant, sage ou maniaque, l’unicum est l’empreinte de l’esprit d’un individu ou d’une civilisation créateurs en même temps qu’un « cosmogramme »…

      Croisant les collections du Musée d’Art Moderne et Contemporain de Genève et de la Fondation Martin Bodmer, ce catalogue profus expose tant une tablette cunéiforme qu’un carnet des tranchées de la Première Guerre mondiale, qui n’hésitent pas à côtoyer les délicieuses élucubrations de nos artistes contemporains. Et par la grâce du hasard s’y rencontre un cahier d’écolier détourné par Alberto Manguel, pour y inscrire son autoportrait au travers de l’histoire de la littérature et y dessiner le plan de sa bibliothèque en son presbytère…

Nettement plus austère, Singuliers, qui accompagne l'exposition présentée à l'abbaye d'Ardenne lors de l'été 2022, dans les locaux de l’Imec, ou Institut de la mémoire contemporaine. Une fois de plus conçue par Thierry Davila et réalisée en partenariat avec la Fondation Martin Bodmer mais aussi le musée d'Art moderne et contemporain de Genève, elle se double d’un volume valorisant les carnets, cahiers et manuscrits d'écrivains, d'artistes, de philosophes, toujours inédits. Ils sont une fois de plus uniques, leur graphie, leur facture, leur beauté hiératique leur conférant une exception plastique. Un traité polémique d'Isaac Newton sur l'Église voisine avec un premier essai de Jean-Jacques Rousseau sur l'éducation, les ajouts manuscrits d'Artur Schopenhauer sillonnent les pages de son œuvre inachevable, les pages noires ou colorées de Laurence Sterne étonnent l'édition originale de Tristram Shandy... Cependant le XX° siècle a la part belle, avec des pièces d'archives d'auteurs et artistes avant-gardistes, parmi lesquels William S. Burroughs, Robert Filliou, Gisèle Freund, Philippe Lacoue-Labarthe, Henri Michaux, Wajdi Mouawad, Jean-Luc Nancy ou encore Antoine Vitez. Entre manuscrits et livres faits mains, imprimés retouchés, de rares illustrations, dessins ou photographies ponctuent les graphies évidemment personnelles des concepteurs. Il faut alors remarquer un rare exemplaire du Traité des couleurs de Goethe, dans lequel « l’éventail colorimétrique » fut colorié manuellement. Près de deux siècles tard, Fred Kupferman charge son journal intime d’encres hallucinatoires, les bonshommes d’Henri Michaux dansent entre signes, pictogrammes et hiéroglyphes. Malgré les supports papier souvent modestes, la main singulière de l’auteur est émouvante autant que cérébrale, impressionnante sans aucun doute.

 

      Mené sous l’égide de Thierry Davilla et avec la collaboration de Jacques Berchtold, Nicolas Ducimetière et Christophe Impériali, Uniques permet un voyage inédit parmi les mains des écrivains, des artistes, au point de donner à rêver : qui sait si nous saurions mener à bien de telles intensités de l’intellect et de l’esthétique ? Le défi est lancé, à vos plumes, à vos pinceaux ! Ainsi vous serez maître d’une bibliothèque unique, qu’elle ne soit faite que de votre unicum ou qu’elle soit chargée de cosmopolites rayonnages, ornés de volumes curieux et savants. Voire de premières éditions dédicacées recelées par l’antre d’un voleur, comme le maniaque débusqué par Allison Hoover Bartlett, que nous ne conseillerons pas d’imiter. Mieux vaut alors une honnête collection de poche, mêlée de quelques livres anciens, découverts dans les vide-greniers ou chez les bouquinistes, comme celle d’Alberto Manguel, ou, qui sait, si l’on sait fouiner et thésauriser, de rares incunables.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Walter Benjamin, Je déballe ma bibliothèque. Une pratique de la collection, Rivages, 2015.

[7] Exposition du 20 octobre 2018 au 28 août 2019.

[8] Walter Benjamin : L’œuvre d’art à l’époque de sa reproduction mécanisée, Ecrits français, Folio essais, Gallimard, 2003, p 147-248.

 

Photo : T. Guinhut.

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11 juillet 2018 3 11 /07 /juillet /2018 17:11

 

Index librorum prohibitorum, Romae, 1841.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

Passions religieuses, totalitaires et populacières

 

de l’autodafé :

 

livres et bibliothèques incendiés,

 

par Lucien X Polastron, Fernando Baez,

 

George Steiner, Elias Canetti,

 

Ray Bradbury et Manuel Rivas.

 

 

 

 

Lucien X Polastron : Livres en feu, Folio essais, 544 p, 10,50 €.

 

Fernando Baez : Histoire universelle de la destruction des livres,

Traduit de l’espagnol (Venezuela) par Nelly Lhermillier, Fayard, 528 p, 29 €.

 

George Steiner : Ceux qui brûlent les livres,

traduit de l’anglais (Royaume-Uni), par Pierre-Emmanuel Dauzat, L’Herne, 88 p, 9,50 €.

 

Elias Canetti : Auto-da-fé,

traduit de l’allemand par Paule Arheix, Gallimard, L’Imaginaire, 568 p, 15,50 €.

 

Ray Bradbury : Fahrenheit 451,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jacques Chambon et Henri Robillot, Folio SF, 224 p, 6 €.

 

Manuel Rivas : L'Éclat dans l'abîme. Mémoires d'un autodafé,

traduit de l'espagnol par Serge Mestre, Gallimard, 684 pages, 25 €.

 

 

 

 

 

 

      De la bibliothèque d'Alexandrie dans l’Antiquité, aux rues de Berlin dans les années trente, jusqu'à celles de La Courneuve et de Nantes aujourd'hui, les fanatismes religieux, les régimes totalitaires et la racaille populacière préfèrent l'incendie des livres aux bonheurs de la lecture et de la bibliophilie. La passion de l’autodafé, de l’éradication de la pensée et de l’Histoire, brûle hélas en tous temps et en tous lieux. De Lucien X. Polastron à Fernando Baez, ce ne sont que Livres en feu parmi l’Histoire universelle de la destruction des livres. Ce que confirme avec une contagieuse indignation George Steiner dans Ceux qui brûlent les livres. À ces essais et pamphlets répondent au moins deux romans indépassables, deux classiques de l’incendie des bibliothèques, celui d’Elias Canetti, Auto-da-fé, et celui de Ray Bradbury, Fahreinheit 451voire L’Eclat dans l’abîme de Manuel Rivas. Pourquoi tant de haine pyromane ?

 

      Une voiture bélier est précipitée dans la bibliothèque : nous sommes le 27 juin 2018 à la Courneuve ; le feu détruit 250 mètres carrés des locaux de la Médiathèque John Lennon, puisque l’on a la pleutrerie de la désacraliser en boite à médias, et de préférer un gratteur de chansonnette à un écrivain ou un philosophe. Le mardi 3 juillet dernier, la bibliothèque associative de Malakoff, dans une banlieue de Nantes est incendiée suite à la mort d’un jeune abattu par la police, puisque l’euphémisme médiatique aime l’entendre ainsi. Alors que l’homme, trafiquant, voleur avec effraction, multirécidiviste, tentait d’échapper à un contrôle policier. Les forces de l’ordre, ayant eu l’incongruité de faire leur travail (quoiqu’il reste à déterminer s’il s’agit d’un injuste accident ou de légitime défense en ces temps où l’on incendie policiers et gendarmes) sont rendus responsables d’une émeute, d’une guérilla urbaine qui, sous ce prétexte rêvé, s’en donna à cœur joie, dans l’explosion du pillage et du vandalisme, au cours de laquelle les boutiques, dont un cabinet médical, hors bien sûr un commerce hallal, sont saccagées. Déranger l’ordre de la délinquance, de la criminalité et de la charia est vécu comme un casus belli. Conformément au cours de l’Histoire totalitaire, l’Islam s’appuie sur le bras armé de la voyoucratie, comme le firent Lénine lors de la révolution bolchevique et Hitler lors de la révolution aryenne.

      Ce sont au moins soixante-dix bibliothèques, depuis vingt ans, qui ont été volontairement incendiés, entre Ile de France et provinces, selon le recensement du sociologue Denis Merklen[1]. Elus, journalistes, bibliothécaires eux-mêmes préfèrent enfouir ces tristes violences sous le boisseau du silence. Histoire sûrement de ne pas enflammer les banlieues sensibles. L’analyse de Denis Merklen cependant ne s’aventure guère au-delà de la victimisation de populations délaissées socialement et économiquement ; alors qu’il faut comprendre combien la loi du milieu délinquant, qu’il s’agisse de toutes les vulgaires populaces comme celle venue de l’immigration islamique, confortée par celle de souches diverses, déteste les livres. Parce qu’ils sont les symboles de leur incapacité à la lecture, d’un autre monde qu’ils ne peuvent comprendre et contrôler, parce qu’ils cristallisent leur haine de l’école, des « intellos », parce qu’il est pour eux plus facile et jouissif d’allumer un autodafé que de construire une civilisation digne de ce nom ; parce que les livres sont aussi la science et le droit, parce qu’enfin tous les livres méritent le feu, sauf le Coran, en une sorte de connivence avec le groupe islamiste et salafiste djihadiste Boko Haram nigérien, ce qui signifie livres impurs. À cet égard le laxisme et la lâcheté de l’Etat, qui devrait être garant des libertés et de la sécurité, sont confondants…

      Or, loin d’être des faits divers anecdotiques, ce sont là indubitablement de réels autodafés. On les comprendra mieux en les inscrivant dans la logique erratique de leur longue tradition populacière, religieuse et politique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Dans Livres en feu, Lucien X. Polastron conte avec une entraînante alacrité l’histoire cependant terrible du feu barbare et dictatorial qui ronge tant de précieuses pages, tant d’irrévérentes et libres pages. Certes le papyrus est fragile, périssable, mais c’est bien le feu qui commença par quelque entrepôt la destruction de la bibliothèque antique d’Alexandrie, communiqué dit-on par les voiles des bateaux de César. Puis, après quelques exactions incendiaires des premiers Chrétiens, c’est en 640 celui de l’Islam : sur ordre du calife ‘Umar, ‘Amr ibn al-‘As fait brûler tout ce qui n’est pas le Coran ! La foudre, les guerres civiles et les révoltes d’esclaves sont d’excellents incendiaires des bibliothèques de la Rome antique. De même, Grégoire I°, pape en 590, fait jeter aux flammes une flopée de classiques grecs et latins. Ainsi s’explique la perte de pans entiers des œuvres de Plaute, Tite-Live ou Pline l’Ancien… Sans compter les sacs de Constantinople par les Croisés et, pire encore, par les Turcs en 1453 : « une édition complète de l’Histoire universelle de Diodore de Sicile fut anéantie ce jour-là » ; ce pour jamais. Dès le VII° siècle, les bibliothèques des pays envahis par l’Islam ne connurent pas de merci, qui, mis à part quelques répits à Cordoue et Chiraz, et au temps d’Haroun al-Rashid à Bagdad, craignent le retour des braises et l’arasement, jusqu’aux actuels talibans et autres Boko Haram : ce qui, redisons-le, signifie « livres impurs ».

      La liste est longue des autodafés et des biblioclastes, en passant parmi les destructions de livres fomentées par les dynasties chinoises prétendant effacer les précédentes, par l’Inquisition, les codex mayas préhispaniques pulvérisés, l’ardeur de la Révolution française ou de la Commune de Paris, en 1871, qui fut l’occasion de consumer trois grandes bibliothèques parisiennes, regorgeant d’ouvrages précieux. Plus récents, voire contemporains, sont les incendies de livres juifs sur le pavé de l’Allemagne, les rafles nazies sur les étagères russes, polonaises ou ukrainiennes, les bombardements alliés sur la patrie de Goethe, la crémation de la bibliothèque de Sarajevo en 1992, sans compter le concours de la saine littérature du réalisme socialiste soviétique dont les thuriféraires pillèrent et incendièrent les volumes des Pays Baltes et de l’Allemagne de l’Est, ou les saccages du communisme chinois, qui prétendait remplacer la culture mondiale par le Petit livre rouge d’un certain Mao. Dans tous les cas les idéologues destructeurs de livres s’appuient sur la populace inculte et les bas instincts de la délinquance pour perpétrer leurs forfaits, trop souvent définitifs. Ainsi oserions-nous déclarer que le passionnant essai de Lucien X. Polastron est d’une antiquité et d’une actualité brûlantes…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Autre facette de cette avalanche d’étincelles, de flammes, de fumées et de cendres, l’Histoire universelle de la destruction des livres, « des tablettes sumériennes à la guerre d’Irak », par le Vénézuélien Fernando Baez, ne manque pas de pièces brûlantes à verser au crématorium de la mémoire. Peu ou prou il reprend le schéma historique de Lucien X. Polastron. Cependant il se nourrit d’une expérience personnelle au Moyen-Orient, en particulier à Bagdad, mais aussi espagnole. Le sous-titre est parlant : « Des tablettes sumériennes à la guerre d’Irak ». Où l’écriture est née, un million de volumes de la Bibliothèque Nationale ont été livrés aux flammes, alors que les Américains se sont abstenus de la protéger contre la plèbe islamiste.

      L’essai s’ouvre sur quelques éléments autobiographiques : une modeste bibliothèque qui nourrissait l’enfance de Fernando Baez est emportée par les eaux, son libraire d’anciens local voit sa boutique brûler… Mais bientôt un souffle éruptif balaie l’Histoire du monde pour effacer les bibliothèques d’Assurbanipal et de Persépolis, du temple d’Artémis à Ephèse où brûla l’œuvre complète d’Héraclite : Sur la nature. L’empereur Caracalla, au III° siècle, ordonna de jeter au feu de nombreux livres d’Aristote qu’il pensait être responsable de la mort d’Alexandre le Grand. À la même époque, un empereur, chinois celui-là, « Shi Huangdi approuva qu’on brûlât tous les livres, sauf ceux qui traitaient d’agriculture, de médecine ou de prophéties » ; et « plus de quatre-cents lettrés récalcitrants furent enterrés vivants ». En 415, des dévots chrétiens assassinèrent Hypatie, savante bibliothécaire d’Alexandrie, avant la disparition totale de ce fabuleux temple des livres, comme le raconte Jean-Pierre Luminet[2]. L’iconoclastie ravage les manuscrits de Constantinople, puis en 1453, lors de la prise de la ville, « d’après Edward Gibbon, 120 000 manuscrits non conformes à la foi de Mahomet sont empilés, et, au terme de ce violent épisode, flottent sur la mer avant d’y être engloutis ». Même si les Croisés ne furent pas en reste, Turcs et Arabes furent des professionnels de l’autodafé. Les Mongols quant à eux jetèrent dans le Tigre les témoignages de l’apogée culturel d’Haroun al-Rachid. L’Espagne musulmane et de la reconquête fut un chassé-croisé de livres en feu. L’Inquisition, en particulier espagnole, connut son heure de gloire avec en 1570 le premier Index librorum prohibitorum, qui « servit pour la confiscation et la destruction de milliers d’ouvrages dans toute l’Europe ». Le XVIII° siècle vit poursuivre les livres érotiques, le XIX° ceux de Darwin, le XX° eut l’honneur d’être un festival. La guerre civile d’Espagne « laissa un désastre culturel caché pendant des décennies ».

      C’est alors que l’essayiste forge un néologisme piquant en parlant de « bibliocauste nazi ». Alberto Manguel rapporte à cet égard que le 10 mai 1933 Goebbels fit brûler « plus de vingt-mille livres, devant une foule enthousiaste de plus de cent mille personnes[3] » ; ce qui prouve que les dictatures ne sont que l’émanation d’une populace nombreuse et surchauffée. Ainsi, les régimes de terreur rivalisèrent d’ardeur pour purger les bibliothèques russes et des pays de l’Est sous la férule de l’Union Soviétique, purger les bibliothèques chinoises sous le délire la Révolution culturelle maoïste. Sans compter qu’en des temps plus paisibles les bibliothèques, les maisons d’éditions font un discutable ménage en fournissant des munitions aux fabricants de pâte à papier. Mais gare ! Attendons-nous à de nouveaux autodafés avec la vague de terrorisme islamiste, avec les « livre-bombes » et, last not but least, la « guerre électronique » qui peut prétendre à une redoutable annihilation face aux tenants du tout numérique.

      Heureusement de grands esprits s’élevèrent contre ces exactions : dont le poète anglais John Milton qui pourfendit la censure[4] dans son Areopagitica en 1644. L’on peut compter parmi ceux-ci Fernando Baez. Avec pertinence, précision et vigueur, l’essayiste, nourri par une impressionnante et cosmopolite documentation, note que le « mémoricide est à la base de la destruction d’ouvrages, et que ses principaux idéologues sont animés par un radicalisme qui entend instituer de véritables guerres culturelles, de nature politique ou religieuse ».

 

Index librorum prohibitorum, Romae, 1841.

Photo : T. Guinhut.

 

 

      Examinons cette invitation aux brasiers de volumes hérétiques, explicite de par sa gravure inaugurale, l’Index librorum prohibitorum[5]. Imaginez-vous qu’en l’édition romaine de 1841 sont mis à l’index rien moins que l’Erotika biblion de Mirabeau et La Nouvelle Héloïse de Rousseau, Les Provinciales de Pascal et le Léviathan de Hobbes, sans omettre L’Art de jouir.  Et plus savoureux encore : L’Onguent pour la brûlure ; ou le secret pour empêcher les Jésuites de brûler les livres (p 276) ! Quoique l’Index librorum prohibitorum n’ait plus aucune espèce d’influence au XIX° siècle, et a fortiori aujourd’hui, et qu’il ait eu lors de ses plus anciens avatars indéfectiblement besoin de la complicité des pouvoirs politiques pour prétendre à une certaine efficience, il n’en reste pas moins un symbole de la haine contre les livres différant de quelque manière que ce soit du livre unique ou de la doxa. Il n’y a en effet pas que Saint-Jérôme et le Christianisme pour jeter manuscrits, briques gravées et livres au bûcher, ce depuis les « Actes des apôtres », marqués par le zèle des nouveaux croyants : « Bon nombre de ceux qui étaient adonnés à la magie apportaient leurs livres et les brûlaient en présence de tous[6] ». Toute certitude absolue s’arroge une tentation totalitaire, surtout si le despotisme est le gène dominant de ses textes fondateurs ; tout pouvoir, s’il est susceptible de s’appuyer sur une bibliothèque au trop plein d’ouvrages ou au contraire de très peu de livres canoniques et officiels, peut avoir tendance à préférer effacer la pensée différente et subversive. Tout pouvoir enfin peut prétendre à être de ceux qui brûlent les livres au nom du bien national ou du bien universel, qu’il soit politique, social, écologique ou théocratique. Bientôt peut-être n’y aura-t-il plus besoin d’allumer la moindre flamme, mais au contraire d’éteindre le réseau des livres numérisés, cette « connaissance ignifugée », selon Lucien X. Polastron ; qui sait la plus grave extinction de dinosaures de l’histoire de l’humanité.

      Malgré la brièveté de l’opuscule, car George Steiner nous a habitué a de plus généreux ouvrages délicieusement savants[7], Ceux qui brûlent les livres est un essai à la fois enthousiaste et polémique, un ardent et précieux plaidoyer : « un livre authentique […] peut attendre des siècles pour éveiller un écho vivifiant ». Il faudrait tout citer en ces petites quatorze pages, tant la densité du texte et son élan éveillent en nous la « neurochimie de l’acte d’imagination ». Ainsi, « ceux qui brûlent les livres, qui bannissent et tuent les poètes, savent exactement ce qu’ils font ». Ne pourrait-on dire, comme le fit Robert Darnton[8], qu’ils leurs rendent un paradoxal hommage ?

      Un si mince essai, écrit en 2000 pour la Foire du Livre de Turin, n’aurait certes pas démérité d’être publié à soi seul. L’éditeur a cru bon, et on ne lui en voudra pas un instant, au contraire, d’y ajouter en toute cohérence, deux textes brillants sur le « Peuple du Livre », donc du judaïsme, et sur « Les dissidents du livre ». Il s’agit en ce dernier essai de défendre les lecteurs curieux et affutés contre « l’oralité pénitentielle et prophétique » des premiers Chrétiens, contre « l’Imprimatur et l’Index des livres interdits de la tradition catholique ».

      Il s’agit également de défendre, face à la vaste mémoire des ordinateurs, celle ainsi menacée de ceux qui lisent les livres en main, et dont la parole échange et transmet les défis du livre. Est-ce à dire que l’internetisation du livre est un indolore autodafé ? L’illusion de l’infinie disponibilité de la littérature sur le Net, où « ce qui est écrit et stocké […] n’a plus à être mémorisé », peut en effet être un terrible prétexte à l’abandon du livre et des bibliothèques[9]. Il ne faut surtout pas que « le grand art de la mémoire tombe en désuétude ». Devant la massification fasciste ou théocratique, ou encore de la démocratisation des loisirs de masse, y compris littéraires au sens de la littérature de divertissement aux mots creux et aux idées courtes, voire devant l’insidieuse menace du politiquement correct, celui qui lit un grand livre est un dissident. Quoique quelques-uns, parmi ceux qui écrivirent de grands livres, Pound[10], Céline[11], Heidegger, Sartre, se soient commis avec des totalitarismes abjects, entre nazisme et communisme…

      Si George Steiner dénonce avec un peu trop de facilité les jeunes assoiffés de bruit musical et de compulsivité portable et rétifs aux livres, c’est avec plus de pertinence qu’il pointe ce préjugé selon lequel « la vie en acte […] a plus de poids que la somme entière du savoir livresque ». L’Emile de Rousseau est à cet égard désastreux, rejetant la lecture des grands livres de son éducation, comme le radicalisme du vieux Tolstoï répudiant jusqu’à ses propres romans. Comme lorsque les révolutionnaires de la tabula rasa et du renouveau reprochent aux livres de ne pas nourrir les affamés. Voilà bien des haines de la littérature[12] qui n’ont que peu à envier à « ceux qui brûlent les livres ». Ces derniers ressortissent de ces « fondamentalistes de tous crins [qui] sont d’instinct des brûleurs de livres ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Les romanciers alors ont la gorge secouée par le feu de l’indignation. Outrés par ces volcans d’autodafés qui jaillissent de la pulsion de haine et de mort des plus tyranniques et brutales parts de l’humanité, ils mettent en scène les bourreaux et les victimes de ce feu qui lèche les reliures, avale les pages, broie les caractères dont les cendres sont définitivement évacuées par les vents du temps et de l’oubli. Souvenons-nous de Jorge, le médiéval bibliothécaire aveugle du Nom de la rose, du regretté Umberto Eco, qui préfère incendier un rarissime exemplaire de la Poétique d’Aristote consacré au rire de la Comédie, plutôt que de laisser imaginer que l’on puisse rire de tout[13], donc de Dieu.

      Pensons également au roman d’Elias Canetti[14], publié en 1935, Auto-da-fé, sombre suicide d’un érudit et sinologue, le Professeur Kien, au travers de l’incendie de sa bibliothèque, qui capitule devant la médiocrité revancharde et autoritaire d’une femme, métaphore d’un nazisme en train d’éclore. Le tragique et halluciné dernier chapitre, intitulé « Le coq rouge », est l’acmé de la catastrophe : « Le meurtre et l’incendie ravagent les journaux, le pays, les esprits ». Bientôt la police cerne « des livres abandonnés sans défense à des brutes sans conscience », « des milliers de livres illégalement arrêtés [sont] condamnés à être dévorés par les flammes ». Enfin, « c’étaient des livres qui criaient », avant que le Professeur s’immole dans le bûcher. Comme quoi brûler des livres, c’est brûler des hommes.

 

      S’insurgeant en son chef-d’œuvre, Ray Bradbury, dans son Fahrenheit 451, imaginait des pompiers chargés de brûler tous les livres, interdits sans distinction aucune. Aussi concoctent-ils avec jubilation « une symphonie en feu majeur pour abattre les guenilles et les ruines carbonisées de l’Histoire ». Le roman d’action de la révolte et de la fuite de Montag est également une leçon de totalitarisme, appliquée par « télécrans » bourrés de divertissements, de jeux et de sports, tandis que la répression ignée de toutes les bibliothèques conduit quelques irréductibles à trouver dans la forêt un espace où mémoriser et transmettre les grands livres indispensables à la dignité de l’humanité…

      Le juste feu de l’indignation à l’encontre des brutaux incendiaires n’est pas près de s’éteindre. Il court parmi la littérature, fustigeant par exemple les Franquistes dans le roman Les Livres brûlent mal de l’Espagnol Manuel Rivas. Indignation vertueuse sans guère de risque tant on sait combien sont fascistes les tortionnaires du passé aux chemises brunes et noires, quoique l’on oublie trop volontiers celles du drapeau rouge. Tant on sait trop peu encore ceux pourtant bien visibles du présent, qui ne portent pas le même étiquetage coloré, voilé et coranisé, sans compter ceux d’un avenir à imaginer…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Une myriade d'histoires, orchestrées par Manuel Rivas, s'échange à la faveur des pages des autodafés franquistes, dans son roman L’Eclat dans l’abîme. Mémoires d’un autodafé, paru en Espagne en 2006. C'est en prenant de front la catastrophe qui s'abattit sur l'Espagne en 1936, que Manuel Rivas assit sa réputation littéraire. Le tragique roman Le Crayon du charpentier et l'émouvante nouvelle « La langue du papillon » montrèrent des personnages brisés par la violence franquiste, néanmoins capables de laisser dans les esprits la trace de la liberté par le savoir et l'écriture. La sobriété paraissait être le lot de l'écrivain galicien, jusqu'à ce qu'il conçoive cette somme L'Éclat dans l'abîme : histoires et bribes, venues d'époques diverses, fondent une généalogie éparse, un portrait de La Corogne, qui, comme le Dublin de Joyce, devient une ville mythique et emblématique (le final du roman exhibe du reste la trouvaille de l'édition originale d'Ulysse). Là se joue la scène fondatrice et épique de la déflagration fasciste qui abat la fragile construction des libertés.

      Un drame universel bouleverse la mémoire locale le 19 août 1936 : « Les premiers bûchers de livres avaient été installés (...) dans le ventre urbain, là où la mer avait jadis accouché de la ville ». C'est dans le plus long récit (une centaine de pages) que se déploie l'action grotesque des phalangistes qui jettent les livres au feu. Sans regarder les titres, sinon sous l'impulsion du « chef des brasiers » un peu plus cultivé (est-ce possible ?) qui recommande de sauver le Nouveau Testament et se targue d'une « idée qu'il finirait un peu plus tard par retrouver dans un texte de Karl Schmitt : l'état d'exception était au Droit ce que le miracle était à la Théologie ». Non seulement il envoie les volumes de l'ennemi au massacre, mais pire encore, ceux consacrés au pain, un manuel d'électricité... Comme quoi le fascisme va jusqu'à saper les fondements de la civilisation. Germinal, Les Misérables, Madame Bovary, tout subit la morsure des flammes. Sans oublier les poèmes d'un des « pédés rouges », Garcia Lorca, qui fut assassiné. Ils viennent de chez Casares, la plus belle bibliothèque privée de la ville. Ce dernier subit la vindicte des brutes à double titre : le cosmopolitisme de sa collection et le fait d'avoir été  « ministre de la Deuxième République ». Le chef « considère les livres comme des accusés qu'on viendrait d'arrêter et de placer face au mur ». Si Casares est sauvé, ce n'est qu'au prix de l'exil en France, où sa fille deviendra la fameuse Maria Casares.

      Quant aux pages mal calcinées ou échappées par le vent, elles content la vie du boxeur Curtis, dit Hercule, qui saute par-dessus le brasier, et dont le nom rappelle plusieurs lieux de la ville (« le phare de l'Hercule »), d'une lavandière visionnaire qui vole les châtaignes du curé, d'un supplicié jeté d'un pont... Ainsi, nombre de personnages gravitent auteur de cet autodafé : Georges Borrow qui parcourut l'Espagne pour vendre ses Bibles, les états d'âme d'un censeur imbu de lui-même, un juge pronazi et bibliophile, le tout formant le polymorphe tableau de la société franquiste et de l'Espagne.

      Peut-être peut-on déceler un défaut de composition dans cet ensemble didactique et élégiaque. N'aurait-il pas été préférable d'ouvrir le roman sur le récit « Les livres brûlent », plutôt que par cinq tableautins parfois confus, parfois dépourvus d’une concision vainement espérée par le lecteur (un chanteur de tango, un matador de taureaux...) dont on ne voit guère la finalité ? Sans compter que, malgré cet Éclat dans l'abîme qui est le nom d'un athénée révolutionnaire, l'éditeur français eût été mieux avisé de garder le titre original : « Les livres brûlent mal ». Il s'agit là néanmoins, d'un livre aussi édifiant qu'émouvant, un de ces remparts encyclopédiques et poétiques contre la barbarie.

 

 

      Lucien X. Polastron, Fernando Baez, George Steiner, Elias Canetti, Ray Bradbury et Manuel Rivas ont bien le même but, et le même idéal : défendre nos littératures et nos sciences contre les pouvoirs répressifs, qu’ils soient animés de haine populacière ou des splendeurs de la vertu religieuse et de l’éthique politique qui recourent à la censure en toute pureté. Les monstres des autodafés du siècle des totalitarismes ont gagné une partie, avant d’être heureusement éradiqués, avant que d’autres meutes idéologiques, politiques et religieuses, se lancent à l’assaut. Parmi les derniers en date, en Turquie, Recep Tayyip Erdogan (qui dispose de milliers d’admirateurs fanatiques parmi les ressortissants turcs en Occident) a exigé la suppression de plus de 120 000 livres de la Bibliothèque Nationale, tous ouvrages opposés aux idées et à la doctrine de ce dictateur islamiste. Le plus insupportable peut-être pour la racaille n’est-il pas le silence requis par la lecture, face au martèlement du rap, n’est-il pas le travail, en particulier linguistique, face à la fainéantise, n’est-il pas l’intériorisation de l’intellection et de l’émotion face à l’expectoration grégaire et barbare des enthousiasmes et des haines, n’est-il pas l’affirmation de l’identité individuelle face à l’embrigadement coercitif et à la servitude volontaire des structures claniques et collectives ? Ne restera-t-il plus aux intellectuels garants des Lumières, eux que toute barbarie inculte, que toute doctrine totalitaire et théocratique, révulse, qu’à cramer avec leurs bouquins, comme le réclament la populace et les tyrannies ? Car, disait Heinrich Heine : « là où l’on brûle les livres, on finit par brûler les hommes[15] ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Denis Merklen : Pourquoi brûle-t-on des bibliothèques ? Presses de l’ENSSIB, 2013.

[2] Jean-Pierre Luminet : Le Bâton d’Euclide. Le roman de la bibliothèque d’Alexandrie, Lattès, 2002.

[3] Alberto Manguel : Une Histoire de la lecture, Actes Sud, 1998, p 334.

[5] Index librorum prohibitorum, Romae, 1841.

[6] Actes des apôtres XIX, V, 19, La Sainte Bible, Le Club Français du Livre, 1965, p 3494.

[8] Voir note 4.

[15] Heinrich Heine : Almansor, Drames et fantaisies, Michel Lévy, 1865, p 80.

Photo : T. Guinhut.
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13 juin 2018 3 13 /06 /juin /2018 16:38

 

Charles d'Orbigny : Atlas d'Histoire naturelle, Renard, Martinet & cie, 1849.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Le jardin du bibliophile

 

à la Fondation Martin Bodmer :

 

Des Jardins & des livres.

 

 

 

Des Jardins & des livres, sous la direction de Michael Jakob,

MétisPresses / Fondation Martin Bodmer, 464 p, 65 €.

 

 

 

 

 

 

« Je dirai comment l’art embellit les ombrages,

L’eau, les fleurs, les gazons et les rochers sauvages,

Des sites, des aspects sait choisir la beauté,

Donne aux scènes la vie et la variété ;

Enfin l’adroit ciseau, la noble architecture,

Des chefs-d’œuvre de l’art vont parer la nature.[1] »

      C’est ainsi que Jacques Delille, auteur néoclassique trop oublié, malgré ses belles traductions en alexandrins de Virgile et de Milton, annonce son poétique projet dans Les Jardins, publié en 1782. Comme de juste son édition originale, sous-titrée « ou l’art d’embellir les paysages », figure parmi les fleurons de l’exposition et du somptueux catalogue Des jardins & des livres à l’initiative de la Fondation Martin Bodmer, sise à Cologny, à deux pas de Genève. Du jardin botanique du Livres des morts égyptiens au « Jardin des sentiers qui bifurquent » parmi les Fictions de Jorge Luis Borges, deux millénaires nous contemplent, grâce aux volumes précieux réunis par feu Martin Bodmer, ce prodigieux jardinier de la bibliophilie.

 

      N’imaginons pas de ne trouver ici que des traités savants de jardinage et de botanique ; c’est toute la science et littérature mondiale, des grands mythes aux romans et aux poèmes, qui est ici représentée par de rares éditions originales, le plus souvent illustrées à foison et avec magnificence. Pas moins de deux cent cinquante livres jalonnent ce voyage temporel et géographique. Depuis l’Histoire naturelle de Pline l’ancien, de la Chine au berceau allemand de l’imprimerie au XV° siècle, du Japon au jardin anglais, des manuscrits enluminés médiévaux aux gravures nourries de détails horticoles de la Renaissance à l’âge classique, jusqu’aux journaux intimes de Derek Jarman, en 1991, dans Modern nature, parmi lequel il « plante des citations » et tente de dresser son jardin « comme une pharmacopée » devant la maladie. Ils sont, en un merveilleux cosmopolitisme, de langues diverses, en latin, anglais, néerlandais, allemand, français, espagnol, arabe, persan, y compris plantés d’idéogrammes extrême-orientaux…

      Les traités, manuels et planches abondent, à l’instar de l’Instruction pour les jardins fruitiers et potagers, publié en 1697 par Jean-Baptiste de la Quintinie. Comptons avec l’indispensable volume de Carl von Linné, Species plantarum, dont la classification des plantes est un incontournable jalon de la science botanique, malgré l’apparence  pauvrette du volume publié en en Suède en 1753. L’on s’étonnera d’apprendre qu’Horace Walpole, créateur du roman gothique avec Le Château d’Otrante,  a publié en 1785 un Essai sur l’art des jardins modernes. Remarquons les Plans raisonnés de toutes les espèces de jardins par Gabriel Thouin en 1828, aquarellés au moyen de verts émeraude stupéfiants, ou encore L’Art de composer et de décorer les jardins sous la binette attentive de Pierre Boitard, en 1834.

 

 

      La richesse esthétique de certaines planches botaniques en couleurs est absolument hallucinante : en témoignent l’Hortus eystettensis de Basil Besler qui, en 1613, avec ses arcs en ciel de tulipes affole nos pupilles. De même pour The Temple of Flora par Robert John Thornton en 1938, ou Les Liliacées de Redouté, à partir de 1802. Mieux encore, si possible, ce sont de véritables peintures aux coloris aussi brillants qu’émouvants lorsque s’ouvrent les pages de parchemin d’un Chansonnier de Pétrarque en italien, enluminé par Bartolomeo Sanvito, vers 1500. Pour n’être qu’en noir et blanc, les gravures de Delineatio montis, une œuvre de Guernieri en 1708, sont époustouflantes, imaginant des jardins baroques et montagneux.

      Nombre de romans font résider leur intrigue en cet enclos de verdure et de soins humains. Au XVIII° siècle chinois, à l’époque de la voltairienne conclusion de Candide, (« Mais il faut cultiver notre jardin »), Le Rêve dans le pavillon rouge de Cao Xueqin se déroule dans « le Parc aux Sites grandioses ». L’on n’aurait pas forcément pensé à Balzac ou Proust. Pourtant Le Lys dans la vallée, s’il est une métaphore érotique, est aussi un jardin de Touraine ; quand les scènes qui réunissent Gilberte et le narrateur de Le Recherche du temps perdu se ont bien souvent leur refuge au jardin des Champs Elysées. Le jardin d’amour, qui est un topos médiéval, dans La Cité des Dames de Christine de Pisan, passe également par La Nouvelle Héloïse de Rousseau, en 1761, dont le jardin de l’héroïne est nommé « L’Elysée », et au sujet duquel il est permis, selon la sagacité de Jacques Berchtold, de faire « une lecture sexuelle ». Mais aussi par Les Affinités électives de Goethe en 1809, puis par le parc à la Watteau des Fêtes galantes de Verlaine, en 1869, avant de se muer en métaphores horticoles enchanteresses dans l’« Antiterra » d’Ada ou l’ardeur de Vladimir Nabokov, en 1969. À la française, comme à Versailles, puis à l’anglaise, pour jouer à se perdre et dissimuler de romantiques baisers, il est le reflet des cultures et de l’évolution des mœurs. Ainsi il hésite entre labyrinthe, plus ou moins symbolique, et géométrie. À moins qu’il ne devienne, entre les mains de Bouvard et Pécuchet, chez Flaubert, une « catastrophe esthétique » selon Michael Jakob, une parodie aporétique…

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

      Les écrivains et poètes sont les habitants de leurs jardins. Horace et Pline l’Ancien dans l’Antiquité, Pétrarque, l’humaniste médiéval, font leurs délices de la paix des plantes. Comme Voltaire eut son jardin des Délices, Gabriele d’Annunzio son Vittoriale, William Butler Yeats son Coole Park. Il arrive également que leurs statues ornent ce village botanique, parmi les escaliers, les fontaines et les parterres.

      Si l’on vient lire au jardin, ce dernier est également un lecteur de nos mœurs et de nos livres : il nous lit l’histoire de Daphnée changée en laurier dans les Métamorphoses d’Ovide, il nous plonge dans l’écoute des contes du Décaméron de Boccace, dont les narrateurs prennent place parmi une nature jardinée. Lors du siècle des lumières, si l’on trouve trace des jardins dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, ils se font déjà préromantisme avec Rousseau, qui intronise la nouvelle mode des jardins irréguliers. En outre, comme le souligne Michael Jacob ; « les fleurs seront aux jardins ce que les éléments fleuris de la rhétorique ont été pour le discours, à savoir les bases d’une véritable stylistique ». Or l’espace jardiné n’est pas toujours premier : ce sont les pages jardinées du Songe de Poliphile, éclos en 1499[2], qui ont fasciné les théoriciens et praticiens du jardin.

      Parmi les pièces les plus marquantes déjà citées (mais elles le sont toutes) de cette exposition et de ce catalogue, l’on ne peut être que fasciné par le Dit du Genji, de Murasaki Shikibu, fabuleuse romancière japonaise du XI° siècle, dont nous contemplons un manuscrit enluminé au XVII° siècle, aux nuances pétillantes et suaves : parmi des pavillons où fleurissent les kimonos, où les regards se cachent et s’échangent, des jardins extérieurs et intérieurs semblent courber leurs branches, voir frémir leurs feuilles, s’aimer les fleurs qui ont à cet égard plus de chance que les princes et les princesses. Sans oublier les sources, les ruisseaux qui murmurent les récits des temps éphémères…

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

      Il faut également compter avec un recueil de poèmes en forme d’herbier publié en 1890 par les éditeurs posthumes de la poétesse américaine Emily Dickinson[3], mais aussi l’essai historique de Rudolf Borchardt Der leidenschaftliche Gârtner, qui est son manuel du « Jardinier amoureux », pourtant un modeste volume de 1951, qui ne paie guère de mine. Il est alors permis de rêver au lieu originel et magique, au repos éternel et d’utopie, avec ce jardin d’Eden, dans la Bible polyglotte d’Anvers de 1572, et celui des Hespérides dans les vers de Pontano en 1503. Il s’agit de cultiver son jardin comme un « paradis terrestre », ainsi le voulait John Parkinson en 1629…

      L’on se rend compte combien ce que l’on peut habituellement voir dans les vitrines de la Fondation Martin Bodmer n’est que la mince part émergée de l’iceberg. C’est grâce à de tels dévoilements, comme à l’occasion des Routes de la traduction. Babel à Genève[4], que l’on peut soupçonner le trésor d’Histoire, de culture et de beauté amassé avec un soin et un goût infinis par le collectionneur Martin Bodmer. Le « vertige de la liste[5] », pour reprendre la formule d’Umberto Eco, nous emporte sans retour

      Si ce livre catalogue est une merveille en son contenu, en sa mise page, en ses illustrations généreuses, en son abondante et claire érudition servie par une pléiade de spécialistes jamais abscons, il faut inviter un léger bémol : sa couverture est faite de deux cartonnages tranchés, posés sur un dos toilé, ce qui est aussi laid que malcommode, cette toile se courbant en creux au premier feuilletage. La première de couverture, au beau labyrinthe doré venu de New Principles of Gardening de Batty Langley (1728), est trouée de deux oculus discutables.

 

 

      L’on peut dire qu’en France André Le Nôtre est parmi les grands jardiniers l’arbre qui cache la forêt. Ce « dessinateur des jardins du Roi », fut, à partir de 1643 et à la suite de son père André, au service de Louis XIV et des parcs de Versailles, Fontainebleau, Vaux-le-Vicomte, Chantilly, Sceaux et de leurs jeux d’eaux. C’est en deux volumes élégants et généreux, que, sous sa direction éclairée, Jean Racine présente les Créateurs de jardins et de paysages en France de la Renaissance au XXI° siècle[6]. Quelques centaines d’artiste-jardiniers y sont l’objet d’un rigoureux éloge. Du « moine-médecin-jardinier Bernard Palissy » à Gilles Clément, « ingénieur paysagiste », en passant par Olivier de Serres « orfèvre de la terre », ils invitent à la promenade et à la contemplation.  Ils sont également fontainiers, évidemment cartographes, ingénieurs et botanistes. L’iconographie, entre photographies, plans et gravures, rend justice à cette longue amitié de l’homme et de la nature, avec laquelle les hérésies d’une agriculture industrielle, certes capable d’éradiquer les famines, feraient bien feraient bien de renouer.

 

 

      Continuons alors, non sans une puérile prétention, à joindre aux deux cent cinquante volumes rares et précieux à cueillir parmi Des jardins et des livres quelques trouvailles : en 1951, André Grangeon offrit une « Petite histoire naturelle à l’usage des petits et des grands racontée et imagée », intitulée Mon Jardin Monde enchanté[7]. Aux massifs soignés et aux recoins arbustifs, il préfère traquer avec un respect infini maintes bêtes, de la scolopendre à la chouette effraie. Filant la métaphore, Léonard Rosenthal  quant à lui publia en 1924 Au jardin des gemmes[8], un volume somptueusement illustré par Léon Carré. Comme en pays de botanique, la terre nourrit des pierres précieuses que l’on se doit de cultiver. Si elles sont de merveilleuses vanités pour l’œil, les éditions précieuses de la Fondation Martin Bodmer et de nos plus lilliputiennes bibliothèques sont à la fois ce que l’on cultive et ce qui nous cultive.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Jacques Delille : Les Jardins, Giguet et Michaud, 1808, p 2.

[5] Umberto Eco : Le Vertige de la liste, Flammarion, 2009.

[6] Jean Racine : Créateurs de jardins et de paysages en France de la Renaissance au début du XIX° siècleet du début du XIX° siècle au XXI° siècle, Actes sud, 2001, 2002.

[7] André Grangeon : Mon Jardin Monde enchanté, IAC, 1951.

[8] Léonard Rosenthal : Au jardin des gemmes, Piazza, 1924.

 

Léonard Rosenthal : Au jardin des gemmes, Piazza, 1924,

reliure : Sandrine Salières Gangloff.

Photo : T. Guinhut.

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26 mai 2018 6 26 /05 /mai /2018 12:22

 

San Jeronimo. San Millan de la Cogolla, La Rioja.Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

L’ardeur des livres et des manuscrits,

 

de Saint-Jérôme au contemporain :

 

Lucrèce Luciani, Alain Boureau, Denis Montebello.

 

 

 

 

Lucrèce Luciani : Le Démon de Saint Jérôme. L’ardeur des livres, La Bibliothèque, 144 p, 14 €.

 

Alain Boureau : Le Feu des manuscrits. Lecteurs et scribes des textes médiévaux,

Les Belles lettres, 192 p, 21 €.

 

Denis Montebello :

Ce Vide lui blesse la vue, La Mèche lente, 80 p, 13,50 € ;

Comment écrire un livre qui fait du bien ? Le Temps qu’il fait, 120 p, 15 €.

 

 

 

 

 

      Arder est verbe ancien qui signifie brûler. Ainsi, filant la métaphore, un feu intérieur anime qui écrit et qui lit les meilleurs manuscrits et les meilleurs livres ; tandis que le feu de qui les prohibe court parmi les crises de nos civilisations[1]. Non pas le plus ancien, mais l’un des plus symboliques, Saint-Jérôme est pris par l’ardeur des livres, selon Lucrèce Luciani, quand les lecteurs et scribes médiévaux inventoriés par Alain Boureau s’ingénient au moyen d’un feu tout intellectuel sur leurs manuscrits précieux. Quoique toutes les traces manuscrites ne soient pas aussi prestigieuses, Denis Montebello s’attache à une insolite inscription latine, tout en égratignant les livres qui prétendent faire du bien. Mieux vaut cet innocent et facétieux divertissement que l’anathème jeté par Saint-Jérôme sur les livres hérétiques, qui font, prétend-il, du mal.

 

      C’est un célébrissime Docteur de l’Eglise chrétienne, et pourtant méconnu. Si l’on sait que Saint Jérôme de Stridon, ou Hieronymus, a traduit la Bible en latin depuis l’hébreu, ainsi devenue la Vulgate, et qu’il est le patron des traducteurs, c’est le bout de notre connaissance. Originaire de l’actuelle Croatie, en 347, ce fut un polygraphe impénitent ; et pourtant un pénitent qui fit une longue retraite dans le désert syrien pour méditer et encore écrire sur ses tablettes, ses rouleaux et ses parchemins, cajolant Dieu et les Chrétiens, tempêtant contre les hérétiques.

      Lucrèce Luciani réveille pour nous Le Démon de Saint-Jérôme avec alacrité et un  brin de fantaisie. Il choisit la forme du triptyque, en trois volets donc, qui commentent chacun un tableau, selon le genre ancien de l’ekphrasis, cette description de l’œuvre d’art. D’abord « La bibliothèque flagellée », en la chair de Saint-Jérôme, fouetté par des anges pour trop lire les auteurs païens, comme ses chers Cicéron, Virgile et Platon, dans un retable de Sano di Pietro en 1444, d’ailleurs reproduit avec ses comparses dans un petit cahier couleurs. C’est lors d’un rêve qu’il se sentit ainsi châtié par un « tribunal divin ». En fait la malnutrition en était probablement la cause, y compris de ses stigmates.

      Mais c’est beaucoup plus le Saint Jérôme en son cabinet de travail, rustique ou précieux, qui intéresse les peintres. S’il est au désert, parmi les rochers, demi-nu, chez Lorenzo Lotto en 1506, il n’a qu’un livre avec lui, sans équivoque possible la Bible. Antonello da Messina, en 1475, préfère peindre le Saint dans une architecture gothique somptueuse, avec l’art le plus achevé de la perspective, et confortablement assis dans un bureau de bois, entouré de deux côtés par des étagères où sont élégamment disposés quelques ouvrages, souvent ouverts.

      Le plus étonnant est alors le moteur de l’écriture de Lucrèce Luciani : la représentation des livres auprès du Saint. Ils sont indubitablement peints comme ceux de la Renaissance, dans un anachronisme qui ne gênait en rien les amateurs du temps : le codex tel que nous le connaissons avait remplacé le volumen, roulé sur lui-même, qui était d’usage dans l’Antiquité tardive. Aussi notre essayiste nous entraîne-t-elle dans l’atelier du parcheminier, contemporain de Jérôme, de son copiste, Marcellus, à qui il dictait « mille lignes par jour » sur un manuscrit où les mots n’étaient pas séparés. Sans compter qu’il lisait tant le latin que le grec, le syriaque et l’hébreu. Car ici, « la lecture occidentale reçoit son acte de naissance ».

      La fureur livresque et le délire ascétique du saint, « minotaure omnipotent » et « bibliothèque vivante », qui dirige les lectures et les vies d’un « aréopage féminin », entraînent Lucrèce Luciani à concocter un véritable manuel du libraire antique puis médiéval autour de celui qui incarne « la passation d’un érudit profane en un savant chrétien ». Au cours du Moyen-Âge, les savants copistes sont presqu’autant enchaînés sur leurs bancs que les livres à leur armoire ; et les volumes sont d’abord rangés à plats, avant d’être reliés.

      Ce qui retient également l’attention de l’essayiste scrupuleuse est la position ambigüe de notre bibliophile hiéronymite : aime-t-il tant Dieu ou le « démon » des livres ? Est-il le fils du Dieu des Chrétiens ou le fils du dieu des bibliophiles ? À moins que son intolérance le pousse à en être le pire ennemi. C’est une époque où les moines peuvent être « jaloux d’un manuscrit », où l’on vole ces livres si rares et précieux, où l’on plagie sans remord aucun, tel notre Jérôme qui pille allègrement Origène, Didyme et bien d’autres. Il est cependant un redoutable contempteur de médiocres textes sacrés : « Un petit autodafé personnel et place nette ! » Le danger étant de juger « la Bible et son style infiniment inférieurs à celui des auteurs profanes » !

      La position de Saint-Jérôme est ainsi profondément ambigüe, entre épitres et traductions, entre création littéraire et exégèse, mais aussi entre curiosité inlassable et  traque furibonde des hérésies, comme celle de Jovinien, qui contestait « la virginité perpétuelle de Marie ». Pour lui, « les hérétiques sont vautrés dans les ordures de la passion » ; ce que lui renverra Luther, le rangeant avec acrimonie parmi les hérétiques. Mû par la colère, son péché capital récurrent, le voici aux lisières du saint autodafé et précurseur de l’Index librorum prohibitorum[2].

      Mais qui est Lucrèce Luciani ? La discrétion de l’excellent éditeur « La Bibliothèque », aux textes toujours rares et roboratifs, n’en laisse rien paraître sur sa couverture aux rabats soignés, et cependant muets à cet égard, en un tentant mystère. Très certainement s’agit-il de cette Lucrèce Luciani qui a publié un volume sur l’acédie[3], cette antique mélancolie qui rongea le christianisme, et un roman : L’œil et le loup[4]. Ce qui ne l’empêche en rien dans son essai plein d’allant, discrètement érudit, doctement et diablement instructif, Le Démon de Saint-Jérôme, d’écrire non sans poésie : « chaque lettre est un nœud qu’il faut broder à plat ». Et d’user d’un rien d’humour : « Une vraie collection de coings desséchés que toutes ces images ! » Sans omettre un brin de polémique bienvenue : « Il n’y a qu’un certain habitus intellectuel pour croire que cette conversation avec les livres est la même que dans nos librairies civilisées, nos abominables rayons livresques au supermarché, nos ahurissantes fabrications de best-sellers à rugir d’ennui, nos émissions télévisées culturellement conformes »…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Ce qui est déjà un manuel de librairie et d’atelier de copiste chez Lucrèce Luciani, historienne du livre, trouve son expression plus savante encore et scrupuleuse chez Alain Boureau dans son Feu des manuscrits. Sous-titré « Lecteurs et scribes des textes médiévaux », cet ouvrage marie l’érudition à l’élégance de la mise en passe et des illustrations.

      Alain Boureau se présente comme un « déchiffreur ». Il nous parle avec feu « de l’éclat lumineux des manuscrits et de l’obscurité qui les menace toujours ». Du codex Tonalamatl-Aubin, qui est un calendrier aztèque du XVI° siècle, à une Bible du XIII° siècle, ce sont deux affaires de vol qui affectèrent la Bibliothèque Nationale de France. D’où d’effarantes questions de propriété, sans compter la valeur marchande considérable du manuscrit rare, « cet obscur objet du désir patrimonial ». Le « feu » qui anime Alain Boureau est bien plutôt celui de l’attentif passionné de la pensée scholastique latine. Aussi nous fait-il partager ses expériences de lecteur avisé, ses quêtes parmi les bibliothèques parfois lointaines, parfois aisées, parfois complexes, tant administrativement que financièrement. Ses aventures de chercheur qui édite les œuvres de Pierre de Jean Olivi, en particulier son Traité des démons[5], et de Richard de Mediavilla se heurtent jusqu’à des querelles de spécialistes : il se démarque de « l’intégrisme philologique » de qui se réserve le soin de l’attribution à un auteur. Il semble que les scribes attachés à leur cuir de mouton n’aient plus de secret pour lui, même si la généalogie des manuscrits ne permet pas souvent de leur établir un auteur : bien rares sont les autographes. Il lui faut peiner sur des encres labiles, sur des supports maltraités par le temps, parmi des marginalia étranges. Mais aussi sur « l’embardée du sens », les fautes et les biffures des scribes signalant une « erreur de foi », sur l’illisibilité de la main des auteurs, par exemple le grand Saint-Thomas d’Aquin, le philosophe de la Somme théologique. Les problèmes d’attribution et de collationnement sont fort nombreux : il faut parfois consulter une dizaine de manuscrits pour pouvoir publier les Questions disputées de Richard de Mediavilla[6], qui en 1296 traita dans son Quodlibet de « la fascination, ce pouvoir d’agir sur autrui par le regard[7] »…

      Loin de rester un essai aride et poussiéreux, l’ouvrage d’Alain Boureau peut se lire comme une chasse au trésor parmi les traités les plus insolites : sur les cas de consciences, ou sur les fleuves et les alluvions (en 1355). Ce Tractatus de fluminibus bénéficie de trois ou quatre reproductions pour les figures schématiques produites par des copistes différents. Il y a bien une « délectation » devant la « haute couture » des manuscrits, de surcroit reliés en leur temps, y compris fautivement. Au point que certains, outragés par leur fragilité, soit recousus. Certes, lettrines et enluminures ajoutent au bonheur du déchiffrement une flatteuse dimension esthétique. Ainsi Alain Boureau, en son plein enthousiasme pour le passé lointain des manuscrits sait « ranimer leur flamme ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Quand la vie est blessée, n’est-il pas nécessaire de recourir à l’ardeur d’un livre consolateur, y compris consacré à un mince manuscrit, bien moins prestigieux que les précédents ? Deux livres aussi insolites que nourrissants glissent de la main de Denis Montebello, auteur délicieusement confidentiel et cependant heureusement prolixe.

      Le premier est né de sa passion pour les Lettres classiques et l’Antiquité, à l’occasion d’un « objet-mémoire » anecdotique. Un fragment de brique brisé présente ce graffiti : « Ateuritus à Heutica : salut ça pour elle, dans le con », suivie d’un phallus également gravé. Après avoir été sauvée par un certain Bonsergent au XIX° siècle, il se trouve au Musée Sainte-Croix de Poitiers, dans les réserves, car la « brique lubrique » ne peut être « décemment » exposée, sinon dans un enfer pas même répertorié dans l’Index librorum prohibitorum, alors que l’écrivain plaide pour son dévoilement. Elle provoque chez ce dernier une errante rêverie. Cette gallo-romaine gauloiserie, venue qui sait d’un lupanar, est l’occasion d’une enquête facétieuse et érudite, entre érotisme et archéologie, épicée par des allusions satiriques à notre contemporain le plus « hot ». Sans oublier le goût de l’étymologie et des jeux de mots.

      Certainement ce bref opus fait du bien à son lecteur, diverti en faveur d’une époque pittoresque. Est-ce la réponse à la question Comment écrire un livre qui fait du bien ? En une quarantaine de billets, Denis Montebello nous promène de « l’effet-Werther », qui entraîne au suicide les imitateurs de leurs héros, aux « Blagues Carambar ». Ce sont autant de petites histoires embryonnaires, parmi lesquelles vaquent des écrivains et des poètes invités, soucieux de leur gloire, mais qui ont peur de la foule, ou pensent au suicide. Comment leur assurer le bonheur que nous réclamons tous ? C’est avec une subtile ironie que l’auteur se gausse des livres à la mode et à effet thérapeutique garanti, mais aussi de lui-même : « Ce serait dommage que la Troisième Guerre mondiale en éclatant éclipse la sortie de mon livre »…

 

      Qui songerait aujourd’hui à jeter au feu de tels petits livres, si innocents ? Pourtant si Saint-Jérôme, tel le phénix, venait à renaître de ses cendres, il n’est guère douteux qu’il fulminerait, lui qui imaginait le jugement dernier, non sans que l’on puisse le disculper des péchés capitaux de l’envie et de l’orgueil : « L’on y verra ces Rois autrefois si puissants & si redoutables, mais alors seuls et dépouillés de toute leur grandeur, trembler en la présence de leur Juge. Vénus y paraitra avec son fils Cupidon, & Jupiter avec sa foudre. Platon accompagné de ses disciples passera alors pour un insensé ; & Aristote avec tous ses raisonnements se verra confondu[8] ». Nous dédierons ce fragment d’une lettre de Saint-Jérôme l’intransigeant à Denis Montebello, qui a la capacité, donc la joie mitigée, de la lire dans l’original, puisqu’il a traduit deux textes de Pétrarque[9] du latin : L’Ascension du Mont Ventoux[10] et la Lettre à la postérité. En ces quelques pages, le poète, humaniste et épistolier du XIV° siècle, plus modeste que Saint-Jérôme, nous confie comment il fut ravi par la « solitude » de la fontaine de la Sorgue, en Vaucluse, où il amené ses quelques livres : « Il suffira de dire que la plupart de mes pauvres livres furent achevés là[11] ». Songeons néanmoins que l'un de ces pauvres livres, le Canzoniere, aux 366 poèmes, est rien moins que fondateur de la poésie occidentale...

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Denis Montebello a été publiée dans Le Matricule des anges, avril 2018

 


[2] Voir note 1.

[3] Lucrèce Luciani-Zidane : L’Acédie, le vice de forme du christianisme, Cerf, 2009.

[4] Lucrèce Luciani-Zidane : L’œil et le loup, Ornicar, 2000.

[5] Pierre de Jean Olivi : Traité des démons, Les Belles Lettres, 2011.

[6] Richard de Mediavilla : Questions disputées, Les Belles Lettres, 2011-2014.

[7] Richard de Mediavilla : Quodlibets, Les Belles Lettres, 2015-2017.

[8] Saint-Jérosme : « Première lettre à Heliodore »,  Lettres, Hérissant Fils, 1743, t 1, p 23.

[10] Pétrarque : L’Ascension du Mont Ventoux, Séquences, 1990.

[11] Pétrarque : Lettres à la postérité, le Temps qu’il fait, 1996, p. 27.

 

 

Saint Jérôme : Lettres, Herissant Fils, 1743. Photo : T. Guinhut.

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24 novembre 2017 5 24 /11 /novembre /2017 15:35

 

Joseph-Romain Joly : La Géographie sacrée et les monuments de l'Histoire sainte,

Alexandre Jombert, 1784.

Félix Julien : Voyages au pays de Babel, Plon, 1876.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

Aux pieds de Babel,

 

Les Routes de la traduction

 

et de L'Iconographie.

 

 

 

Les Routes de la traduction. Babel à Genève,

Gallimard, Fondation Martin Bodmer, 288 p, 39 €.

 

L’Iconographie. 50 livres rêvés par 50 illustrateurs,

La Table ronde, 112 p, 24 €.

 

 

 

 

 

 

      « Or Yahvé descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties. Et Yahvé dit : Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel est le début de leurs entreprises ! Maintenant, aucun dessein ne sera irréalisable pour eux. Allons ! Descendons ! Et là, confondons leur langage pour qu’ils ne s’entendent plus les uns les autres[1]. » Voici le nœud d’un des plus beaux mythes de l’humanité, celui de la tour de Babel dans la Bible, dont la fonction étiologique est de permettre d’expliquer l’irréductible multiplicité des langues ; « car Babel en hébreu signifie confusion », écrit Flavius Josèphe[2] au premier siècle de notre ère. Mythe auquel répond à sa manière, dans une aire culturelle voisine, le dialogue de Platon intitulé Le Cratyle, sur l’origine controversée des mots. Malédiction, ou bénédiction ? Un tel châtiment divin, jeté sur l’hubris humaine, oblige les lecteurs à trouver un traducteur et ce dernier à échouer ou briller au travers du prisme qu’il offre aux premiers. Une ville si cosmopolite, Genève, ne pouvait qu’abriter, au sein de la Fondation Martin Bodmer, une exposition sur les plus grands livres en leurs avatars, depuis l’Antiquité, en au moins quatre-vingts langues : Les Routes de la traduction. Babel à Genève. D’Homère à Tintin, les enjambées sont vastes en ce merveilleux catalogue. Auquel on peut songer d’ajouter la traduction iconographique de quelques-uns des ouvrages choyés par les illustrateurs d’aujourd’hui.

 

      Outre Homère, référence obligée de la poétique et de la civilisation occidentales, ce sont la Bible, Dante, Shakespeare et Goethe, qui sont les pivots de nombre de problématiques de la traduction, cet art polymorphe sur lequel, avec tant de pertinence s’interrogea George Steiner, dans Après Babel, une poétique du dire et de la traduction[3], et dont la Fondation Martin Bodmer expose une bonne centaine d’exemples au travers d’autant de livres rarissimes, prestigieux ou méconnus.

      Si vous n’hésitez pas à subodorer que la Bible est l’ouvrage le plus traduit au monde, vous n’ignorez pas qu’écrite en hébreu et en grec, elle passa au latin, au français, et dans toutes les langues européennes. Mais auriez-vous imaginé qu’elle fut traduite en diverses langues indiennes des deux Amériques, le cherokee, l’inuit, l’arawak ? Plus loin, et pêle-mêle, en breton, en mongol, en tamoul, en éthiopien, toutes premières éditions conservées dans la « Bodmeriana ».

      Cependant Homère, poète originaire, outre les lambeaux d’un papyrus en grec du III-IV° siècles, se voit cent fois traduit, jusque dans une édition polyglotte de 1837, qui juxtapose sur une double page le grec, le latin (prose et vers), l’italien, l’allemand, le français et l’espagnol ! Il faut de surcroît aller jusqu’à considérer Ulysses  de Joyce comme un avatar facétieux et redoutable de la pulsion de traduction.

      Séminaux également, fables et contes, en un mot les apologues, voyagent se répondent, s’inséminent, du Grec Esope au Français La Fontaine, en passant par les Mille et une nuits, probablement d’origine perse, quoiqu’à nous parvenues par le truchement de l’arabe et de Galland au XVIII° siècle, ou par Le Livre de Kalilah et Dimna, venu du sanscrit et du persan, dont notre fabuliste réécrivit en ses vers quelques contes animaliers.

      En effet, l’Orient, qu’il soit arabe ou japonais, n’est pas oublié. Le Coran trouve à prophétiser sa révélation et ses injonctions génocidaires (ce que tait trop pudiquement notre catalogue), dès sa transposition latine par Bède le Vénérable, au XII° siècle, et ici au travers d’une édition de 1543, publiée à Bâle, quand Heidi, célèbre roman suisse pour enfants, au message bien plus paisible et bucolique, est traduit jusqu’à Tokyo.

      Fondateur à la fin du XVIII° siècle du concept de « weltliteratur » (littérature-monde), Goethe traduit volontiers le théâtre classique français ; bientôt il tourne son regard vers l’Orient en adaptant le Perse Saadi dans son poétique Divan d’Orient et d’Occident. En d’autres contrées européennes, l’Allemand Heine et l’Anglais Byron sont « naturalisés russes », grâce à des « annexions pacifiques pratiquées par la poésie russe ». En France, Baudelaire et Mallarmé, en élisant l’américain Allan Edgar Poe, font mieux, dit-on, que les vers originaux. Or, bien avant eux, en Italie, ce que l’on appelle « la triple couronne » médiévale, formée par Dante, Pétrarque et Boccace, fonde non seulement une langue, l’italien, mais une myriade ininterrompue d’éditions, manuscrites puis imprimées, et inévitablement de traductions dans les principales langues européennes, sans cesse remises sur le métier, de siècle en siècle.

 

Claudien : Œuvres, Dugour et Durand, 1798.

Photo : T. Guinhut.

 

 

      La traduction est évidement un acte religieux, indubitablement prosélyte, dans le cas de la Bible ou du Coran. Politique, si l’on pense à la diffusion de Hume et Montesquieu, Machiavel, Rousseau, puis Marx, Mao ou Hitler, pour aller du meilleur au pire. Humaniste, si l’on pense à Erasme, représentative des Lumières pour intégrer Adam Smith et Beccaria. Poétique, de Virgile à Shakespeare. Dans tous les cas, à la réserve des prosélytismes  agressifs et de la triple couronne de plomb coiffant les trois auteurs fomentant la tyrannie déjà cités, elle reste au service du « Sapere aude », du « Ose savoir », kantien[4].

      Inspiration, imitation, réécritures et intertextualité sont parmi les « routes de la traduction ». Ainsi les dramaturges latins, Plaute et Térence, nourrissent Molière. Rilke se nourrit d’Orphée, puis de Paul Valéry, quand ce dernier se retourne vers les Bucoliques de Virgile. Voisinant avec le prestigieux folio de 1623, contenant toutes les pièces du barde du théâtre londonien du « Globe », dont les Dramatische Werke sont de la main de Schlegel, le poète Yves Bonnefoy[5] relit et sublime celui que les Classiques français traitaient de « sauvage », quand ses Sonnets[6] sont traduits par Stefan George et Pierre-Jean Jouve. Oserions-nous suggérer qu’il manque celle de Paul Celan[7] ? Ainsi Shakespeare, comme la conscience de son Richard III, a « mille langues[8] ».

      En ce sens, la traduction est aussi création, poiesis disaient les Grecs… Quant aux philosophes, il faut ne pas rater Aristote, si important au Moyen-Âge, ici présent grâce à un manuscrit latin sur parchemin du XIII° siècle, y compris grâce aux commentaires du De Anima par l’Arabe Averroès, que nous ne possédons plus qu’en latin. La Fondation Martin Bodmer exhibe un manuscrit arabe traduisant Aristote au XI° siècle, non loin des Œuvres de Platon, traduites en latin par Marcile Ficin au XV° siècle.

      Les pièces de cette exposition, essentiellement des volumes et manuscrits rares, dont de nombreux incunables, viennent pour la plus immense part des réserves de la Fondation Martin Bodmer, en une sorte de « Babel bibliophilique », venue de la collection du bibliophile zurichois Martin Bodmer (1899-1971) qui ne mégottait pas en mettant sa fortune au service d’une passion hautement recommandable, jusqu’à de babéliques volumes polyglottes, « joyaux de virtuosités typographiques ». Or elle accueille également des textes cunéiformes sur tablettes d’argile venus du Musée du Louvre, du deuxième millénaire avant Jésus-Christ, une étonnante « Métamorphose » de Markus Raetz (qui traduit un homme en lapin, à moins que ce soit le contraire), de 1991, venue du Musée d’Art et d’Histoire de Genève. Des hiéroglyphes aux albums de Tintin, en passant (ne l’oublions pas) par des tableaux du XVII° siècle montrant la construction de notre tour de Babel tutélaire, l’amplitude temporelle et culturelle est considérable. Ainsi des papyrus exhibant le Livre des morts d’Hor voisinent avec le Panthéon égyptien de Champollion, premier traducteur des hiéroglyphes et du démotique, grâce à la pierre de Rosette, providentiellement trilingue

      En ce sens, et depuis les pieds d’argile de la tour de Babel, la traduction est le maillage des sources culturelles de l’Europe. En outre, selon la juste formule de Carlo Ossola, « Chaque époque traduit pour le temps présent ». Luther traduit la Bible en Allemand pour que chacun puisse, par lui-même, la lire, en une humaniste révolution, et au service de ce qui devient le Protestantisme. Hélas peut-être, l’on ne traduit plus guère Ovide ou Virgile en alexandrins.

 

      Ce catalogue des Routes de la traduction, fomenté dans la Babel genevoise, est un pur régal, intellectuel et esthétique. Même si les bibliophiles chatouilleux (dont votre modeste serviteur) eussent préféré une reliure cartonnée. Reste que la babélienne tour dessinée au XVII° siècle par Kircher, qui orne le bleuté de la couverture, et la jaquette dépliante ouvrant sur une carte en couleur, tirée du Cosmosgraphiae liber de Ptolémée, sont de divines surprises. Si l’on s’amusera -ou s’indignera- des volontairement puérils « alphabets sociopolitiques » et autres « hétérographies » de Villéglé, l’on ne pourra qu’être conquis, surexcité d’intelligence, en feuilletant, lisant, étudiant ce merveilleux catalogue des grandes heures et œuvres de l’humanité. Il faut à cet égard conseiller le (provisoirement) malheureux lecteur de courir séance tenante à Cologny, auprès du lac de Genève, pour visiter, outre les murs de la Fondation construits par Mario Botta, cette exposition mémorable, car elle est celle qui offre le meilleur panorama jusqu’ici réalisé de la collection ambitieuse (et combien avait-il les moyens de son ambition !) de Martin Bodmer ; et vaillamment continuée, amplifiée par la Fondation que dirige d’une main souple et pétulante Jacques Berchtold. En effet, après moult mémorables monstrations et livres consacrés à Frankenstein[9], à Sade[10], à Madame de Staël et Benjamin Constant[11] (excusez du peu), ces Routes de la traduction savent enfin ouvrir au visiteur ébloui une belle part du coffre aux trésors bibliophiliques -en sus de ce volume intitulé Légende des siècles[12] qui passait jusque-là pour son antichambre- d’une fondation où l’on aimerait encore et encore flâner, contempler, étudier, « Mourir, dormir, dormir, peut-être rêver[13]» (disait Hamlet) et ressusciter sans cesse en lecteur borgésien…

 

      Passer du langage des mots à celui des images n’est-il pas également une traduction ? Ce que faisaient déjà les cathédrales, transposant les livres de la Bible, parmi les vitraux, les chapiteaux, les sculptures ; à une époque où « enluminer, c’est orner, mais c’est aussi clarifier, traduire dans un langage plus clair », pour reprendre une fois de plus Carlo Ossola. Ainsi l’iconographie des couvertures parle aux yeux, pour accrocher l’attention de l’éventuel lecteur, pour signifier la substantifique moelle du livre. À cet égard, un bel ouvrage, titré L’Iconographie, propose à cinquante illustrateurs d’imager autant de livres préférés.

      Malgré des romans choisis, essentiellement contemporains, pour lesquels l’effet de mode empêche peut-être d’imaginer une vaste pérennité, comme ceux d’Haruki Murakami, et malgré des dessins attendus qui ne déploient guère d’imagination, l’exercice est on ne peut plus stimulant. Se détachent quelques couvertures fort poétiques, à l’instar de celle pétillante de Robinson Crusoé par Anne-Lise Boutin, délicieusement suggestives, symboliques, lorsque les Mémoires d’une jeune fille rangée, de Simone de Beauvoir, deviennent une femme en buste qui se dégage de sa chrysalide feuillue sous les doigts de Léa Chassagne. D’autres sont de réels coups de poing. Ainsi, lorsque Gérard DuBois renouvelle l’imagerie associée au terrible et délicieux Lolita de Nabokov (une photo trop sucrée de jeune fille prétendument nymphette, même s’il s’agit de celle de Stanley Kubrick), il impose une masculine et sombre silhouette qui cache à demi une fillette à la hauteur de ses hanches : la suggestion reste pudique et néanmoins criante, quand Humbert Humbert est bien le personnage clef du roman.

      On use tour à tour de l’incisive allusion, de la puérile naïveté, du graphisme en noir et blanc, du collage surréaliste à la Max Ernst, toujours au service de l’amour des livres, et plus précisément des romans qui ont marqué l’enfance ou le passage à la maturité de nos illustrateurs attentifs et passionnés. Un petit oiseau rouge et pleurant du sang est l’œil d’un profil noir au service de To Kill a Mocking Bird d’Harper Lee ; et parmi d’autres plus représentatives du dessin au sens traditionnel, voire enfantin, du terme, c’est Pessoa avec son Livre de l’intranquillité qui tenta Geneviève Gauché : elle « montre une structure de lettres et d’armatures métalliques rigide et complexe, qui encadre le lieu du drame où l’esprit va passer à la moulinette de l’autojugement permanent ». Ainsi chaque illustrateur défend sa traduction graphique d’un chef d’œuvre poétiquement ranimé du panthéon littéraire où il dormait.

 

      Quand un aréopage de savants et universitaires, aussi délicieusement érudits que sereinement lisibles, sous la direction de Barbara Cassin et Nicolas Ducimetière, préside aux Routes de la traduction, une fraîche naïveté, quoique parfois cruelle, préside au bouquet de couvertures imaginées par les illustrateurs de cette Iconographie, qui, à sa manière, répond à l’iconographique abondance fomentée à la suite du mythe de Babel. Parfois les pages d’images elles-mêmes se font en ce sens tout entières traductrices, comme lorsque Jacques Tardi illustre le Voyage au bout de la nuit de Céline[14], par exemple. Le roman devient bande dessinée ; ainsi va le destin de quelques-uns parmi les plus grands d’entre eux, comme en témoignent la proustienne Recherche du temps perdu par Stéphane Heuet[15], ou les ombres fantastiques du Tour d’écrou d’Henry James par Hervé Duphot[16], œuvres majeures de la littérature mondiale rendues plus accessibles, en particulier aux jeunes lecteurs, diront les uns, ou, diront les autres, amoindries, affadies. Nous les préférerons cependant,  sublimées par la seule et suffisante magie du verbe ; ou enrichies, dans le cas de Proust, par les aquarelles de Van Dongen, qui coloria également les Mille et une nuits, ou, mieux encore peut-être, lorsque Miquel Barcelo aquarelle avec feu, cendres et nuées la Divine comédie de Dante[17].

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] La Genèse, III, II, 5-8.

[2] Flavius Josèphe : Histoire ancienne des Juifs, Lidis, 1968,  p 16.

[4] Emmanuel Kant : « Qu’est-ce que les Lumières ? », Œuvres philosophiques, t II, Pléiade, Gallimard, p 209.

[8] William Shakespeare : La Tragédie de Richard III, V, 3, Drames historiques, traduit par Pierre Messiaen, Desclée de Brouwer, 1960, p 885.

[12] Légendes des siècles. Parcours d’une collection mythique. Fondation Martin Bodmer, Cercle d’Art, 2004.

[13] William Shakespeare : Hamlet, III, 1, Tragédies, traduit par Pierre Messiaen, Desclée de Brouwer, 1960, p 703.

[14] Louis-Ferdinand Céline, Jacques Tardi : Voyage au bout de la nuit, Futuropolis, Gallimard, 1988.

[15] Marcel Proust, Stéphane Heuet : À la Recherche du temps perdu, Delcourt, 200-2013.

[16] Henry James, Hervé Duphot : Le Tour d’écrou, Delcourt, 2008.

[17] Voir : Traduire et vivre l'ébouriffante Divine comédie de Dante

 

Fondation Martin Bodmer, Cologny, Genève, Suisse.

Photo : T. Guinhut.

 

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26 mai 2017 5 26 /05 /mai /2017 12:23

 

Playa de Luana, Cobreces, Cantabria. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

À la poursuite des livres perdus

 

et du fantôme de la bibliothèque,

 

par Giorgio von Straten, Judith Schlanger

 

et Maurice Olender.

 

 

 

 

Giorgio van Straten : Le Livre des livres perdus,

traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli, Actes Sud, 176 p, 18 €.

 

Judith Schlanger : Présences des œuvres perdues, Hermann, 246 p, 26 €.

 

Maurice Olender : Un Fantôme dans la bibliothèque, Seuil, 224 p, 17 €.

 

 

 

 

      L’on dit que certains livres, mangés par l’oubli, s’enfouissent d’eux-mêmes dans un introuvable recoin de la bibliothèque, que cette dernière abrite le fantôme des livres perdus, ou le fantôme de leurs personnages prêts à jaillir des pages et menacer le lecteur nocturne qui aurait eu l’imprudence de s’y aventurer. Sans glisser dans les hypothèses fantastiques et délicieusement farfelues, n’y-t-il pas des œuvres que les mains du temps et des hommes ont jeté au feu ou aspiré dans l’oubli ? Empruntant deux genres littéraires bien différents, l’Italien Giorgio Van Straten et la Française Judith Schlanger consacrent chacun un bouquet de récit et un essai à ces livres disparus qui hantent longtemps la mémoire de l’humanité, tentant ainsi de ramener le soleil de l’intelligible sur leurs reliures définitivement mangées de vers, leurs manuscrits subtilisés, leurs cendres carbonisées et évaporées. Quant à Maurice Olender, archiviste de soi et de l’Histoire, il écrit de peur de voir la disparition à l’œuvre, collectant un petit livre « où la mémoire et l’oubli jouent à cache-cache » : ce parmi les textes rassemblés sous le titre de son ultime récit : Un Fantôme dans la bibliothèque.

 

      C’est avec une nostalgique tendresse que Giorgio van Straten offre sa « mappemonde personnelle » : un « tour du monde en huit volumes », tous perdus. De Florence à Londres, en passant par la France, la Pologne, la Russie, le Canada et l’Espagne, il traque avec une délicate attention ces pages que l’on ne lira probablement jamais. C’est également un voyage dans le temps, espérant ranimer le souffle de Lord Byron et d’Hemingway, de Romano Bilenchi et Bruno Shulz, de Gogol et de Malcom Lowry, de Walter Benjamin et de Sylvia Plath. Ces écrivains ont en commun d’avoir un ou plusieurs livres perdus parmi leur bibliographie, ainsi dangereusement lacunaire. Une rêverie d’histoire littéraire aux huit facettes, ainsi peut se lire ce bijou de Giorgio Van Straten, à la discrète lisière de l’essai sur les censures, intimes, sociétales ou totalitaires.

      Romano Bilenchi a laissé dormir dans un tiroir le manuscrit d’un roman autobiographique trop révélateur, qu’il n’a pas publié, par respect pour sa première épouse et pour Maria. Après le décès de l’écrivain, cette dernière consent de le laisser lire à notre narrateur et à quelques autres. En revanche, elle ne permettra qu’aucune copie, encore moins l’original, puisse lui survivre. Avait-elle droit de le détruire, même si, pour l’écrivain, « un livre non fini était probablement un non-livre » ?

      Chez l’éditeur Murray, en 1824, c’est probablement au feu d’une cheminée que l’on livra les Mémoires de l’immense poète anglais Lord Byron. Il s’agit là de censure, « de la plus sournoise et insidieuse qui soit, née de la soumission volontaire aux conventions et au sens commun ». Ne risquait-on pas de révéler des épisodes scabreux de la liaison de l’auteur de Don Juan avec sa demi-sœur Augusta ? Pire encore, alors que l’homosexualité pouvait être punie de mort dans l’Angleterre du XIX° siècle, ses amours pour des jeunes gens n’allaient-ils pas jeter un opprobre définitive sur la famille, les amis, l’éditeur du poète, et sur l’Angleterre entière ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Quant à la première épouse d’Hemingway, elle eut le tort de laisser quelques minutes sans surveillance, dans un train, une valise de manuscrits. Volée, elle ne reparut jamais. Des années de travail envolées ! Le jeune apprenti écrivain en fut désespéré, au point de songer à abandonner l’écriture. En fait, ces « premières tentatives présentaient, certes, des défauts, un excès de lyrisme ». Ne faut-il pas mieux préférer que ces pages soient perdues ? L’on sait que cela n’empêcha pas le romancier américain de rebondir et s’atteler à ses meilleurs livres. Reste que les braises de la curiosité font bouillir tout amateur et critique fidèle à la prose d’Hemigway.

      Pire, en 1942, un officier nazi, par vengeance, tue l’esclave juif d’un collègue. Le malheureux s’appelait Bruno Schulz, dont le roman Le Messie ne revit jamais le jour. Les spécialistes du nouvelliste se perdent en conjecture sur le contenu du manuscrit prometteur, probablement enterré, malgré deux chapitres publiés semble-t-il sous forme de nouvelles. Qui sait ; le retrouvera-t-on, comme lorsque deux ouvriers mirent au jour, dans un mur, une bouteille scellant des fragments d’un roman de Simha Guterman ? À moins qu’il ait brûlé dans un accident de voiture, après qu’il ait été acheté à un ancien de la police politique soviétique… Un palpitant roman d’investigation aux hypothèses nombreuses surplombe le roman perdu.

      Savions-nous que Les âmes mortes de Gogol était un roman amputé ? Son auteur prévoyait de tisser « une Divine comédie de la steppe » en trois parties. Pourtant son tome II disparut bel et bien. À force de perfectionnisme, de réécritures, de versions plurielles, il jette dans le poêle cinq cents feuillets et « fond en larmes » : « C’est le premier des nombreux bûchers qui, par insatisfaction ou par peur de la censure, constellent l’histoire de la littérature russe », selon Serena Vitale. Gogol était-il poussé à ce sacrifice par un « archiprêtre sévère », par l’impossibilité de mener à bien la rédemption du burlesque escroc Tchitchikov ?

      In Ballast to the White Sea, plus de mille pages, était le titre d’un roman de Malcom Lowry. Mais son goût immodéré pour l’alcool, pour l’autodestruction, se liguèrent contre lui, lorsqu’en 1944 sa cabane de la côte pacifique canadienne prit feu. Il fallut attendre 2001 pour découvrir le carbone d’un premier jet, 450 pages, aujourd’hui publiés[1]. À quel chef d’œuvre, outre la « Divine comédie ivre » qui gît Au-dessous du volcan, avons-nous échappé ? On conserve à l’Université de Colombie Britannique, des « bouts de papiers brûlés sur les bords » avec quelques lignes…

      « Une lourde valise noire » pendait à la main de Walter Benjamin lorsqu’il se suicida à Port Bou, en Catalogne, alors qu’il pensait devoir être livré aux Nazis par la police espagnole, en 1940. On devine qu’un tapuscrit dormait dans cette valise, celui du Livre des passages[2]. Dort-il aujourd’hui encore dans quelque armoire ?

      Notre ami Giorgio von Straten nous confie qu’il « aime bien les commérages ». Aussi s’intéresse-t-il à la vie privé des époux poètes Ted Hugues et Sylvia Plath, qui se suicida au gaz. Surtout parce le veuf dut trier les papiers de la disparue, choisit de détruire des journaux trop intimes pour, dit-il, protéger ses enfants, et de publier le magnifique et posthume recueil qui la réputation de Sylvia Plath : Ariel. Qu’est devenu Double exposure, un bref roman ? L’a-t-on fait s’évaporer ? Aura-t-on la réponse en 2022, lorsque l’on pourra consulter les papiers confiés à l’Université de Géorgie ?

      En conclusion de son petit recueil énigmatique et roboratif, et avec un brin d’autodérision, Giorgio von Straten se demande s’il fait partie « de la cohorte des cannibales », se nourrissant de la faim des œuvres disparues. Sans doute à cette peuplade étrange, appartient Judith Schlanger, à qui il revient à de coucher sur le papier une typologie des livres perdus.

 

      Sommes-nous naïfs au point de croire que toutes les grandes œuvres, littéraires ou artistiques, nous soient connues ? Présences des œuvres perdues, l’essai de Judith Schlanger, vient à point nommé pour nous rappeler cette évidence : l’histoire de la littérature et des arts est parsemée de créations qui ont à peine vu le jour avant de s’effacer dans l’oubli, ou dont la réputation n’a pas pu empêcher la perte, la destruction.

      Notre essayiste s’attache à classer ces belles disparues : d’abord par négligence ou accident. Comme cette ignorante servante qui se sert des manuscrits de pièces pré-élisabéthaines pour allumer le feu ou « tapisser le fond des plats à tarte ». De même l’on n’a sauvé que neuf des vingt-sept planches gravées des Songs of innocence de William Blake du feu destiné à vider un débarras… Mais pas une des notes d’une biographie de Coleridge, rédigées par son petit-fils, englouties dans un naufrage. Encore en avait-on gardé une copie, ce qui ne fut pas le cas de manuscrits islandais noyés en 1684 et dont pas même un catalogue ne subsiste.

      Ensuite par destruction volontaire, par haine, intolérance et ressentiment, en un mot par tyrannie. Les iconoclasmes et autres autodafés s’imposent par leur radicalité et leur violence : des querelles médiévales de Constantinople aux Nazis, en passant par les Espagnols saccageant la culture précolombienne ou brûlant 80000 volumes lors de la reconquête de Grenade. Sans compter l’annulation des bibliothèques et donc de l’histoire par de nouvelles dynasties chinoises… Où sont passées les tragédies d’Eschyle et de Sophocle dont il ne reste qu’environ dix pour cent ? Probablement ont-elles brûlé avec la bibliothèque d’Alexandrie, après maintes déprédations, lorsqu’un calife arabe ordonna que tout ce qui n’était pas le Coran soit livré aux flammes. Tradition qui, hélas, perdure, ce dont témoigne la destruction des grands Bouddha d’Afghanistan explosés par les Taliban en 2001.

      Si l’on pense aux textes perdus d’Aristote, il semble que nulle hypothèse ne permette d’en imaginer le pourquoi. Encore sait-on qu’ils ont existés. Quant aux productions de génie dont personne n’a eu et n’aura connaissance, elles laissent une sensation de vertige et de modestie au plus profond de l’esprit du penseur : la vanité des œuvres rejoint celle des hommes.

      Les deux chapitres de Judith Changler sur « Le faux », quoique loin d’être dépourvus d’intérêt, ne paraissent participer de la problématique annoncée par le titre que d’une manière maladroite. Certes, le cas de William Ireland qui produisit de faux documents shakespeariens et une tragédie inédite pour tenter d’impressionner son père, est fascinant ; certes Mac Pherson inventant le barde ancien Ossian pour signer ses poèmes épiques est étonnant ; certes le peintre aux faux Vermeer est hallucinant, mais on ne les reliera à notre sujet qu’en considérant que toutes ses œuvres passèrent pour perdues puis retrouvées ; ce qui, dans l’argumentation de Judith Schlanger n’est pas tout de suite évident. Elles sont enfin désavouées par l’histoire de la littérature et de l’art, sauf dans le cas d’Ossian, et évacuées pour la bonne cause de l’authenticité. Les réécritures d’ouvrages évanouis sont alors des réinventions prétendument véridiques. Pires sont ceux qui s’affirment comme retrouvés alors qu’ils ont pour fonction de valider une idéologie religieuse, nationale ou ethnique…

       Il y a des pertes méritées, qui n’en sont donc pas, puisque personne ne s’en plaindra. On s’interrogera alors sur la légitimité de l’évaporation. Ainsi, l’œuvre effacée avant d’avoir été publiée a pu avoir été rejetée par déni de qualité, ou par « dédain », ce « refus du club : l’auteur n’est pas assez bien pour être intégré ». Finalement « l’exclusion par indifférence » suffit à remplir le continent immense des œuvres perdues : la majorité des œuvres nait pour disparaître dans un « cimetière néo-natal », ce qui est une fort belle image. A moins que l’on se soit trompé et que vienne la réhabilitation, que de rares élues soient soudain acceptées, sacralisées par de nouveaux critères de lecture, si notre curiosité est assez vive. Hélas, à l’ère Gutenberg, qui réduit à peine les chances de disparition, le « pullulement » des œuvres sur Internet multiplie paradoxalement l’invisibilité.

      Restent les mythes, cette « agate de Pyrrhus », ce « bouclier d’Achille », abondamment commentés, jamais retrouvés… Ou ces manuscrits de Kafka, encore aux mains des héritières de Max Brod, qui sont peut-être passionnants, peut-être décevants, en tous cas pour nous perdus puisque inconnus…

      Il est dommage que, sur un sujet aussi excitant pour l’esprit, Judith Schlanger nous fasse trop souvent lanterner. D’oiseuses considérations théoriques qui auraient pu être efficaces en peu de mots s’emberlificotent à l’envie, lourdes de périphrases et de répétitions, et manquent de faire perdre patience au lecteur, soudain sauvé par l’intérêt que représentent les exemples enfin fournis qui auraient gagné à être plus abondants, plus développés. Quant à la photographie de couverture -non légendée- l’on se demande bien ce qu’elle vient faire là… Cependant, une telle variation sur le caractère éphémère de l’art soumis aux aléas du temps et de la trop humaine humanité ne manque pas d’être irremplaçable. Souhaitons seulement que l’on ne perde pas cet essai…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Venu d’une famille juive en 1946, Maurice Olender apparaît dans un monde où il n’y avait « pas plus de morts que de livres pour les raconter ». Toute une mémoire perdue, en somme. Ecrite avec une langue somptueuse, cette autobiographie intellectuelle est fragmentée en un octaèdre de récits et de réflexions, venus d’occasions diverses, dont Un fantôme dans la bibliothèque est le dernier, en une sorte de couronnement.

       Commencer en étant « apprenti cliveur de diamants » n’empêche pas de découvrir Nietzsche et Bach. En s’attachant aux livres, il compense « la mémoire d’un Occident enfoui sous les cendres de [son] enfance ». Or, en toute logique, il devient historien, puis directeur de la collection « La librairie du XXI° siècle » aux éditions du Seuil, archiviste de ses propres archives, ce « dépôt de mémoire […] où s’opère l’oubli », confiées à l’Institut Mémoire de l’Edition Contemporaine. Ce de façon à éviter le « traumatisme que peut occasionner un livre mal classé, ou quand, lors d’un emprunt, le fantôme manque », cette fiche ou boite de carton signalant que le volume est de sortie. Sa bibliothèque est une image de l’Histoire du monde, où l’on lit bien sûr ; mais « on peut s’entourer de livres pour rêver de les lire ». Ainsi, ceux jamais lus, ce « matériau du rêve », sont en quelque sorte, dans ce qui sert « d’abri à ce qui se perd », des livres perdus. Car cette compulsion de l’archive vise dans nul doute à la « fabrique d’une fiction d’avenir », à repousser la perte de toute mémoire, après la mort, des hommes, des civilisations, de l’univers…

      Car cette perte peut engloutir : « l’oubli d’une histoire au mémorable incandescent ». Maurice Olender est visiblement effaré par la possibilité de toute perte et d’abord du langage. Que penser de cet enfant « qui ne veut rien savoir de l’alphabet » ? Est-ce lui qui devient ce « fantôme dans la bibliothèque » ? Une étonnante fiction fantastique le met en scène : « Dans une adolescence tardive, à presque vingt ans, il avait vu les pages murées s’effondrer entre les rayonnages vides d’innombrables bibliothèques ». Cauchemar, affreux fantasme récurrent, cet apologue borgesien semble postuler une morale religieuse et politique : « Peut-être l’enfant à la volonté analphabète voulait-il protéger les caractères de tout usage tyrannique ». Jamais il n’apprend à lire, sauf avec « ses ongles », parmi des « stèles dédiées à d’ancienne divinités aux noms imprononçables ». Pourtant il collectionne les volumes avec un éléphantesque appétit : « sa bibliothèque avait fini par se coucher dans son lit et, quand il se reposait près d’eux, ses livres se mettaient à le lire. »

 

      Nos archivistes de la disparition, Giorgio Van Straten et Judith Schlanger, apparaissent comme deux « Saint Thomas de la littérature » (selon le mot d’esprit de l’Italien), qui ont souverainement besoin de preuves tangibles et sont cependant irrésistiblement  fascinés par ces libres perdus, d’autant plus fascinants qu’ils demeurent introuvables, nantis de leurs promesses infiniment alléchantes. Ainsi, comme les trop pâles couvertures françaises disparues de cet article, « les livres disparus [ont] le pouvoir d’en susciter de nouveaux, de pousser d’autres auteurs à écrire, à combler les vides qui se sont créés », toujours selon Giorgio van Starten, par ailleurs romancier et musicologue. Chez l’historien Maurice Olender, auteur par ailleurs des Langues du paradis[3] et de Race sans histoire[4], tant les livres disparus que ceux accumulés suscitent une peur abyssale, celle de voir glisser la bibliothèque universelle dans le néant. À moins que les livres aient le pouvoir de se lire eux-mêmes…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Malcom Lowry : Le Voyage infini vers la mer blanche, Buchet-Chastel, 2015.   

[3] Maurice Olender : Les Langues du paradis, Gallimard / Seuil / EHESS, 1989.

[4] Maurice Olender : Race sans histoire, Seuil, 2009.

 

Photo : T. Guinhut.

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24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 08:16

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Eloges gourmands

des librairies et des libraires,

jusqu'à leurs lecteurs ;

par Jorge Carrion, Maël Renouard,

Vincent Puente,

Shaun Bythell & Alan Bennett.

 

 

Jorge Carrion : Librairies. Itinéraires d’une passion,

traduit de l’espagnol par Philippe Rabaté, Seuil, 2016, 320 p, 22 €.

 

Vincent Puente : Le Corps des libraires, La Bibliothèque, 2015, 128 p, 12 €.

 

Maël Renouard : Eloge des librairies,

Rivages poche, 2022, 128 p, 7,50 €.

 

Shaun Bythell : Petit traité du lecteur,

traduit de l’anglais (Ecosse), par Laurent Cantagrel, Autrement, 2021, 160 p, 12 €.

 

Alan Bennett : La Reine des lectrices,

traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Pierre Ménard,

Denoël, 2010, 176 p, 12 € ; Folio, 4,40 €.

 

 

 

      Même si nous n’en avons pas conscience, à chaque page, nous voilà en relation plus ou moins lointaine avec une librairie, ancienne, moderne, voire virtuelle. L’essayiste espagnol Jorge Carrion le sait plus que tout autre, puisqu’il sait en faire les « itinéraires d’une passion », d’une quête intemporelle et de tous continents. En un merveilleux capharnaüm, comme parmi les étagères d’un improbable magasin aux livres de la mémoire et du désir, celui qui, né en 1976 à Tarragone, est également l’auteur d’une trilogie romanesque[1] inédite en France, nous prend par la main pour un voyage aux pays du papier ; mais du papier le plus lettré. Cependant, si nous pourrions reproduire l’itinéraire de l’auteur de Librairies, nous voilà réduits à l’impuissance devant Le Corps des libraires de Vincent Puente : jamais nous ne rencontrerons en chair et en os ses libraires. Qu’importe, car c’est pour le plus savoureux des plaisirs : unir le fantasme bibliophilique et le rire. Laissons cependant parler un libraire, Shaun Bythell, qui ne fait pas toujours l'éloge de ses lecteurs ; mais aussi une reine des lectrices...

 

      Toutefois, au premier temps conceptuel de l’introduction de Jorge Carrion, il n’y pas la moindre boutique : le « bouquiniste Mendel » de Stefan Zweig n’a qu’une table de café pour confier sa mémoire des catalogues : « En vérité, Jacob Mendel n’oubliait jamais un titre ou une date. Il connaissait chaque étoile, chaque plante, chaque infusoire, dans l’univers toujours mouvant et changeant de la bibliographie[2] ». Quant aux bibliothécaires de Babel, chez Jorge Luis Borges, ils errent parmi des millions de livres illisibles, parce qu’emplis de la totalité des possibilités combinatoires des lettes de l’alphabet…

      Viennent ensuite « les plus anciennes du monde », comme Bertrand, à Lisbonne, depuis 1732. Puis ces mythiques librairies qui se font éditrices, comme Shakespeare & Company qui, à Paris, promut Ulysse de Joyce. Là, George Whitman déclara que « son grand œuvre était la librairie : toutes ses pièces seraient les chapitres distincts d’un même roman ».

      En toute évidence, ces nids de la pensée que sont les librairies ne peuvent être que « politiques ». Entre Russie, Allemagne et Espagne, elles fomentent l’insurrection ou subissent la censure totalitaire, voire les passions des futurs « génocidaires » et autres « révolutionnaires », qui commirent des succès de librairies et les emplirent de stèles reliées ou brochées déplorant leurs victimes pléthoriques : Hitler, Mao, Lénine, Che Guevara... Alors qu’aujourd’hui « les pays islamiques œuvrent précisément à un système de répression de la lecture », Jorge Carrion ne perd pas l’occasion de rappeler la fatwa qui s’abattit sur Salman Rushdie[3]. D’où « l’importance des librairies indépendantes, comme instruments de la démocratie », selon un libraire de Malaga, si tant est qu’elles puissent être idéologiquement indépendantes.

 

 

      Lieux de passages et de rencontres, tel « Les Colonnes » à Tanger, les librairies s’ouvrent entre Occident et Orient. Elles fascinent jusqu’en Chine, berceau du papier au IIème siècle, et à Tokyo, même si le voyageur reste étranger à leurs idéogrammes. Elles sont le mince couloir d’un petit propriétaire, font partie d’une chaine comme Barnes & Noble, ou se vantent, telle Strand à New-York, « de disposer de deux millions et demi de titres ». Et l’on aime, outre leurs fauteuils, leurs labyrinthes, leurs lecteurs et lectrices, là où il « n’est pas surprenant que le coup de foudre dans une librairie soit un important topos littéraire et cinématographique ».

      Poussant la porte de ses temples des Lettres, Jorge Carrion a ses écrivains favoris : Borges et ses conférences gratuites, Bolano est ses auteurs nazis[4] fournissant ainsi mille anecdotes. Vila-Matas assistant aux « derniers râles » de Margurite Duras, fournissant ainsi mille anecdotes. Voilà comment, entre Buenos Aires et « City Lights »  à San Francisco, le « fétichiste » voyageur sait faire rêver son lecteur. Malgré -ou faut-il dire grâce à ?- une composition erratique, sinueuse. Tout y passe, des artisans du livre à l’époussetage des rayonnages. En dépit de son titre, qui, il est vrai, est difficile à respecter stricto sensu, cet essai, « fils bâtard de Montaigne », glisse vers l’histoire de l’édition, les « trafiquants de livres scandaleux »,  les oscillations de la censure, entre le « satanique » Harry Potter, selon certains Américains, et l’affaire Rushdie. Si l’on « lie la liberté à l’achat d’un livre », cet éloge communicatif mérite de voisiner avec l’Histoire de la lecture et La Bibliothèque la nuit, titres tous deux fondamentaux d’Alberto Manguel[5].

      La déambulation mentale, reflet de celle physique de son auteur, est ornée, comme il est de mode après Sebald[6] (sur lequel Carrion a écrit un essai), de photos en noir et blanc, vitrines, rayons, cartes de visite, peu lisibles, peu esthétiques, pas toujours légendées. De plus, si l’on avait une ultime réserve à faire, il faudrait regretter que notre amateur de déambulations librairesques (si l’on nous pardonne le néologisme) ne fasse pas assez la distinction entre librairies de neufs d’une part et d’anciens d’autre part. Prolixe et gourmand, notre auteur semble à cet égard oublier ces boutiques occasionnelles que peuvent être brocantes et vide-greniers, Ebay. Quand des librairies sont remplacées par la « restauration rapide », il rend un hommage doux-amer à celles virtuelles et planétaires, dont Amazon. Dématérialisées sur nos écrans, mais sans l’âme du libraire pour les animer, les enchanter - ou les rendre désagréables - elles multiplient les possibilités de nos bibliothèques. C’est à point que Jorge Carrion a conclu son généreux volume avec, outre un index et une bibliographie, une « sitographie » bienvenue.

 

Maël Renouard aime les éloges, ce qui est plus agréable que les blâmes, pourtant parfois nécessaires. Il a fait celui de Paris[7], voici son Eloge des librairies. Ce modeste et cependant agréable volume est à la fois géographique et autobiographique : « C’est un portrait de l’auteur, presque une esquisse d’autobiographie, en flâneur des librairies ». Ses années d’étudiant sont à cet égard profuses. D’abord Rennes, avec un bouquiniste du nom de « Corre », où il fouine inlassablement. Bien entendu Paris, où Joseph Gibert est roi, entouré par une foule de demeures des rayonnages profus en pages infinies. Mais aussi Nice, Marseille, Nantes où il acquiert La Forme d’une ville de Julien Gracq, consacré à cette même cité bretonne. Plus tard le cercle s’élargit jusqu’à l’île grecque d’Hydros, jusqu’à Lisbonne. Il ne manque pas un lieu sans fouiner en ses librairies, de neuf ou d’occasion, principalement à la recherche de volumes philosophiques et sans réel souci bibliophilique, la soif de lecture et de pensée étant son guide, y compris au détour de l’agrégation ou de la préparation de ses propres livres. Peu d’anecdotes ici. Mais par exemple un savoureux moment où il compare l’ex-librairie allemande de l’Occupation, avec des vendeuses en « Walkyries », et « certaines vendeuses des PUF à l’allure d’inamovibles kolkhoziennes qui ne souriaient jamais ». Cette géographie des librairies ne peut échapper à la dimension temporelle, lorsque l’ouverture d’un volume de la bibliothèque de Maël Renouard ranime le souvenir de son achat ; mais aussi lorsque à ces librairies est trop souvent associé l’adjectif « disparue ». En ce sens une sensible élégie s’élève de ces pages…

 

Librairie La belle aventure, Poitiers, Vienne. Photo : T. Guinhut.

 

      Jorge Carrion et Vincent Puente font tous deux allusion à la librairie Mollat, la plus grande de France à Bordeaux. Le premier en souhaitant visiter ses généreux et pléthoriques rayons d’ouvrages neufs. Quant à Vincent Puente, parlant de la « National Bookstore de Detroit », qui n’a pu, comme sa consœur  bordelaise acheter les boutiques adjacentes pour s’agrandir, le voici nous entraînant dans un local démesuré, labyrinthique, qui a du s’étendre en acquérant des appartements incommodes à rejoindre, d’où un malheureux employé qui faillit mourir oublié dans un lointain recoin. C’est bien Le Corps des libraires qui est en cause.

      Pire, à Dobostorta, « un hôtel pour bibliophiles », aux prix exorbitants et aux réservations plus exigeantes que le festival de Bayreuth, est sis dans la « Librairie Trakl », qu’une inondation et une coulée de boue ont envahie. On y déguste des « champignons Hetzel […] cultivés sur les restes des œuvres de Jules Verne ». Il faut s’armer d’une tenue et du matériel spéléologiques pour espérer excaver une édition originale, une rareté insigne, dont l’état n’est pas garanti et dont la facture sera, elle, garantie hors normes. Ce qui peut rappeler une librairie « spécialiste en livres défectueux », comme ce « très bel exemplaire de La Vie de Fibel, de Jean-Paul[8] , illustré d’un cahier hors-texte de photographies de Fidel Castro » ! Alors que les exemplaires du « Luceval » frappés au combat par une lame ou une balle, sauvant ainsi leur propriétaire qui les gardaient sur leur cœur, sont fort recherchés pour leurs « vertus protectrices »…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      On sait que les pires ennemis des livres, sinon les hommes, les rats et les insectes, sont le feu et l’eau. Que penser alors de ce libraire, tant obsédé par l’explosion d’une bombe lors du blitz en son officine, qui s’assure contre le feu au point de tenter le diable en incendiant lui-même son deuxième magasin ? Des fêlés, me direz-vous... Ajoutons à ces folies une « Société » lettrée qui développe « une théorie inattendue des grands auteurs qui consiste à dire que le génie littéraire rend aveugle et repose sur l’idée que, lors des moments de grandes inspirations, les yeux de ces grands écrivains se révulseraient inconsciemment, jusqu’à virer au blanc complet pendant la composition d’un chef d’œuvre ».

      Gibraltar, Strasbourg, Saint-Germain-des-Prés, Halifax, sont mis à contribution pour ce voyage bibliophilique hors normes et mental. Les boutiques s’appellent la « Librairie de Jonas », « L’Ectoplasme, Librairie idéale » où l’on ne vend que des « factices », « Le Pinçon violet » à Angoulême… Souvent, le caractère revêche des tenanciers décourage le moindre achat : il faut une opiniâtreté diplomatique et combattive pour en sortir « victorieux ». À Saragosse, on prescrit le livre « à la tête du client » : « Royo, Murga et Meoca sont bien entendu tout à fait capables d’enterrer un livre ou de faire la fortune d’un auteur »…

      Ailleurs, pas le moindre rayonnage : les libraires savent (peut-être) où cueillir le volume convoité par la patience du client, cet importun qui n’espère pas un instant pouvoir fouiller parmi les piles instables, pyramidales et menaçantes, tous « monolithes de livres », susceptibles de s’écrouler comme des dominos… On ne sait où, il y a des « librairies fantômes », dont un collectionneur raffole des volumes qui en proviennent, une autre qui ne vend qu’un livre unique, une autre où l’on peut compléter son exemplaire défaillant… voilà qui est au choix surréaliste, ou ubuesque. Où commande-t-on un livre qui n’existe pas ; et que l’on reçoit ?

      Le titre de ce florilège d’originaux improbables vient de ce « Corps des libraires », qui sur les champs de bataille, fut chargé d’apporter contre toute circonstance militaire indésirable, le ou les livres exigés par le Prince ou l’officier. La fiabilité historique d’une telle information, pourtant nourrie d’anecdotes, est soumise à caution…

 

 

      Vérification faite, quoique nous devions nous en douter, aucune de ces librairies, et libraires a fortiori, n’existe ; hors dans l’imagination savoureuse de Vincent Puente. Amateur de supercheries littéraires, comme Umberto Eco en sa Guerre du faux[9], il commit une Anatomie du faux[10], que l’on présume délicieuse, avant de céder au Corps des libraires. Histoire de quelques libraires remarquables & et autres choses. Entraîné par cette énumération nourrie de marchand lettrés perdus corps et bien pour le réalisme, le lecteur hésite entre la stupéfaction, l’incrédulité, avant de céder avec la meilleure grâce du monde à l’humour, au burlesque du conteur, un rien borgésien.

 

      Reste que « pouvoir toucher de vieux livres est une des rares expériences tactiles où vous pouvez atteindre le passé ancien ». Il faut alors imaginer, qu’au retour de ses pérégrinations, Jorge Carrion, par ailleurs auteur de récits de voyage, range soigneusement ses trouvailles dans sa bibliothèque-monde, reflet, certes plus modeste, néanmoins fascinant, des milliers de librairies, que de Sidney au « bazar des livres d’Istanbul », il a visité, en quête de la perle rare, de la curiosité endémique, du livre durablement imprégné du passé et du « génie du lieu », pour reprendre le titre de Michel Butor[11]. Quant aux libraires de Vincent Puente, il est hélas avéré que l’on ne puisse toucher leurs livres imaginaires, tant ils sont sous la garde de personnages fantastiques, des libraires de l’au-delà et des Enfers peut-être. Ne faudrait-il pas candidater à ces lieux derniers pour avoir le droit de fouiller livres impossibles et interdits, blasphèmes croustillants et curiosa affriolants…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alors qu’enfin les librairies sont officiellement essentielles, amusons-nous de la taxonomie de leurs lecteurs sous la plume d’un libraire un brin facétieux et digne d'éloges : Shaun Bythell, qui entrepose et vend des livres d’occasion quelque part en Ecosse et nous confie son édifiant Petit traité du lecteur.

Comme dans la classification du naturaliste Linné, ces lecteurs sont classés en huit « genres » et quatre ou cinq sous-catégories, en latin, comme « Homo peritus (l’expert) » ou « Viator non tacitus (le voyageur non silencieux) ». Evidemment il y a le raseur qui prend l’officine pour un défouloir, le docte qui déverse sa science et sa cuistrerie, alors que le pauvre libraire doit subir sans sourciller. Les uns y posent leurs enfants comme dans une garderie, les autres sont des adeptes de la magie noire ou des conspirationnistes verbeux, d’autres encore reniflent ou pètent sans vergogne, à moins qu’il s’agisse de collectionneurs compulsifs harassant le maître des lieux de leurs exigences répétitives. En un mot, des casse-pieds aux plus charmants en passant par la « cohorte monstrueuse des flâneurs » ; jusqu’au dernier, hélas remplacé par « la génération Amazon », soit « le client parfait » : « lui qui comprenait qu’en achetant l’équivalent d’une livre de papier il pouvait se perdre dans les mondes imaginaires ».

Les bibliothécaires ont la Classification de Dewey pour convenablement et utilement ranger leurs mètres et kilomètres d’étagères. Les libraires ont ici un moyen commode, enrichi d’anecdotes significatives, pour faire entrer leurs clients dans des portraits types, en vous laissant le loisir de savoir, comme l’instille le sous-titre, ce que le vôtre pense tout bas, de façon perfide ou amène. Reste à deviner dans quel sac à malices vous jette votre marchand de livres, surtout si vous pérorez sans faire aucune emplette.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

         Qu’irait faire la Reine d’Angleterre dans un bibliobus ? Seulement y suivre ses chiens emportés par une banale indignation. La politesse voudra qu’elle s’en excuse et qu’elle emprunte un livre, elle que « la lecture n’avait jamais beaucoup intéressée ». Ainsi commence un conte, dont l’humour léger va cependant jusqu’à la qualité d’un apologue. Au point qu’Alan Bennett pourrait marcher dans les traces de Voltaire…
 
         Être reine, c’est remplir une fonction, suivre une étiquette ; eh bien, imaginez vous que cette étiquette va être mise à mal. La soudaine passion de la lecture va la conduire à bouleverser son comportement, à choquer son entourage, voire le pays entier. N’ira-t-elle pas jusqu’à demander son avis au Président de la République Française, bien embarrassé, au cours d’une réception officielle, sur le sulfureux et homosexuel Jean Genet ?
Grâce à Norman, jeune client du bibliobus et employé à la cuisine du palais, elle s’initie au monde des livres en de féconds dialogues. Le voilà qui passe de la vaisselle à l’emploi officiel de « Tabellion », ou assistant littéraire de sa Majesté. Elle découvre avec stupeur les œuvres des auteurs qu’elle a croisés, s’étonne d’apprendre que le service de sécurité a fait exploser un volume laissé dans le carrosse : « une véritable bombe pour l’imagination ». Bien que sur le tard (elle approche les 80 ans), elle lit en toute occasion et voit sa vision du monde considérablement évoluer. Au point que les tomes de Proust soient « aussi appétissants que les gâteaux de chez Fuller». Evidemment, une sourde réprobation l’entoure. Et, jalousé, le pauvre Norman se verra écarté. Quant à la Reine, on la soupçonne d’être atteinte de « la maladie d’Alzheimer » au prétexte qu’elle prend sans cesse des notes. Ecrirait-elle à son tour un livre ? C’est ainsi qu’elle parvient à « découvrir » sa vie et agir enfin. Son discours final d’abdication, qui est aussi le point de départ de sa carrière littéraire, est aussi surprenant qu’hilarant.
 
         Fort connu en Grande Bretagne, pour ses romans, pièces de théâtre et séries télés, Alan Bennet signe ici une satire aigre douce et un éloge de la lecture qui nous montre tout ce que nous avons à gagner non seulement en connaissances, en ouverture au monde, mais aussi en humanité, en ouvrant les bons livres. Dont, bien sûr, on n’exceptera pas cet habile petit conte philosophique qui n’est pas si loin de ceux des auteurs des Lumières. Ainsi notre ironiste préféré, Voltaire, dans « De l’horrible danger de la lecture
[11] », imagina un « Mouphti du Saint-Empire ottoman » qui défendit de « jamais lire aucun livre ». En effet, « Il se pourrait que de misérables philosophes, sous le prétexte spécieux, mais punissable, d’éclairer les hommes et les rendre meilleurs, viendraient nous enseigner des vertus dangereuses dont le peuple ne doit jamais avoir connaissance. » Il est évident qu’on n’y verra pas la moindre allusion à la libéralité intellectuelle de nombre de nos concitoyens, voire de régimes politiques et de cultures religieuses de notre temps…

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Carrion a été publiée dans Le Matricule des anges, octobre 2016,

celle sur Bythell, avril 2021,

celle sur Bennett, juillet-août 2009.

 
[1] Jorge Carrion : Los Huérfanos, Los Muertos, Los Turistas, Galaxia Gutemberg, 2014, 2014, 2015.

[2] Stefan Zweig : La Peur, traduit de l’allemand par Alzir Hella, Grasset, 1935, p 231.

[6] W. G. Sebald : Austerlitz, traduit de l’allemand par Patrick Charboneau, Actes Sud, 2002.

[7] Maël Renouard : Eloge de Paris, Rivages poche, 2019.

[8] Jean-Paul Richter : La Vie de Fibel, traduit de l’allemand par Robert Kopp, 10/18, 1967.

[9] Umberto Eco : La Guerre du faux, traduit de l’italien par Piero Caracciolo, Grasset, 1993.  

[10] Vincent Puente : Anatomie du faux, La Bibliothèque, 2011.

[11] Michel Butor : Le Génie du lieu, Grasset, 1958.

[12] Voltaire : « De l’horrible danger de la lecture », Mélanges, Pléiade, Gallimard, 1995, p 713-714.

 

Librairies Gilles, La Charité-sur-Loire, Nièvre. Photo : T. Guinhut.

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 16:39

 

Petite bibliothèque romantique. Photo T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Bibliophilie et bibliomanie,

 

de Charles Nodier à Umberto Eco,

 

en passant par Apollinaire.

 

 

 

 Charles Nodier : Le Bibliomane, à Passage, non paginé, 1985.

 

Nicolas Malais : Bibliophilie et création littéraire (1830-1920),

Cabinet Chaptal, 448 p, 35 €.

 

Peter Read : Apollinaire. Lettres, Calligrammes et Manuscrits,

Textuel / BNF, 264 p, 55 €.

 

Umberto Eco : La Memoria vegetale e altre scritti di bibliofilia,

Bompiani, 240 p, 11,90 €.

 

 

 

 

      Mania est en grec la folie. On imagine alors un bibliomane, hâve, les reins courbés sur ses reliures fétiches, ses manuscrits abscons, ses papiers crasseux, plongé dans une maladive extase, une addiction dommageable. Quoique ne manquant pas de donner une hilarante satire du bibliomane, Charles Nodier appartient à la plus noble espèce du bibliophile, il en est l’un des maîtres, voire des pères. Nous n’oublierons pas que sa passion favorite contribue à son écriture, comme il arrivera à nombre d’écrivains du XIX° et du XX° siècle, au point que Nicolas Malais ait pu consacrer à de telles relations un bel essai : Bibliophilie et création littéraire (1830-1920). Reste que notre contemporain est loin d’être insensible à cet art et amour du livre, ce dont témoigne la parution  d’un volume consacré aux Lettres, Calligrammes et Manuscrits d’Apollinaire, mais aussi notre regretté Umberto Eco, avec La Memoria vegetale e altre scritti di bibliofilia, en une étonnante et rassurante continuité.

 

      Folie en effet que celle de Théodore, Le Bibliomane de Charles Nodier (1779-1844), dont les habits ont « des poches in quarto », dont les cauchemars voient de « funestes ciseaux [qui] mordaient d’un pouce et demi sur les marges de [ses] aldes[1] brochés ». Bientôt il est atteint de « monomanie du maroquin, ou de typhus des bibliomanes ». Nostalgique des temps d’abondance, il ne voit plus sur les quais de la Seine que « littérature bien digne en effet de l’encre de charbon et du papier de bouillie ». Plongé dans l’adulation du passé ancien, comme bien de nos thuriféraires du « C’était mieux avant », il brocarde haineusement le présent : « Comme si la France avait eu de la poésie depuis Ronsard et de la prose depuis Montaigne ». Obsédé par la perfection des livres introuvables et vendus à sa barbe, il se voit ainsi diagnostiqué par le narrateur du Bibliomane : « Le cher homme avait poussé trop loin dans les livres la vaine étude de la lettre, pour prendre le temps de s’attacher l’esprit ». Il mourra d’un accès d’« un tiers de ligne » en moins dans son Virgile de 1676 bousillé par le relieur ! Ainsi le bibliomane, chagriné par une insatiable obsession du livre le plus ancien, ne lit qu’à peine et furieusement hait les modernes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      C’est en 1652 que le néologisme « bibliomanie » fut inventé par le médecin et écrivain français Gui Patin (1601-1672), dans une lettre adressée à Charles Spon, également médecin à Lyon : « Vous avez assez d’autres peines et corvées de moy, sans qu’il soit besoin que vous vuidiez votre bourse pour mes fantaisies et ma capricieuse bibliomanie. » Ensuite vint l’Oratio de bibliomania, publié à Utrecht par A. van Megen, en 1739, sous la plume de Johann Frederik Reitz (1695-1778). A-t-on cru qu’il s’agissait d’une pathologie si grave, d’une passion si destructrice, comme s’en amuse Charles Nodier ? Le véritable bibliophile est un doux bibliomane, s’il reste un lecteur lettré.

      Au début du XXème siècle, Aldous Huxley déplorait une bibliophilie devenue vulgaire mode. Pour cette « manie furieuse » il n’a pas le moins du monde sympathie ni indulgence : « sa norme de valeur me parait fausse ». Qu’importent les trop nombreux exemplaires numérotés sur papier plus ou moins précieux, si le texte est fautif. De plus « personne ne peut prétendre que Vénus et Adonis soit plus délectable quand on le lit dans un exemplaire à quinze mille livres que quand on le lit dans un exemplaire qui a coûté un shilling». Huxley va jusqu’à s’indigner que l’on puisse « avilir un livre au point d’en faire un coûteux objet de luxe[2] » !

      Au risque de déplaire à l’auteur du Meilleur des mondes[3], nous le prétendons : l’édition originale, l’exemplaire bellement illustré et relié est fort délectable, car chargé du poids de l’Histoire, imprégné de l’époque qui l’a vu naître, des mains qui l’ont fait, voire de la main de l’auteur… De surcroît il faut craindre chez notre maître de l’anti-utopie un dommageable préjugé envers l’argent et le luxe, qui n’empêchent par ailleurs en rien d’acquérir et d’apprécier son œuvre en livre de poche. Sans compter que l’on peut se construire une jolie bibliothèque, y compris fournie en livres anciens, avec un budget assez modeste, mais non sans goût esthétique ni culture…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nicolas Malais : Bibliophilie et création littéraire (1830-1920), p 178 et 378.

 

 

    Plus efficace est donc la satire nodienne, plus incisive, quoiqu’avec la secrète tendresse de l’auto-ironie. Charles Nodier n’était-il pas lui-même un grand bibliophile ? On guette en effet dans les plus prestigieuses ventes aux enchères les rares exemplaires portant son bel ex libris. « La bibliophilie est codifié au début du XIXème siècle sous l’impulsion d’un écrivain comme Nodier et de bibliographes comme Jacques-Charles Brunet et Gabriel Peignot », nous confie Nicolas Malais dans son essai aussi touffu que délicieux et érudit : Bibliophilie et création littéraire (1830-1920).

      Truffé de vignettes en couleurs (quoique souvent trop exigües) présentant de rares pages de titres, typographies, gravures et reliures, le volume frappe par la beauté de son papier verger, l’abondance informé du texte, la précision des notes. Seules la couverture, d’une claire sobriété minimaliste, et l’absence de cahiers cousus, mais collés (sacrifie-t-on à la modicité de la facture), peuvent un tantinet froisser le bibliophile exigeant. Restent la générosité documentaire, et last but not least, l’originalité et la pertinence de la thèse, de l’angle d’étude : les écrivains se nourrissent de la bibliophilie quand la bibliophilie se nourrit de leurs chefs-d’œuvre et autres curiosités mineures.

      Pensons d’abord à Charles Nodier, par ailleurs bibliothécaire, puisqu’en vénérant Le Songe de Poliphile, il commit un charmant récit de quête bouquinistique et intellectuelle : Franciscus Columna[4], que -amusant vocable- « Les Bibliolâtres de France » rééditèrent en une belle plaquette illustrée de quelques-unes des gravures juxtaposées des premières éditions italienne (1499) et française (1546), en 1949. Mais, Charles Nodier, par ailleurs auteur de Contes fantastique, comme « Smarra ou les démons de la nuit », qu’une étonnante gravure de Tony Johannot illustra en 1845[5], est bien plus qu’un collectionneur de livres rares. Car, selon Joseph Techener, « chacun des bijoux qu’il avait jugé digne de figurer dans ses rayons était un trésor nouveau et devenait pour lui l’occasion de réflexions délicates, originales et philosophiques ». Son récit de voyage sur La seine et ses bords fut en 1836 illustré de vignettes par Marville et Foussereau. Son Histoire du roi de Bohême et de ses sept châteaux datait de 1830, illustrée par Tony Johannot, non sans que le « facétieux » Nodier y flirte avec la « poésie typographique » et le pastiche de l’école rabelaisienne, « tour à tour fantastique, grotesque, romantique ».

      Qu’ils s’appellent Stéphane Mallarmé -illustré par Manet- Marcel Schwob ou Rémy de Gourmont, ils savent allier amour et quête du livre ancien avec une contemporaine invention littéraire, a fortiori avec la conception de plaquettes et autres in-octavo aux graphismes typographiques et illustrations impeccables et innovants. Sans oublier les travaux imaginatifs et raffinés des relieurs.  Le poète José Maria de Heredia notait alors : « Les livres sont comme des êtres vivants, vêtus de peau, ils frémissent sous la caresse ». Quant au potache Alfred Jarry, il n’en est pas moins conscient des enjeux de la publication : « L’édition originale d’Ubu roi est marquée par la conscience parfaite de toutes les étapes de la création matérielle de l’ouvrage par l’écrivain : choix de la typographie, page de titre travaillée, illustration par ses soins, mise en page surveillée, choix de la justification et des étapes du livre ».

      Avec succès, Nicolas Malais a « tenté d’approcher, de Charles Nodier à Blaise Cendrars, les constantes d’une poétique bibliophile ». C’est en effet par la Prose du Transsibérien que se referme cet essai, érudit et sensuel, par son édition originale de 1913 sous la forme d’un vaste dépliant, illustrant les 445 vers « composés typographiquement en dix corps de caractères et de couleurs différents, illustré de tout son long par Sonia Delaunay ». Ainsi des objets bibliophiliques si dissemblables, depuis le cœur du romantisme jusqu’au monde nouveau de 1913, où se croisèrent également Stravinski et Picasso, depuis la passion nodienne pour les incunables et les poètes du XVIème, en passant par les frontispices de Félicien Rops, témoignent de l’explosion de la créativité d’un univers du livre en pleine efflorescence.

      Il n’est alors pas impossible que cette exceptionnelle édition d’une thèse de doctorat, soit à conserver aux côtés d’un ouvrage aujourd’hui fort recherché, en ses deux tomes sous coffret : le Manuel de bibliophilie de Christian Galantaris[6].

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Nicolas Malais n’oublie pas de mentionner Apollinaire, pour lequel « Le Songe de Poliphile [sut] marquer son esthétique, du Bestiaire d’Orphée aux Calligrammes. Les rencontres fortuites de l’édition voient paraître conjointement l’impressionnant volume compilé par Peter Read, dont le nom est si éloquent, aux Lettres, Calligrammes et Manuscrits du poète d’Alcools. Une myriade de documents irremplaçables constelle ce catalogue. Que diriez-vous d’une carte postale bleutée, sur laquelle Apollinaire a calligraphié les quatrains de « Spectacle » et de « Saltimbanques », à l’adresse de Picasso, « artiste-peintre » ? Ces archives de la création permettent de s’immerger dans le bouillonnement intellectuel de l’« Orphée de « L’Esprit Nouveau », ce mouvement poétique contemporain du cubisme. Ebauches, brouillons, biffures, ajouts, épreuves corrigées, lettres, poèmes adolescents depuis ses quatorze ans (en 1895), premières versions parfois inédites, comme celle de « Zone », ébouriffante clef de voûte du modernisme, accompagnent le premier des Calligrammes, « Lettre-Océan », jamais vu jusque-là et calligraphié avec un collage ; ce que leur inventeur qualifiait joliment d’ « idéogrammes lyriques ». Sans compter l’émouvant calligramme en forme de « Croix de guerre », à l’occasion de la médaille qui lui fut décernée en 1917 parmi les tranchées. On sait qu’avant de mourir en 1918 de la grippe espagnole, le poète vit son front frappé par un éclat d’obus : « Une étoile de sang me couronne à jamais », écrit-il dans « Tristesse d’une étoile[7] ».

     Spécialiste d’Apollinaire, Peter Read est un universitaire anglais, éminemment francophile. Après avoir travaillé sur sa relation à Picasso, puis sur sa correspondance, il nous offre une  boite aux trésors où fouiller avec bonheur pour se retrouver en toute intimité avec l’opiniâtre créativité de l’auteur de « La Chanson du mal aimé » et des Poèmes à Lou. Il semblerait que le mot « manuscriphile » n’existe pas, pourtant il serait bien digne de Peter Read. Faut-il imaginer ce néologisme pour le différencier du bibliophile, quoique ce dernier ne dédaigne pas -au contraire !- d’insérer dans une reliure précieuse la trace manuscrite de l’auteur ainsi magnifié… Il semble cependant qu’à certains égards deux cohortes de collectionneurs peuvent arguer des avantages de leur passion : les uns préféreront le feuillet, fût-il d’apparence banale, recouvert par la graphie unique de l’écrivain, du politique, du scientifique, irremplaçable témoignage de la main de l’esprit. Les autres  préféreront l’ensemble polymorphe que forme le livre, typographie, illustration, reliure, voire ex-libris, là encore relique d’une époque, des mains qui l’ont façonné, des tourments et des pensées qui l’agitent pour longtemps…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Un fameux bibliophile, nous quitta récemment, rejoignant le bucher de son Nom de la rose, où brula le manuscrit de Poétique d’Aristote consacré à la comédie et aux pouvoirs du rire[8]. Entre autres merveilles, il possédait un exemplaire de ce fabuleux incunable de 1499 : Le Songe de Poliphile. On ne s’étonnera pas qu’il soit allé jusqu’à consacrer un livre à la plus pacifique des passions, hélas chez nous pas encore traduit : La Memoria vegetale e altre scritti di bibliofilia. Il s’agit d’une petite vingtaine d’essais et articles, consacrée à la « mémoire végétale », qui est notre réelle mémoire, notre Histoire, notre culture, assise sur le papier, voire le parchemin ou le papyrus. On y trouve, pêle-mêle, Les Très riches heures du Duc de Berry, les opus historiques, scientifiques et abracadabrants d’Athanasius Kircher, les prétendants au nom de Shakespeare… Mais aussi le « Monologue intérieur d’un e-book », qui, un brin amer, constate que « la vie d’un livre papier est si belle, parce qu’il passe sa vie concentrée sur le monde de son propre texte ». Animé par la prosopopée qui le fait parler, hanté par les personnages de la littérature mondiale, l’e-book défend sa « mémoire supérieure [9]», mais il a bien conscience que, dépourvu d’alimentation électrique, il n’est plus rien.

 

      Dans la tradition de Charles Nodier, Umberto Eco distingue bibliomanie et bibliophile ; ce en s’appuyant sur l’improbable découverte d’un exemplaire, celé jusque-là, de la « Bible à 42 lignes de Gutenberg » : « Un bibliomane garderait secrètement pour lui seul son exemplaire […] Un bibliophile voudrait que tous voient cette merveille[10] ». Egoïsme, avarice et ladrerie affligent le maniaque, alors que générosité, partage animent le bibliophile. À l’indispensable réserve que ce dernier, néanmoins, doit fuir comme la peste le « biblioclaste fondamentaliste [qui] ne hait pas les livres comme objet [mais] craint le contenu et ne veut pas que les autres le lisent[11] ». Refuge ultime de la beauté et de la connaissance, la bibliophilie est tout autant un refuge contre la vulgarité et la violence de la rue, de la foule, que contre les tyrannies de toute arme et de toute barbe…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[2] Aldous Huxley : En Marge, Les Editions Universelles, 1945, p 65-70.

[4] Charles Nodier : Franciscus Columna, Le Promeneur, Gallimard, 2004.

[5] Voir photographie supra.

[6] Christian Galantaris : Manuel de bibliophilie, Editions des Cendres, 1998.

[7] Guillaume Apollinaire : Calligrammes, Œuvres poétiques, La Pléiade, Gallimard, 2001, p 308.

[9] Umberto Eco : La Memoria vegetale e altre scritti di bibliofilia, Bompiani, 2011, p 184, traduit de l’italien par mes soins.

[10] Umberto Eco, ibidem, p 32.

[11] Umberto Eco, ibidem, p 34.

 

Petite bibliothèque nodienne. Photo : T. Guinhut.

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Ackroyd

Londres la biographie, William, Trois frères

Queer-city, l'homosexualité à Londres

 

 

 

 

 

 

Adams

Essais sur le beau en photographie

 

 

 

 

 

 

 

Aira

Congrès de littérature et de magie

 

Ajvaz

Fantastique : L'Autre île, L'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Akhmatova

Requiem pour Anna Akhmatova

 

 

 

 

 

 

 

Alberti

Momus le Prince, La Statue, Propos de table

 

 

 

 

 

 

Allemagne

Tellkamp : La Tour ; Seiler : Kruso

Les familles de Leo et Kaiser-Muhlecker

 

 

 

 

 

 

Amis

Inside Story, Flèche du temps, Zone d'intérêt

Réussir L'Information Martin Amis

Lionel Asbo, Chien jaune, Guerre au cliché

 

 

 

 

 

 

Amour, sexualité

A une jeune Aphrodite de marbre

Borges : Poèmes d’amour

Guarnieri : Brahms et Clara Schumann

Vigolo : La Virgilia

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Luc Ferry : De l'amour au XXI° siècle

Philosophie de l'amour : Ogien, Ackerman

Erotisme, pornographie : Pauvert, Roszak, Lestrade

Une Histoire des sexualités ; Foucault : Les Aveux de la chair

 

 

 

 

 

 

Ampuero

Cuba quand nous étions révolutionnaires

 

 

 

 

 

 

 

Animaux

Elien Ursin : Personnalité et Prosopopée des animaux

Quand les chauve-souris chantent, les animaux ont-ils des droits ?

Jusqu'où faut-il respecter les animaux ? Animalisme et humanisme

L'incroyable bestiaire de l'émerveillement

Philosophie porcine du harcèlement

Philosophie féline, bestioles, musicanimales

Apologues politiques, satiriques et familiers

Meshkov : Chien Lodok, l'humaine tyrannie

Le corbeau de Max Porter

 

 

 

 

 

 

Antiquité

Le sens de la mythologie et des Enfers

Métamorphoses d'Ovide et mythes grecs

Eloge des déesses grecques et de Vénus

Belles lettres grecques d'Homère à Lucien

Anthologies littéraires gréco-romaines

Imperator, Arma, Nuits antiques, Ex machina

Histoire auguste et historiens païens

Rome et l'effondrement de l'empire

Esthétique des ruines : Schnapp, Koudelka

De César à Fellini par la poésie latine

Les Amazones par Mayor et Testart

Le Pogge et Lucrèce par Greenblatt

Des romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Antisémitisme

Histoire et rhétorique de l'antisémitisme

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Céline et les pamphlets antisémites

Wagner, Tristan und Isolde et antisémitisme

Kertesz : Sauvegarde

Eloge d'Israël

 

 

 

 

 

 

Appelfeld

Les Partisans, Histoire d'une vie

 

 

 

 

 

 

 

Arbres

Leur vie, leur plaidoirie : Wohlleben, Stone

Richard Powers : L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Arendt

Banalité du mal, banalité de la culture

Liberté d'être libre et Cahier de L'Herne

Conscience morale, littérature, Benjamin

Anders : Molussie et Obsolescence

 

 

 

 

 

 

 

Argent

Veau d'or ou sagesse de l'argent : Aristote, Simmel, Friedman, Bruckner

 

 

 

 

 

 

Aristote

Aristote, père de la philosophie

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Art contemporain

Que restera-t-il de l’art contemporain ?

L'art contemporain est-il encore de l'art ?

Décadence ou effervescence de la peinture

L'image de l'artiste de l'Antiquité à l'art conceptuel

Faillite et universalité de la beauté

Michel Guérin : Le Temps de l'art

Théories du portrait depuis la Renaissance

L'art brut, exclusion et couronnement

Hans Belting : Faces

Piss Christ, icone chrétienne par Serrano

 

 

 

 

 

 

Attar

Le Cantique des oiseaux

 

 

 

 

 

 

Atwood

De la Servante écarlate à Consilience

Contes réalistes et gothiques d'Alphinland

Graine de sorcière, réécriture de La Tempête

 

 

 

 

 

 

Bachmann

Celan Bachmann : Lettres amoureuses

Toute personne qui tombe a des ailes, poèmes

 

 

 

 

 

 

 

Bakounine

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

L'anarchisme : tyrannie ou liberté ?

 

 

 

 

 

 

Ballard

Le romancier philosophe de Crash et Millenium people

Nouvelles : un artiste de la science-fiction

 

 

 

 

 

 

 

Bande dessinée

Roman graphique et bande-dessinée

 

 

 

 

 

 

Barcelo

Cahiers d'Himalaya, Nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Barrett Browning

E. Barrett Browning et autres sonnettistes

 

 

 

 

 

 

 

Bashô

Bashô : L'intégrale des haikus

 

 

 

 

 

 

Basile

Le conte des contes, merveilleux rabelaisien

 

 

 

 

 

 

Bastiat

Le libéralisme contre l'illusion de l'Etat

 

 

 

 

 

 

Baudelaire

Baudelaire, charogne ou esthète moderne ?

"L'homme et la mer", romantisme noir

Vanité et génie du dandysme

Baudelaire de Walter Benjamin

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Beauté, laideur

Faillite et universalité de la beauté, de Platon à l’art contemporain

Laideur et mocheté

Peintures et paysages sublimes

 

 

 

 

 

 

Beckett 

En attendant Godot : le dénouement

 

 

 

 

 

 

Benjamin

Baudelaire par Walter Benjamin

Conscience morale et littérature

Critique de la violence et vices politiques

Flâneurs et voyageurs

Walter Benjamin : les soixante-treize sonnets

Paris capitale des chiffonniers du XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Benni

Toutes les richesses, Grammaire de Dieu

 

 

 

 

 

 

Bernhard

Goethe se mheurt et autres vérités

 

 

 

 

 

 

 

Bibliothèques

Histoire de l'écriture & Histoire du livre

Bibliophilie : Nodier, Eco, Apollinaire

Eloges des librairies, libraires et lecteurs

Babel des routes de la traduction

Des jardins & des livres, Fondation Bodmer

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Bibliothèques pillées sous l'Occupation

Bibliothèques vaticane et militaires

Masques et théâtre en éditions rares

De Saint-Jérôme au contemporain

Haine de la littérature et de la culture

Rabie : La Bibliothèque enchantée

Bibliothèques du monde, or des manuscrits

Du papyrus à Google-books : Darnton, Eco

Bibliothèques perdues et fictionnelles

Livres perdus : Straten,  Schlanger, Olender

Bibliophilie rare : Géants et nains

Manguel ; Uniques fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Blake

Chesterton, Jordis : William Blake ou l’infini

Le Mariage du ciel et de l’enfer

 

 

 

 

 

 

Blasphème

Eloge du blasphème : Thomas-d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

 

 

 

 

 

 

Blog

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

 

 

 

 

 

 

Bloom

Amour, amitié et culture générale

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

 

 

 

 

 

 

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Les parenthèses du chien romantique

Poète métaphysique et romancier politique

 

 

 

 

 

 

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borel

Pétrus Borel lycanthrope du romantisme noir

 

 

 

 

 

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Géographies des bibliothèques enchantées

Poèmes d’amour, une anthologie

 

 

 

 

 

 

 

Bounine

Coup de soleil, nouvelles élégiaques

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Brésil

Poésie, arts primitifs et populaires du Brésil

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

 

Brume et brouillard

Science, littérature et art du brouillard

 

 

 

 

 

 

Burgess

Folle semence de L'Orange mécanique

 

 

 

 

 

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

 

 

 

 

 

 

 

Canetti

La Langue sauvée de l'autobiographie

 

 

 

 

 

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Carrion

Les orphelins du futur post-nucléaire

Eloges des librairies et des libraires

 

 

 

 

 

 

 

Cartarescu

La trilogie roumaine d'Orbitor, Solénoïde ; Manea : La Tanière

 

 

 

 

 

 

Cartographie

Atlas des mondes réels et imaginaires

 

 

 

 

 

 

Casanova

Icosameron et Histoire de ma vie

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, Les Luminaires

 

 

 

 

 

 

Cavazzoni

Les Géants imbéciles et autres Idiots

 

 

 

 

 

 

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

 

 

 

 

 

 

Céline

Voyage au bout des pamphlets antisémites

Guerre : l'expressionnisme vainqueur

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

 

Censure et autodafé

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Livres censurés et colères morales

Incendie des livres et des bibliothèques : Polastron, Baez, Steiner, Canetti, Bradbury

Totalitarisme et Renseignement

Pour l'annulation de la cancel culture

 

 

 

 

 

 

Cervantès

Don Quichotte peint par Gérard Garouste

Don Quichotte par Pietro Citati et Avellaneda

 

 

 

 

 

 

Chesterton

William Blake ou l'infini

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Le Nouveau, rééecriture d'Othello

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Climat

Histoire du climat et idéologie écologiste

Tyrannie écologiste et suicide économique

 

 

 

 

 

 

Coe

Peines politiques anglaises perdues

 

 

 

 

 

 

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Métamorphoses du colonialisme

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Histoire amérindienne

 

 

 

 

 

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

Karl Marx théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

 

 

 

 

 

 

Constant Benjamin

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Corbin

Fraicheur de l'herbe et de la pluie

Histoire du silence et des odeurs

 

 

 

 

 

 

Cosmos

Cosmos de littérature, de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Couleurs
Couleurs de l'Occident : Fischer, Alberti

Couleurs, cochenille, rayures : Pastoureau, Roque, Jarman

Couleurs des monstres politiques

 

 

 

 

 


Crime et délinquance

Jonas T. Bengtsson et Jack Black

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

Dandysme

Brummell, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe psychique

 

 

 

 

 

 

Dante

Traduire et vivre La Divine comédie

Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

Manguel : la curiosité dantesque

 

 

 

 

 

 

Daoud

Meursault contre-enquête, Zabor

Le Peintre dévorant la femme

 

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

 

 

 

 

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Un Tour de France littéraire au XVIII°

 

 

 

 

 

 

 

Daumal

Mont analogue et esprit de l'alpinisme

 

 

 

 

 

 

Defoe

Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

De Luca

Impossible, La Nature exposée

 

 

 

 

 

 

Démocratie

Démocratie libérale versus constructivisme

De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

Descola

Anthropologie des mondes et du visible

 

 

 

 

 

 

Dick

Philip K. Dick : Nouvelles et science-fiction

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

 

 

 

 

 

 

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

Dostoïevski

Dostoïevski par le biographe Joseph Frank

 

 

 

 

 

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie, Ecologismes

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique

Monstrum oecologicum, éolien et nucléaire

Ravages de l'obscurantisme vert

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Naomi Klein : anticapitalisme et climat

Biophilia : Wilson, Bartram, Sjöberg

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Emerson : Travaux ; Lane : Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers écoromancier de L'Arbre-monde

Ernest Callenbach : Ecotopia

 

 

 

 

 

 

Editeurs

Eloge de L'Atelier contemporain

Diane de Selliers : Dit du Genji, Shakespeare

Monsieur Toussaint Louverture

Mnémos ou la mémoire du futur

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation idéologique

Haine de la littérature et de la culture

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers d'Asie, Pu Songling, Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Histoire romanesque du franquisme

Benito Pérez Galdos, romancier espagnol

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Amendements libéraux à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

Impéritie de l'Etat et de la France

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava, Marissa Pessl : les agents du mal

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

Wright, Ellison, Baldwin, Scott-Heron

 

 

 

 

 

 

Europe

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : tyrannie ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

Morselli Dissipatio, Longo L'Homme vertical

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Christine de Pizan, féministe du Moyen Âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

Herland, Egalie : républiques des femmes

Bernardine Evaristo, Imbolo Mbue

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L'Après littérature

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Flanagan

Livre de Gould et Histoire de la Tasmanie

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

 

 

 

 

 

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Maîtres de vérité, Question anthropologique

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Destin des prisons et angélisme pénal

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

La France de Sloterdijk et Tardif-Perroux

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Maison politique, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte, Vraiment peindre

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gilgamesh
L'épopée originelle et sa photographie


 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Crivelli, Titien, Rothko, Tàpies, Twombly

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

Croisade des enfants, Vies parallèles, Livre des nombres

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inégalités : Rousseau, Marx, Piketty, Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : dénis

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : défis

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Averroès et al-Ghazali

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : Madrigaux & Clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Rires du Japon et bestiaire de Kyosai

 

 

 

 

 

 

Jean Paul Richter

Le Titan du romantisme allemand

 

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Le Conquérant, Aléa

 

 

 

 

 

 

Knausgaard

Autobiographies scandinaves

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langage politique et informatique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

 

Mann Thomas

Thomas Mann magicien faustien du roman

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

Méditerranée

Histoire et visages de la Méditerranée

 

 

 

 

 

 

Mélancolie

Mélancolie de Burton à Földenyi

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Schéhérazade, Burton, Hanan el-Cheikh

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Pour l'amour du piano et des compositrices

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe controversé

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

SurVeillance, holocauste, hermaphrodisme

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Censures et Autodafés

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et Format américain

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Panofsky

Iconologie de la Renaissance

 

 

 

 

 

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Dictionnaire khazar, Boite à écriture

 

 

 

 

 

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron

Le tableau comme relique, cri, toucher

Peintures et paysages sublimes

Sonnets des peintres : Crivelli, Titien, Rohtko, Tapiès, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perec

Les Lieux de Georges Perec

 

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Philosophie

Mondialisations, féminisations philosophiques

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie

Anthologie de la poésie chinoise

À une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Japon poétique d'aujourd'hui

Lyrisme : Riera, Voica, Viallebesset, Rateau

Marteau : Ecritures, sonnets

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Poésie en vers, poésie en prose

Poésies verticales et résistances poétiques

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Schlechter : Le Murmure du monde

 

 

 

 

 

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

Tavares : un voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Générosité, Chambre aux échos, Sidérations

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : À l'ombre des jeunes filles en fleurs

Illustrations, lectures et biographies

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Ecrivains noirs : Wright, Ellison, Baldwin, Scott Heron

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

 

 

 

 

 

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

 

 

 

 

 

 

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome

Rome de César à Fellini

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

Isaac Babel ou l'écriture rouge

Ludmila Oulitskaia ou l'âme de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Le Guin : La Main gauche de la nuit

Magnason : LoveStar, Kling : Quality Land

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Mnémos ou la mémoire du futur

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

La Tempête, Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Ecrits des camps, Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

Surveillances étatiques et entrepreneuriales

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Spengler

Déclin de l'Occident de Spengler à nos jours

 

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

 

 

 

 

 

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tabucchi

Anges nocturnes, oiseaux, rêves

 

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

 

 

 

 

 

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies

Ernest Callenbach : Ecotopia

Herland parfaite république des femmes

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Culture et littérature contre la Civilisation du spectacle

Rêve du Celte et Temps sauvages

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Venise

Strates vénitiennes et autres canaux d'encre

 

 

 

 

 

 

Vérité

Maîtres de vérité et Vérité nue

 

 

 

 

 

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Lazare, Le ghetto de Varsovie

 

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