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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 08:17

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 

William Blake, un échec magnifique :

Le Mariage du ciel et de l’enfer et autres poèmes.

 

 

 

 

William Blake : Le Mariage du ciel et de l’enfer et autres poèmes,

traduit de l'anglais (Grande Bretagne)

par Jacques Darras, Poésie Gallimard, 400 p, 12,90 €.

 

 

 

Fascinant, William Blake a quelque chose d’également répugnant. Ses aquarelles, ses gravures et ses livres enluminés étonnent le regard et bouleversent l’imaginaire, ses poèmes, plus exactement ses Chansons, ravissent. Cependant ses écrits prophétiques, pour stupéfiants qu’ils soient, laissent le lecteur fort perplexe devant tant de grandeur musculeuse, d’intransigeance et de délire postbiblique…

 

La peinture de Blake (1757-1827) est évidemment d’une singularité époustouflante. Avec quelque chose de maladroit et d’enfantin dans les lignes, et cependant visionnaire. Car rien de ses traits et couleurs n’est gâté par une niaise iconologie, par une pieuse imagerie conventionnelle. Son espace pictural est tout entier personnel, comme son panthéon mythologique qui, aux déités et figures de la Bible et de la Divine comédie, ajoute une divinité originale et totale : « Urizen », qui incarne la Loi et la Raison. C’est Michel-Ange, et ses fresques aux musculatures puissantes, qui l’inspire, quoique avec une sensibilité presque enfantine, dans des constructions aux symétries bourgeonnantes et ardentes. Certes, outre l’évident intérêt pour l’enluminure médiévale, avec son contemporain Fussli, ils purent s’entre-inspirer. Mais moins sombre que lui, il impressionne par la puissance de la couleur, l’évidence sublime de la lumière divine et l’horreur séduisante de ses incarnations lucifériennes du mal. Mais peut-être manque-t-il à cette imagerie une qualité précieuse : le don d’empathie qui permettrait de s’identifier à ses personnages, d’éprouver amitié et tendresse pour eux…

Dans la tradition du « ut pictura poesis » d’Horace), peinture et poésie sont liées. Loin du voyant rimbaldien, il se veut l’œil de Dieu : « Dans l’avenir, je prophétise et vois ». Halluciné, sujet à des visions grandioses, son mysticisme est à la fois régressif, jusqu’aux sources des prophètes bibliques, et romantique. En toute sincérité, lui apparaissent Ezéchiel, Moïse, les anges, Dieu lui-même, ce qu’il nous restitue sur le papier ; ce que l’on a pu longtemps prendre pour de la folie, étant donné la violence lyrique de son verbe. Dante et Swedenborg sont ses maîtres d’Enfer et de Paradis. La raison du siècle des lumières est balayée par son expérience intuitive, sa relation à la mystique lui permet de réconcilier les contraires, amour et haine, en un puissant sursaut créateur, et d’affirmer une dialectique du bien et du mal renouvelée. Son matériau biblique est recyclé, régénéré dans un syncrétisme religieux qui devient « religion de l’imagination ». La révolution française l’enthousiasme un temps, jusqu’à ce qu’elle s’effondre dans la Terreur ; c’est alors qu’il lui préfère le règne d’Albion (entendez l’Angleterre), quoique en bon réactionnaire, il la condamne pour s’être laissée défigurer par la révolution industrielle. L’une de ses rares propositions à pouvoir nous séduire encore est son exigence du droit au plaisir pour la femme (peut-être en hommage à son épouse fidèle, Catherine Boucher) : « La jeune fille / Qui se languit de l’homme ouvrira son ventre à d’immenses joies ». La beauté du désir et de la sexualité est ici en lien avec une dimension féministe non négligeable.

 

 

Hélas, les écrit prophétiques, lorsqu’il s’agit de la tâche impossible de réaliser le délicat Mariage du Ciel et de l’Enfer, ce nouveau décalogue, nous laissent pantois, sinon indifférent ; comme s’il s’agissait de l’échec magnifique du fondateur de secte que personne n’a suivi, dont la mythologie épique et torrentielle s’écroule sous nos yeux las. Incendies, anges, démons se bousculent, parmi de « furieux maelströms aux révolutions inarrêtables ». Les versets apocalyptiques, définitifs et grandiloquents, ponctués d’allégories, forgés d’un radicalisme religieux peu amène, fatiguent la patience du lecteur quand tout est « vision mémorable ». Le fondateur de religion cosmique et solipsiste, sans disciple aucun, parait s’époumoner dans le vide sidéral. Même si d’inévitables pépites visionnaires et borgésiennes parsèment l’ensemble : « Je me trouvai dans une imprimerie de l’Enfer », où les métaux « prenaient formes de livres & bibliothèques ». A moins que l’on lise ce pullulement d’Archanges et du Diable, dans la continuité de Milton, et dans la perspective d’un romantisme noir et gothique qui trouvera une autre incarnation avec le mal baudelairien…

 Faut-il alors balayer d’un sursaut de saine raison sa poésie ? Il faut alors se faire complice de Borges qui sut apprécier avec passion son tigre : « Tyger, tyger, burning bright, / In the forest of the night » (…) Quelle main immortelle quel œil, / Osèrent ta redoutable symétrie ? »

Ses Chansons parviennent à l’osmose entre l’enfance et le lyrisme, jouant par exemple avec l’éloge paradoxal : « je suis / Mouche de bonheur, / Que je vive, / Que je meure. » Non sans un message d’humanité, ne serait-ce qu’avec son « Petit enfant noir » : « Quand agneaux nous danserons autour du Divin Dais / Moi de mon nuage noir, lui de son blanc libérés : / Je l’abriterai de la chaleur, lui faisant accepter / De s’appuyer avec joie sur le genou de notre Père. » Chantre de l’innocence, le poète défend également celle des enfants exploités par le travail et la prostitution, ce dans une perspective humaniste qui se nourrit d’une révolte sociétale.

L’un de ses plus beaux poèmes, « Auguries of innocence » ou « Prémisses d’innocence », permet de « Découvrir l’Univers dans un grain de sable / Voir un paradis dans la fleur des champs (…) Lire l’Eternité dans une heure au cadran ». Dans lequel une prophétie, pour une fois en passe de devenir réaliste en notre aujourd’hui, annonce : « Demain l’état sort en ruine par la fenêtre »…

 

L’équivalence entre « génie poétique » et « esprit de prophétie » ne va plus de soi. Voire est aujourd’hui obsolète. Voilà peut-être pourquoi nous ne lirons plus guère une grande partie de l’œuvre de William Blake ; sauf en visitant un impressionnant et curieux muséum de l’art, où les antiques tyrannosaures de la religiosité fantasmatique dictatoriale voient leurs os s’effriter. Même si son œuvre plastique, puissamment et ingénument colorée, garde sans cesse son pouvoir d’étonnement démiurgique et de séduction chatoyante…

 

Voir : G. K. Chesterton : William Blake

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

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15 juillet 2013 1 15 /07 /juillet /2013 12:33

 

Art islamique, Iran, Musée d'Agesci, Niort, Deux-Sèvres.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

 

Vérité d’islam et vérités libérales :

 

Philippe d’Iribarne, Elisabeth Schemla,

 

Thilo Sarrazin.


 

 

 

 

 

 

Philippe d’Iribarne : L’Islam devant la démocratie,

Le Débat, Gallimard, 192 p, 16 ,90 €.

 

Elisabeth Schemla : Islam, l’épreuve française, Plon, 272 p, 14,90 €.

 

Thilo Sarrazin : L’Allemagne disparaît, Le Toucan,

traduit de l'allemand par Jean-Baptiste Offenburg, 496 p, 25 €.

 

 

 

Bienpensants, ne lisez pas ces trois livres : ils sont désespérants. Cependant indispensables. Ne censurez pas ces trois livres : ils sont choquants. Cependant réalistes. De l’exagération qui assène que « l’Allemagne disparaît », en passant par le modéré présentant l’islam comme une « épreuve française », jusqu’au plus apaisé dans lequel ce dernier répondrait présent « devant la démocratie », ce qui signifierait qu’il se présente devant elle en toute dignité, l’affaire pourrait paraître entendue, c’est-à-dire euphémisée, voilée : une hyperbole grotesque, populiste, nationaliste et xénophobe, une incapacité de la France à passer l’épreuve de la tolérance, un islam démocratiquement soluble. Pourtant, à la lecture de ces trois ouvrages, il serait plus juste d’aboutir à la vérité suivante : devant l’épreuve de la vérité de l’islam, la France, l’Allemagne, la civilisation démocratique toute entière, sont menacées, si l’on n’y prend garde, de disparition.

 

Si les essais de Shemla et de Sarrazin sont bien des réquisitoires, celui de d’Iribarne est plus modéré, quoique sans appel. Malgré quelque manque de concision, redites et précautions rhétoriques qui ternissent l’efficacité de l’ouvrage, cette réflexion informée, argumentée, parvient à une thèse claire et nette : l’incompatibilité atavique de l’islam et de la démocratie libérale. S’intéressant à « l’univers mental » de l’islam, et au-delà des différences, du Maroc à l’Indonésie, venues de la permanence des cultures locales, l’auteur pointe une évidente unité désastreuse. En tant que système de pensée, il est bien responsable de ses errements, de ses tyrannies : « La vision coranique de la certitude tend alors à apparaître comme une trace contingente, à laquelle il est temps de renoncer, d’une société tribale ». Dans laquelle « La crainte de l’incertitude, du doute, de la division » va de pair avec le culte d’une vérité révélée monolithique qui innerve tous les aspects aussi bien de la vie quotidienne que de la pensée. L’islam voit « l’intelligence comme s’épanouissant dans la contemplation du vrai, non dans le doute et le débat ». De plus il n’est « guère pensable que la connaissance philosophique vienne questionner l’obéissance à la lettre du Livre saint ». Ce dernier n’utilisant que l’impérieuse assertion, écartant tout doute, toute altérité, avec violence. En évidente opposition avec l’Aufklärung de Kant qui, dans « Qu’est-ce que les Lumières ? », intimait : « Ose savoir ! », et encourageait la sortie de toute tutelle de l’individu qui devra apprendre à penser par la raison et par soi-même.

La raison d’islam n’a rien à voir avec la raison occidentale : elle est divine et non humaine, elle est soumission à la tyrannie théocratique et non libération des préjugés et de l’injonction obscurantiste religieuse. Elle est unicité et non pluralisme. De plus, fondée sur l’unanimité et la tradition, la certitude de la charia ne peut en aucun cas évoluer, partageant abruptement et superstitieusement le monde entre halal et haram, le pur et l’impur. Il n’y a donc pas de salut libéral à attendre de l’islam. Ce qui n’est pas de l’ordre d’une « essence de la religion », puisque, note avec justesse D’Iribarne, citant avec abondance les quatre Evangiles, le christianisme (malgré ses tentations et crispations dogmatiques qui ont parfois été violentes au cours d’une Histoire heureusement révolue), dans le cadre de son attachement à l’esprit aux dépens de la lettre, reconnaît le pluralisme des opinions et le débat. Et, surtout, pratique le pardon. Toutes les religions ne se valent donc pas.

L’avenir de la démocratie en terres d’Islam ne peut être que sombre, malgré les aspirations des uns et des autres. En dépit du poids des Histoires coloniales (bénéfiques lorsqu’elles éradiquèrent l’esclavage, favorisèrent l’éducation, le développement) et des régimes autoritaires qui leur ont succédé, c’est bien le consensus religieux dictatorial qui, faute d’être jetée aux orties, invalide l’espérance démocratique libérale. Seuls l’individualisme et l’éducation libérale, aussi bien culturels qu’économiques, mais aussi la fascination pour les modes de vies occidentaux (à conditions qu’ils ne se suicident pas par socialisme[1] et par lâcheté devant l’islam) permettront d’ouvrir des brèches. Hélas, note d’Iribarne, l’islam est affecté par « la même tentation » que celle du « refus, pendant des décennies, de regarder en face tout ce qui troublait l’image du communisme comme force de progrès ». Comme quoi l’enracinement idéologique est profond, y compris en faveur de la prison volontaire contre la réalité des bénéfices de la liberté.

 

Cependant, il est évident que tous les musulmans ne sont pas des terroristes, des bâcheurs, frappeurs et exciseurs de femmes, des guerriers de la foi, des tueurs de Juifs, de Chrétiens et d’athées… Que nombre d’entre eux, y compris quelques imams, ont choisi d’oublier ces pratiques barbares pour entrer dans le monde plus ouvert de la tolérance, de la science et de la paix. Que nombre d’entre eux choisissent leur degré d’adhésion à la vulgate coranique et à ses règles, ne gardant « qu’une référence identitaire et le respect de quelques rites ». Qu’ils ont déjà fait ce qui devrait être fait du texte du Coran : le vider de tous ses commandements intolérables à l’égard des femmes, à l’égard des autres religions et de l’apostasie, le vider du jihad, de toutes ses violences. Pensons également à tout ce que les commentateurs, docteurs, imams et auteurs de fatwas surajoutent à cet atavique et obscurantiste étranglement des libertés, comme l’interdiction de la représentation du corps et de l’image du dieu et de son prophète. Sans compter que pour être réellement compatible avec la démocratie libérale il faudra adjoindre à ces versets ainsi révisés un concept fondamental : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (disait le Christ), c’est-à-dire la séparation de l’église et de l’état. Aggiornamento hélas rarement observé et difficilement concevable quand la « Déclaration islamique universelle des droits de l’homme » assène : « La rationalité en soi, sans la lumière de la révélation de Dieu, ne peut constituer un guide infaillible dans les affaires de l’humanité ». Ou encore : « Tout homme a le droit d’exprimer librement son opinion pourvu qu’elle ne soit pas en contradiction avec les principes de la charia ». Risible liberté ! Dans le cadre de laquelle il ne peut y avoir de salut pour un Salman Rushdie[2] et pour la moindre réflexion de philosophie politique. A moins que l’espoir de sécularisation prenne naissance en de jeunes générations révoltées par le carcan des pères…

 

 

L’islam n’est évidemment pas compatible avec la démocratie. Sauf si l’on entend démocratie au sens strict, lorsque le peuple et sa volonté générale élisent un parti islamique et théocratique. L’islam est alors démocratie, c’est-à-dire tyrannie majoritairement consentie, désirée. Mais s’il s’agit d’employer le concept -seul acceptable- de démocratie libérale, alors oui, l’islam n’est pas un instant libertés. Si nous ne confondrons pas là musulmans et islam, car les premiers peuvent être parfois des individus libres réservant la religion à la sphère intime, le second est forcément -et étymologiquement- soumission à un cruel totalitarisme. Les exemples de cette vérité de l’islam imposée sont hélas légion, ne serait-ce qu’au travers du livre d’Elisabeth Shemla :

C’est au pays de Voltaire et de Tocqueville, de Proust et de San Antonio, qu’une religion veut écarter, ostraciser et lapider nos modes de vie, notre droit, jusqu’à la Déclaration universelle des droits de l’homme, éradiquant la liberté de conscience, de religion et d’athéisme. Il est alors heureux d’imaginer qu’Elisabeth Shemla, spécialiste du Proche et du Moyen-Orient, qui fut rédactrice en chef du Nouvel Observateur, ne puisse être affligée du soupçon grotesque d’islamophobie au sens primaire du terme[3]. Ce n’est ni par racisme, ni par xénophobie qu’elle assemble sous nos yeux les preuves de l’infiltration de notre société laïque et républicaine par les vagues et les poches en expansion de l’islam radical. Mais par lucidité et par amour raisonné de nos libertés déjà écorchées.

C’est moins par le terrorisme que par insidieuse influence que l’islam conquiert la France. Certes, dans le sillage de la martyrologie associée à Merah, des groupuscules s’excitent et fomentent des attentats. Le culte du héros, le goût atavique de la guerre, parfaitement cohérent avec le personnage criminel et pillard de leur prophète, est de plus en plus d’actualité parmi les jeunesses musulmanes : « Une bonne partie d’entre eux […] ont éprouvé de la satisfaction et de la fierté pour le jihad mené par Mérah », souligne Elisabeth Schemla. Leur antisémitisme est obsessionnel. On les « élève dans la haine », comme le Hamas conditionne les enfants de la bande de Gaza jusque dans leurs manuels scolaires.

Mais pour en arriver à cette criminelle extrémité, c’est par les femmes que l’islam commence son imprégnation, son chantage, son empoisonnement. Le corps et la sexualité féminines sont voilés et haram, hors dans le secret du mariage prison : « Désespérante ironie du sort : cette réislamisation des femmes immigrées et de leurs filles et petites filles françaises correspond au moment historique où les féministes pensaient avoir obtenu en vingt ans, de combat en combat, de pilule en IVG en passant par l’égalité salariale et tant d’autres droits, un bouleversement du statut de toutes les femmes, la liberté. » Elisabeth Schemla s’élève justement contre le foulard islamiste, « symbole de la soumission féminine » et, selon le mot de Khalida Messaoudi « notre étoile jaune » : « Derrière, il y a la polygamie, la répudiation, les mariages forcés », mais aussi la lapidation des femmes adultères. Sans compter la répression de toute homosexualité !

Notre auteure dénonce les imams, venus du salafisme et des Frères musulmans, la plupart du temps, « ignares », « vénéneux », délictueux, prosélytes de la charia et d’une France intégralement islamique. Elle fustige la lâcheté de nos politiques, le « bal des hypocrites », lorsque sans cesse la loi de séparation de l’église et de l’état est contournée, lorsque les collectivités locales financent les mosquées, mais aussi lorsque « les pétrodollars et le wahhabisme saoudien » forment « autour de la capitale une couronne d’obscurantisme ». Elle pointe les subventions prétendument culturelles, les baux emphytéotiques accordés aux associations, aux mosquées. Le « rap musulman » en prend pour son grade, lorsque, comme le web et les chaînes satellites, il soumet « à une triple propagande : « antioccidentale, antichrétienne et antisémite ». Les conversions de jeunes français de souche sont ramenées à un scandale terrifiant, les politiques de la ville et d’intégration de l’état, la mission de l’Education nationale dans les quartiers immigrés, les missions de la police et de la justice sont assimilées à de la poudre aux yeux, à de la démission. Où sont le courage et la force comme vertus de civilisation ?

Ce que défend à juste titre Elisabeth Shemla n’est pas un repli identitaire franchouillard, mais la dignité de la culture occidentale, cosmopolite et libérale issue des Lumières, face au cancer de l’islam. Nous ne pouvons que la conforter en ce combat humaniste. Est-elle enfin coupable d’alimenter l’islamophobie ? Au contraire, elle nous dit précisément pourquoi il faut avoir peur de manière raisonnée, pourquoi, il faut canaliser, rejeter l’islam s’il contrevient à la république, à la laïcité, au droit des femmes, des modes de vies et des consciences, s’il veut « chariaïser les sociétés »… Ainsi, l’essai informé ne prend pas de gants. C’est aussi salutaire que judicieux ; sauf lorsque sans nuances elle affirme : « Comme le christianisme et le judaïsme, l’islam est ce que son clergé et ses fidèles en font ». Nous avons montré plus haut l’irréductible différence de nature entre les religions, leurs textes.

 

 

Mais ce n’est pas le triste privilège de la France que d’être insidieusement puis frontalement assaillie. Suède, Norvège, Belgique, Royaume-Uni, Canada… Le cas de l’Allemagne, analysé avec lucidité, sans concession, par Thilo Sarazin est à cet égard éclairant. Si Elisabeth Shemla imagine avec l’imam Oubrou qu’est venu le moment « pour les musulmans de comprendre enfin qu’ils sont minoritaires dans une terre laïque à laquelle il adhère », l’auteur d’outre-Rhin craint qu’ils ne deviennent majoritaires au point de lancer haut et fort : L’Allemagne disparaît.

Economiste, historien, membre du SPD, parti socialiste allemand, Thilo Sarrazin fut ministre des finances du Land de Berlin, puis membre du directoire de la Bundesbank. Dont il dut démissionner suite au scandale déclenché par cet essai pourtant gonflé de faits, de statistiques, de références. Comme il ne fait pas bon de dire la vérité sur l’Islam ! Pourtant son livre se vendit dans le pays de Goethe à plus de deux millions d’exemplaires. Et reste le plus souvent accueilli au pays de Voltaire par le silence des yeux qui ne veulent pas voir : « J’ai renoncé à entourer de guirlandes verbales les situations qui paraissent délicates, mais je me suis efforcé de faire preuve d’objectivité -les résultats sont assez choquants comme cela », annonce Thilo Sarrazin.

Hélas l’Allemagne a un triste privilège : sa natalité a baissé de 70% depuis 1960. Du moins parmi les héritiers de Luther et de Rilke, chez qui « la population se réduit des trois quarts en soixante-dix ans » et descendra jusqu’aux vingt millions en 2100, contre trente-cinq millions de Turcs, si rien n’est fait. Car pour les musulmans, principalement d’origine turque, ce n’est évidemment pas la même chanson. Ce « grand remplacement » (pour reprendre la formule de Renaud Camus), est largement en route. Ce ne serait que billevesées si l’on s’intégrait dans la langue, dans l’éducation, dans les compétences et dans la tolérance. Car « c’est avant tout l’augmentation continue du nombre de personnes moins stables, moins intelligentes et moins compétentes qui menace l’avenir de l’Allemagne ». Le propos n’a rien de nationaliste, rien de la « nostalgie rétrograde », rien de l’assertion xénophobe, il s’appuie sur un examen argumenté et documenté du réel.

En effet, au contraire de ceux venus d’Europe et d’Extrême-Orient (ces derniers très performants), les immigrés originaires d’Afrique et surtout de Turquie et de l’aire arabe posent problème. Leur faiblesse scolaire, leur peu d’appétit au travail, leur dépendance aux aides sociales, leur addiction à la délinquance se doublent d’un accroissement démographique inéluctable.

Cependant Thilo Sarrazin ne se limite pas à lancer une réflexion défavorable aux immigrés, qui par ailleurs n’a rien d’irrespectueux envers les individus. Ce n’est pas seulement l’immigration d’Islam qui est responsable, mais aussi l’état allemand, ses prestations sociales trop généreuses qui découragent le travail et encouragent la démographie des « classes inférieures » (y compris de souche allemande) « éloignées de la culture et de la performance ». La baisse du niveau de l’intelligence (ne serait-ce qu’en se basant sur les résultats de l’enquête PISA) montre que l’éducation est à parfaire. Si les Juifs sont parmi les plus actives intelligences (voyons leurs nombreux prix Nobel), si la Corée, la Finlande et le Canada brillent au sommet de la réussite scolaire, que ne les imitons-nous ! Lorsque  l’on sait « qu’il existe une corrélation positive entre la richesse des nations et l’intelligence mesurée des peuples », il faut craindre alors de part et d’autre du Rhin la décroissance culturelle, technologique et économique.

 

Affirmant « l’impératif d’écart entre les salaires et les transferts sociaux », Thilo Sarrazin rappelle : « le problème n’est pas la pauvreté matérielle, mais la pauvreté intellectuelle et morale » (…) Notre manière d’adoucir la misère matérielle encourage des millions de personnes à verser dans la passivité, l’indolence ». De plus « ceux qui vivent de l’aide sociale ont nettement plus d’enfants que le reste de la population », sans compter que les immigrés sont trop souvent sous-qualifiés, parfois inemployables, « ce qui les dégage de la nécessité de modifier leur mode de vie traditionnel, de s’efforcer d’acquérir la langue de leur nouveau pays et d’y trouver du travail, ainsi que de concéder à leurs épouses plus de libertés occidentales. » Enfin : « Les musulmans ont en Allemagne un taux de participation au travail nettement inférieur à la moyenne, une situation qui vaut également pour la réussite dans le système éducatif, tandis que l’on trouve dans cette catégorie un taux d’allocataires de transferts sociaux et d’implication dans la criminalité violente supérieur à la moyenne. »

Il y a en effet outre-Rhin dix fois plus de gens qui vivent des prestations sociales chez les musulmans que chez les Allemands. Et que l’on ne nous dise pas que c’est à cause du racisme : en Angleterre, par exemple, les Pakistanais accusent un lourd déficit face aux Indiens, aux traits semblables. La cause est en bien sûr la culture arabe : dogmatisme religieux, communautarisme forcené, fatalisme, rétractation culturelle, modestie du goût de l’effort, machisme et surestimation de la virilité, de la violence et des codes d’honneur. Où la radicalisation « n’a rien à voir avec la pauvreté et l’absence de culture ».

Ainsi, autant l’antisémitisme est infondé, autant l’islamophobie est fondée. Claude Lévi-Strauss n’avouait-il pas avoir peur de l’Islam à la fin de Tristes tropiques[4] ? Et nous ne la confondrons pas avec la musulmanophobie, qui s’adresserait non pas à un système de pensée et de comportements, mais à des individus. Nous n’aurons pour preuve que l’existence remarquable, et digne de notre respect, des féministes musulmanes.

 

Voilà ce que l’on pourrait réécrire à la puissance dix pour la France dont on sait que le taux de chômage est le double de celui allemand, même si le taux de natalité chez les femmes d’origine française est moins cruel (1,7 enfant par femme) et cependant insuffisant… Et qui serait proprement inaudible pour nos élites socialistes et bienpensantes. Il faudrait également s’inspirer des Etats-Unis, du Canada et de l’Australie, où l’immigré ne reçoit pas d’aide sociale et doit compter sur ses propres énergies positives.

Informé, avisé, perspicace et du meilleur conseil, même s’il se répète parfois, Thilo Sarazin termine son essai par deux scénarios de politique-fiction. « Un rêve et un cauchemar », parmi lesquels « l’Allemagne dans cent ans » devient au choix : un pays où les bibliothèques brûlent, les châteaux sont en ruines, les cathédrales sont devenues mosquées, où le niveau de vie décroît, où l’allemand n’est plus une langue maternelle ; ou bien : un pays où les mesures de politique familiale font remonter la natalité, où l’immigration extra-européenne est contrôlée, drastiquement diminuée, où la langue allemande est obligatoire pour tous, où les allocations sont retirées lorsque l’on ne fréquente pas l’école, ni n’accepte un travail, où l’on interdit le foulard, où l’on réduit les transferts sociaux, où « les quartiers de migrants rétrécirent »… Que ne s’en inspire-t-on en méditant cette injonction : « Faites en sorte que les gens intelligents aient plus d’enfants avant qu’il ne soit trop tard. »

Nul doute que, parmi ces solutions, outre la discipline à l’école, la force de la police et de la justice dans les enclaves ethniques, il faudrait compter sur la libération des énergies entrepreneuriales des immigrés, d’où qu’ils viennent : eux aussi doivent pouvoir être déchargés du poids de la fiscalité, des complexités administratives, de la lourdeur du code du travail et des charges et normes diverses pour mettre en valeur leurs talents ; car certains d’entre eux, malgré toutes ces chaînes aux pieds, ont déjà prouvé leur capacité de réussir dans un enrichissement judicieux.

 

Que l’on sache, mis à part des créations architecturales splendides comme La Alhambra de Grenade, ses poèmes arabes andalous, ses Mille et une nuits venues de bien des horizons, son Cantique des oiseaux[5], sa calligraphie -ce qui n’est pas rien- l’Islam comme civilisation c’est d’abord la conquête meurtrière et totalitaire des deux tiers du bassin méditerranéen, l’esclavage institutionnalisé (encore aujourd’hui du Soudan aux Emirats), la sujétion des femmes, la guerre perpétuelle entre Chiites et Sunnites, le Jihad, la Charia, sans compter le sabre et la dhimmitude pour ceux qui ne partagent pas leur religion. Où est l’Islam de paix et d’amour, cet Islam des Lumières, qui pourtant n’attend que de fleurir parmi des millions d’individus silencieux et eux-mêmes asservis, parfois heureusement révoltés, comme aujourd’hui en Tunisie et en Egypte ?

 

Nos trois auteurs n’ont pas prétendu asséner le marteau de l’ultime vérité, et l’auteur de ce modeste article encore moins ; mais ouvrir un chemin hors de la sortie de la méconnaissance et des préjugés. Quelle vérité choisir ? Celle chaude, rassurante pour ses affidés, fermée de l’islam qui ne procure le bonheur qu’à ceux qui ne veulent penser que dans le cercle étroit d’une pensée instituée, que dans les fers de l’oppression consentie ou infligée ? Ou celle des démocraties libérales issues des Lumières de Kant, assurant les libertés individuelles et les progrès de la connaissance au moyen d’une raison indépendante et pluraliste ? Le lecteur aura deviné où est la dignité de l’humanité et la nécessité de la rétablir.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[4] Claude Lévi-Strauss : Tristes tropiques, Plon, 1955, p 466-467.

[5] Voir :  Le Cantique des oiseaux, une poétique de l’interprétation

 

Palacio de Alhambra, Grenada, Andalucia. Photo : T. Guinhut.

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9 juillet 2013 2 09 /07 /juillet /2013 09:39

 

San Polo, Venezia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Vladimir Nabokov : La Vénitienne

et autres nouvelles ;

de la nostalgie et de l'art.

 

 

Vladimir Nabokov : La Vénitienne et autres nouvelles,

traduit du russe et de l’anglais par Bernard Kreise et Gilles Barbedette,

Galimard, 1991, 216 p.

 

 

 

Il y a dans le passé une Eurydice que l’on ne peut retrouver. A moins du rameau d’or de l’art ; que sait emprunter Vladimir Nabokov. C’est en effet l’exil qui a rejeté l’écrivain de son pays et de sa langue, depuis l’infâme conflagration bolchevique de 1917. Une douzaine de nouvelles des années vingt sont ici réunies sous le signe de la nostalgie et de la promesse de l'art, territoire perdu et œuvres magiques. Récits écrits dans la langue de Pouchkine ou premières proses en anglais, ce recueil est une aisée et cependant synthétique porte d’entrée dans l’œuvre du fabuleux, indépassable, auteur de Lolita.

 

Comme dans un conte enfantin, un « sylvain d’antan » vient visiter l’écrivain dans « Le lutin ». Ce messager d’une intime mémoire s’approche de son encrier pour lui susurrer : « C’est que nous sommes ton inspiration, Russie, ta beauté énigmatique, ton charme séculaire ». Ce fut en 1921 la toute première nouvelle publiée par celui qui signait Vladimir Sirine, emblématique déjà du versant de nostalgie qui irrigue l’œuvre entière. Ainsi, immigrés et jeunes expatriés, à Berlin, Zermatt, dans le sud de la France ou en Angleterre, peuplent, presque fantomatiques, ces nouvelles. Celui qui fut chassé du paradis russe poursuit à travers ses personnages, voire ses alter ego, une quête du bonheur dont son adolescence choyée fut l’archétype. L’éternel émigré tente d’en recréer les miettes par la double vertu d’or de la nostalgie et de l’écriture.

Dans une atmosphère postimpressionniste et postsymboliste propre aux écrits de jeunesse, les amours perdus et impossibles refont surface, ou explosent. Comme dans « Bruits », presque poème en prose (« l’oreille musicale de mon âme savait tout, comprenait tout »), évoquant un amour de jeunesse. Ou dans « Un coup d’aile » qui juxtapose en un subtil contrepoint le luxe d’un grand hôtel, la lumière des pistes de ski enneigées, l’éclat de l’héroïne et les ombres finalement triomphantes de la mort. Au cœur de l’aventure lyrique et tragique entre Isabelle et Kern, ce dernier est assailli par un ange : « Le bord d’une aile gigantesque le faucha comme une tempête duveteuse ». Peut-on frapper et ensanglanter un ange à la « fourrure moelleuse » ? Se vengera-t-il ? Le fantastique fait soudain irruption dans une réalité moins duveteuse… 

Bientôt, d’autres thématiques, urbaines, voire politiques, irriguent la constellation du nouvelliste et futur romancier. Comme une sorte de prémonition du plus tardif roman Brisure à senestre, dans lequel le personnage de Krug subit l’oppression d’un uchronique régime totalitaire, « Ici on parle russe » conte l’emprisonnement dans une salle de bain d’un membre du Guépéou par des émigrés. Ce qui joue le rôle d’une revanche en même temps que d’un indéfectible poids à supporter. Symboliquement, les communistes, responsables de l’expulsion de l’Eden de Nabokov et de toute une diaspora, sont enfin châtiés.

 Mais c’est surtout le territoire étrange et promis de l’art qui fascine ici. La peinture et la réalité se font concurrence dans la nouvelle-titre qui prend pour personnage central une « Vénitienne » de couleurs sur sa toile. « La jeune Romaine, dite Dorothée », peinte au XVIème par Sebastiano del Piombo, fascine les « amoureux des Madones ». Cette jeune femme portraiturée, sosie d’une vivante, permet autant au personnage qu’à l’auteur de poursuivre non sans ironie leur quête de beauté, dont l’art est le lieu à la fois accessible et suprême. Passer tout vivant dans la sphère éternelle de l’œuvre est le vœu secret du protagoniste qui, à l’occasion de sa contemplation passionnée, devient « une partie vivante du tableau où tout prenait vie autour de lui ». Et si le restaurateur charmé ne se laisse lui pas prendre définitivement, le jeune homme impuissant devant la vie se sent « empêtré comme une mouche dans du miel », et se retrouve « peint dans une pose absurde à côté de la Vénitienne ». Bien sûr, comme dans tout récit fantastique, il y a une explication plausible à ce qui est par ailleurs histoire d’amour et drame conjugal, mais un petit citron venu du tableau reste l’invérifiable preuve de l’intrusion du surnaturel dans un quotidien réaliste.

 

 

Il s’agit bien cependant d’une profession de foi esthétique : « La contemplation de la beauté, qu’il s’agisse d’un coucher de soleil aux tonalités particulières, d’un visage lumineux ou d’une œuvre d’art, nous force à nous retourner inconsciemment sur notre propre passé, à nous confronter, à confronter notre âme à la beauté parfaite et inaccessible qui nous est dévoilée. » Il y a certes quelque chose de proustien dans cette formule. Nous rappelant combien l’amour pervers et forcené, cependant attendrissant, d’Humbert Humbert pour sa Lolita est la résultante d’une tentative pour retrouver le « vert paradis des amours enfantines », selon le vers de Baudelaire.

 

Augmenté de deux brefs essais sur la littérature (« Le rire et les rêves » et « Bois laqué »), ce recueil, brio d’écriture et de surprenantes images, prend encore plus de vigueur et de sens. L’auteur des études réunies dans Littératures, sait sans nul doute être son propre critique, se réfléchir dans le miroir de son art et en prolonger la réflexion. Nous laisserons alors à Nabokov le mot de la fin, que toute son écriture, jusqu’au solaire roman Ada ou l’ardeur, n’a jamais parjuré : « Car l’art sait bien qu’il n’y a rien de vulgaire et d’absurde qui ne puisse s’épanouir dans la beauté avec une lumière appropriée ».

Thierry Guinhut

A partir d’un article paru dans Europe, juin 1991

Une vie d'écriture et de photographie

 

Photo : T. Guinhut.

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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 12:10

 

Stalles de l'abbatiale de Saint-Maixent, Deux-Sèvres. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Démocratie libérale

 

versus tyrannie constructiviste...

 

 

 

 

      Nous croyons vivre en démocratie, ce concept fétiche de notre temps… Mais s’agit-il d’une démocratie des libertés, qui devrait rayonner de ses Lumières ? Certes, le peuple est souverain. Pourtant, nanti de cette souveraineté comptable dans les urnes, il aboutit non à une extension du domaine de sa liberté, mais à une extension socialiste du domaine de l’Etat aux dépens de la propriété et des initiatives économiques. Comment en sommes-nous arrivé à cette dangereuse extrémité ? Sinon par une insatiable demande à vivre aux dépens d’autrui et de sa prétendument indécente richesse, au nom de cette envieuse égalité qui parvient non seulement à castrer les libertés, mais à s’appauvrir elle-même…

 

     Parler de seule démocratie n’a aucun sens : un peuple peut majoritairement voter pour une tyrannie, donc démocratique. Il faut qu’il ait démocratie libérale, c’est-à-dire incluant le respect des libertés individuelles, politiques, à savoir de penser, d’expression, de publication, d’association, en dépit de tout diktat religieux et sociétal, enfin économiques, à savoir d’entreprendre, d’investir, de dépenser et d’épargner. Cela doit passer par un gouvernement constitutionnel et représentatif, une séparation des pouvoirs, mais aussi un gouvernement le moins intrusif possible, aussi bien dans la vie privée qu’économique de ses citoyens que dans le domaine fiscal, forcément minimal, dans le cadre d’une société ouverte.

      Quant au constructivisme, il s’agit d’une propension politique selon laquelle les choix publics doivent être guidés par la nécessité et la volonté de construire un certain type de société, qu’elle soit fasciste ou théocratique, socialiste ou communiste, ou encore théocratique, voire écologiste. Il est de toute évidence contraire à l’individualisme libéral qui, selon Friedrich Hayek consiste à « reconnaître l'individu comme juge en dernier ressort de ses propres fins, [à] croire que dans la mesure du possible ses propres opinions doivent gouverner ses actes[1] ».

      Grâce au pouvoir du peuple souverain, de cette volonté générale rousseauiste, de cette oppression perpétrée par la majorité que dénonça Tocqueville, nous sommes depuis trois décennies, à des degrés divers, en démocratie socialiste. Une démocratie dans laquelle le peuple et ses représentants, drogués à la dépendance et à la toute-puissance de l’état conduisent, avec application, persévérance et succès, la France autour des dix pour cent de chômeurs et vers la récession économique. Ainsi, la démocratie, quelques soient les alternances politiques, conduit les édiles des collectivités locales et de l’état selon son cœur antilibéral et selon la poche percée de sa faim de subsides publics.  

      Faut-il citer le droit au logement opposable, le blocage des loyers et les menaces de réquisition de logements vacants, pour montrer combien la propriété est bafouée, aggravant encore plus la raréfaction et la cherté de ce même logement ? Faut-il citer les fantasmes de nationalisation d’entreprises, surtout lorsqu’elles ne sont plus rentables et en dépit de toute rationalité comptable et économique, fantasmes partagés parmi à peu près tout le spectre politique ? On n’aura là que deux exemples des aspirations démocratiques décidées, contre tout bon sens, à chasser les pauvres restes de libéralisme économique de l’espace français…

      Quand l’Etat est plus lourd, plus pesant, plus lent, plus dispendieux que les libres entreprises privées, il ne faut pas s’étonner que son soviétisme latent, par le biais des prélèvements obligatoires, des contraintes et des normes, aboutisse à l’appauvrissement généralisé. Y compris à l’appauvrissement des esprits qui ne parviennent plus à imaginer pouvoir voler de leurs propres ailes et prendre le risque de la liberté, le risque des start-up, de l’investissement individuel et du capitalisme de chacun.

      Quand l’Etat pompe l’énergie des forces vivantes de l’économie en absorbant près de 57 % du PIB, alors que la Suisse, par exemple, n’en consomme que 35%, nous ne nous étonnerons pas que la capacité à la croissance soit arasée. Quand on parvient à contrevenir au droit de propriété du revenu au point de voler 75 % d’une ressource pour la satisfaction égoïste d’un état-providence à bout de souffle, il ne faut pas s’étonner de l’éradication et de la fuite de l’aristocratie des affaires et de l’entreprenariat. Sans compter que selon le célèbre adage, trop d’impôt tue l’impôt, le rendement de l’impôt est inversement proportionnel à l’augmentation de son taux, donc, non seulement confiscatoire, mais aussi autophage et finalement autodestructeur…

      Quand le principe de précaution et les diktats écologistes, partagés au-delà de la microsphère des militants, lacèrent la recherche et le développement, préférant le statut quo sur les produits phytosanitaires cancérigènes à l’innocuité des OGM ; quand les gaz de schistes sont des démons attentatoires à la déesse Gaïa ; quand la rétractation nationaliste du patriotisme économique se conjugue avec l’atonie devant les atteintes aux libertés proférées par l’acculturation islamiste, ne faut-il pas craindre que l’obscurantisme ouvre la porte à la disette et à la censure ? Enfin, quand les penseurs libéraux, du lycée à Sciences-Po, ne sont guère ou pas enseignés, à l’égal des keynésiens et des marxistes, le formatage dans l’éducation ne peut aller que jusque vers l’hémiplégie intellectuelle et politique.

      Hélas, la cécité généralisée devant l’incurie financière et gestionnaire de l’état, dont le château de dettes menace de s’effondrer en écrasant le bas peuple, la cécité devant l’évidence du bon sens économique bafoué, aboutissent à une négation suicidaire des fondements comptables de la réalité, donc à l’assèchement des initiatives entrepreneuriales. Nous n’avons jamais été aussi près de la tyrannie communiste, non par la faute d’un putsch léniniste, mais à la faveur de la volonté démocratique. Au contraire de la Suisse, de l’Allemagne, de la Suède et du Canada qui, à des degrés divers, ont réduit le poids de l’état, permettant leurs succès, non seulement économiques, mais aussi sociaux, puisque le chômage y est deux fois moins lourd que dans notre cher hexagone…

      « La démocratie libérale prétend être un gouvernement responsable, un ordre politique dans lequel le gouvernement doit répondre de ses actes devant les gouvernés », imaginait Leo Strauss[2]. Hélas, le gouvernement étant l’émanation, la créature et le produit désirés d’une volonté générale perverse, c’est alors à peine s’il doit et peut répondre de ses actes et de leurs conséquences. Une énorme majorité désirant plus de prestations sociales, plus de prélèvements et de prêts, par voie de conséquence plus de dettes, aux dépens des prétendus exploiteurs que sont les chefs d’entreprises, les actionnaires, les financiers, sans compter les classes moyennes, il est dans l’ordre de sa logique de ne pouvoir demander à elle-même des comptes sans se décrédibiliser. C’est ainsi que la démocratie autodétruit sa prospérité et sa liberté d’action. En ce sens le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes va à l’encontre de la finalité attendue : le devoir des peuples d’aller vers plus de liberté et de prospérité est bafoué par la course des peuples vers leur fossoyeur.

      Dans le cadre de cette tension entre libéralisme et démocratie, Serge Berstein nous avertissait : « là où les libéraux choisissent la liberté et la propriété, fût-ce aux dépens de l’égalité, c’est sur cette dernière qu’insistent les démocrates, fût-ce au risque de la suppression des libertés et de l’atteinte à la propriété.[3] » Nous y sommes : la France a choisi la pente savonneuse de l’addiction démagogique à la démocratie socialiste. A contrario, la démocratie libérale n’est soumission ni aux préjugés et décisions de sa majorité, ni, cela va sans dire, au matérialisme, ou à quelque religion que ce soit ; elle doit rester la garante des libertés individuelles, non seulement économiques, mais intellectuelles et spirituelles. Faute de quoi, sans sagesse de savoir être libérale, la démocratie flirte avec la tyrannie et la servitude volontaires. Reste à savoir si nous pourrons redresser la barre d'un tel pourrissant bateau rouge, sans violences…

 

Ars-en-Ré, Charente-Maritime. Photo : T. Guinhut

 

 

      Qui eût cru qu’après l’effondrement du bloc soviétique, les contrées paisibles de la démocratie européenne, et surtout française, puissent être saisies par les pieuvres de la tyrannie constructiviste ? Pourtant, force est de constater que, sur les plans pénal et policier, fiscal et social, économique, sans compter la pensée, les bras torves et puissant de la bête viennent étreindre la France de leurs ventouses répugnantes.

      De paisibles manifestants sont aspergés de gaz lacrymogènes, parfois violentés, emmenés en garde à vue, certes dans le cadre de manifestations non déclarées, non autorisées, mais aussi de « veilles » sans attroupements. Quoique l’on puisse penser de la légitimité intellectuelle de la conviction des « anti mariage pour tous »,  de l’opportunité d’encore manifester contre une loi démocratiquement votée, les moyens policiers employés sont pour le moins disproportionnés. Au point que le Conseil de l’Europe ait cru bon de tancer la France pour son « recours excessif à la force ». Le cas du jeune Nicolas, condamné à deux mois de prison ferme, est à cet égard alarmant. Pour s’être verbalement élevé (et on le comprend) contre une arrestation abusive, et avoir refusé un prélèvement ADN, en la demeure on ne peut plus indu… Police et Justice se font ont ici craindre en toute brutalité, rompant le lien de confiance qui aurait du s’établir entre ces institutions républicaines et le simple citoyen. D’autant que les manifestants d’extrême-gauche, les agriculteurs saccageurs, les racailles pilleuses bénéficient de forces de police moins lourdes et surtout plus conciliantes. Pourquoi ? Parce qu’ils assurent la base de l’électorat de gauche, parce qu’ils sont plus violents. Pensons aux casseurs syndicalistes et cégétistes, qui ont failli bénéficier, sur proposition du Sénat, d’une loi d’indulgence et de relaxe pour leurs méfaits. Une police aux ordres, une police politique… Quand la justice relaxe ou du moins offre le sursis à de réels délinquants, de plus n’osant pas revoir sa position sur les mineurs, d’autant plus actifs et délétères qu’ils sont à peu près inattaquables. Pire, la police et la justice, dites républicaines, abandonnent de nombreux quartiers qui à des mafias, qui à la charia…

      Pourtant, la justice parait d’une sagacité, d’une vélocité admirables lorsqu’elle va fouiller les poubelles de la corruption affairiste et politique : haro sur l’affaire Bettencourt, haro sur l’affaire Tapie ! Enfumage médiatique et acharnement de magistrats roses et rouges sur de vieilles lunes, pour faire oublier au présent les nombreux édiles socialistes menacés ou réellement condamnés. Au point que la transparence de la manœuvre -viser et abattre Sarkozy- en devienne obscène, que l’on finisse par se prendre d’amitié pour ce dernier et pour Tapie. Ne serait-ce que parce que la faute est aux textes sur le financement des partis, qui devraient être, au lieu de pseudo-moralement contingentés, absolument libres et publics. Par ailleurs, quand on sait combien Tapie fut spolié à l’occasion de la nationalisation du Crédit Lyonnais (l’une des plus grandes banque mondiales, ainsi dévastée, et dont les archives ont opportunément brûlé) on parviendrait à prendre fait et cause pour lui. Peut-être, « en bande organisé », a-t-il pu infléchir son dossier et bénéficier d’un arbitrage et d’un remboursement indus, il n’en reste pas moins que ce qui n’est peut-être pas un vol d’un particulier aux dépens de l’Etat, est passible du pénal quand le vol institutionnalisé et permanent de l’Etat et de son oligarchie à l’encontre des entreprises et des individus est sanctifié au nom du mythe coûteux et contreproductif de la solidarité sociale.

      Car la pieuvre, outre des bras policiers et pénaux, à de longs bras fiscaux et sociaux. Une fiscalité à plus de 50 % qui est un flagrant désaveu au droit de propriété tel qu’inscrit dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ; une dépense publique (57% du PIB) qui croit sans cesse ; un déficit public qui, malgré les véreuses promesses, se creuse à 3,7% ; une dette abyssale creusant le dos de chaque citoyen vivant et à naître ; une courbe du chômage qui ne se s’inverse pas (sinon au moyen d’emplois de fonctionnaires, d’emplois aidés, d’artifices statistiques, grâce à des changements de catégorie) ; un exil entreprenorial exponentiel ; un travail au noir incommensurable… Sans compter le contrôle fiscal, dont on se demande parfois s’il est, moins que comptable, politique. Un projet de loi fiscale (n°1011) est à cet égard éclairant : il prévoit d’autoriser à recourir « à tout mode de preuve, y compris illicite », pour pratiquer l’inquisition. Notre Etat aurait donc tous les droits, y compris illicites ? Jusqu’à ce que la tyrannie devienne licite au vu de tous.

      La « police de la pensée[4] » voit ses bras fourmillants lui pousser de partout. Il y a une pensée correcte, progressiste et sociale, de gauche, keynésienne et multiculturelle (y compris si ce multiculturalisme est offert à une monoculture rétrograde, intolérante et criminelle). Il y a des pensées dites « populistes », « néo » ou « ultralibérales », qui ne méritent que le mépris et la stigmatisation. Les lois Pleven, Gayssot, Lellouche et Perben, ces lois mémorielles, permettent à des associations comme SOS Racisme, voire d’obédience islamiste, de jeter devant les tribunaux ceux que la liberté d’expression chatouillerait… Que certaines pensées soient nauséabondes, antisémitisme de Céline ou phrases d’un livre prétendument saint que nous ne nommerons pas, soit. Mais faut-il sonder, les pages, les reins et les consciences devant des tribunaux qui, par ailleurs,  feraient mieux de s’occuper de la réelle criminalité ? Qu’il soit nécessaire de pouvoir, sur un site gouvernemental, « signaler des comportements illicites sur internet », quand il s’agit d’escroqueries ou d’usurpations d’identité, bien. Mais ne risque-t-on pas là de signaler un discours de haine qui n’en est pas un et qui, de plus, n’est qu’un discours ? La haine musulmane -des Juifs, de l’Occident, des libertés- est tolérée, quand la critique de celle-ci est soupçonnée des pires bassesses. Sans oublier que pensée et information ne vont pas l’un sans l’autre. Il ne faut pas dire l’origine ethnique et culturelle de la délinquance, le coût de l’immigration (dépenses sociales sans compter sa délinquance) supérieur de 0,2 % aux gains. Quant aux journalistes qui publieraient des informations sur le consultable patrimoine des élus, ils pourraient encourir jusqu’à deux ans de prison, ce dans la cadre d’un projet de loi sur la Transparence. Risible transparence. Si ce n’était si grave…

 

      Ce n’est plus en ironisant qu’il faudra qualifier la France de dernier état communiste d’Europe. Sa pieuvre étatique s’accommode et s’emmêle des pieuvres délinquantes et théocratiques, ce aux dépens du citoyen et de la démocratie libérale enfuie. Comment briser leurs bras ? Quelle explosion ? Quelle paisible vague de conscience et de libertés ? À cet égard, Friedrich Hayek, toujours judicieux à l’encontre du planisme constructiviste, conseillait : « Il vaut mieux créer des conditions favorables au progrès que faire des plans de progrès[5] ». Reste qu’entre peste brune des partis d’extrême droite, peste rouge et rose des socialismes et communismes, pestes vertes de l’écologisme et de l’Islam, la pieuvre constructiviste s’étale comme hydre de Lerne aux bras lourds et sans cesse renouvelés, complices ou concurrents, tous cependant ligués contre la démocratie libérale…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Friedrich Hayek : La Route de la servitude, PUF, 2010, p 49.

[2] Leo Strauss : Nihilisme et politique, Rivages, 200, p 92.

[3] La Démocratie libérale, sous la direction de Serge Bernstein, PUF, 1998,  p 915.

[4] Pour reprendre la formule de Georges Orwell dans 1984.

[5]  Friedrich Hayek, ibidem, p 170.

 

Vallée d'Engelberg, Suisse. Photo : T. Guinhut

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28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 08:17

 

Lucrèce : De la nature des choses, traduction de Lagrange, Bleuet, Paris, 1795.

Lucrèce : De la nature, Les Belles Lettres, 2019.

Constant Martha : Le Poème de Lucrèce, Hachette, 1865.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 La République des rêves VIII.

 

 

  De natura rerum.

 

Incipit.

 

 

 

En trois jours, à peine le soupçon d'une seconde, l'explosion fusée des idées, le chaos jazzé de l'esprit, le relecture de hasard de fragments du De rerum natura de Lucrèce... Il voit surgir dans sa tête à Bordeaux, dans ses photographies, les éléments et la terre, les particules et les matières, les eaux, le feu, la pierre et la glace, l'animalcule en bouillonnement et en vol, le regard d'homme sur ses pattes, sa création et sa mort...

 

Mais aussitôt, il voit qu'il est ce satellite lancé vers la connaissance et l’éternité de l'espace, satellite fou et caréné des métaux précieux de sa prétention artistique et intellectuelle, qu'il lui faudrait un temps abominable, une quantité d'informations, d'images et de lieux parcourus, qu'il lui faudrait une sûreté de conception et d'expression, un hasard de trouvailles et de savoir que ses petites promenades régionales étaient loin de lui promettre. Ce serait rien moins qu'une explication déraisonnée et générale de l'univers, la nature entière imagée et rendue visible par des éléments tirés du paysage, comme par un Lucrèce photographe et devant maintenant butiner Einstein, Planck, Hubble, Heisenberg, Gödel, Holbers... L'énormité fabuleuse, l'ambition encyclopédique et grotesque de son projet lui apparaît. Ce n'est au fond qu'une petite folie, le jeu rigolo d'un enfant qui avec trois bouts de bois, un peu d'eau et des pierres, fait une maison, un lac et des montagnes, puis avec une pelure d'aluminium lance une voie lactée au-dessus de cette poignée de bricoles trouvées qui est le monde.

Un De natura rerum à travers les acquis et les perspectives de la physique contemporaine! Cependant il voit se lever dans sa tête le souvenir d'images prises depuis plusieurs années et lieux... Il n'y avait rien avant, et depuis l'espace imperceptible d'une particule de seconde, il y a un projet, une explosion d'images qui n'avaient pas jusque-là de sens.

C'est d'abord une figure visible de la lumière, à la fois ondes et corpuscules, paillettes et lignes fluides semi-concentriques de fragments botaniques jaunes sur l'eau bleue d'un marais côtier. Il retrouve dans les courbes entretissées des hautes herbes la lyre du poète et de l'invocation liminaire à Vénus et à la muse. Il voit le nuage d'électrons autour de son noyau dans l'îlot concentrique de pierres et de gazon sur un étang asséché. Il fige les rochers errants de l'univers dans les anneaux de Saturne des aspérités rocheuses en saillies au-dessus de la mer. Il dessine l'arborescence de l'arbre et de l'algue comme se déploient les innervations fractales d'un organisme. Il révèle la chimie colorée des bactéries sur la peau marécageuse, la levée d'une racine et de ses feuilles rampant dans la vase pour s'en désengager…Quand Lucrèce parle de la mort de l'âme en même temps que du corps, il recueille la statue tombée brisée d'un ange au-dessus d'un cimetière de Job, un maigre Christ de métal à demi recouvert du réseau des chiendents et des mousses du sol, et Julius enfin, en gisant. Pour les phénomènes atmosphériques, il retrouve des vapeurs fluides et compactes, des nuages aux formes parlantes, la pluie, l'éclair et la grêle visibles, le partage de la lumière élucidé par Newton dans l'arc en ciel, ou les quatre soleils sur les couches successives de l'air et de l'eau d'un étang d'hiver, pour les trous noirs entre les galaxies l'entonnoir d'un gouffre vert et nuit dans les calcaires d'un causse… 

Ces images triées et disposées dans une pré-maquette, cahier lacunaire et disparate d'un livre qui devrait en compter six ou plus, ne sont que l'embryon de l'être à venir, être jamais complet, faute de se déployer sur la surface totale du cosmos. Quelques semaines de travail avaient produit dans ses mains ces quelques éclats de pensées et de miroirs... Se mirant en lui-même les feuillets de sa maquette, Camille se demande si son regard cadrant l'intérieur du wagon du wagon de métro bondé et les parois noires, striées de lumières rapides du tunnel sous Paris peut entrer dans la nature des choses. L'appareil photo trouve à chaque regard des mondes d'entrée dans le réel pour son De natura rerum en formation. Des visages des trois ou quatre couleurs semblent dormir secoués sur le plastique orange des sièges et s'éveillent au même signal synthétique, sonore et entêtant, pour se lever et s’agglutiner vers les portes. Il parvient à réunir dans le même plan un homme à barbe et chapelet d’ambre égrainé par le pouce, les yeux noirs aux poches ridées par le poids du henné dans la lucarne d'un tchador immaculé, un asiatique au costume trois pièces étroit sous sa mallette posée contre des cuisses galbées et roses prêtes à danser et un noir aux muscles saillants sur une vaste robe couleur de safran, d'aras et de baobabs. L'éclair du flash n'allume aucune réaction dans leur désabusement hors temps, aussitôt dispersé par l'arrivée à la Gare Montparnasse.

Sur l'inox du couloir mécanique en mouvement, soudain infini dans le miroitement d'individus anonymes aussi vite renouvelés que les générations dans le temps, Camille se repasse son entrevue avec l'éditeur Giampiero Casati. Un homme qui parle avec des précipitations d'enthousiasme et des ralentendi de réserve comme les mammifères de mer soufflant. Barbu, mi-chauve et lunetté de rouge vif sur peau bistre, grasse et gonflée, une chemise de soie moirée blanche et bouffant sur son ventre continental au rythme de ses vastes mouvements, une cravate saumon comme un foc allant de ci de là vers ses interlocuteurs... Après que Camille ait téléphoné à plusieurs éditeurs, dont celui qui avait publié ses Sentiers de Périgord, puis de Quercy et qui se débat dans de mystérieuses restructurations venues d'un groupe de presse d'en haut, après qu'il ait essuyé qui un rire grossier, qui un sermon éclairé du réalisme économique sur l'invendable projet intellectuel affublé d'un décourageant titre latin, qui de rapides fins de non-recevoir visiblement adressés au farfelu de service, seul Giampiero Casati avait désiré le recevoir :

- Complètement fabuleux! J'aime des idées folles comme celle-là. Si Dieu venait me proposer un contrat pour sa création du monde, je m'endetterais! En toute simplicité, jeune homme. C'est beau... J’ai parmi mes clients, collectionneurs et lecteurs, quelques esthètes qui aimeront. Mon programme est bouclé pour cette année. Reparlons dans un an, voulez-vous? De toutes façons, il vous faut ce temps au moins pour compléter. Je prends des photocopies couleurs et vous m'envoyez régulièrement les nouveaux cahiers. Mais c'est un projet cher, et pas vraiment grand public n'est-ce pas? La crise économique, vous savez. Alors je ne ferais rien sans sponsor. Un mécénat d'entreprise ou institutionnel si vous voulez. Et nous démarrons. Et n'oubliez pas! Le doigt de Dieu au plafond de la Sixtine, sur le déclencheur de votre appareil, sinon rien. Oui, je sais, Lucrèce n'y croyais pas. Et nous non plus. Capito ?

Et d'un geste théâtral, fermant sa tirade qui avait repris da capo comme pour un enregistrement contractuel les points clés de l'entrevue, il agita sur les côtés et vers le haut un peigne aussi vermillon que ses lunettes dans les deux moitiés d'une sombre et abondante chevelure autour du vide d'une cosmique calvitie envahissante...

Lucrèce : De la nature des choses, Bleuet, Paris, 1795.

Photo : T. Guinhut.

 

      De couloirs en escaliers roulants, comme rasséréné par le poids de sa responsabilité michelangelesque, Camille a débouche dans la gare avec une heure d’avance sur son train. Il se promène un moment dans l'espace du kiosque à journaux, entre les pages du Monde, du Nouvel Observateur, de Pour la science, d'Investir et de Sexy Charme. Il pense prendre un verre, quand au dessous de lui, parmi les tables en terrasses devant l'enfilade des quais, il entend prononcer plusieurs fois, par une voix parfaitement posée, quoiqu'en train de se casser sous un grasseyement inconnu, son nom: « Monsieur Braconnier… »

      C'est Joss, les traits creusés, un peu vieilli, comme s'il rejoignait soudain son âge, ou est-ce le gris de la lumière ambiante, bien que leur rencontre ne date que de peu de mois...

      - Asseyez-vous avec nous, Monsieur Braconnier. Vous ne connaissez pas Mademoiselle... Enfin, je l'appelle « mon grand caniche italien »...

      Pourquoi pas, se dit Camille, un quart d'heure à perdre, quelque chose à observer. Il s'assied devant Joss et la fille, cheveux tirés par une raide queue de cheval, un maquillage soigneusement peint rouge, blanc et couleur chair sur des traits autrement invisibles, les orbites et la bouche immenses, sans mouvement ni expression, ses pupilles balayant Camille comme avec l'artifice d'un muet mépris. Elle supporte, ou est demi-vêtue d'un étrange tournoiement de bandelettes de tissus crème, comme une momie neuve et en cours d'emmaillotement, qui laisse à découvert le sein gauche, bulbeux et pointu, lui-même fardé de rouge et de blanc. Une robe probablement faite à quelques exemplaires seulement par Mélanie Klein ou Hyoji Yamamoto. Elle n'a pas daigné répondre au « bonsoir » de Camille.

      - Un sacré morceau, n'est-ce pas Monsieur Braconnier? Une professionnelle de la sodomie. Habituellement je lui mets un doigt dans le cul et je remue mon café avec... Non, Monsieur Braconnier, restez assis avec nous. Rasseyez vous. Passons aux choses sérieuses, voulez vous? Vous voilà plus moderne. Gare T.G.V. Paris. Vous êtes dans le vrai. Oui, j'attends mon ami Lecommunal. En toute discrétion, le Premier Ministre Lecommunal. Il arrive de Rennes. Le voyage T.G.V. record de Lecommunal. On en a plein la bouche d’un nom comme celui-là. Ne regardez pas trop autour de vous. La gare est truffée de caméras, de gardes du corps, de Renseignements Généraux, comme un fromage de Mascarpone d’asticots. Nous allons signer avec le Vieux Président le décret de financement d’Euro Urba.

      - J’ai lu cela dans la presse.

      - Je me doutais bien que vous n’étiez pas tout à fait ignorant. Pour vous... J'ai appris. La succession de feu mon frère. Mon regretté frère... Mes félicitations Monsieur Braconnier. Vous faites un peu partie de la famille maintenant. Je peux vous appeler Camille bien sûr… Un début modeste, mais un petit pécule qui ne demande qu'à fructifier. La vidéo promotionnelle Euro Urba sort dans un rien de semaines. Je vous la fais envoyer. Vous allez voir ce que vous allez voir ! Vous allez investir. Et, entre nous, un tuyau : mettez le paquet tout de suite, juste avant la cotation. En quelques heures ça s'envoie en l'air. Un truc à faire péter la bourse. Le big-bang initial d'Euro Urba. Même un atome d'argent ça devient une fortune. Vous en serez.

      - Non, je ne crois pas. Comme je n'ai pas cru pouvoir séparer la vérité de la folie dans ce que vous m'avez déjà dit. Mais envoyez moi la vidéo, je veux voir ça. Vous qui êtes si bien renseigné, vous devez savoir que la volonté de Julius ne me voyait pas précisément faire ce genre d'opération. J'ai d'autres projets.

      - Oui, mais ça n'empêche en rien... Vous investissez rapidement. Et aussi rapidement vous retrouvez la mise pour vos projets. Et vous faites courir le pactole à la corde...

      - Euro Urba ! Vous ne voudriez pas vraiment me faire croire à ça... C'est invraisemblable! cette ville inhumaine et dorée. Vos fantasmes d'économie spéciale, de clonage, d'eugénisme, de drogue pour technocrates sans conscience politique... Tout ce que vous m'avez dit à Job. Un mauvais film !

      - Job? Comment Job ? Ai-je parlé à Job ? Aurais-je déjanté là-bas ? Job, ça n'existe pas. Job est au trou du cul du monde. Nous sommes à Paris. Frankfort. New York, Singapour. Je n'ai pas parlé à Job. Parlons ici sérieusement. Ce projet est rendu public depuis hier. L'apothéose des grands travaux! Vous avez vu les télés, les journaux. Ça existe solide. D'ailleurs, pour l'opération, je reprends mon nom de départ. Conception de projet, lobbying financier et maîtrise d'œuvre. Joseph Roche-Savine. Un nom pareil ça fait terroir, ça inspire confiance. Vous avez du mal me comprendre, Camille... Euro Urba est un projet parfaitement sain et rôdé. Légalité, Clarté et Vertu Sociale, c'est ma devise et celle du groupe. Un investissement immobilier dans un paradis fiscal intraterritorial et garanti par l'état. Mieux que les privatisations. Avec des fonds venus du Ministère de la Ville et des Travaux du Millénaire bientôt rebaptisé France Urba, des banques suisses, monégasques, caraïbes et panaméennes. Des banques qui ont toutes pignon sur rue. Tout ça garanti par la Caisse des Dépôts et des Consignations.  Sans parler bien sûr de l’aspect éthique du projet directement inspiré de la pensée de notre grand et regretté philosophe, ce cher Léo Morillon, que vous avez connu, si je ne me trompe. Justice sociale, crèches communautaires, totale égalité des chances dans l’éducation, bourses à tous les projets collectifs de développement économique, communautarisme sexuel, prospérité garantie, et caetera… Bien sûr, dans une première phase, les élus qui viendront animer Euro Urba seront sélectionnés sur des critères précis, quoique leurs candidatures puissent venir de toutes les classes sociales, y compris très défavorisées, toutes couleurs de peau, de religion et de sexualité confondues. D’autres achèteront chiément cher leur droit à la vie Euro Urba. Vous avez lu ça, comme nous tous, enfin d’autres l’ont lu pour moi, du moins son embryon conceptuel, dans le célébrissime bouquin de Léo : La Cité responsable. Un pavé d’un demi millier de pages, comme une choucroute au jarret gras, qui plombe l’estomac rien qu’à le regarder. Alors, Camille, tu en es, sacredieu ?

      - Non, décidément je ne crois pas. Qui êtes vous donc, Monsieur Joss José Joseph Roche-Savine? La façade du grand prêtre de l'immobilier privé, l'asso­cié des grands pontes de l'état socialiste, l’avorton monstrueux de Léo, ou l'énervé de Job?

      - Joseph aujourd'hui et maintenant. Une des plus belles sociétés de bourse à moi tout seul. Avec un fabuleux paquet d'obligations sur l'état, les villes et les collectivités locales... Un gestionnaire de fortunes si vous voulez. Un investisseur de portefeuilles en bourse. Et le grand manitou de Concorde Immobilier. Et bientôt peut-être le patron d'un club de football qui monte. De la pierre et des jeux! Je passe seulement à la grandeur supérieure en lançant le titre Euro Urba. J'ai assuré mes assises en m'envolant avec l'emprunt Giscard en 81. 15% en quinze jours! Et en 83, un rendement boursier moyen de 56%. On peut me confier un portefeuille en toute sérénité, vous voyez. Aujourd'hui mes actifs travaillent au chaud sur les marchés du sud-est asiatique. Les bourses de Hong-Kong, Kuala-Lumpur et Philipines. Jusqu'à 143 % de bénéfice. Voilà pourquoi le gouvernement soutient le bébé Euro Urba. La première pierre sera posée un an jour pour jour après l'introduction du cours en bourse. Et le chantier sera bouclé en deux ans. Un titre hautement spéculatif voyez vous...

      - Vous oubliez les élections législatives… Et si, dans deux mois, la majorité socialiste est renversée à l’Assemblée ? Si le gouvernement de Lecommunal est remercié… Si le Vieux Président doit nommer un nouveau Premier Ministre parmi ces Républicains qui s’opposent à Euro Urba ? Que devient ce beau fantasme à tête d’or et  griffes de fer…

      - « À griffes de fer » ! Comme vous y allez…  Aucune confiance donc en la pureté des intentions d’Euro Urba. Seriez-vous républicain pour nous vouer aux pavés de l’enfer ? Non. Il y a d’ailleurs quelques Républicains éclairés autant que réalistes pour accorder foi à la viabilité économique d’Euro Urba. Quand le capitalisme apporte son concours à la réalisation socialiste, il ne peut y avoir de lendemains qui déchantent. Une telle synthèse est imparable.

      - Justement d’autant plus dangereuse, absolument totalitaire.

      - Quant aux élections, aucun risque. Les sondages, quoique pas faramineux, pour le sel du suspense, nous sont totalement favorables. Le gouvernement Lecommunal sera plébiscité et reconduit comme une lettre à la poste. Et vous, Monsieur Braconnier, qui vous êtes pour que je vous parle? A moins que vous puissiez me faire un livre de photos sur le chantier Euro Urba ? Pas un machin de pub. J'ai des dizaines de pros pour ça. Un truc d'artiste ? Qu'en dites vous Monsieur Camille?

      - Je ne crois pas que je veuille faire ça. De toutes façons, il me faudrait des garanties.

      - Vous les aurez.

      - Et morales également.

      - Voyez donc, à Bordeaux, mon bras gauche, le Duc d’Urba Aquitaine : Martial Lespinassières.

      - Lui !

      - Comment ? Vous le connaissez, évidemment.  Tout le monde le connaît à Bordeaux.

      - Non. Oui… Du moins… J’ignorais même qu’il était sorti de prison.

      - Broutilles. Une petite année de purgatoire. Vous voyez qu’il sait être d’une discrétion exemplaire. Il n’était pas nécessaire qu’il apparaisse encore dans la presse. Il n’a d’abord été qu’une précieuse éminence grise. Agissant par hommes de paille interposés. La pincée d’années qu’il a passé dans mes placards à balais, sous un nom d’emprunt, et sous une physique apparence qui vous surprendra, fut profitable. Ses talents doivent maintenant lui permettre d’apparaître au grand jour, tel qu’en lui même. Ce poulain est devenu un percheron d’apparat.

      - Je suis curieux de le voir dans cette métamorphose.

      - Faites-vous toujours vos petits livres sur le paysage ? Faites nous une bricole sur l’Aquitaine, en attendant de pouvoir mitrailler Euro Urba, et Martial saura financer une réalisation de prestige.

      - Non. J'ai d'autres horizons.

      - Lesquels ?

      -Un De natura rerum. Illustrer le poème de Lucrèce avec des éléments du paysage et du monde, vus à travers les acquis de la physique contemporaine. Une interprétation photographique de l’univers…

      - Connais pas. Enfin… Vous manquez pas d’air ! Et à qui vous allez vendre ce bazar ? A des rêveurs sans un pet de liquidités… Il vous faudra photographier Pékin, Disneyworld, le bunker de la Maison Blanche, le puceron de Patagonie et l’anus de mon grand caniche italien. Sans oublier Euro Urba. Tout de même, vous avez commencé avec Job. C’est pas rien.

      - Il s’agit plutôt de traiter le monde par la métaphore, l’ellipse et le détail philosophiquement signifiant.

      - Vous êtes un drôle de gugusse, finalement. Jamais vu un type pareil. Ou vous êtes dingo, ou… Voyez tout de même Lespinassières avec ça. Il en fera quelque chose. Je gage que ce Bordel Photo Urba aurait séduit Léo Morillon le phraseur. Qu'est-ce que vous photographiez comme ça, Camille? Ah, cette loque sous-humaine dans son carton d'emballage à dormir dans sa barbe sale au milieu des détritus du par terre du forum de la gare. On laisse ça à quinze pas de nous... Jusqu'à ce qu'on vienne le déménager. Du déblai. Un maghrébin visiblement. Sans abri. Vous inquiétez pas. J'ai des amis à S.0.S. Racisme et au Ministère du Logement. On va s'en occuper. Avec la solidarité. Les associassions caritatives. On va changer la vie. La fonction sociale des futurs bénéfices d'Euro Urba... Vous n'êtes pas bavard Monsieur Braconnier. Vous restez sur le qui-vive. Une tête de cochon. J'aime ça. On fera quelque chose de vous. Tenez, qu'est-ce que je vous avais dit? Les vigiles sont sur lui. Ils le débarrassent comme une poubelle-container en carton recyclable. Sécurité et propreté publique. Vous avez perdu votre sujet. Photographiez plutôt mademoiselle mon grand caniche italien. Mon mannequin de la semaine. Une sucette de luxe. De la tenue. Encore moins bavarde que vous. Une perfection. Motus.

      Sous l’objectif de Camille, elle prend désabusée quelques poses de port de tête, de sein et de menton. En un réflexe seulement professionnel, ses lèvres s'avancent en un dédain de baiser adressé au reflet fixé sur la pellicule aussitôt enroulée.

      - Bien. Merci pour cette petite tranche d'images et de conversation, se lève Camille. Mon train doit être à quai maintenant. Bonne soirée.

      - Bon voyage Camille. Et n'oubliez pas Euro Urba. Les actions...

 

Thierry Guinhut

Extrait d'un roman à venir :  La République des rêves

 Une vie d'écriture et de photographie

 

Lucrèce : De la nature des choses, traduction de Lagrange, Bleuet, Paris, 1795.

Photo : T. Guinhut.

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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 18:18

 

Forêt domaniale du Bois Henri IV, La-Couarde-sur-mer, Île de Ré.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Arno Schmidt, marcheur de l’immortalité :

 

On a marché sur la lande,

 

Tina ou de l'immortalité,

 

Goethe et un de ses admirateurs.

 

 

 

 

Arno Schmidt : On a marché sur la lande,

traduit de l’allemand par Claude Riehl, Tristram, 384 p, 25 €.

 

Arno Schmidt : Tina ou de l'immortalité,

traduit de l’allemand par Claude Riehl, Tristram, 128 p, 11,43 € ;

 

Arno Schmidt : Goethe et un de ses admirateurs,

traduit de l’allemand par Claude Riehl, Tristram, 64 p, 10 €.

 

 

 

 

      L’étrangeté d’Arno Schmidt (1914-1979) a encore frappé. Il est un de ces rares écrivains dont on peut dire qu’il marche littérairement sur la lune. Il lui suffit d’arpenter la lande, son paysage fétiche, son désert hors du monde, son poste d’observation caustique au-delà et dessus de nos sociétés. Aussi étrange qu’un sol lunaire, elle essaime l’œuvre entière. Il suffit de se rappeler les Scènes de la vie d’un faune,[1] pour y voir gambader l’auteur qui échappe à la vigilance nazie en reprenant la cabane oubliée d’un déserteur de l’armée napoléonienne. Une fois de plus, la lande est la métaphore d’un espace vide, abstrait, en retrait, d’où regarder l’humanité s’agiter en son désordre. Mais aussi lire Goethe et imaginer immortalité.

 

 

       « Fieffé satiriste », comme le qualifie sa compagne Herta, Karl, le narrateur d’On a marché sur la lande, associe à une chronique des années de rationnement parmi de frustres habitants, une intrusion fantasque chez les puissants de la Maison Blanche et du Kremlin rouge. Peu à peu, pour tromper l’amertume et l’ennui de celle qui l’a convié chez sa tante Heete, véritable phénomène dialectal, il échafaude, alternativement avec les paragraphes domestiques et leur rançon d’incompréhension, de dialogues maladroits, acerbes ou affectueux, de réconciliations, un autre étage du roman -comme on parle d’étage d’une fusée. C’est du haut d’une lune imaginaire que se déploie la vision d’une terre apocalyptique, atomisée au cours d’une guerre froide devenue brûlante. Et tout là-haut, en Sélénites nouveaux, Américains et Soviétiques, toute une société de savants et militaires dévoués aux cosmonautes, reprennent depuis leurs bases autour de « Mare Crisium » une nouvelle guerre froide grâce à leurs « scie=ences fusiques »…

      Sans cesse, en funambule littéraire aussi à l’aise qu’insensé, Arno Schmidt se joue du langage et du monde qui l’entoure en ironiste distingué, caustique et réjouissant. Grâce à ces paragraphes discontinus introduits par quelques mots en italiques, la narration se fait bondissante et détentrice d’une liberté folâtre, irrépressible. La langue parlée envahit le discours (« kekchose »), les onomatopées roulent, les néologismes jubilent (« un plaisir diésélique »), les mot-valises pullulent (« ça batracoassait ferme »)… On devine la performance du traducteur perpétuellement aux prises avec la languomanie de l’écrivain: « ptêtre suis=je expressément aménagé par mère=nature pour être 1 récipient pour les mots, dans lequel on essaie, mélange & com=bine en permanence. » Plus d’une allusion à Joyce se glisse par là…

      On a marché sur la lande, publié en 1960, est le dernier et le plus impressionnant  roman avant les tapuscrits géants. Si l’ambition, l’ampleur, la dimension tous azimuts y gagne, peut-être y a-t-on perdu au passage cette folle vivacité romanesque qui ajoutait au bonheur de Léviathan, de Tina ou de l’immortalité ou de La République des savants. Ce dernier roman, également science-fictionnel, évoquait lui aussi la rivalité soviéto-américaine, mais sur une île artificielle : celle d’une utopie où l’on réunissait dans une parodique rivalité savants et agents secrets des deux nations mégalomanes. Devenue folle, l’île se mettait à tourner sur elle-même. Dans On a marché sur la lande, l’utopie est lunaire : l’écrivain est « dans la lune » certes, mais il n’en sonde pas moins les folies, les mobiles et les possibles des hommes… Sans compter qu’une autre utopie, amoureuse celle-là, traverse le roman, avec l’aide d’une Tante Heete prodigue en attentions et conseils destinés à raviver leur entente sexuelle, pour que, peut-être également, Herta suive Karl et notre écrivain parmi les méandres et les fusées de son esprit créateur.

      Longtemps, l’œuvre d’Arno Schmidt, à été négligée en France. Fort heureusement les éditions Christian Bourgois, puis Tristram ont relevé le flambeau pour nous offrir les Miroirs noirs, Histoires, Cœur de pierre et autres Vaches en demi-deuil, afin de donner un goût de lande, de faune et de lune à nos bibliothèques qui, sans lui, ne pourraient maintenant que s’ennuyer un peu.

      Chimère ardemment poursuivie depuis l’antiquité, l’immortalité littéraire est cependant  le gage d’une bibliothèque réussie. Vaut-il mieux alors, pour y entrer, être un sérieux auteur abscons ou un facile histrion génial ? Proust ou San Antonio ? Quant à l’Allemand Arno Schmidt, réputé pour un écrivain difficile, le sort parait réglé. Pourtant lire Tina ou de l’immortalité permet d’entrer dans son univers avec une aisance insoupçonnée. C’est une nouvelle d’à peine cinquante pages, dont le défaut ne réside que dans brièveté, dans cette sensation de trop peu, de soif de lire encore, de poursuive le fol destin de ses immortels. Heureusement Goethe et un de ses admirateurs permet de prolonger avec brio le propos, en ressuscitant un autre immortel…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Si l’on en croit les pompeux commentateurs, les grands auteurs sont immortels. De Goethe au plus médiocre plumitif, tous visent cette éternité de l’esprit post mortem. Jusqu’à la vanité de l’académicien qui prétend, une fois élu, accéder au rang des « immortels ». Cet état est sans doute des plus délectables… Mais chez Arno Schmidt, bien entendu, la chose ne se passe pas avec une telle naïveté : rien de plus barbant que d’exister encore à travers la pérennité du nom.

      Grâce à la délicieuse Tina, le narrateur -alter ego implicite de l’auteur- est initié à cet enfer qui paraîtrait une sinécure si l’on n’y tenait une comptabilité pointilleuse. Une fois morts, les écrivains sont reçus par une administration zélée qui ne manque pas de repérer toute apparition d’un nom dans un journal, dans une thèse, dans un livre, sur une tombe, ou sur le moindre confetti perdu dans les archives ou dans un grenier : « Chacun est damné à vivre ici-bas aussi longtemps que son nom apparaîtra sur terre sous une forme acoustique ou optique ». Enfin bienheureux, l’un des condamnés à l’immortalité verra un incendie consumer la dernière mention de son nom. Mais pour l’essayiste, le poète, quelle déception si un critique avisé retrouve son œuvre, son pseudonyme alors qu’il était sur le point d’accéder à la disparition, à la paix de l’oubli. Etrange et paradoxale eschatologie…

      L’humour est parfois grinçant, bardés de discrètes allusions politiques, quand les hommes et femmes de lettres sont logés dans de « vastes baraquements », des « maisons des communautés rurales », des « camps ». Ou plus léger quand il s’agit de persifler contre les mœurs de l’édition et du lectorat : « rien que lors de la Foire de Francfort, il y a eu 12000 nouveautés », ou encore : « ma meilleure vente, le Léviathan paradait à 902 exemplaires ». Tina, quant à elle, soupire : « Enfin 90 pour cent de mes romans sont déjà passés au vieux papier – t’avise surtout pas d’en lire un ! – ». Ce n’est pas encore demain que ces deux-là passeront « les quelques marches qui mènent au néant »…

      La « foire aux vanités » est irrémédiablement moquée. Le burlesque donne un ton particulièrement savoureux à ce qui, mine de rien, est un conte philosophique pas si loin de Voltaire, avec son content d’au-delà merveilleux bafoué. A moins qu’il ne s’agisse de la trace romanesque d’une crise existentielle : Arno Schmidt douterait-il de son œuvre singulière, de son immortalité, au point de les récuser ? L’exercice d’ironie est d’autant plus méritoire que l’écrivain pratiqua sans  vergogne la biographie (sur l’auteur d’Ondine, La Motte Fouqué) et l’insémination autobiographique en ses récits, perpétuant ainsi d’autant plus les noms et les vies.

      Il s’agit évidemment d’une désillusion métaphysique. Les dieux, qui accordaient au travers des Muses l’inspiration et recueillaient les corps glorieux des poètes, ne sont plus. La grandiloquence de l’immortalité n’est plus qu’une prérogative, qu’une fiction humaine, donc faillible, peu à peu désagrégée dans les mémoires et la paperasserie, toutes deux corruptibles et éphémères.

      Une fois de plus, après la satire des artistes de tous poils et de toutes plumes dans La République des savants, la caste des faux écrivains courtisans a de quoi s’inquiéter, si même les plus solides ne rêvent que d’effacer leur trace de l’Histoire. De même, dans les trois récits de Léviathan, Arno Schmidt ne craint pas d’arracher aux idéologies totalitaires ce qu’il arrache aux prétendus immortels : les plumes de paon de leur vanité.

      En une sorte de contre miroir, le plus bref encore récit intitulé Goethe et un de ses admirateurs, ressort de la naphtaline le cadavre prestigieux, impressionnant du grand écrivain tutélaire de l’Allemagne : ne dit-on pas, par antonomase, la langue de Goethe ? En on ne sait quelle contrée science fictionnelle, on a trouvé comment ressusciter les morts. Mais une fois par siècle, pour une seule journée. Ainsi l’Académie des Arts et des Lettres » confie à un professionnel, Arno Schmidt en personne, l’honneur insigne de guider l’auteur du Faust parmi notre monde, neuf pour ce dernier. L’on peut alors compter sur l’humour de notre écrivain pour nous surprendre, en nous présentant un Goethe plus curieux des bonheurs de la dive bouteille et des plaisirs lascifs que de ceux de la pensée philosophique… « Le Grand Old Man avec des yeux cuités au Bordeaux » n’est pas vraiment politiquement correct. Il reste cependant inquiet de sa popularité, ce à quoi il lui est répondu : « Quelle idée : un poète « vivant dans le peuple ». Dieu sait si nous pouvons nous estimer heureux quand les intellectuels se souviennent encore de nous. »

      L'on apprend au passage, guère surpris, « combien d’Allemands, sur la seule foi d’une rumeur, s’étaient proposés pour servir de guide » à la « sortie d’Hitler » ; combien de guides, pourtant spécialistes, se sont trouvés incompétents et moqués par leur honorable revenant. Situation fort cocasse. Sans oublier la narration folâtre et facétieuse, la dispersion du récit en paragraphes discontinus, comme de caustiques points de suspension, qui contribuent à la désacralisation de la littérature, cependant efficace en la langue aux registres divers et inventifs du nouvelliste.

 

      Arno Schmidt souhaitait-il pour lui-même cette immortalité rompue, cette brève et secrète palpitation de gloire, coquetterie de ce solitaire un rien bougon, suivie par l’oubli réparateur ? Autodérision certes, légèreté salutaire sûrement, mais aussi peut-être un regret : que les auteurs les plus fabuleux, au premier chef desquels Goethe, soient momifiés par la postérité. Et pas lus comme s’ils jaillissaient tout jeunes de la cuisse jupitérienne de la littérature. Que le joyeux drille bourru de la lande de Lunebourg se rassure, c’est ainsi que nous le lirons…

 

Thierry Guinhut

Augmenté à partir d'un article paru dans Europe, novembre-décembre 2001

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 12:06

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Martin Amis,

 

un Chien jaune satiriste en guerre contre le cliché.

 

 

Martin Amis : Chien jaune, traduit de l'anglais

par Bernard Hoepffner et Catherine Goffaux, 498 pages, 22,50 € ;

 

Guerre au cliché, essais et critiques 1971-2000, traduit

par Frédéric Maurin, 512 pages, 27,50 €, Gallimard.

 

 

 

      « Money »… Non, ce n’est pas la célèbre chanson des Pink Floyd, mais un roman de Martin Amis, contempteur déjà légendaire des bassesses contemporaines. L’anti-héros de Money[1], trop bien nommé John Self, est un analphabète narcissique le plus souvent frappé de nullité. Comment s’en sortira-t-il ? Mais par la quête du Fric et du Sexe, ces grand dieux de l’humanité de tous les temps, et finalement par la dérision, cette revanche du pauvre en esprit. Dans le droit fil de cette veine, avec Chien jaune, les mœurs de l'Angleterre contemporaine sont une fois de plus saccagées par l'impitoyable satiriste. Qui nous offre du même coup des perles de fiel avec un livre réunissant ses critiques, guerroyant contre le cliché.

 

      Martin Amis fait-il alors profession de mauvaise humeur ? « Chien jaune » est en effet une expression anglaise qui signifie quelque chose comme « sale type ». Entre les êtres mous ou violents qui parsèment son dernier roman et les coups de pattes parfois sanglants qu'il adresse aux écrivains brocardés dans Guerre au cliché, le romancier, gentleman dérangeant des lettres, paraît se délecter dans la boue de l'humanité qui nous entoure. Il ne nous épargnait pas son dégoût jubilatoire dans ses romans précédents, de Poupées crevées à Réussir[2] ; mais il en remet une louche, torrentielle, pimentée.

      Un trio peu ragoûtant tient les rênes de cette fiction qui jaillit du sordide réel des rues, des journaux et des télévisions. Au détour d’une poignée d’histoires entrelacées, chacun est l'incarnation d'une pathologie sexuelle autant que mentale. Xan Meo, « l'artiste universel », affligé d'un « satyriasis post-traumatique » devient un impénitent de l'érection et de la copulation. Au point que sa femme Russia se dise : « Je n'ai donc obtenu deux diplômes et étudié l'histoire qu'à seule fin d'être violée dans une grotte ». Clint Smoker est un frimeur, un « crétin à fort QI », un pisse-copie d'un tabloïd à succès, bourré de scandales et de « meufs de lecteurs » dénudées, alors qu'il dissimule un pénis minuscule. Ce « merdique du gourdin » prétend aller enquêter « dans la métropole borgésienne de la pornographie ». Quant au roi Henri IX, fantoche sans envergure, il est réveillé de son apathie sentimentale et sexuelle par un chantage : une vidéo montre sa fille, la princesse Victoria nue, du haut de ses quatorze ans, dans sa baignoire. La voilà qui veut se convertir à l'Islam, ou abdiquer. L'intrigue permettra de croiser les personnages dans une conflagration de vulgarités.

       Car « l'obscénification » est sans cesse au rendez-vous : « le genre dominant en ce moment, c’est incontestablement la Baisetruction ». Au point qu’ « à l’ouest était venu se poser un soleil couchant criard, et même carrément porno ». Ce pour figurer, stigmatiser et conspuer une civilisation ravagée par le retour de la violence et de l'inceste primitif. Où trouver l’innocence, si elle a jamais existé ? En un monde que l'écrivain doit au moins secrètement remercier pour le plaisir renouvelé de jouer d'une ironie polymorphe, avec un style bourré d'inventions...

 

Amis Money-copie-1

     

Martin Amis écrit en effet comme on dessine une bédé trash et ludique. Indubitablement il est à l'écoute des métamorphoses de la langue. Celles que lui fournissent les circonvolutions de son imagination dynamique, mais aussi celles empruntées à la rue, à l’argot, aux discours officiels et compassés de la royauté, aux grossièretés scatologiques des canards salaces dont le public est « le branleur au chômage », jusqu'aux SMS (« tous 2venus 5gl&s »)... Même si, comme un chewing-gum trop longuement mâché, le récit s'étire parfois mollement, ce « tas de dégueulis dans le caniveau » est jubilatoire et monstrueux. Que voilà un miroir jaune de crasse physique et morale jeté à la tête du lecteur ! Ce dans la tradition avouée (par notre journaleux qui signe « Chien jaune », et alter ego de l’auteur) des grandes plumes du XVIIIème anglais : Jonathan Swift et Henry Fielding, satiristes hors pair. Sans hésiter à interroger la mission de l’écrivain : « Tu veux dire que tu flattes bassement le lecteur. (…) Une sorte de pan-insignifiance. Et tu sembles souscrire à diverses fictions polies sur les hommes et les femmes. (…) Comme si toute hostilité avait disparu, et que nous buvions tous le lait de la tendresse humaine ».

Si le politiquement correct qui propose au moyen de «  fictions polies », une vision lénifiante et par là menteuse, dangereuse, de l'homme et du monde peut être considéré comme un cliché, alors Martin Amis ne commet dans ses romans pas le moindre cliché, ce péché mortel de l'écrivain auquel la postérité ne fera pas grâce. C'est ainsi que dans ses critiques, il balaie non sans pertinence et d'un perfide revers de phrase Norman Mailer, accusé d'écrire comme « un écrivain condamné à verser une pension alimentaire de 500 000 dollars par an ». Même s'il est très probablement injuste avec Philip Roth dont il pointe « la bêtise croissante » et « la migraine littéraire », nous n'aimons rien tant que de chercher les perles de fiel dans un pavé qui réunit trente ans de critique et se termine en feu d'artifice, lorsqu'il rend hommage à « Cinq grands livres » : ceux de Cervantès, Jane Austen, Joyce, Saul Bellow et Nabokov.

 

La bonne humeur littéraire, enfin au programme, devra-t-elle alors s'appliquer à Martin Amis lui-même ? Pourtant, la réjouissante flèche de l’ironie ne cache-t-elle pas un désabusement du monde contemporain, de la veulerie du temps et des mœurs désertés par le raffinement de la culture. Mieux vaut en rire. Il reste avec Chien jaune un immense romancier satiriste et picaresque, reconnaissant, par la voix de son Clint Smoker, sa dette envers Swift et Lolita, même s'il n'est peut-être pas ici à la hauteur de L'Information ou de La Flèche du temps, ses précédentes et plus grandes réussites...

Thierry Guinhut

A partir d'un article (ici augmenté) publié dans Le Matricule des Anges, février 2007

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Martin Amis : Money, Money, Mazarine, 1987.

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22 juin 2013 6 22 /06 /juin /2013 13:18

 

Parador Monasterio de Santo Estevo, Galicia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

La Bibliothèque du meurtrier.

 

Roman V

 

 

 

L’Hôtel-Monastère Santa Cristina.

 

 

 

 

 

 

      Allan Benetesta savait attendre le moment parfait : là où il avait trouvé le lieu parfait. La vue sur les Pyrénées alpestres était sans ombre, et cependant fraîche ; entre ses doigts, la flute de champagne blond laissait échapper ses bulles parmi la quiétude de l’évaporation du temps. Sur sa table de cèdre de la terrasse, exposée au magnétisme solaire d’altitude, attendaient un bloc à croquis et son étui miniature aux pastilles d’aquarelle, mais aussi un cahier de cuir précieux et son stylo à plume Mont blanc prêts à faire feu. Comme dans sa vaste suite aux murs de calcaire, aux meubles profonds et aux draps purs, attendait une toile vierge aux dimensions honorables, auprès d’une boite profuse d’huiles de couleurs.

      Autour de lui, l’Hôtel-Monastère Santa Cristina, bâti face à l’est matinal, érigeait sa tranquille solidité. Le cloître de brique rousse, couvert d’une haute verrière du meilleur goût, avait adjoint à son austérité séculaire des canapés de chintz, des fauteuils club. Sa chapelle au retable chargé d’or et de martyrs baroques hébergeait parfois des concerts de musique de chambre. Aux cellules intimes comme des boites à bonbons, on avait adjoint des suites faites pour le confort de maintes dignités épiscopales et  hédonistes. Aucun des tableaux aux formats grand aigle chargeant les murs des habitations et des couloirs silencieux n’étaient autre chose que des reproductions plastiquement modestes, et cependant suffisantes (sans cette aveuglante authenticité qui autrement eût infligé une trop terrible beauté), reposantes, des abstractions intensément colorées de Rothko, doucement stimulantes pour la vacuité d’une claire méditation.

      Des salles de conférence discrètes, des bureaux suréquipés, hébergeaient de loin en loin des réunions confidentielles, des conclaves de pouvoir et de décision. Quelque part, auprès de l’ombre de l’ancienne infirmerie, un fumoir aux fauteuils colossaux et aux cigares exotiques et fruités gardait le secret de ses effluves et de ses conversations, bien sûr recyclés, par d’invisibles canalisations, dont Allan, abstinent précautionneux, se gardait bien de vérifier les prodiges dangereux.

      Plus clair était le restaurant, car toujours avec vue sur le prodigieux carrefour de vallées et de cirques montagneux, lambrissé de bois pâle, ornée de tableaux botaniques, dont l’espace ménageait parfois des alcôves intimes, offrait une carte sans cesse renouvelée : crustacés craquants, salades de poulpes au citron, cochonnailles exquises, truffes et Rioja, poissons lumineux, légumes jaillis de leur écrin de fraîcheur, viandes dont la tendreté savait excuser le sacrifice d’innocents quadrupèdes et volatiles, pains parfaits, gâteaux et glaces aux couleurs plus prodigieuses qu’une palette de fresquiste, qu’un nuancier de brodeuse. Le buffet du petit déjeuner, dans l’ancienne salle capitulaire, était chaque nouveau matin une collection de fruits en paniers, de thés et de mokas, de jambons et de fromages, de tartines croustillantes et de pâtisseries bombées, de crèmes et de miels.

      Quant aux cuisines et services divers, ils étaient discrètement situés en contrebas de l’immense terrasse, là où s’agitait avec paix et compétence un personnel toujours déférent lorsqu’il apparaissait avec ponctualité aux étages supérieurs. Le reste de la province, de l’Espagne, les frontières plus ou moins abstraites, étaient loin. Au-delà d’une poignée de chaînons montagneux acérés, au-delà d’un plateau semi-désertique, se brusquait un rempart de granit et de gneiss aux tourelles instables, aux glaciers épars, derrière lesquels agonisait une France tenue d’une main de rouille par une mafia populiste corrompue. Seuls des fournisseurs diligents franchissaient le poste de garde (armé comme de juste) et la route privée qui conduisait au havre de Santa Cristina ; sans compter des clients jamais trop nombreux, cependant suffisants, qui semblaient s’être en confidence passé le nom, les coordonnées GPS et les privilèges, certes légèrement onéreux, de l’Hôtel-monastère…

      Ainsi, Allan Benetesta avait écarté les gens désagréables : sa famille, unités incultes, braillardes et importunes, que le Temps, la Faux, la distance avaient soufflées, une civilisation européenne, sinon mondiale, gangrénée par la délinquance, les religiosités fanatiques, les ordonnances étatiques incohérentes et semi-totalitaires.

      Mais au-delà d’intimes salons qui parsemaient de loin en loin les carrefours, ces derniers, invariablement, et pour le ravissement continu de notre parcimonieux héros, conduisaient à l’antique scriptorium, devenu, comme il se doit, une bibliothèque, quoique, de manière surprenante, presque incongrue, époustouflante. Le Directeur de Santa Cristina, un petit vieillard alerte, lui avait confié qu’il y avait deux ans, un client, choqué qu’on appelât « Bibliothèque », un vaste local aux étagères abyssalement vides, avait offert quelques milliers de volumes à l’Hôtel-monastère. Volumes en espagnol, catalan, allemand, anglais, parfois anciens, ce qui, opportunément, délivrait Allan Benetesta de la tutelle de sa langue maternelle française. D’ailleurs, en ces lieux, on n’échangeait avec lui, seulement si nécessaire, qu’en castillan, même si les langues de Santa Cristina pépiaient, voletaient, bourdonnaient dans la dispersion bienfaisante du silence ambiant.

      Il attendait donc. En toute confiance. Avec le sans poids de l’existence épargnée de toute incongruité. Avec une sérénité limpide que n’affectaient même pas les caprices des saisons, des anticyclones et des perturbations : orages fulgurants, brouillards tenaces, réflexion des couchers de soleil sanglants sur les hautes parois rocheuses, tempêtes neigeuses. Rien qui dérangeait un instant la fraîche douceur de l’atmosphère protégée de l’Hôtel-monastère, rien qui empêchait l’amniotique liquide bleuté de la piscine sous serre d’embrasser avec fluidité les corps qui consentaient à s’y plonger. On pouvait aller marcher sur les sentiers tapissés d’aiguilles de pins, jusqu’aux prairies aux digitales pourpres, jusqu’aux crêtes suraigües. On pouvait aller skier dans d’immenses combes isolées au-dessus et derrière un large ressaut forestier. Car cela faisait déjà deux années (la troisième allait être décisive, pensait-il) qu’il vivait à Santa Cristina. A cet effet, il avait réalisé auprès de son notaire de Zurich l’héritage que ses parents avaient eu la diligence de lui abandonner, un accident d’avion au-dessus d’un putride marécage de Thaïlande et des cercueils muets l’ayant débarrassé de ces ineptes et fastidieuses créatures.

      Il attendait. Quoi ? L’amour ? La conception d’un bref et cependant conciliateur système philosophique ? D’une œuvre d’art immémoriale ? En ce qu’il pensait être le paradis terrestre, il avait fait, dès son arrivée, disparaître une barbe blonde qui menaçait de blanchir, pour exiger de chaque matin le rituel savant du rasage. Ainsi que le soin des aimantes serviettes duveteuses et blanches sur son corps qui venait d’enchaîner une douzaine de longueurs fluides dans la piscine où se reflétait le ciel, quel que fut le temps.

      Il ne recevait aucun courrier, sauf celui, mensuel, de son notaire, ne consultait guère Internet dont l’extraordinaire vélocité ne le tentait que par instant, avait fait bannir de sa chambre aux proportions princières l’écran plat des télévisions, se faisait livrer par intermittences des vêtements, des livres et disques, faisait vœu de silence et méditait en lotus et peignoir sur les planches les plus lointaines de la terrasse, en gardant en bouche un poème de Bashô pendant des heures, sous la giration du soleil et de l’ombre, peignes des sapinières proches, des pelouses intermédiaires, des pics lointains. Un gypaète frôlait la falaise, le torrent en bas bruissait, les cloches des digitales pourpres s’ouvraient. Un jour, un écureuil lui apporta une noisette. Ainsi, l’écrivain miniature polissait de rares haïkus :

 

Un buitre en el aire,

Una rana en el rio,

Tranquilidad del entretiempo.

 

      Trois promenades s’offraient à lui, comme symboliques. Celle qui descendait entre les gorges, glissait entre des roches et des buis qui auraient pu paraître inextricables, jusqu’au promontoire juché à l’aplomb d’une cascade dont le saut de truite et le grondement sépulcral résonnaient entre les murailles forestières. Celle qui, au moyen du pont roman, ouvrait l’éventail des sentiers pastoraux, en direction de lointains névés dont le blanc ne s’éteignait jamais, de cols aux perspectives stupéfiantes, de crêtes déchirantes sur l’air cruellement bleu, soudain bâché de l’ardoise des cumulus orageux. Celle qui, sinuant au flanc d’une falaise aux nuances crémeuses, montait rejoindre vers le sud, par de raides escaliers semi-naturels, une chapelle aride, porte ouverte sur un infini de sierras jaunes, sur un autel de calcaire où séchait un bouquet de fleurettes votives…

      Ainsi, rayonnant autour de Santa Cristina, il manipulait avec méticulosité un appareil photo numérique et sophistiqué, dont il tirait de loin en loin quelques images satisfaisantes. Envoyées à un laboratoire de Barcelone, elles lui revenaient imprimées de manière lustrale et impeccable, en un format flatteur : paysages expansifs de calme,  explosifs de contrastes saturés, plages et graphèmes colorés, impressions zen, lichen aux figures cellulaires, bestiales, anthropomorphiques, scripturales, solaires… La direction bientôt lui proposa d’exposer ses tirages sur les murs de marbre du bar-salon, non sans que suite au succès d’estime, elle les achetât pour qu’ils y perdurent, pour l’étonnement, l’édification et l’adhésion des clients.

      Cependant, Allan Benetesta, conscient de la modestie de ces chefs-d’œuvre au demeurant assez convenus, était plus réservé quant à ses autres productions qui auraient dû permettre de plus réelles ambitions. Ses haïkus tombaient en cendre devant la philosophie exponentielle et compacte du réel alentour. Ses croquis aquarellés se jetaient sans trop de grâce sur le mince vélin de ses blocs dévastés par l’insatisfaction. Quoique une serveuse au sage et modeste minois, apportant son Schweppes tonic, lui fit compliment d’un ébouriffé de peinture qui prétendait faire s’envoler un gypaète barbu. Il pensa néanmoins que cette demi-réussite pouvait être offerte sans honte à la jeune femme surprise et visiblement touchée de cette marque de reconnaissance à celle qui devenait ainsi, au-delà de sa suffisante fonction dans l’Hôtel-monastère, une personne. Lui demandant si elle était satisfaite de travailler ici, elle parut s’illuminer. Oui, elle était bien heureuse, de plus elle logeait dans un de ces mignons studios aménagés dans l’arrière-bâtiment, d’anciennes étables et écuries, s’il voulait, il pouvait la visiter…

      Le peintre aux traits mûrs ne sentait pas prêt à une intrigue avec celle qui lui offrait tant d’yeux indulgents. Un quart de siècle les séparait probablement. Ou plus exactement les trente ans qu’il avait passés à œuvrer dans le conseil en droit fiscal international pour de vastes entreprises multinationales. Il avait suffisamment contribué à l’optimisation des richesses de l’humanité pour se tourner vers les siennes, sans compter qu’il contribuait encore à celle-là, en participant, en tant que client longuement fidèle, à la réussite économique de Santa Cristina et à la prospérité de son personnel.

      Si l’amour devait être ici un accomplissement, il n’allait pas en cette Anna-Maria s’incarner. Non pas pour des raisons de classe sociale, mais par manque d’un je ne sais quoi, d’aura, de détachement du monde et d’art.

      En attendant, ses toiles vivaient blanches dans un placard de bois blond de sa suite, sur son bureau de cèdre noir son cahier de cuir précieux (qu’il ne voulait pas confondre avec les feuillets épars aux timides haïkus) vivait vide…

 

Hôtel Barceló Monasterio de Boltaña, Alto-Aragon.

Photo : T. Guinhut.

 

      Quelques excursions, plus longues, l’occupèrent parfois. Mais jamais plus d’une journée, résolu qu’il était à ne pas quitter un cercle magique et protecteur autour de Santa Cristina, n’imaginant pas un instant de bivouaquer dans de malcommodes auberges villageoises, ou pire, dans de frustes abris de montagne. Ainsi, dépassant l’ermitage, il s’aventura, par des sentes à peine tracés, parmi des épineux retors, sous un ciel soudain cuivré, puis cendreux, jusqu’à la Torre de los Moros, juchée sur le promontoire d’une barre calcaire, dont il fallait contourner les plis. C’est sous les derniers mètres, parmi des marches géologiques écroulées, qu’un nuage en forme de croissant fondit sur la sierra, enclume d’air électrique et de noirceur. Aux premiers tracés d’éclairs, aux premières gouttes, lourdes comme des pierres, Allan, déjà trempé,  parvint à se réfugier dans le logement inférieur de la bâtisse, s’assoir sur un banc de cailloux. Quand un éclair fit vaciller la tour, implosa l’air, vrilla ses membres, résonnant longtemps sur ses tympans…

      Il lui fallut attendre, sonné, impressionné, mais bien vivant, qu’une heure de grêle sauvage s’abatte sur le paysage effacé, qu’un soleil brusque ramène la sérénité sur la fonte des billes de glace, pour envisager un retour pénible. Avant de retrouver une douche apaisante, des serviettes duveteuses, un thé pâtisseries dans son salon avec vue sur les sapinières et les montagnes lavées de frais.

      Un soir, la chapelle accueillit le Quatuor Mosaïques pour un concert Haydn. Malgré une assistance peu nombreuse, les instrumentistes, au pied des ors et des stucs peints du retable, firent preuve d’une ferveur inouïe. Allan Benetesta en fut abasourdi. Comment ! Cette conversation aisée, profonde, cet échange d’arguments raisonnables et enjoués, bien digne des lumières intellectuelles de l’Aufklärung, puis ce préromantique emportement, Sturm und Drang, sensibilité à fleur de passion, enthousiasme inquiet et cosmique, étaient la quintessence du génie de Joseph Haydn, était enfin l’art, auquel lui, modeste auditeur, aspirait en vain…

      Il comprit alors que l’art de l’Hôtel-monastère n’était que décoration, certes du meilleur goût, que lui-même était un décor dans un décor, comme lorsqu’il admirait les couleurs par dizaines de ces chemises soigneusement repassées et pliés sur leur étagère. Pire, le kitsch allait-il le menacer parmi les effets grandiloquents de quelques-unes de ses photographies, finalement narcissiques ?

      Le matin suivant, alors qu’il paressait sur un suave canapé jaune poussin du cloître, parmi son jardin d’intérieur aux plantes médicinales médiévales, il remarqua, dans une niche d’un pilier, un mince opuscule qui détaillait l’histoire du monastère Santa Cristina, grâce au talent laborieux d’un historien provincial. Fondé au IXème siècle, il fut ravagé par les Maures, reconstruit au XIIème, agrandit au XVIIème, peu à peu délaissé à partir du XIXème. Les détails fastidieux -un ermite originel, un reliquaire émaillé contenant un clou de vraie croix, un évêque amoureux du lieu, un prince qui vint y faire une retraite somptueuse, quoique défiguré par un lupus exémateux, un maître de chapelle et organiste prestigieux au XVIIIème- paraissaient ouatés par les remous disparus de l’Histoire. Cependant, c’est avec effroi qu’il apprit que douze vieilles religieuses, une treizième fort jeune dont le nom s’était perdu, avaient été fusillées contre les murs du cloître par une horde de rouges Communistes. Ces derniers avaient jeté bas l’orgue qui se brisa sur les dalles de pierre et livré le précieux reliquaire aux flammes de la bibliothèque. Ensuite, par représailles peut-être, ou par aveuglement pur et dur, une quarantaine de Républicains furent troués de balles sur le mur d’en face par les Franquistes. Le régime de Franco changea le bâtiment en caserne, ensuite désaffecté après la mort du dictateur, puis vendu il y a peu à une société d’investissements helvétique qui sut le rédimer en ce lieu que nous connaissons…

      Il se surprit alors à scruter les briques claustrales, à les caresser de la pulpe innocente de ses doigts, à la recherche de traces sanglantes. Les avait-on convenablement lessivées ? Le grain du calcaire recelait-il l’ADN des martyrs qui, moins que poussière de l’Histoire, restaient presque contemporains, soudain familiers ? Il résolut aussitôt d’offrir à la jeune religieuse anonyme, pour laquelle il fallait espérer que ses bourreaux lui avaient épargné de pires offenses, un cierge qui éclaira quelques heures la chapelle déserte, trop grande pour sa petite lueur, dédié à cette nouvelle Santa Cristina…

      Brusquement, la collusion des quatuors d’Haydn et des exactions de la guerre civile lui sembla poser avec une criante acuité la question de la légitimité de l’art, de son adéquation avec la férocité humaine, cette banalité et radicalité du mal… Que pouvait-il, lui petite unité excrémentielle du cosmos, bulle d’écume de pâle couleur d’une civilisation, certitudes balayées d’un coup, produire pour répondre à cette insolubilité ? Quelle serait l’œuvre d’art, picturale, romanesque ou poétique, qui saurait jaillir de ses doigts inspirés ?

      Lui qui n’avait jamais cru être amoureux, et que par ailleurs les choses du sexe laissaient passablement placide, même si ses organes, dans ce qu’il considérait comme une préhistoire à Sante Cristina, avaient répondu honorablement à quelques exigences féminines convenablement exprimées, peut-être lui faudrait-il sentir le vent de l’amour pour être inspiré et ouvrir l’écluse tempétueuse de la créativité. Shelley avait écrit son Epipsychidion pour Teresa Viviani ; lui, Allan Benetesta, que créerait-il ?

       Restait à découvrir qui aimer. Sa quête, discrète au demeurant, se résumait de loin en loin en des regards attentifs, sensitifs et analytiques. Rien pourtant parmi les bécasses, les buses, les oiselles qui circulaient sur la terrasse, apparaissant, disparaissant, pour de courts séjours, ne le convainquait, ni ne le persuadait.

 

      Ce fut à cause du soin qu’elle mettait à photographier, plus que par son apparence, malgré la régularité mature de ses traits, que Yeba l’intéressa. Très brune, le nez légèrement aquilin, la peau couleur de marrons givrés au soleil, une attention patiente envers la lumière… Et une lumière à la rencontre du regard d’Allan, sur la terrasse du soleil levant.

      Il la revit au moment du thé. Son attention ouverte devant, justement, ses photographies exposées sur le marbre des murs. Il lui parut inconvenant de l’aborder pour lui dire qu’il en était l’auteur, comme au moyen d’une vanité sirupeuse et narcissique  qui se voudrait captatrice. D’autant plus qu’elle fut bientôt rejointe par un homme râblé qui la prit par le bras. Ils burent, près de sa table, elle un thé dont Allan aurait aimé avec elle humer le parfum, lui une bière noire comme les fientes d’un rapace inconnu… C’était un homme apparemment taiseux, aux traits larges et musculeux, dont les sourcils saillants et velus, la peau sombrement mordorée, vigoureusement plissée, semblaient accuser la trace du sang maure dans la population espagnole. Il l’emporta de nouveau par le bras, non sans une certaine brusquerie, tendre peut-être à sa manière.

      Allan Benetesta s’en voulut d’en être un peu désemparé. Elle avait disparu. Etait-ce l’amour, cette émotion minuscule et ridicule, plus proche de l’éveil des hormones que de la transcendance… En tous cas, une fois devant le large bureau de sa chambre, il eut beau dégager le capuchon de son stylo-plume, appeler à la rescousse le clavier clair de son Apple, aucune phrase inspirée ne voulut couler. Fausse alerte.

      Pourtant, elle hanta ses rêves, nocturnes et éveillés, comme si une porte d’affection longtemps fermée s’était soudain ouverte. Alors qu’il ne la connaissait en rien.

      Elle apparut seule au petit-déjeuner ; et lui posa ses yeux dans la soif des siens. Une fois passé le délicieux moment des jus de fruits qui n’abreuvaient plus, des petits pains aux céréales festives qui ne nourrissaient plus, des confitures de couleurs qui ne peignaient plus le tableau de la vie, ce fut elle qui s’approcha de sa table :

      - On m’a dit que vous étiez l’auteur des photographies qui sont sur le mur de marbre accrochées. Elles sont admirables.

      - Merci… balbutia-t-il. Il me semble que vous êtes trop indulgente.

      - Allan, je m’appelle Yeba ; parlons, si vous voulez.

      Ils allèrent dans les divans d’ombre de la bibliothèque. Elle était de Madrid. Elle exposait ses photographies d’air, de lumière de lune, d’herbe et de thym, de dentelles et de peau dans une galerie de Santa Cruz. Intime, elle ne se découvrait pourtant qu’avec pudeur.

      Devant son bureau, devant la lumière de l’après-midi que les neiges du dehors amplifiaient, il se demanda s’il fallait écrire cette rencontre, restituer exactement cette conversation, transfuser aux mots cette émotion qui ne le quittait pas ; les dents brillantes, la voix comme de la mousse dans les profondeurs des bois, ses ongles aussi rouges que parfaits, ses yeux de basalte noir, ses cheveux dont elle agitait parfois la crinière souple dans un rire… Serait-ce de l’art ?

      Elle était allée skier sous la frontière. Il préférait poser des bris de mots, des fœtus de phrases, des avortements de récits sur le glacé de son cahier précieux ; qui probablement ne s’en sentait pas honoré… Qui était cet homme qui l’accompagnait la veille ? Un mari, un père, un frère, un amant… Par délicatesse, il résolut de ne pas lui poser la question.

      Yeba et Allan se retrouvèrent au dîner, près des vastes vitrages derrière lesquels la lune brûlait les neiges verglacées. Leur conversation se fit étourdissante, leurs doigts se frôlèrent, leurs voix caressaient leurs pupilles, leurs neurones pétillaient, le sang vivait dans leurs artères emmêlées…

      Ce fut une semaine, du moins approximativement - car à Santa Cristina on ne comptait guère les jours, sinon dans l’exacte comptabilité des réceptionnistes et des caissiers - de tendresse et de récits, d’éloges et d’argumentations, de baisers et de silences... Ils contemplèrent en l’église la fresque romane restaurée montrant le martyre de Santa Cristina, jetée dans une fournaise ardente et restée sauve cinq jours, chantant avec les anges, et sur laquelle on jeta des aspics et des vipères qui l’épargnèrent. Ils avaient tous les deux des brins épars de blancheurs dans les cheveux, de frêles pattes d’oie aux commissures des yeux, des doigts pour l’exactitude de la connaissance du visage de l’autre, pour la justesse du déclencheur photographique. Tous les deux, pour la première fois, ils enregistrèrent des portraits. Ils marchèrent sur le sentier au-dessus du dégel du torrent. Ils connurent la douceur d’un oreiller à deux, le soin de la peau et des étreintes, le lever soleil sur la nudité...

      Un matin, au sortir de l’émotion des draps, alors qu’il y avait près d’une semaine qu’ils étaient ensemble - et que pinceaux et stylos ne savaient toujours pas concurrencer, voire dépasser le réel - Yeba lui dit soudain :

      - Il arrive. Le mal.

      - Quel « mal » ? Que veux-tu dire ? demanda, sans réponse aucune, Allan, troublé…

      Ils devaient, après leurs toilettes, se retrouver parmi le cloître. Ils s’y retrouvèrent en effet, dans un canapé clair, contre un large pilier, dans un baiser oublieux du monde et de ses vicissitudes, de ses vanités. Où une main de colère, brune et noueuse, serrée convulsivement autour du métal glacé, les trouva.

      De ce baiser, de cette jonction des visages éblouis, ne restaient plus, sur et dans les briques du cloître, qu’une picturale bouillie d’os, de cervelle et de sang, que deux balles de métal  déformé, unies dans la tendre profondeur minérale ; bruit sombre et réverbéré parmi l’Hôtel-Monastère Santa Cristina, auquel s’ajouta aussitôt le cri suraigu de la petite Anna Maria…

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Extrait d'un roman à venir : La Bibliothèque du meurtrier

 

Claustro del Parador Monasterio de Corias, Cangas de Narcea, Asturias.

Photo : T. Guinhut.

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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 14:11

 

Pic de la Pique, Bagnères-de-Luchon, Haute-Garonne. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Les Métamorphoses de Vivant

Roman. V.

 

Deuxième métamorphose :

Greenbomber, écoterroriste.

 

 

Mousse verte… Débris de tomate verte purulents, sur les murs, sur le sol, sur mes pantalons… Le crâne sanglé, la tête en cabane. A part ça, je suis couché à peu près tranquille. Enfin ! C’est une sécurité constamment inquiète dans le presque noir, mais ferme, avec un point fixe et sauvage dans le cerveau. Le jour se lève à travers les planches. C’est la toile verte de mes pantalons, de mes manches. Sales, terreux, herbeux ; une bonne saleté. Qu’est-ce que je fais avec cette cagoule déjà, crasseuse, collante sur la nuque ? Surtout ne pas l’ôter, la renfoncer. Des bouquins. Ouf ! Dans un piteux état, sur une étagère faite d’un tronc à peine équarri. C’est l’écorce neigeuse, argentée des bouleaux.

Ça va mieux. Je ne suis pas une créature qu’on dénoyaute nue. Je suis un homme ; c’est déjà ça. Je suis… Qu’est-ce que je fais dans ce corps bien trop dégingandé pour moi ? Maigre et dégueulasse, le fond de culotte à même un tas de graminées à peine sèches… Ça repose. Courbatures. Il faut que je me secoue. Elle doit être là dehors, sur la piste au bas du lever du jour. On y voit tout à fait clair maintenant dans la cabane, à travers la vitre de récupération. Même cette vitre, c’est une technologie en trop ! Il doit me rester de la soupe d’orties froide d’hier soir. Mais… Je suis un autre ! Je sens comme une tumeur maligne dans un cerveau malin qui me ronge. Le cervelas de cette viande sèche mal fringuée aux godillots de peau de bestiole. Quelle horreur ! Cohérent. Je dois être cohérent. Débarbouiller ma fumée. Je suis cohérent. Je m’assoie sur mon séant d’herbes naturelles, des « feuilles d’herbes » de mon cher Whitman…

Debout ! Chassons ce technorêve d’un autre, d’un individu complètement bouffé par la société industrielle et de consommation irraisonnée des ressources naturelles. La phase mondiale du plan est pour ce matin. Une chance pour elle qu’elle ait ce nom d’animal fier et sauvage, d’animal nettoyeur des pourrissures. Je suis tout à fait clair. Tout à fait net. Sûr.

Je pousse la porte. Dehors, le bois est calme, frais. Allons ! Une petite défécation purgative et fertilisante dans le coin du potager. Quel frémissement par vagues dans les feuilles agitées des bouleaux… Au-delà, après quelques dizaines de pas, la montagne élève sa lumière brune et pure. Voyons si plus bas… Oui. Il semble que l’abomination technologique d’un véhicule à moteur à explosion soit éteinte à l’angle de la piste défoncée par les pluies. C’est l’action, l’opération cagoule verte ! Visiblement elle est seule, comme convenu, avec sa grosse caméra sous le bras.

Quoi ! Je divague avec ces sensations de montagne sale, cette auto-mise en scène en homme des bois ! Suis-je, une fois de plus, prisonnier d’un corps, d’un comportement et d’un appareil mental qui ne sont pas les miens ? Changé en qui ? Et à l’intérieur desquels je conserve par éclats l’effroi de mes pensées qui ne sont pas celles de mes perceptions…

Mais tout ça, c’est des mauvaises bribes, des conneries, des tentations psychotiques précomportementalisées par la société d’en-dessous et d’en-deçà… Ça s’écrase comme une caméra jetée contre le granit quand on n’en a plus besoin. Il faut pourtant en passer par là, par cette quincaillerie technologique pour faire entendre raison naturelle à ces scienthumains qui squattent et empoisonnent notre planète mère. C’est comme ces puissantes jumelles militaires qui me permettent de l’épier, immobile, son joli cul en jean contre la tôle verte de sa caisse de luxe. Après l’élimination de tous ces technoprisonniers, plus besoin de ces faux yeux de surprédateur.

Elle attend mon signal. Il suffit que je sorte de ce bosquet de bouleaux. Que sur la pelouse à bruyère et myrtille, je brandisse et agite mon drapeau de toile verte. Tiens, il me reste une grosse pomme de terre froide d’hier soir. Je m’en mets plein la bouche, la peau avec entre les dents… Ça se mâche comme du pain. A la source d’abord. Elle peut faire piétiner son joli cul en jean et ceinture de croco en se demandant si je lui ai pas posé un lapin, si je me suis pas foutu de son minois à cosmétiques. Cette eau froide et pure entre deux touffes d’herbe. Toute la géologie, l’histoire de la création de la terre est là. Ah, la conne ! Elle se minaude dans son rétroviseur extérieur. La voilà qui filme un coup sa bagnole, la gadoue des ornières, la pente et le fouillis plongeant des hêtres ; et pour finir le nuage violet qui s’écrase sur les montagnes de l’est. Ah, tu peux le filmer : il a une gueule d’apocalypse…

Voilà, c’est lancé. Elle a enregistré mon signal. Elle commence à grimper dans le caillou et la bruyère. On voit qu’elle a pas l’habitude. Elle est sûrement plus forte en salle de gym avec vélo d’intérieur et tapis roulant de simulation de marche… Oh, la croquignolette ! Elle a de mignons brodequins de montagne en croute de cuir de poussin vert. Son jean est vert d’eau, sans ceinture, sa chemise de bucheron vert-sapin et son blouson matelassé vert-cyprès. La stupide opportuniste ! Charognarde et caméléon avec ça… Elle croit me prendre par les sentiments avec son écologisme vestimentaire de magazine de mode. Pour moi, elle n’est qu’un instrument. Oh, elle trébuche ! Elle est capable de péter sa caméra en dévirant sur les pierres… Non, elle tient le coup. Il lui faut bien encore dix minutes de montée.

Un dernier tour d’horizon : le ciel propre, ni hélicoptère, ni avion. Pas un mouvement suspect, pas un mouvement de lumière à travers les forêts et les vallées. Elle a bien fait de prendre ma menace au sérieux. A moins qu’ils soient parfaitement camouflés. Non, son éthique n’est pas celle de cette morale judéo-chrétienne qui fonda le capitalisme, mais celle de son business, uniquement. Je suis pour elle un contrat. Surtout ne pas le rater. Ça foutrait en l’air son suspense, sans compter son mythe, si elle me faisait coffrer par les flics, l’armée et tout le toutim… Il suffit que je m’asseye dans cette conque granitique pour me protéger de tous les regards possibles, sauf satellites, peut-être, et à l’abri du rayon de la caméra de l’Hawks…

Qu’est-ce que c’est que ce dingo que je suis ? Et je ne peux pas me défendre de dire de telles démantibulations du bulbe ? Je suis devenu trouffion de quelle secte ? Et pas moyen de se faire entendre de celui-là ! Il a la tête plus dure que son granit. Il a du faire du zen ou du yoga pour cesser de penser d’un coup comme ça. Si ça suffit pas d’être empaffé dans sa tête de bois d’arbre, je vais bientôt me retrouver en tôle et camisole en plus de ça ! Horreur, voilà que j’emploie son genre de vocabulaire. C’est un coriace qui va pas me lâcher au doigt et à l’œil, comme un cornichon dans son aigre bocal. J’ai ses mains de singe, ses dents cariés sous la langue, je peux même la bouger sous mon propre contrôle, trouver mes gencives croûteuses, mes incisives plâtrées de vieille boufffe salivée… Heurk… Et j’ai ses mots, ses phrases, je lui parle tout haut, tout seul, et ce sont mes lèvres que je sens s’ouvrir et se gercer dans le vent cisaillant de cette crête vide et pelée. Comment puis-je être un ténébreux pareil, avec ces mains couleur de thé usagé ? Qu’est-ce qu’il est parti pour me faire faire ? Avec son crâne dur de tortue malade et vénéneuse… Je suis changé en dément, et je ne peux pas m’en décoller de toutes mes fibres et de tous mes pores… Ah, l’horreur ; ça me passe partout quand nous parlons, comme la fuite d’un rat dans l’œsophage…

 

Bois de Lesponne, Baudéan, Hautes-Pyrénes. Photo : T. Guinhut.

 

 

- Arielle Hawks ?

-  Greenbomber ?

-Lui-même. En vert et en os. En vert et contre tous.

- Je doute que les plus élémentaires lois de l’hospitalité vous permettent de m’offrir un thé chaud…

- A moins que je laisse infuser mes mains dans l’eau de source glacée.

Je vis alors, à travers une pupille et un nerf optique qui n’étaient pas les miens et que je sentais pourtant s’animer d’influx comme étant partie intégrante de ma chair et de mes réactions, le visage d’Arielle Hawks cicatrisé par une moue de répugnance à la vue de mes ongles craquelés et jaunâtres, de leur quart de lune charbonneux, des plis nombreux et bruns de mes mains ensuifées, de mes manches cartonnées de crasse scintillante, sans compter la loque serrée de ma cagoule, dont la laine et le cuir sentaient la brebis chaude et le sanglier crouteux… Comment pouvais-je tenir ferme dans cet état immonde et devant l’Hawks, alors qu’un sixième sens venu d’on ne sait quel moi m’avertissait que le parfum de l’églantine, dans la vallée, l’avait frôlée ? Elle posa l’étui de cuir glacé de sa lourde caméra, s’accroupit et se mit à l’ouvrir. Puis elle braqua d’abord l’objectif vers le demi-cercle des montagnes bleues et voilées.

-Monsieur Greenbomber voit-il un inconvénient à ce que je prenne quelques plans du paysage ?

- Pas le moindre.

- Vous ne craignez pas qu’on reconnaisse les formes des sommets ? Le dessin des vallées ?

- Ils ne sont guère caractéristiques. Du moins pour qui ne sait pas les aimer.

- Et si on les identifiait ?

- Aucun problème, Mademoiselle Hawks. Cette cabane n’a aucune importance. Je n’ai pas le goût bourgeois de la propriété. Peut-être n’est-ce pas la bonne cabane. Et s’il faut effacer les traces, la brûler…

L’aisance de son coup d’épaule pour enfourcher la caméra me surprit. J’aurais voulu lui dire quelque chose alors que l’homme en quoi j’avais été changé prit ma place. Ou plutôt, une fois extériorisé, je devins, une fois de plus et sans cesse, lui.

- Greenbomber… Qui êtes-vous?

- Vous êtes une humoriste accomplie, Mademoiselle Hawks…

- Je ne vous demande pas d’ouvrir votre passeport. Ni votre sale cagoule.

- Quoi d’autre alors ?

- Vos motivations, votre stratégie. Votre sensibilité humaine, si vous en avez une.

- Je veux ça partout.

- Quoi ?

-Regardez. Tout ce qui s’étend sous le cercle de mes bras. Sous l’œil de votre satané bordel d’appareil qui s’obstine à rester braqué sur moi. Le bosquet de bouleaux. La source. La cabane de rondins. Ce serait mieux si elle avait été faite de pierres trouvées et de bois mort. Ciel et cirrus, montagnes, forêts et gorges rocheuses intouchées. Le vierge, le vivace, le bel aujourd’hui naturel. L’homme à l’orteil léger sur l’herbe aux mille espèces, du lichen à l’épicéa, de la bactérie au cerf, de la coccinelle à l’oiseau, des larves aux papillons. Le vent pur et libre.

- Résumons-nous, Greenbomber. Dix-huit attentats. Dont sept revendiqués. Onze légendairement attribués. Vous êtes un mythe pop. On vous consacre une cinquantaine de sites sur Internet. Une bibliographie dans la presse mondiale à faire couiner d’envie le Pape et le Dalaï-lama. Les philosophes Michel Foucault et Jean-François Revel vous ont chacun consacré un essai. Un éditeur de San-Francisco a imprimé vos libelles suivis d’une hagiographie avec du sang humain sur quatre-vingt feuilles d’érable reliées en écorce. Vos courriers sous papier recyclé ont tué à l’ouverture vingt-trois personnes, dont une fillette de trois ans, et blessé dix-sept autres aux Etats-Unis, Canada, Mexique, Suède, France, Allemagne, Royaume-Uni et Russie. Plus le Japon, Hong-Kong et l’Australie. L’une de vos victimes vit à Bilbao avec quatre membres artificiels et un convertisseur vocal sur le larynx. Avez-vous pitié ?

- Non.

- Quelques-unes de vos victimes sont innocentes de tout ce que vous reprochez à l’homme civilisé.

- Non. La fillette dont vous parliez, en tant que petite fille de l’industriel milanais de la chimie Gian Carlo Frescobaldi, n’avait aucune chance d’échapper au déterminisme éducationnel de son milieu.

- Et sa nourrice ?

- Idem. En tant que valet du capitalisme technologique, elle était sa prisonnière autant que sa complice et sa justification. Je l’ai délivrée.

-  Vous êtes abominable, Greenbomber ! Un monstre !

-Tout doux, l’Hawks… Allons, je vais vous consoler d’un scoop. Parmi les onze attentats au courrier piégés qui me sont attribués, huit sont de mon fait. Seulement trois ont été réalisés par des fans, des imitateurs quelconques.

- Lesquels ?

- Celui de Sydney. Bien que j’aurais pu m’en charger. Il est parfaitement en accord avec mes vues.

- Pourtant… Saül Dutchberger… Le directeur de l’Opéra ! On ne peut pas dire qu’il complotait contre la nature.

- Erreur, l’Hawks. Toute culture est une injure à la nature. Il régnait sur son architecture à coques de béton, contribuait à massacrer des arbres pour faire hurler Stradivarius et Amati, et, suprême trahison envers Gaïa sa mère, a fait jouer l’opéra de Constanz Walz : Technic voices, dont les voix ne sont restituées qu’après un passage par des filtres électro-acoustiques. Celui-là méritait également de crever d’un éclatement de l’estomac. Quant à ce Walz, il saura qu’il ne peut plus ouvrir la moindre lettre, le moindre colis, de sa courte vie.

- Et les deux autres ?

- Munich.

- Christa Hebbel. La Présidente du parti des Verts. Et son secrétaire. Je comprends.

- Vous ne comprenez rien ! Là encore celui qui a fait cela a mon entier soutien. On ne peut être vert sans être radical. Ses arrangements avec le pouvoir n’étaient qu’une stratégie de corrompute, de salope !

- Et sexiste avec ça !

- La forme de son cul ne change rien à l’affaire.

- Et le dernier ? L’approuvez-vous également ?

- Clermont-Ferrand ? Non.

- Là, j’avoue, je ne comprends pas… Le directeur de recherche du Centre de Transgénie Végétale. Cela doit être pour vous une évidence que de désapprouver les manipulations génétiques sur les plantes agricoles…

- Celui qui lui a arraché la tête avec le colis qu’il a déposé dans sa voiture électrique n’est qu’un amateur. A un second regard, cet apprenti-sorcier de Marc Olivenstein prépare la revanche de la nature. Ses plantes modifiées deviendront folles contre l’homme en obéissant à la raison inconnue de Mère Nature.

(…)

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Extrait d'un roman à venir : Les Métamorphoses de Vivant, roman : Synopsis et sommaire

 

Engstlensee, Innertkirchen, Schweiz. Photo : T. Guinhut.              

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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 10:51

 

Jo Zagula : Abécédaire en relief, éditions Lucos, Mulhouse, 1955.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Euphémisme et cliché euphorisant,

 

novlangue politique.

 

 

 

 

Tout pouvoir politique sait agiter la baguette du langage, bruissante des phylactères de la pensée magique : aujourd’hui ce novlangue a nom euphémisme et cliché euphorisant, ces effaceurs de bibliothèque et de vérité. Tous les pratiquent et les entérinent, tous ces acteurs politiques que sont les médias, les administrations, jusqu’à l’éducation, en un panurgisme effarant. L’état de notre langage n’est-il pas le reflet de l’état de nos sociétés ? Plus il est loin du réel, plus le réel est désastreux. On remédie au langage, faute de remédier au réel, que ce soit dans le domaine social, de la justice ou civilisationnel, en annonçant un messie sociétal qui ne viendra pas, ange cachant un démon…

 

Une grève n’est plus une grève. Même plus un conflit social, ce serait trop brutal, mais un mouvement social. Sans vouloir un instant mettre en cause le droit de grève, cette liberté fondamentale, il est nécessaire de relever que la grève est trop souvent une défense d’un corporatisme professionnel et syndical au détriment de l’activité entrepreneuriale. La défense des salariés devient une prise d’otage, non seulement du public, des clients, des fournisseurs et des entrepreneurs, mais aussi des non-grévistes. Le mouvement social signifierait-il qu’en travaillant les salariés sont immobiles, et que c’est seulement en faisant grève qu’ils se bougent, exclusivement dans le sens de leur progrès social ? C’est alors qu’ils sont dans l’action, qu’ils se mobilisent, signifiant sûrement qu’hors ce moment festif du ressentiment, trop souvent anti-économique, ils sont en permanence démobilisés… L’euphémisme serait loufoque s’il n’était le masque d’une tyrannie.

Modèle social et service public sont des formules sacro-saintes, au point que nos voisins, plus heureux au moyen de réformes libérales (du Chili à la Suisse, en passant par l’Allemagne), les ont abandonnées ou ne les ont jamais empruntées. Qui voudrait de notre protection sociale exsangue, de notre système de retraite à bout de souffle, de notre sécurité sociale déficitaire, de notre coûteux assistanat profitant trop souvent à des immigrants inoccupés, que smic, charges et code éléphantesque du travail contribuent à écarter du marché du travail. Ce dernier n’ayant d’ailleurs plus guère du marché, sur-réglementé qu’il est, aimanté par Pôle Emploi, autre réjouissant euphémisme pour agence de congestion du chômage…

Le dogme du service public parait inattaquable. Mais pourquoi la SNCF par exemple ? Pourquoi pas la voiture, le pain du boulanger, bien plus nécessaires ? Alors qu’outre-Manche on a privatisé le chemin de fer avec un succès que l'Etat n'a cependant pas permis de pousser à sa meilleure efficacité, alors que le Japon est un modèle à cet égard. Le service public est alors un abus de langage, une confiscation du public et des deniers publics par une corporation syndiquée arcboutée sur des privilèges indus, comme les aiguilleurs du ciel qui travaillent trois jours par semaine pour un salaire fort confortable et sont par conséquent deux fois plus nombreux qu’au Royaume-Uni et en Allemagne pour le même service. Quand la pression fiscale qui les surpaie est un sévice public…

 

 

Admirons combien dans le domaine de la délinquance et de la criminalité le langage parait avoir désamorcé le danger. Dans les quartiers sensibles, ouverts au multiculturalisme, des personnes connues des services de la police se sont livrées à des incivilités qu’excuse leur exclusion. Admirable novlangue. Que chaque personne sensée traduira pourtant ainsi, n’en déplaisent aux oreilles chastes qui devront fermer les yeux sur les lignes suivantes : dans des poches de charia, des délinquants et criminels récidivistes, pour la plupart immigrés depuis l’aire arabe, ont saccagé, pillé, violé, tué. Alors que la république a déversé sur leurs quartiers la manne financière de la politique de la ville et les moyens de l’éducation républicaine ; hélas trop souvent en pure perte. Si la précédente phrase était peut-être excessive et caricaturale, c’est que l’on n’a pas su dire la vérité avec nuance et précision dans la première…

Le concept d’islamophobie (terme né en Iran sous Khomeiny) parait lui bien loin en apparence de l’euphémisme. Pourtant, par le biais de la stigmatisation et du déplacement du mal, ce dernier est affadi, effacé. Il est alors indécent, immonde, voire hérétique contre les valeurs du vivre ensemble, que d’avoir peur de l’Islam, de le révoquer. L’islam est euphémisé par la culpabilisation a priori de son rejet. Même s’il ne s’agit en rien de rejeter et de haïr a priori et par préjugé tous ceux qui pratiquent et professent en paix cette religion, mais de les protéger. Le juste islamophobe sait ce qu’il craint et désire écarter : ce qui dans le Coran participe de la misogynie active et criminelle (dans la sourate sur les femmes), du jihad conquérant, du mépris injurieux envers le judaïsme, le christianisme et l’athéisme, aux conséquences criminelles. On ne confondra donc pas l’islamophobie raisonnée ni avec le racisme ni avec l’antihumanisme.

Multiculturalisme, Vivre ensemble… Quelle ironie lorsqu’ils sont justement invalidés par des cultures (est-ce là encore euphémisme ?) qui ne veulent pas du multiculturalisme, qui ne veulent vivre qu’entre soi, pratiquant l’exclusion, la discrimination, l’intolérance, l’impérialisme théocratique… Il faudrait alors tendre la joue gauche quand le christianisme est plus désavoué, voire assailli de christianophobie, que cette religion de paix et d’amour (euphémisme) qui voile, excise, réduit en esclavage et lapide. En ce sens, déplacer la faute de l’islamophobie sur la victime et non sur le coupable est de l’ordre de l’euphémisation, espérant apaiser la violence inapaisable en une sorte de Munich laïque devant le totalitarisme du croissant.

 

C’est alors que l’envers du cliché euphorisant est le cliché stigmatisant. Comme lorsqu’ultralibéralisme et néolibéralisme, ces concepts parfaitement creux, paraissent signifier la violence capitaliste du renard libre dans le poulailler libre. Ils évitent de s’interroger sur le sens réel du mot libéralisme, pourtant à la portée de tout curieux de dictionnaire et de philosophie politique, quoique malgré la richesse séculaire de sa pensée il ne soit guère enseigné. Quand l'euphémisme fait son Tartuffe en couvrant de charme la plaie qu’on ne saurait voir, l’hyperbole infamante couvre de plaies imaginaires une plus douce réalité : celle de la liberté économique et des mœurs qui déplaisent tant aux professionnels du pouvoir, du clientélisme, quand la liberté de ceux qui ne seraient plus leurs gogos les rendraient inutiles. Il ne faudrait surtout pas voir qu’une grande partie du personnel politique et administratif est non seulement inutile mais nuisible. L’étatisme alors perdrait son prestige, une bonne part de ses hauts et bas fonctionnaires, ses élus empilés et cumulards…

 

 

Hannah Arendt a pointé le rôle de l’euphémisme et du « cliché euphorisant » pour faire entrer l’absolu du mal dans la « banalité du mal ». Eichmann œuvre au service de « la solution finale », non d’un massacre, use d’un procédé prophylactique, dans le cadre d’une bureaucratie aux parfaits rouages au sein d’un idéal de mille ans en cours de réalisation. En ce sens l’abjection est accomplie en toute innocence du fonctionnaire zélé… « Les clichés, les phrases toutes faites, l’adhésion à des codes d’expression et de conduite conventionnels et standardisés ont socialement la fonction de nous protéger de la réalité, de cette exigence de pensée que les événements et les faits éveillent en vertu de leur existence. »[1] Eichmann s’est consolidé une douce armure de langage reçue en héritage idéologique : « pour chaque période de sa vie et pour chacune de ses activités, l’accusé disposait d’un cliché euphorisant[2] » Par exemple : « Mon honneur est ma loyauté » (…) ces formules  « Eichmann les qualifiait de « mots ailés », et les juges de « bavardages creux »[3] ». Le pouvoir totalitaire fait main basse sur le langage qu’il travestit en éloges pour soi et en euphémismes pour l’autre s’il doit disparaitre sans heurter les sensibilités : «  Des diverses « règles de langage » méticuleusement mises au point pour tromper et pour camoufler, nulle n’eut un effet plus décisif sur l’état d’esprit des tueurs que ce premier décret du temps de guerre émis par Hitler, dans lequel on avait remplacé le mot « meurtre » par l’expression « accorder une mort miséricordieuse »[4] ». Hélas, il n’y a là euphorie que pour les vainqueurs…

 

Au-delà de la fonction d’adoucissement du réel, l’euphémisme et le cliché euphorisant ont une autre fonction : par le biais du langage, un pouvoir intellectuel et politique s’arroge la toute-puissance. Au miel de son euphorie il attire ces mouches que sont le badaud, le peuple d’électeurs captifs, qui veulent croire, au sein chaud de leur servitude volontaire, en une utopie. Jusqu’à ce que mal lui en prenne. Ceux que frappe la ruine des euphémismes et des clichés, qui voient le roi nu et le réel dévasté derrière l’éventail enjoliveur des mots, se révoltent, votent ailleurs, voire là où il ne faudrait pas, attirés par d’autres mots magiques qui cachent leurs maux et enveniment ceux des électeurs trahis…

Comment reconnaître le cliché euphorisant ? Il est bien souvent ronflant : Ministre du redressement productif, qui sent son marteau conceptuel marxiste, qui ne redresse, ni ne produit rien, sauf des impôts dirigés dans une usine à air… Ou alors c’est une antiphrase, comme la République Démocratique Allemande qui était bien moins démocratique que la Fédérale, l’Allemagne de l’ouest.

Curieusement le verlan et les anglicismes peuvent jouer un rôle étrange. Un noir devient un black, un arabe un beur, dans le dernier chic du parler racaille. Ce qui sonne plus swag, plus rap. Ce qui côté Français de souche (s’il en est) parait infamant, identitaire, devient du côté black et beur du dernier chic identitaire…

L’euphémisation du monde s’accompagne alors de la surévaluation hyperbolique d’un autre monde, lorsqu’il n’a plus les barrières de la pudeur, du surmoi, du respect d’autrui pour s’affirmer. Le combat des mots, s’il ne sait pas rester ou devenir sage argumentation, peut précéder le combat des hommes. En conséquence, on peut lire l’euphémisation, mais aussi son double, la violence de l’hyperbole euphorisante, comme une élimination programmée des concepts moraux, le vrai, le bon, le bien ; comme une victoire du cynisme sur la vérité.

 

 

Dans 1984, Orwell prophétisait : « Il était entendu que lorsque le Novlangue serait une fois pour toutes adopté et que l’Ancilangue serait oublié, une idée hérétique -c’est-à dire une idée s’écartant des principes de l’Angsoc- serait littéralement impensable, du moins dans la mesure où la pensée dépend des mots.[5] » Orwell laissait entendre, à la suite d’Hayek, que le socialisme anglais deviendrait un Big Brother du langage. Quoique le Royaume-Uni ait choisi une voie plus libérale, cette ambition est devenue celle du socialisme français, mais seulement si nous voulons bien l’entendre de cette oreille. Au contact des vocables magiques de l’euphémisme et du cliché euphorisant les mots fondamentaux s’effritent. Si nous ne voulons pas succomber à la perte du langage, relisons Hayek : « La plus grande victime dans cet ordre d’idée est le mot : liberté. On l’emploie dans les Etats totalitaires aussi généreusement qu’ailleurs. (…) Nous avons vu plus haut le même abus des mots : justice, loi, droit et égalité. On pourrait allonger la liste et y aligner tous les termes courants de morale et de politique. (…) le langage devient totalement vicié, les mots sont comme des coquilles vides, dépourvus de toute signification[6] ». Heureusement, il n’y a plus grand monde pour écouter le novlangue de l’euphémisme et du cliché euphorisant. Ce qui fonctionne comme la méthode Coué, comme une suggestion hypnotique, dont nous ne sommes pas dupes, jusqu’à ce que la violence du réel déchire les paupières…

 

Il faut alors « prendre ses distances avec les épidémies d’opinion », selon la formule de Sloterdijk, qu'elles soient socialistes, fascistes, communistes, théocratiques ou écologistes... Déchiffrer « que sur les abstractions mortelles se dépose un voile de langage coloré qui fait croire à la viabilité et à la lisibilité de ce qui n’est ni viable, ni lisible[7] ». L’Etat, cet « ogre philanthropique[8] » socialiste (qu’il soit de droite ou de gauche, depuis trois décennies françaises), ses affidés et clients, ses maîtres chanteurs syndiqués et autres médias, non content de dévorer le vocabulaire avec des dents de rose, dévorent une prospérité économique en recul ainsi que l’espace de nos libertés. Ne faut-il pas dire de l’euphémisme, du cliché euphorisant, ces saintes huiles du novlangue contemporain, ce que disait du relativisme Karl Popper : « Le relativisme est un des nombreux crimes perpétrés par les intellectuels. Il est une trahison à l’endroit de la raison et de l’humanité[9] ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Hannah Arendt : Considérations morales, Rivages, 1996, p 26-27.

[2] Hannah Arendt : Eichmann à Jérusalem, Quarto Gallimard, 2010, p 1069. 

[3] Ibidem : p 1119.

[4] Ibidem : p 1123.

[5] George Orwell : 1984, Club des Libraires de France, 1956, p 320.

[6] Friedrich A. Hayek : La Route de la servitude, PUF, 2010, p 115-116.

[7] Peter Sloterdijk : Ni le soleil ni la mort, entretiens avec Hans-Jürgen Heinrichs, Pauvert, 2003, p 98 et 117.

[8] Octavio Paz : « L‘ogre philanthropique », Le Débat, Gallimard, janvier 1981.

[9] Karl Popper : A la Recherche d’un monde meilleur, Les Belles Lettres, 2011, p 24.

 

Bibliothèque effacée. Photo : T. Guinhut.

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Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Art contemporain

Que restera-t-il de l’art contemporain ?

L'art contemporain est-il encore de l'art ?

L'image de l'artiste de l'Antiquité à l'art conceptuel

Faillite et universalité de la beauté

Michel Guérin : Le Temps de l'art

Théories du portrait depuis la Renaissance

L'art brut, exclusion et couronnement

Hans Belting : Faces

Piss Christ une icone chrétienne par Serrano

 

 

 

 

 

 

Attar

Le Cantique des oiseaux

 

 

 

 

 

 

Atwood

De la Servante écarlate à Consilience

Contes réalistes et gothiques d'Alphinland

Graine de sorcière, réécriture de La Tempête

 

 

 

 

 

 

Averroès

La caduque opposition Averroès Ghazali

 

 

 

 

 

 

 

Babel

Isaac Babel ou l’écriture rouge

 

 

 

 

 

 

 

Bachmann

Celan Bachmann : Lettres amoureuses

Toute personne qui tombe a des ailes, poèmes

 

 

 

 

 

 

 

Bakounine

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

L'anarchisme : tyrannie ou liberté ?

 

 

 

 

 

 

Ballard

Le romancier philosophe de Crash et Millenium people

Nouvelles : un artiste de la science-fiction

 

 

 

 

 

 

 

Bande dessinée

Roman graphique et bande-dessinée

 

 

 

 

 

 

Barcelo

Cahiers d'Himalaya, Nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Barrett Browning

E. Barrett Browning et autres sonnettistes

 

 

 

 

 

 

Bashô

Bashô : L'intégrale des haikus

 

 

 

 

 

 

Basile

Le conte des contes, merveilleux rabelaisien

 

 

 

 

 

 

Bastiat

Le libéralisme contre l'illusion de l'Etat

 

 

 

 

 

 

Baudelaire

Les Fleurs du mal : « Une charogne »

"L'homme et la mer", romantisme noir

Vanité et génie du dandysme

Baudelaire de Walter Benjamin

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Beauté

Faillite et universalité de la beauté, de Platon à l’art contemporain

 

 

 

 

 

 

Beckett 

En attendant Godot : le dénouement

 

 

 

 

 

 

Benjamin

Baudelaire par Walter Benjamin

Conscience morale et littérature

Critique de la violence et vices politiques

Flâneurs et voyageurs

Paris capitale des chiffonniers du XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Bennet

La Reine des lectrices ou de l'horrible danger de la lecture

 

 

 

 

 

 

Benni

Toutes les richesses, Grammaire de Dieu

 

 

 

 

 

 

 

Bernhard

Goethe se mheurt et autres vérités

 

 

 

 

 

 

 

Bibliothèques

Bibliophilie : Nodier, Eco, Apollinaire

Eloges des librairies et des libraires

Babel des routes de la traduction

Des jardins & des livres, Fondation Bodmer

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Bibliothèques pillées sous l'Occupation

Bibliothèques vaticane et militaires

Masques et théâtre en éditions rares

L'ardeur des livres et des manuscrits de Saint-Jérôme au contemporain

Haine de la littérature et de la culture

Rabie : La Bibliothèque enchantée

Des prestigieuses bibliothèques du monde à l'or des manuscrits

Du papyrus à Google-books : Darnton, Eco

Bibliothèques perdues et fictionnelles

Livres perdus : Straten,  Schlanger, Olender

Manguel, Uniques Fondation Bodmer

Diane de Selliers : Dit du Gengi, Shakespeare

Eloge de l'Atelier contemporain

 

 

 

 

 

 

Blake

Chesterton, Jordis : William Blake ou l’infini

Le Mariage du ciel et de l’enfer

 

 

 

 

 

 

Blasphème

Eloge du blasphème : Thomas-d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

 

 

 

 

 

 

Blog

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

 

 

 

 

 

 

Bloom

Amour, amitié et culture générale

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

 

 

 

 

 

 

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Les parenthèses du chien romantique

Poète métaphysique et romancier politique

 

 

 

 

 

 

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borel

Pétrus Borel lycanthrope du romantisme noir

 

 

 

 

 

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Géographies des bibliothèques enchantées

Poèmes d’amour, une anthologie

 

 

 

 

 

 

 

Bounine

Coup de soleil, nouvelles élégiaques

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Brésil

Poésie, arts primitifs et populaires du Brésil

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

 

Brume et brouillard

Science, littérature et art du brouillard

 

 

 

 

 

 

Burgess

Folle semence de L'Orange mécanique

 

 

 

 

 

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

 

 

 

 

 

 

 

Canetti

Des Années anglaises à L’Amant sans adresse

 

 

 

 

 

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Carrion

Les orphelins du futur post-nucléaire

Eloges des librairies et des libraires

 

 

 

 

 

 

Cartarescu

La trilogie roumaine d'Orbitor, Solénoïde ; Manea : La Tanière

 

 

 

 

 

 

Cartographie

Atlas des mondes réels et imaginaires

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, Les Luminaires

 

 

 

 

 

 

Cavazzoni

Les Géants imbéciles et autres Idiots

 

 

 

 

 

 

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

 

 

 

 

 

 

Céline

Voyage au bout des pamphlets antisémites

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

 

Censure et autodafé

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Incendie des livres et des bibliothèques : Polastron, Baez, Steiner, Canetti, Bradbury

Le totalitarisme pas à pas : du renseignement comme sécurité sociale

 

 

 

 

 

 

Cervantès

Don Quichotte et le problème de la réalité

Don Quichotte par Pietro Citati et Avellaneda

 

 

 

 

 

 

Chesterton

William Blake ou l'infini

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Le Nouveau, rééecriture d'Othello

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Climat

Histoire du climat et idéologie écologiste

Tyrannie écologiste et suicide économique

 

 

 

 

 

 

Coe

Peines politiques anglaises perdues

 

 

 

 

 

 

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Métamorphoses du colonialisme

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Histoire amérindienne

 

 

 

 

 

 

 

Colonomos

Politique des oracles, responsabilité du futur

 

 

 

 

 

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

Karl Marx théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

 

 

 

 

 

 

Constant Benjamin

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Corbin

Fraicheur de l'herbe et de la pluie

Histoire du silence et des odeurs

 

 

 

 

 

 

Cosmos

Cosmos de littérature, de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Couleurs
Couleurs de l'Occident : Fischer, Alberti

Couleurs des monstres politiques

 

 

 

 

 


Crime et délinquance

Jonas T. Bengtsson et Jack Black

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

Dandysme

Brummell, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe

 

 

 

 

 

 

Dante

Traduire et vivre La Divine comédie

Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

Manguel : la curiosité dantesque

 

 

 

 

 

 

Daoud

Meursault contre-enquête, Zabor

Le Peintre dévorant la femme

 

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

 

 

 

 

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Un Tour de France littéraire au XVIII°

 

 

 

 

 

 

 

Defoe

Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

De Luca

Impossible, La Nature exposée

 

 

 

 

 

 

Démocratie

Démocratie libérale versus constructivisme

De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

Dick

Philip K. Dick : Nouvelles et science-fiction

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

 

 

 

 

 

 

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

Dostoïevski

Dostoïevski par le biographe Joseph Frank

 

 

 

 

 

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique : d’Ovide et Rousseau à Sloterdijk

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Tout peut changer, sauf Naomi Klein : anticapitalisme et changement climatique

Biophilia : Wilson, Bartram, Sjöberg

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Emerson : Les Travaux et les jours ; Lane : La Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation idéologique

Haine de la littérature et de la culture

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers et fantômes d'Asie, Pu Songling, Lafcadio Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Histoire romanesque du franquisme
Rivas : Les Livres brûlent mal

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Libéralisme et amendements à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava : Une Singularité nue

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Pessl : La Physique des catastrophes

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Scott-Heron : La Dernière fête

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : perversion totalitaire ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Federici : Caliban et la Sorcière

Christine de Pizan, féministe du Moyen-âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin : Froidevaux-Metterie, Friedan, Chemaly, Goettner-Abendroth

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France, élégie ; Tardif-Perroux : La France, son territoire

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants, Les Vies parallèles du poète Eminescu

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inegalités : Rousseau, Marx, Piketty , Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies et autobiographie par Barbara Cassin

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi lire Nietzsche ? Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe à l'innocence controversée : Poèmes, Losurdo, Safranski

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières, une inversion des valeurs

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

Panoptique de surveillance et holocauste

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, nouvelles

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

R.D.A.

Tellkamp : La Tour ; Seiler : Kruso

 

 

 

 

 

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome : Barbares, socialisme, climat, épidémies

Rome de César à Fellini, par la poésie latine

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

Ursula Le Guin : La Main gauche de la nuit

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Réécritures de La Tempête à Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Durmarque : Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies, écofictions

Histoire des pandémies littéraires

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes invisibles et imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf, Deville

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

 

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