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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 13:18

 

Constellation de la Balance, cadran solaire de Bianchini,

Chiesa Santa Maria degli Angeli, Rome. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

De l’argument spécieux des inégalités.

 

Rousseau, Marx, Piketty, Jouvenel, Hayek...

 

 

 

 

      La justice serait-elle au côté du pauvre quand l’injustice assure les biens du riche ? Les inégalités se propagent et se creusent, pense-t-on faussement, fomentant monstrueusement la bassesse de la pauvreté. Prendre au riche pour enrichir le pauvre est alors, pense-t-on naïvement, la solution idoine. Cependant, en paraissant assurer la légitimité morale et économique de l’intervention étatique, au moyen de la redistribution, au service de l’égalité et du bonheur économique, l’argument des inégalités, cet argument apparemment éclatant, mais faux, destiné à tromper les naïfs, n’est-il pas spécieux ? Ne vaut-il pas mieux s’intéresser à la pauvreté, à ces causes, et lever les barrières qui l’empêchent de devenir richesses… Plutôt que de se servir de l’argument spécieux des inégalités pour transformer les sociétés en une contre-utopie corsetée, ne faut-il pas mieux se servir de l’argument de la pauvreté, scandaleuse en soi, pour rendre à la cité ses libertés ?

 

De Rousseau à Marx, le réquisitoire contre le riche

 

       Une archéologie des inégalités, pour reprendre le concept de Michel Foucault[1], ne doit omettre ni Rousseau, ni Marx. Le philosophe des Lumières était assez éclairé pour séparer les deux natures de l’inégalité : « Je conçois dans l’Espèce humaine deux sortes d’inégalité ; l’une que j’appelle naturelle ou physique, parce qu’elle est établie par la Nature, et qui consiste dans la différence des âges, de la santé, des forces du corps, et des qualités de l’Esprit, ou de l’Ame ; l’autre qu’on peut appeler inégalité morale, ou politique, parce qu’elle dépend d’une sorte de convention. […] Celle-ci consiste dans les différents privilèges, dont quelques-uns jouissent au préjudice des autres, comme d’être plus riches, plus honorés, plus puissants qu’eux, ou même de s’en faire obéir.[2] »

      Cependant, Rousseau, en clamant que la décision de clore un terrain en proclamant « Ceci est à moi », lui fit jeter un anathème malvenu sur la propriété privée : « Vous êtes-perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la Terre n’est à personne[3] ». Donc, in fine, une réprobation sans appel sur la propriété entrepreneuriale et capitaliste. Au point de vouloir « qu’on établisse de fortes taxes […] sur cette foule d’objets de luxe, d’amusement et d’oisiveté[4] » ; forgeant ainsi le principe de l’impôt fortement progressiste, non seulement sur la richesse mais ce sur quoi l’Etat se permet indument une réprobation morale. Etait-ce encore, de la part de Rousseau, Lumières ? Il est permis d’en douter, face à un autre essayiste de l’Enlightenment : l’économiste Adam Smith qui préféra, aux causes de l’inégalité les causes de la richesse des nations[5]

      Digne -en dépit de leur indignité commune sur ce point- successeur de Rousseau, Marx ordonna : « L’égalité comme raison du communisme en est la justification politique », non sans mentionner que « pour surmonter la propriété privée réelle, il faut une action communiste réelle[6] ». Le remède ultime et supérieur aux inégalités serait donc la confiscation, l’interdiction de la propriété privée. Ce que confirment les « mesures » réclamées par cette désastreuse déclaration d’intention qu’est Le Manifeste communiste : « Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de l’Etat. Impôt sur le revenu fortement progressif. Abolition du droit d’héritage ; confiscation des biens de tous les émigrés et rebelles. Centralisation du crédit entre les mains de l’Etat, au moyen d’une banque nationale à capital d’Etat et au monopole exclusif. » On ne s’attardera pas ici sur la « Centralisation entre les mains de l’Etat de tous les moyens de transport et de communication » et sur le « Travail obligatoire pour tous[7] »… Le communisme, intrinsèquement et génétiquement tyrannique, aux conséquences historiques, meurtrières et totalitaires que l’on sait, bien plus que la propriété selon Proudhon - qui d’ailleurs nuança son propos -, c’est le vol.

 

Jean-Jacques Rousseau : Œuvres , Dupont, 1823. Photo : T. Guinhut.

 

 

Inégalités planétaires et doxa selon Piketty

 

      Voici le type de réquisitoire qu’aime développer à l’envi l’icône de la doxa contre les inégalités -nous avons nommé Thomas Piketty- : 350 millions de personnes les plus pauvres de la planète équivalent aux 85 personnes les plus riches de cette même planète, les premiers vivant avec 486 dollars, les second avec 20 millions de dollars. De plus, au sein des pays développés, le revenu des 10% de plus riches est 9,5 fois plus élevé que celui des 10% les plus pauvres, selon le journal L’Humanité[8]. Malgré notre confiance plus que prudente envers un organe communiste, on doit supposer que l’information est crédible. Doit-on, de plus, croire l’information selon laquelle les 1% les plus riches soient en passe de posséder plus que le reste des habitants de la planète ? Affirmation fort sujette à caution, ne serait-ce que parce qu’elle ne tient pas compte de la mobilité des fortunes. Alors, la cause est entendue : l’écrasante inégalité qui règne sur le monde est le péché originel du capitalisme.

      Si, selon Thomas Piketty, « les inégalités se sont réduites en France au XXème siècle », malgré la persistance de l’inégalité des revenus, c’est moins par l’augmentation à peu près continue des taux d’imposition pour les plus riches, que par l’augmentation du pouvoir d’achat qu’a permis la croissance de la productivité -quantitative et qualitative- du capitalisme. Pourtant, vient arguer Piketty, ces inégalités, criantes avant la première guerre mondiale, se sont réduites au travers des « chocs subis par le grand capital », guerres, inflation et crises économiques, mais la cause majeure en est l’impôt progressif sur l’accumulation des patrimoines. Notre diva de l’économie est cependant plus mesurée en sa conclusion que l’on pourrait l’attendre sur ce terrain : « L’impôt progressif a le mérite d’empêcher que ne se reconstituent des situations analogues à celle qui prévalaient à la veille de la première guerre mondiale, et sa mise à mal pourrait avoir pour effet de long terme une certaine sclérose économique[9] ». Ah, qu’en termes prudents ces choses-là sont dites ! Alors que cette sclérose économique va s’aggravant en France depuis trois décennies, passant aujourd’hui de la sclérose en plaque au cancer généralisé…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      L’on sait, depuis Le Capital au XXIème siècle[10] que Piketty a conclu à un fort accroissement des inégalités patrimoniales et de revenus depuis les trente dernières années parmi les pays développés. Pour lui, le rendement du capital aurait tendance à croître au-delà du taux de croissance. En conséquence de quoi, il préconise, outre un impôt sur les hauts revenus jusqu’à 80 %, une taxation mondiale du capital. On n’a pas manqué de contester sa méthode et sa thèse. Il n’est pas sûr que les évaluations des patrimoines mobiliers soit fort objectives. De plus il faut invalider sa prémisse selon laquelle les grandes fortunes n’ont de cesse de croître. Bien des nouvelles fortunes mondiales sont fort récentes, d’autres, plus anciennes, se sont érodées, la mobilité est plutôt la règle, signe d’une prime à l’inventivité plutôt qu’au capital lui-même. Enfin le capitalisme de connivence avec l’Etat est omis par Piketty, au point de penser qu’il soit un frein oublié au développement des entreprises concurrentielles, donc de la démocratisation de l’enrichissement. L’idéologie postmarxiste, quoique invalidée par les faits, a de beaux jours -ou plutôt d’affreuses nuits- devant elle, secourue par la démagogie. L’on sait que ce livre, quoique son auteur affecte de rejeter l’auteur du Manifeste communiste, se veut un rejeton scientifique de l’opus de Karl Marx. Or, lourd et verbeux, bourré de tableaux et de courbes, il est plus acheté que lu, en tant que garant de l’idéologiquement correct et de l’aura de solidarité dont il aime s’entourer.

      Il est de plus battu en brèche par maintes analyses, dont la plus pertinente et accessible est celle menée sous la direction de Jean-Philippe Delsol, Nicolas Lecaussin et Emmanuel Martin, et intitulée Anti-Piketty. Vive le capital au XXI° siècle[11], dénonçant une mystification économique et idéologique. Raisonnements lacunaires, chiffres tordus et tyrannie fiscale sont les mamelles du pikettisme, alors que les inégalités n’ont cessé de décroître sur la planète depuis surtout un demi-siècle, grâce à la mondialisation du capitalisme libéral. L’ultra-égalitarisme du sieur Piketty, gourou de son état, mènerait sans nul doute à une débâcle économique et sociale.

 

 

 

Le rôle positif des inégalités

 

      Mais au Siècle des Lumières, il n’y a pas place que pour l’égalité imposée par la volonté générale du Contrat social rousseauiste. Répondant à la question de la reproduction des richesses inégales par les privilèges et les héritages, Diderot rétorque légitimement : « A chacun son mérite » […] « En même temps que le mérite sera plus honoré, la cupidité diminuée, le prix de l’éducation mieux senti, les fortunes seront moins inégales. [12] » Plus tard, en 1848, c’est-à-dire la même année que le Manifeste communiste, Adolphe Thiers, contribue à l’idée de la moralité des inégalités : « De la transmission héréditaire proviennent de nouvelles inégalités acquises, qui, s’ajoutant aux inégalités naturelles, produisent certaines accumulations qu’on appelle la richesse. Ces accumulations n’ont rien de contraire à l’équité, car elles n’ont été dérobées à personne, contribuent à l’abondance commune, servent à payer les produits les plus élevés de toute industrie perfectionnée, et, nées du travail, se dissipant et périssant par l’oisiveté, présentent l’homme récompensé ou puni par la plus infaillible des justices, celle du résultat[13]. » Ce qui permet au péché capital de la cupidité et de l’avarice de trouver le moyen d’être utile au capitalisme libéral qui irrigue la société entière[14]. Reste évidemment, pour compenser les inégalités de départ liées à l’héritage, autant financier que culturel, d’assurer l’éducation gratuite pour tous, ne serait-ce que par le chèque éducation, seule redistribution qui reste un investissement indispensable.

      Plus tard encore, Fukuyama, en 1992, déplie la défense des inégalités : « Les sociétés de classe moyenne sont destinées à rester fortement inégalitaires à certains égard, mais les raisons en seront de plus en plus imputables à la différence naturelle des talents et à la division économiquement nécessaire du travail. On peut interpréter en ces termes la remarque de Kojève selon laquelle l’Amérique de l’après-guerre a effectivement réalisé la « société sans classes » de Marx ». Alors que « le projet marxiste a cherché à promouvoir une forme extrême d’égalité sociale aux dépens de la liberté[15] », c’est-à-dire l’égalité du goulag, hors quelques dignitaires soviétiques au sommet de leur sphère, inégalité plus extrême et plus honteuse que tout autre, parce que non seulement économique, mais aussi politique, de plus sans le moindre espoir de sortir des bas-fonds. Ce qu’a contrario permet le capitalisme libéral, qui ne s’est pas gêné pour assurer aux masses une aisance que n’eurent pas rêvé ni le zek ni le kolkhozien…

      Certes, les inégalités spoliatrices, c’est-à-dire acquises par le vol et la tyrannie, par exemple dans la possession des terres en Amérique latine aux dépens des petits propriétaires, des indigènes, sont moralement et pénalement condamnables devant le tribunal du droit naturel. En revanche les inégalités attribuables au travail et au mérite ne sont que positives et n’ôtent rien aux pauvres, qui, au contraire, trouvent à en profiter grâce à l’accroissement de l’activité concurrentielle, de l’offre, corrélé à la baisse des prix. À condition, une fois encore, que la fiscalité ne gonfle pas ces derniers…

      Il faut alors percevoir que les inégalités ont un rôle positif : dans la mesure où les pauvres sont motivés à créer de la richesse, où les jeunes générations choisissent de faire fonctionner l’ascenseur social, dans le cadre de la liberté des échanges et de la mondialisation. Ce que confirme Johan Norberg : « contrairement à ce qu’on pourrait penser, les inégalités entre les pays ont diminué constamment depuis le début des années 1970. […] les économistes mesurent habituellement le degré d’inégalité à l’aide du coefficient Gini [qui] pour le monde entier est passé de 0,6 en 1968 à 0,52 en 1997, soit une baisse de plus de 10 %.[16] » Malgré quelques exceptions notoirement socialistes et communistes, théocratiques et soufflées par la guerre, le mouvement d’augmentation du niveau de vie ne semble pas près de s’arrêter.

      Une étude de l’Institut Economique Molinari[17] bat en brèche l’argument des inégalités en pointant que les émoluments des cent Présidents Directeurs Généraux les mieux payés au Canada équivalent à 171 fois le salaire moyen. Horreur ! Mais cette même étude offrait un calcul fort simple : divisant cette colossale rémunération par le nombre de leurs salariés (2 423 530), on obtient 326 dollars par an, soit 90 cents par jour, ou encore 0,7 % de hausse salariale. Dérisoire… Comme quoi la redistribution est parfaitement vaine. Pire encore, en imaginant que cette dernière soit assurée par l’Etat, le coût prohibitif de sa gestion la rendrait encore plus pitoyable, sans compter les dommages ravageurs à l’encontre de la société toute entière, privées non seulement du savoir-faire de ces patrons, mais également de leur dévouement à leur propre porte-monnaie qui est la source du dévouement de l’économie à la prospérité générale. Loin de contribuer à cette dernière, la redistribution contribue à la détruire. Vouloir à toute force et par idéologie recourir à la surabondance de la redistribution épuisant les acteurs économiques serait de l’égalitarisme forcené, au même titre qu’une tyrannie économique et sociale voisine du totalitarisme.

      On s’amusera en citant Michel Onfray qui, dans une perspective nietzschéenne, parvient à une réelle pertinence, en animalisant poétiquement l’égalité, intrinsèquement envieuse et revancharde : « Un triangle noir sur le dos / La tarentule prêche l’égalité. / Animal de la vengeance / Elle nomme justice / Sa haine et son aigreur. / La tarentule prêche l’égalité ; / Araignée de la jalousie / Elle déteste ce qui est / Fort et puissant. / Bête du ressentiment / Elle calomnie le monde / La vie et la vigueur. / La tarentule prêche l’égalité.[18] »

      Méfions-nous donc de l’égalité : outre son Envie prête à dévorer la liberté d’autrui, elle entraîne bien trop souvent la pauvreté de l’envieux. Autant l’inégalité devant le droit est à proscrire, autant les inégalités de richesses sont à considérer dans leur perspective dynamique d’enrichissement général… Tocqueville savait que « les peuples démocratiques ont un goût naturel pour la liberté. […] Mais ils ont pour l’égalité une passion ardente, insatiable, éternelle, invincible ; ils veulent l’égalité dans la liberté, et, s’ils ne peuvent l’obtenir, ils la veulent encore dans l’esclavage. Ils souffriront la pauvreté, l’asservissement, la barbarie, mais ils ne souffriront pas l’aristocratie[19] ». Tout est dit.

 

 

 

L’Ethique de la redistribution selon Jouvenel

 

      L’Etat est un « minotaure », accuse en 1951 Bertrand de Jouvenel, dans son Ethique de la redistribution ; surtout lorsque devenu Etat-providence, il use de son usine à gaz à redistribuer les revenus. Son omnipotence fabrique des assistés aux dépens non seulement des plus riches, mais des classes moyennes ; « et, tout compte fait, encombré du fardeau de ses multiples engagements, il n’applique les consignes de la redistribution que dans sa façon de prélever l’argent, et non dans sa manière d’en faire profiter largement sa population[20] ». Ainsi  « tout pouvoir de redistribution signifie un surcroît de pouvoir dévolu à l’état[21] ». Ce qui ne laisse pas d’être inquiétant, ne serait-ce que dans le domaine culturel, aux dépens du pluralisme. La conclusion de Bertrand de Jouvenel est sans appel : « les pouvoirs publics n’ont d’autre choix, s’ils veulent donner à tous, que de prendre à tous. […] les familles aux revenus faibles dans leur ensemble, versent au Trésor public davantage d’argent qu’elles n’en retirent.[22] » Ce qui ne vaut pas pour celles qui sont sans travail et ne vivent que des subsides alloués par l’Etat, qui par là-même, au moyen de sa sur-fiscalité et d’une législation du travail coercitive, les prive de ce travail qui assurerait leur indépendance…

      Lutter contre les inégalités est trop souvent le masque des parasites politiques et bureaucratiques qui démagogiquement gèrent la redistribution, aux dépens des créateurs de richesses et donc d’emplois. Les inégalités sont bien un argument spécieux, en tant qu’au nom d’une solidarité électoraliste, il sert de levier à l’Etat spoliateur, justicier et stratège, à ses hordes d’élus et de fonctionnaires, en particulier des ministères des finances, ainsi à tous ceux, mus par l’Envie, qui pensent en profiter.

      La redistribution peut rester morale et défendable lorsqu’elle pallie aux handicaps de ceux qui ne peuvent travailler. Hélas, elle a rapidement le grave défaut d’employer une noria de fonctionnaires exponentielle pour sa gestion d’une part, et d’autre part, à partir d’un seuil trop vite atteint, quoique assez subjectif, de décourager les entrepreneurs dont la motivation financière n’a rien de méprisable, de réduire leurs capacités d’investissement, sans oublier la fuite des énergies au-delà des frontières, comme en témoignent les 400 000 français vivant à Londres, dans un Royaume-Uni ainsi dopé, qui vient dépasser la France, en devenant à son tour cinquième puissance économique mondiale. Pire, s’il en est, la recette publique s’affaiblit alors, la courbe de Laffer venant opportunément vérifier l’adage selon lequel trop d’impôt tue l’impôt.

      Force est de constater qu’une France dont 57% du PIB sont consacrés aux dépenses publiques ne contribue qu’à appauvrir ses habitants et contraindre au chômage une énorme partie d’entre eux ; alors que des pays comme l’Allemagne ou la Norvège, avec un chiffre de 45 % ont un chômage deux fois moindre et une économie bien plus florissante. Tout en criant haro sur les riches, les seuls riches qui paraissent légitimes sont ceux qui, élus et haut-fonctionnaires, vivent au bénéfice de la fiscalité oppressive. Curieusement, ils sont traditionnellement bien moins dépréciés que les chevaliers d’industries et les patrons d’entreprise, du plus aisé au plus modeste. Ce que note Bertrand de Jouvenel : « Pendant toute la période dominée par la société commerciale, depuis la fin du Moyen-Âge jusqu’à nos jours, la fortune du riche marchand a inspiré bien plus de ressentiment que le faste dont s’entouraient les dirigeants.[23] »

      Plutôt que de reprocher aux riches Bill Gates ou François Pinault leurs fortunes insolentes, remarquons qu’ils les ont gagnées en créant des richesses et des emplois, qu’ils la dépensent pour contribuer à la santé, au développement des Africains pour l’un et à l’expressivité et au niveau de vie des artistes pour l’autre ; alors que tant de magnats du pétrole arabique répugnent à élever le niveau de vie et de liberté de leurs citoyens et immigrés…

      La reproduction sociale -si chère à Bourdieu[24]-, si décriée, est pourtant, au-delà de la sélection aristocratique des seuls descendants, une sélection des savoirs, des compétences et des mérites. Pourquoi, au nom de l’origine sociale des parents, faudrait-il se priver de toutes ces qualités, même si cette reproduction est également, pour une grande part celle des inégalités ? Seule la réhabilitation d’une école exigeante et d’une éducation aux nobles ambitions pourra redonner du lustre à l’ascenseur social, de façon à donner leurs chances aux esprits venus des milieux les plus modestes.

 

      La majeure partie des Etats étant furieusement endettée, ce n’est certes pas en taxant les riches, qu’ils se reproduisent de manière endogame ou non, que l’on parviendrait à mieux user de leur argent, mais à le dilapider. Mieux vaut alors faire confiance aux riches et à ceux qui ont la capacité de le devenir pour dynamiser l’économie et la croissance, y compris le porte-monnaie des pauvres. Et se défier de notre Etat. Fiscocratie[25] s’il en est, la France a eu l’ingéniosité de mettre en place cinquante taxes nouvelles en six ans, sans compter la hausse de plus anciennes, quand en 2014, 182 articles de lois fiscales ont été adoptés. Taux de prélèvement obligatoire à 45% du PIB, taux d’impôt maximal sur les sociétés à 38 %. En toute logique, le chômage ne cesse également d’augmenter et dépasse 11 % de la population active, sans compter tous les désinscrits… L’Heritage Fondation publie chaque année un Indice de Liberté Economique. Que croyez-vous qu’il arrive à la France ? Elle est honteusement classé 73ème, après le Kazakhstan et l’Albanie, à cause du poids de l’Etat et de la rigidité de la législation du travail.

      Autour de la France et de quelques pays idéologiquement rétrogrades à son image, le monde s’enrichit, la pauvreté recule sur la planète, les classes moyennes renforcent leur nombre, les riches se multiplient. L’extrême pauvreté (moins de 1,25 dollar par jour) a reculé de cinquante pour cent depuis 1990. Et cela grâce, non au communisme et aux systèmes de redistribution étatiques, mais à la mondialisation capitaliste. C’est bien ce que note Johan Norberg, dont le Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste remplace avantageusement (et plus lisiblement) Piketty : « Au cours du demi-siècle qui vient de se terminer, le développement matériel a permis de sortir plus de trois milliards de personnes de la pauvreté[26] ».

      Ainsi, l’on peut reprendre une réflexion d’Hannah Arendt, jetée parmi son Journal de pensée, en 1955, vérifiant une fois de plus sa perspicacité : « À propos de « Property and Equality » : c’est une erreur que de croire qu’on peut parvenir à l’égalité caractéristique de l’homogénéité grâce à l’ « equality of condition » […] donc par l’homogénéité des rapports de propriété. […] c’est l’homogénéité du troupeau qui se met en place.[27] » Du troupeau à l’abattoir totalitaire, il n’y a qu’un pas ; en effet, assure-t-elle, « L’égalité de condition parmi leurs sujets a été l’un des principaux soucis des despotismes et des tyrannies depuis l’Antiquité[28] ». Voilà, s’y l’on n’y prend garde, à quoi peut mener la lutte étatique contre les inégalités économiques. Au nom du « mirage de la justice sociale ou distributive », l’injustice passe son rouleau compresseur sur la société entière. Hayek savait cela bien avant 1976 lorsqu’il écrivit : « Aussi longtemps que la croyance à la « justice sociale » régira l’action politique, le processus doit se rapprocher de plus en plus d’un système totalitaire[29]. »

 

      L’on peut se demander d’ailleurs dans quelle mesure un anarchiste et socialiste libertaire comme Proudhon ne frôle-t-il pas cette dimension totalitaire en étant si persuadé : « J’ai démontré […] que l’inégalité des fortunes, bien qu’en vertu de conventions expresses et dans l’intérêt des relations économiques elle puisse être l’objet d’une certaine tolérance, n’a rien en soi cependant de nécessaire et d’humain ; qu’en tant qu’elle est le fait de la nature, c’est un accident auquel la prudence du législateur, l’habileté de l’économiste, la sagesse du pédagogue, sont appelés à porter remède ; en tant qu’elle résulte de l’anarchie politique, mercantile et industrielle, une violation du droit ». Il prétend à « une certitude désormais invincible[30] » !

      Un argumentaire aussi fin, rigoureux, que synthétique vient à point pour répondre à Proudhon et pour étayer notre thèse : Harry G. Frankfurt, professeur émérite à l’Université de Princeton, publiait en 2015 un bref et roboratif essai, sous le titre d’On Inequality, volontairement laconique. Ce n’est pas à la pensée égalitariste que nous devons faire allégeance, à fin de démagogie, mais à la nécessité morale d’éradiquer la pauvreté.  Que « certains ne possèdent pas assez » est un problème autrement pressant que celui de savoir si d’autres possèdent trop, d’autant plus que le curseur du trop est sujet à caution. Il y a bien un vice intellectuel à vitupérer contre les inégalités plutôt que contre la pauvreté, en fait ce qui anime le préjugé est moins l’altruisme que la virulence de l’envie, du pouvoir désiré d’arracher la richesse au profit de sa tyrannie prétendument au service de tous. Car « une répartition égalitaire des revenus ne maximise pas nécessairement l’utilité agrégée ».

      Le « conflit entre égalité et liberté » est trop souvent oublié, surtout lorsqu’intervient l’argument du mérite et de l’excellence du travail récompensé au service de l’humanité. De plus « exagérer l’importance morale de l’égalité économique s’avère nuisible, parce que cela est aliénant. En agissant ainsi, on sépare l’individu de sa réalité propre, et on l’incite à focaliser son attention sur des désirs et des besoins qui ne sont pas authentiquement les siens ». Avec De l’inégalité[31] Harry G. Frankfurt fait œuvre salubre, digne d’être lue : la réflexion économique est également morale, non sans souligner, bien plus que l’exigence de l’égalité, celle du respect d’autrui.

 

      Au-delà des forces d’imposition (dans les deux sens du mot) que sont le socialisme et le théocratisme, l’individualisation de la richesse permet sans nul doute les progrès des conditions, des mœurs et de l’esprit humain, sans empêcher en rien -au contraire- ses dimensions spirituelles et culturelles : « La meilleure manière de comprendre la vague individualiste est sans doute de la considérer comme une forme luxueuse de l’être-dans-le-monde[32] », affirme avec justesse Peter Sloterdijk. Ainsi l’argument spécieux des inégalités et de la redistribution étatique est balayé par celui, nettement plus efficace, de l’enrichissement des pauvres au moyen de la mondialisation des initiatives et du capitalisme libéral. Alors qu’incessamment le David de la pauvreté socialiste tente de terrasser le Goliath de la richesse, en se gonflant de lui jusqu'à en éclater, il faut se rendre à l’évidence : en vérité, le David de la richesse tend à terrasser le Goliath de la pauvreté.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[2] Jean-Jacques Rousseau : Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Œuvres III, Gallimard, Pléiade, 2003, p 131.

[3] Jean-Jacques Rousseau : ibidem, p 164.

[4] Jean-Jacques Rousseau : Sur l’économie politique, Œuvres II, Pléiade, 1968, p 276.

[5] Adam Smith : Enquête sur la nature et les causes de la richesse des nations, PUF, 1995.

[6] Karl Marx : Economie et philosophie, Œuvres II, Pléiade, 1968, p 98.

[7] Karl Marx : Le Manifeste communiste, Œuvres I, Gallimard, Pléiade, 1963, p 182.

[8] L’Humanité.fr, 28 décembre 2014.

[9] Thomas Piketty : Les Hauts revenus en France au XXème siècle, Grasset, 2014, p 547, 548.

[10] Thomas Piketty : Le Capital au XXIème siècle, Seuil, 2013.

[11] Anti-Piketty. Vive le capital au XXI° siècle, sous la direction de Jean-Philippe Delsol, Nicolas Lecaussin et Emmanuel Martin, Libréchange, 2015.

[12] Denis Diderot : « Réfutation d’Helvétius », Œuvres politiques, Garnier, 1963, p 475.

[13] Adolphe Thiers : De la Propriété, Paulin, Lheureux et cie, 1848, p 96.

[15] Francis Fukuyama : La Fin de l’Histoire et le dernier homme, Flammarion, 1992, p 328-329.

[16] Johan Norberg : Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste, Plon, 2003, p 44-45.

[17] Etude publiée sur Contrepoints : http://www.contrepoints.org/2015/01/04/193268-reverser-aux-salaries-le-salaire-des-patrons-90-cents-par-employe

[18] Michel Onfray : Bestiaire de Nietzsche, Galilée, 2014, p 43.

[19] Tocqueville : De la Démocratie en Amérique, II, II, 1, Œuvres, t II, Gallimard, Pléiade, 2001, p 611.

[20] Bertrand de Jouvenel : L’Ethique de la redistribution, Les Belles lettres, 2014, p 106.

[21] Bertrand de Jouvenel : ibidem, p79.

[22] Bertrand de Jouvenel : ibidem, p 113.

[23] Bertrand de Jouvenel : ibidem, p 120.

[24] Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron : La Reproduction sociale, Minuit, 1970.

[26] Johan Norberg : ibidem, p 20.

[27] Hannah Arendt : Journal de pensée, Seuil, 2005, p 741.

[28] Hannah Arendt : Les Origines du totalitarisme, Quarto Gallimard, 2010, p 632.

[29] Friedrich A. Hayek : Droit, législation et liberté, II Le Mirage de la justice sociale, PUF, 1981, p 82.

[30] P J. Proudhon : De la justice dans la révolution et dans l’église, Garnier, 1858, p 380

[31] Harry G. Frankfurt : De l’inégalité, Markus Haller, 2017.

[32] Peter Sloterjik : Ecumes, Sphère III, Hachette Pluriel, 2006, p 737.

 

Photo : T. Guinhut.

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 12:38

 

 

"Il n'y a pas d'autre vainqueur que Dieu", La Alhambra,

Grenada. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Houellebecq, extension du domaine

 

de la soumission :

 

satire ou adhésion ?

 

 

Michel Houellebecq : Soumission, Flammarion, 304 p, 21 €.

 

Non réconcilié. Anthologie personnelle 1991-2013, Poésie Gallimard, 224 p, 10,70 €.

 

 

 

 

      Une histoire de zizi… De livre en livre, Houellebecq déplie les complexes et les manques de ce petit oiseau qui est aussi le nôtre. Dans Extension du domaine de la lutte, un jeune cadre incapable de lever les belles de boites de nuit se vit conseiller de recourir au meurtre des beautés féminines pour ainsi les posséder et s’en venger. La rhétorique marxiste du titre était logiquement constituée par une Envie qui s’étendait du domaine économique au domaine sexuel. Dans Les Particules élémentaires, une seconde solution devenait plus radicalement efficace : nous deviendrions, dans un proche futur de science-fiction, tous clonés, tous également beaux, donc sexuellement enviables et satisfaits. L’égalité avait remplacé la liberté. Plus tard, dans Plateforme, une troisième hypothèse, plus réaliste, prenait place parmi les camps de vacances des Européens favorisés sur les plages du tiers-monde : une prostitution à bas coût comblait les braguettes des messieurs, via l’exploitation des femmes. Si l’on excepte La Possibilité d’une île et La Carte et le territoire, dont le creux de la vague laisse parfaitement insensibles les souvenirs du lecteur -malgré un prix Goncourt-, la logique houellebecquienne trouve aujourd’hui un nouvel avatar dans le problème sexuel du mâle occidental : la Soumission à l’Islam lui permet, grâce à la polygamie, d’assouvir des désirs sous couvert du silence des burqas. Faut-il se soumettre à Houellebecq ? Il est à craindre que Soumission soit son meilleur roman ; et sa pire utopie politique. La satire de la tyrannie n’est-elle pas viciée par ses fondements psychologiques et conceptuels ? S’arrête-t-elle à la porte de la « soumission » désirée ?

 

Uchronie et anti-utopie politique et religieuse

 

       Le conscient et l’inconscient collectifs des Européens, voire de la planète entière, le spectre de nos peurs sont l’une des cibles privilégiées de nos grands romanciers. Quoiqu’on en dise, l’Islam, dont la traduction littérale est « soumission », est aujourd’hui la première peur géopolitique, civilisationnelle, religieuse, morale et sexuelle. Houellebecq est inévitablement en adéquation avec cette peur en la retournant d’une ironique manière en son uchronie, c’est-à-dire en un temps qui n’existe pas, qui n’existera probablement pas, du moins de la manière décrite.

      Le narrateur personnage nommé François, spécialiste de l’écrivain du XIXème Huysmans, s’accommode au mieux d’une démocratique et presque pacifique domination de la France par l’Islam ; au contraire d’une guerre civile redoutée. S’appelle-il d’ailleurs François, parce que Français, parce que François Mitterrand et François Hollande qui ont leur part de responsabilité en cette évolution prévisible ? « À l’issue de ses deux quinquennats calamiteux », ce dernier disparait. En « un Occident qui sous nos yeux se termine », « alors que l’économie française continuait à s’effondrer par pans entiers » (ce qui n’est aujourd’hui que trop vérifiable), le narrateur personnage se sent « aussi politisé qu’une serviette de toilette ». Cependant l’on sait bien qu’être politisé socialiste, UMP, « Fraternité musulmane », sans oublier Front National, ne répond en rien aux désastres économiques et civilisationnels qu’il faudrait affronter avec une conviction nettement plus assurée des libertés. Doit-on considérer qu’il est pire de choisir, au lieu de la « guerre civile », de rester « résignés et apathiques » ?

      Quoique trop bénin et trop rapide pour être totalement crédible -2022 pour une élection d’un Président musulman- le télescopage temporel permet de rendre cette uchronie plus imminente et plus prégnante qu’elle ne l’est peut-être, même si l’on songe à la thèse du grand remplacement prônée par Renaud Camus, s’appuyant sur des projections démographiques, peut-être discutables en France, plus sévères en Suède ou en Allemagne, ce pour rejoindre le titre alarmant de Thilo Sarrazin : L’Allemagne disparait[1].

      Si, selon les estimations, les Musulmans représentent environ 8 % à 10 % de la population française, la conversion politico-religieuse de la France parait hautement improbable, irréaliste. Mais il ne faut pas mésestimer les ardeurs immigrationistes et démographiques d’une minorité active, prosélyte et violente. Quant à savoir si tous les Musulmans français voteraient pour un Président d’Islam, il faudrait se demander combien d’entre eux votent déjà et voteraient alors pour Marine Le Pen, excédés par leurs coreligionnaires fondamentalistes et délinquants.

     Irréaliste est peut-être encore le fait que nos « enseignants devraient embrasser la foi musulmane » ? Quoique. Combien n’ont-ils pas embrassé la foi marxiste et communiste ? Il faut alors recourir au triste rappel d’Heidegger qui ne craignit pas de prêter serment au Troisième Reich, en tant que recteur d’université.

    Une fois islamisés, leurs salaires triplés, les enseignants reprennent leurs cours presqu’intégralement, même si « la conversion finale de Rimbaud à l’islam était présentée comme une certitude ». Le pays voit la délinquance « divisée par dix », le chômage « en chute libre », grâce « à la sortie massive des femmes du marché du travail » : en compensation, les allocations familiales bénéficient d’une revalorisation considérable ». L’éducation nationale s’allège : « l’obligation scolaire s’arrêtait à la fin du primaire »…

      Pour le personnage de Soumission, la soumission aux événements est totale. Un séjour dans l’Abbaye de Ligugé est un échec. Quand une proposition le sauve du suicide : diriger l’édition des œuvres de Huysmans dans La Pléiade. Retrouver son poste d’universitaire, être trois fois mieux payé qu’une belle pension de retraite, prendre des épouses de quinze ans : se convertir, au moyen d’une argumentation fournie, mais spécieuse, et d’une justification de la tyrannie chapeautée par quelques puissants, est un jeu d’enfant. Même si le dernier chapitre est au conditionnel, il n’y a aucun doute : il se soumettra. Car « le sommet du bonheur humain réside dans la soumission la plus absolue », qui est comparée à celle masochiste d’Histoire d’O. D’où l’identité entre deux soumissions : à ce dernier livre et au Coran…

      Il est évident que, politiquement, la confrontation entre les deux candidats à la présidence de la République, Marine Le Pen et Mohammed Ben Abbès, doit paraître comme deux faces voisines de la même médaille du renoncement à la liberté, quoique le second, affirmant le nom du prophète de sinistre mémoire, soit, malgré son apparence faussement modérée à la Erdogan première manière, sa diplomatie huilée, la plus terrifiante. Pourtant, grâce à la pleutre alliance du Parti socialiste, qui, devant deux dangers choisit le pire, aveuglé par sa haine antédiluvienne et atavique du Front National, c’est à lui que le pays se confie, de guerre lasse, courbé sous la menace, acceptant la paix du dhimmi, l’humiliation de l’esclave, la solide certitude de l’idéologie de la charia. Perspective effrayante…

       Le « grand remplacement », annoncé par Renaud Camus, est ici avancé à 2022. Ce dernier paraitrait écrire les discours de Marine Le Pen en cette fiction, citant un auteur des Lumières, Condorcet et son Des Progrès de l’esprit humain[2]. Etonnante prise de conscience, hélas balayée. Ce qui prouve bien d’ailleurs que Houellebecq ne participe que peu de la « lepénisation » des esprit, mais de leur islamisation, par le biais du désaveu des Lumières.

     L’avertissement lancé par Thilo Sarrazin dans L’Allemagne disparait se voit renvoyé à une uchronie dangereusement proche, heureusement improbable à si court terme. Si l’on peut penser qu’il ne s’agit là que du fantasme prégnant du personnage, voire de l’auteur, on ne s’étonnera guère de cette conversion française, si l’on sait que d’après un sondage du CSA, 54% des Musulmans de France sont favorables à une application, au moins partielle, de la charia. En Grande Bretagne, des tribunaux islamiques peuvent rendre des décisions sanctionnées par la High Court, l'équivalent de notre Cour d'Appel, ce dans les questions de divorce et de garde d’enfants ; or ces 85 tribunaux observant la charia ne reconnaissent pas les mêmes droits aux hommes et aux femmes.

   Ainsi les Musulmans, hors quelques minces passages pauvrement pornographiques, y compris leurs radicaux, auraient bien tort de se choquer de Soumission : ce proche avenir peint par Houellebcq ne peut que leur convenir, le roman paraissant alors islamocorrect. Hors cette interrogation : comment un pouvoir musulman pourrait-il tolérer que des professeurs d’université, fussent-ils convertis à la loi coranique, enseignent des écrivains -sans parler évidemment de Voltaire[3]- comme Huysmans, qui, outre son décadentisme, commit l’outrage de se convertir à la spiritualité chrétienne ?

 

 

 

Le projet polygame

 

       Selon le romancier des Particules élémentaires, le capitalisme néolibéral visait à la sursatisfaction des libidos occidentales. Seule la liberté féminine posait une barrière à cette volonté de puissance sexuelle masculine. Sur ce plan l’Islam permet une régulation par la loi théocratique. À la soumission politico-religieuse répond la compensation de la polygamie (évidemment réservée aux seuls hommes) : avoir plusieurs femmes satisfait non seulement l’appétit de luxure mais aussi la libido dominandi. Il reste en effet pour se consoler avec profit une bête de somme sur laquelle décharger sa sexualité et sa piètre volonté de puissance. Marché aux esclaves et harem seraient donc complémentaires dans le cadre de la domination du marché réglé par l’argent des pétrodollars et par le pouvoir patriarcal. Ainsi la lassitude de l’homme occidental (sans parler encore de celle de la femme) irait se confier sans résistance à la servitude volontaire de l’Islam ? Tout cela pour quelques services sexuels ?

      Sommes-nous déjà halal et salam ? L’Iran des mollahs est-il notre avenir ? En deçà du choc de civilisations diagnostiqué par Huntington[4], du Jihad versus Mc World[5], le choc annoncé n’aura pas lieu : la France ouvre avec délectation ses draps polygames à la saillie de l’Islam… La soumission houellebecquienne a le mérite, en voilant la France, de dévoiler un avenir possible de la distribution sexuelle, si l’on n’y prend garde au plus vite : « L’inégalité entre les mâles –si certains se voyaient accorder la jouissance de plusieurs femelles, d’autres devaient nécessairement en être privées- ne devait donc pas être considérée comme un effet pervers de la polygamie, mais comme un effet recherché ». Mâle dominant, sélection, maîtrise de la soumission féminine, ces concepts expliquent le succès de la chose. Un chien morbide a besoin de la laisse dorée du pouvoir, de quincaillerie spirituelle et de sexe avec des femmes enfants consentantes aux caprices du maître. Seconde perspective effrayante…

      Cette polygamie avait déjà fait l’objet d’un projet de société romanesque dans une Angleterre islamisée. En 1914, Chesterton fit en effet annoncer à l’un de ces personnages « cette grande expérience sociale la grande méthode polygamique qui s’est levée à l’Est […] cette polygamie supérieure », tout cela dans le cadre d’un drôle de roman de chevalerie secourant les pubs menacés et leurs libertés : L’Auberge volante[6]. Houellebecq n’est donc pas tout à fait le premier prophète occidental. Sans oublier Jean Raspail et son Camp des saints, publié en 1973, dans lequel une invasion d’immigrées délinquants et violeurs balaie la France[7]. Houellebecq a choisi un protocole plus pacifique, quoique plus retors, en imaginant que la moitié de l’humanité, en l’occurrence les femmes, seraient consentantes.

     Misanthropie, misogynie ? Ne peut-il imaginer qu’au lieu de la soumission, nombre de femmes, comme autant d’amazones allaient se soulever ? Hélas, peu après l’élection, «  toutes les femmes étaient en pantalon ». La Sorbonne islamique (qui n’est que la continuation de notre Sorbonne délocalisée d’Abou Dabi) ne connait plus que des femmes « voilées ». Les « Aïcha » de ces messieurs ont quinze ans. La dignité humaine est aux abonnés absents…

 

 

De la satire

 

      Roman irréaliste, soit. À moins de le lire, sous la surface de son ton doucereux, comme une double satire d’autant plus féroce qu’elle affecte une apparente innocuité. Satire d’abord de nos gouvernements socialistes (mais aussi de « centre-droit ») qui, avec la Fraternité musulmane « n’ont aucune divergence sur l’économie, ni la politique fiscale ; pas davantage sur la sécurité ». Ainsi, par antilepénisme obsessionnel, ils se font digérer par le parti musulman et les talents rhétoriques de Mohamed Ben Abbes. De même, la plupart des Français (on ne fait que deviner les autres luttant pour une cause perdue, voire exterminés) sont comme des veaux claquemurés dans l’indignité : « le programme scolaire en lui-même devra être adapté aux enseignements du Coran ». La satire est d’autant plus mordante que le basculement s’effectue de manière presque indolore, amoureusement consentie, dans l’aveulissement et l’abandon de toutes les valeurs des Lumières, il faut bien l’avouer, fatigantes, car énergivores. « L’humanisme athée, sur lequel repose le vivre ensemble laïc, est donc condamné », face au monothéisme « qui dispose du meilleur taux de reproduction ». Pourtant, dans les trouées du silence des médias -silence qui ne fait que confirmer un peu plus les tendances de bien de nos médias contemporains- les assauts des bureaux de vote, les affrontements meurtriers, un moment constatés dans une station-service par le narrateur, laissent penser à un putsch.

      La leçon de politique-fiction est aussi sérieuse que l’analyse des bassesses de nos partis, de leurs alliances. La stratégie de Mohamed Ben Abbes et de sa Fraternité musulmane est un chef d’œuvre de dissimulation (la taqiya) et de manipulation, présentant « l’islam comme la forme achevée d’un humanisme nouveau », respectant « les trois religions du Livre » (on notera la vision bien irénique !) et dont le modèle pour son Eurabia est « l’Empire romain ». Cependant le « Front républicain » verrait ce dernier confortés par le PS (dont la « mouvance antiraciste a réussi en interne à l’emporter sur sa mouvance laïque ») et l’UMP obsédés par leur phobie du FN, vaincu par pire que lui… À ce jeu, tout lecteur est renvoyé à ses fantasmes, ses peurs, ses pesanteurs idéologiques, ses sursauts…

      Mais aussi satire du Français moyen, y compris censément intellectuel, lorsque François confie à Myriam, à propos de la menace qui pèse sur les Juifs : « je ne connaissais au fond pas bien l’Histoire ». Quant à notre François moyen, il est séduit, avec son maître universitaire Rediger, par le culte de l’homme politique providentiel. Satire évidemment beaucoup plus considérable, celle du doux cancer de l’Islam. Sans oublier la satire du mâle, machiste et paternaliste, voire de la satire des femmes qui se plient avec tant de bonne grâce au comportement exigé. Satire de l’Islam et de la veulerie française ou satire antilibérale de la perte des valeurs traditionnelles de la France, selon que l’auteur se sépare ou se solidarise de son personnage ? S’il ne faut pas craindre de séparer l’homme Houellebecq, cultivant son apparence de clochard décadentiste, quelle est la part de la satire d’une France ramollie et du vouloir non-vivre post-nietzschéen ? C’est là que l’ambigüité de l’auteur Houellebecq laisse considérablement perplexe le lecteur : écrit-il pour dénoncer ou pour adhérer à ce retour du religieux ?

      Et que disent les femmes en ce roman ? Rien ; apparemment elles consentent, sauf la seule qui compte un peu, Myriam, qui parait savoir aimer notre personnage aussi blet qu’un navet, et s’expatrie en Israël à la suite de sa clairvoyante famille. Est-ce à dire que le seul pays qui défendrait encore la liberté féminine serait ce dernier ? Ainsi la France judenrein et satirisée se couche comme une putain -ou comme un putain, si l’on ne veut pas être sexiste- sous le fleuve montant d’une population conquérante, quoique accueillie et entretenue par l’Etat providence, sous le flot des pétrodollars islamistes. Ce qui n’est hélas qu’une légère hyperbole de la situation de la France déjà trop islamisée. Rien ne sauve ce roman du blâme, quand, sans le moindre déchirement de conscience morale et politique, l’antipape François se convertit dans le sein d’une religion sexiste et antilibérale. Doit-on pointer que la conscience libérale de Houellebecq manque pour le moins de consistance, aux antipodes du libéralisme politique et économique qui anime Hayek et Adam Smith…

 

 

Une technique romanesque redoutable

 

      Pris dans le récit étonnamment aisé, entraînant, le lecteur s’immerge en toute immédiateté dans le mental du personnage, dans son univers plausible et dans une France peu à peu bouleversée sans que l’on paraisse y remarquer une faute de progression. Pour ce faire, la technique de l’écrivain est redoutable. Le réalisme pauvre de Houellebecq use d’images frappantes à l’occasion des souvenirs du restaurant universitaire : « nos rations de céleri rémoulade ou de purée cabillaud, dans les casiers de ce plateau métallique d’hôpital ». Ou de son « existence corporelle » : « lavabo bouché, Internet en panne ». De même le portrait psychologique, dépressif et veule, possède une prégnance irréfutable. La tentation de l’abandon ronge le personnage qui se laissera persuader par le confort matériel, sociétal et sexuel de la « soumission » à l’Islam, autant que par une spiritualité de confort. Mieux que la spiritualité chrétienne : « Au monastère, au moins on vous assurait le gîte et le couvert -avec en prime la vie éternelle dans tous les cas ». Mais en ce dernier lieu, ni orgueil, ni luxure. Ce que permet le nouveau gouvernement à ses affidés. L’intellect et le spirituel ont abandonné le terrain aux tyrannies des besoins médiocres du réel, aux tyrannies des jouissances sexistes. On est alors étonné de l’aisance apparente de la démonstration par un narrateur (et par le personnage de Rediger) dont le propos est sans cesse dégraissé. Mais également dégraissé de tout ce qui pourrait déranger la mauvaise foi de son adaptation au nouveau pouvoir. Hélas, aucun personnage n’est là pour contredire efficacement l’argumentaire, hors Marine Le Pen citant Condorcet, aussitôt évacuée.

      Réaliste, voire misérabiliste, la tristesse des relations humaines est sans amitié ni amour, les rapports sexuels banalisés ou tarifés sont sans la moindre chaleur érotique. Là encore le réalisme cynique s’est débarrassé autant du lyrisme que de l’idéalisation : « Ma bite était au fond le seul de mes organes qui ne se soit jamais manifesté à ma conscience par le biais de la douleur, mais par celui de la jouissance. […] elle m’incitait parfois, humblement, sans acrimonie et sans colère, à me mêler davantage à la vie sociale. »

      Le réalisme houellebecquien sait en outre l’art de mêler à ses personnages fictionnels, des personnalités réelles : Hollande, Pujadas, Onfray, Mélanchon, Bayrou devenu Premier Ministre de Ben Abbes, et « vêtu d’une pèlerine à la Justin Bridou »… Ce qui contribue, outre la focalisation interne ininterrompue, à stimuler la fiction par un effet de réel. Les dialogues entre les personnages, dont Alain Tanneur, analyste politique viré de la DGSI pour avoir signalé les « incidents » susceptibles de se produire dans les bureaux de vote, sont efficacement menés. Cette conversation étant menée dans le Lot, au village de « Martel », l’allusion à Charles Martel est explicite. Quoique caricatural, le séisme politique et civilisationnel est redoutablement bien mis en œuvre, au moyen d’une mise en scène « légèrement expressionniste[8] », selon son auteur.

      L’apparente absence de jugement de la part du romancier permet à chaque lecteur d’y trouver l’occasion de son assentiment ou de son rejet : l’islamiste peut se trouver conforté dans la légitimité et la réussite affichée de son entreprise d’arabisation de la France ; comme le laïc ou le catholique qui réprouve Islam et immigration peut y voir un argument contre cet asservissement. Oiseau de bon ou de mauvais augure, selon les uns ou les autres, le romancier, laisse son apologue entre les deux yeux de la sagacité de son lecteur responsable. Cette France collaborationniste n’est-elle qu’un mauvais et improbable retour du refoulé de la période nazie, ou l’image soudain dévoilée par une Cassandre que personne ne veut entendre alors qu’elle dit la vérité ?

      À quelle soumission indigne se soumet le critique qui croit écrire avec pertinence après que tant de moutons de Panurge guère rabelaisiens y soit allée de leur logorrhée ? Faut-il se faire le maître censeur d’une idéologie et d’un art romanesque ? Outre le problème civilisationnel mis en exergue par Houellebecq, on eût aimé que la narration, l’espace du roman, puissent se déployer bien au-delà de quelques confessions, ratiocinations et conversations autour du nombril du narrateur. Créer d’autres personnages, d’autres rebondissements, imaginer une révolte des femmes, tout cela est-il au-dessus des forces de notre piètre et redoutable romancier ? À moins de considérer qu’une vaste saga épique puisse être moins efficace que l’art de la suggestion…

 

 

De l’identification auteur personnage

 

      L’auteur est-il son personnage ? François est-il Houellebecq ? Il faut cependant toujours se méfier des identifications naïves et abusives. Quoique parmi des romans ou le héros -plus exactement toujours anti-héros- présente à peu de choses près toujours la même psyché écœurée de désespoir, de pulsions sexuelles plus ou moins molles, de mépris des femmes, de veulerie et de projections vers un au-delà prétendu meilleur, qu’il s’agisse du clonage, de la prostitution sud-asiatique ou de la polygamie islamique. Or un élément semble valider cette hypothèse : la production poétique de Michel Houellebcq ouvre la parole à un « je » qui présente le même profil psychologique. Quoique, une fois de plus, il faille aller jusqu’à se méfier de l’identification du « je » poétique avec son auteur, si proche de la posture de la confession soit-il. Cela signifie-t-il que le romancier souhaite lui-même d’adhérer à la doxa musulmane la plus traditionnaliste ? Plutôt ne fait-il que se dénoncer -et nous à travers lui- comme un collabo opportuniste qui ne craint pas de profiter des avantages financier et sexuels fournis au service de l’occupant (mais aussi de l’édition).

      « Dans l’abrutissement qui me tient lieu de grâce » : cet alexandrin ouvre le dernier poème de l’ « Anthologie personnelle 1991-2013 » de Houellebecq, titrée Non réconcilié. Voilà qui est parallèle au vertige éteint de François, lorsque dans Soumission, devant la Vierge noire de Rocamadour, il se sent « ratatiné, restreint » ; et dégoûté par l’humanité. Poésie et roman participent de la même déréliction, de la même aspiration empêchée au religieux, sauf qu’en ses romans une perspective fictionnelle (le clonage pour Les Particules élémentaires, l’Islam pour Soumission) fournit une eschatologie terrestre ; quoique à chaque fois liberticide. La poésie reste alors terrestre, lourde, ses minces facettes lyriques ont su mal à décoller, comme si l’auteur imposait au moule qui se voudrait aérien du poème en vers rimés le poids de ses « intestins écartelés », « dans l’univers privé de sens ». Le drame du poète autant que du romancier n’est-il pas de n’avoir pas su donner sens au monde, au point qu’il se persuade d’en épouser un, fusse-t-il fourni par une religion barbare qui affecterait des airs de spiritualité. Alors qu’il ne va même pas jeter un œil au soufisme, par exemple…

 

Du héros vicié à la dignité bafouée

 

      La pire faiblesse du roman (peut-on dire à thèse ?) est hélas conceptuelle : la satire n’est-elle pas viciée par ses fondements psychologiques et conceptuels ? Un nietzschéisme[9] post-nazi, un nazislamisme indécent, un ressentiment morbide contre le monde, un dégoût de soi et de l’autre, une misogynie salace, un appétit de l’argent, des honneurs sociétaux, des prestiges universitaires et ministériels aux dépends des valeurs morales, une haine de « l’individualisme libéral », un antihumanisme viscéral, tout ceci conspire à faire du héros houellebecquien un monstre défaitiste et mou gagné par la persuasion de l’islam ; aux dépens de toute dignité morale. Une fois encore il faut se poser la question de l’adéquation de l’auteur à ces anti-valeurs. Même si les rejeter avec lucidité n’empêche pas de considérer ce roman dans sa fonction satirique d’autodérision et de miroir sombre de notre société. Un chien morbide a besoin d’une laisse dorée. « L’athéisme est trop triste. Le besoin de sens revient[10] », affirme Houellebecq. Mais pourquoi l’athéisme ne pourrait-il être gai ? Qu’importe que la mort soit une fin. Et s’il s’agit d’un sens insensé ? La spiritualité chrétienne peut être compatible avec la liberté, quand celle de l’Islam a considérablement besoin de réformer ses textes fondateurs en ce sens. Et postuler à son service un Mohamed Ben Abbes si pacifique et consensuel est bien une illusion. Houellebecq préparerait-il le terrain pour un tel avenir ou nous mettrait-il en garde ? « La vérité, c’est que je ne le sais pas moi-même », même en pensant que « l’islam est la religion la plus simple[11] », plaide-t-il…

 

 

      Faute d’adhérer le moins du monde, ni avec Houellebecq, ni avec aucun de ses personnages qui sont souvent également, ne l’oublions pas, nos hommes et femmes politiques, quand Mohamed Ben Abbes peut être vu comme une captatrice euphémisation de la violence totalitaire de l’islam, il reste cependant loisible, voire salutaire, de louer ce roman visionnaire. Le tableau clinique, déprimant, avilissant, est d’une force cataclysmique. Un cri mou de sujétion ; ou de révolte ? Cet avertisseur sera-t-il entendu ? Comment saurons-nous réagir face à cette tyrannie politique et sexuelle ? En la personne d’Aristophane, les Grecs de l’antiquité trouvèrent une intéressante solution à la tyrannie masculine. Pour dissuader les hommes de partir guerroyer, Lysistrata convainc les femmes de se révolter d’une intéressante manière : « femmes, si nous voulons forcer les hommes à faire la paix, il faut nous abstenir… de la chose[12] ». C’est-à-dire l’acte sexuel. Que nos féministes ne se trompent pas de cible, que la soumission des femmes musulmanes, que leur servitude volontaire, se retournent contre leurs oppresseurs pour se libérer. Et nous libérer…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Condorcet : Esquisse d’un tableau historique des Progrès de l’esprit humain, Dubuisson Marpon, 1864.

[4] Samuel P. Huntington : Le Choc des civilisations, Odile Jacob, 1996.

[5] Benjamin R ; Barber : Djihad versus Mc World, Desclée de Brouwer, 1997.

[6] G. K. Chesterton : L’Auberge volante, traduit de l’anglais par Pierre Boutang, L’Âge d’homme, 1990, p 64.

[7] Jean Raspail : Le Camp des Saints, Robert Laffont, 2011.

[8] Entretien avec Jean-Marie van der Plaetsen, Le Figaro Magazine, 9-10 janvier 2015.

[10] Entretien, ibidem.

[11] Entretien, ibidem.

[12] Aristophane : Lysistrata, traduit du grec par Ch. Zevort, Charpentier, 1898, p 35.

 

L'Arioste : Satires, Laurent, 1826. Photo : T. Guinhut.

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21 janvier 2015 3 21 /01 /janvier /2015 17:54

 

Condorcet : Vie de Voltaire, Imprimerie de la société littéraire-typographique, 1789.

Voltaire : Mélanges, 1764. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Tolérer Voltaire

 

& retrouver notre sens politique :

 

du Fanatisme au Traité sur la tolérance.

 

 

 

 

      Décidément Voltaire est intolérable. Auteur de tragédies post-raciniennes fastidieuses, de contes pour sujets de commentaires littéraires lors de l’épreuve du Baccalauréat, d’une correspondance pléthorique (24 000 lettres en treize tomes de la Pléiade), de divers textaillons intolérablement boutefeux qu’il vaudrait mieux laisser dormir au secret… Pourtant, lire Voltaire, c’est retrouver notre sens politique ; ce que nous montrerons grâce au badinage de quelques extraits de la tragique Mort de César, de l’érotique Pucelle, du fanatisme dans la Henriade et Mahomet, à moins d’oublier les billevesées de l’ « Horrible danger de la lecture », de la « Liberté d’imprimer » et du « Traité sur la tolérance ». Auxquelles il faudra d’importance apporter le correctif de Karl Popper.

 

       Face à César, Brutus est un farouche républicain. Si l’on sait que le héros a mauvaise presse, tant il fut l’assassin du premier empereur en ensanglantant les dernières scènes de la tragédie, si l’on n’approuve pas l’acte criminel, il est chez Voltaire un défenseur des libertés. Ecoutons-le :

« Je déteste César avec le nom de roi ;

Mais César citoyen serait un dieu pour moi ;

Je lui sacrifierais ma fortune et ma vie.

César :

Que peux-tu donc haïr en moi ?

                        Brutus :

                                                           La tyrannie. »

       Quand César prétend que « Rome demande un maître », Brutus répond en usant de l’exemple de Sylla :

« Longtemps dans notre sang Sylla s’était noyé ;

Il rendit Rome libre et tout fut oublié.[1] »

        Qui a dit que les tragédies de Voltaire étaient ennuyeuses et pompeuses ? Certes, il n’ajoute guère aux qualités du vers racinien qui l’a précédé, à l’imitation de l’Antiquité qui était le crédo des Classiques, mais, en 1735, la pensée des Lumières est bien là, dans la tradition du Traité du gouvernement civil de Locke et de L’Esprit des lois de Montesquieu, lorsqu’il défend la démocratie et la liberté romaines contre l’absolutisme impérial qui sera celui d’Auguste et de ses successeurs[2].

 

        Au noble sérieux de la tragédie, Voltaire sut plus tard opposer un humour fort coquin. Dans La Pucelle, il conte, une fois de plus en vers, la vie de la pucelle d’Orléans, en d’autres mots Jeanne d’Arc, quoique d’une façon passablement irrévérencieuse. Voulez-vous savoir, aux yeux du roi, « Comment elle eut son brevet de pucelle » :

« Jeanne lui dit : O grand sire, ordonnez

Que médecins, lunettes sur le nez,

Matrones, clercs, pédants, apothicaires,

Viennent sonder ces féminins mystères :

Et si quelqu’un se connait à cela,

Qu’il trousse Jeanne, & qu’il regarde là.[3] »

        On consulte ici une édition de 1780, prétendument publiée à Londres, sous le manteau, quoiqu’à Paris, chez Cazin, modestement classée parmi les curiosa ou erotica, tant l’irrespectueux humour envers la sainte patronne de la France choqua. Ce qui nous semble aujourd’hui bénin, d’une légère gaillardise rabelaisienne, passait pour fortement indécent, voire blasphématoire, et risquait d’être brûlé, tant ce texte, publié anonymement en 1755, attirait les foudres du clergé et du pouvoir royal. Pourtant un peu d’humour ne ternit en rien la vertu de celle qui défendit sa patrie contre l’invasion étrangère, donc encore une fois la liberté. Certes, Jeanne est ici une grossière servante qui doit garder sa pureté pendant un an, faute de quoi la France serait perdue, qui est poursuivie par les assiduités du démon hermaphrodite Conculix, puis d’un baudet qui lui sert de coursier, avant de céder après le temps requis à de beaux bras amoureux ; mais cette parodie libertine de poème chevaleresque ne fait pas de mal à une mouche, sauf aux esprits chagrins qui s’imaginent blessés par quelques centaines de décasyllabes. La satire anticléricale va jusqu’à rire des ébats des soudards aux dépends de moniales ; du moine Lourdis qui vit au « règne de la Sottise ». Dévots fanatiques, écartez-vous prestement du chemin de Voltaire…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

        Ainsi une pièce -irreprésentable aujourd’hui- quoique par ironie dédiée au Pape Benoît XIV qui la reçut avec grâce en 1741, accable une autre religion : Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète. Ce dernier est haï par Zopire qui ne voit en lui qu’un imposteur, fanatique instigateur du meurtre de sa femme et de ses fils. Le prophète fomente de faire assassiner Zopire par Séide, car il a de plus le bonheur intolérable d’être aimé par Palmire. Le prophète engage Séide au meurtre, ce devoir commandé par Allah. Aussitôt après avoir exécuté l’ordre abject, l’assassin expire à son tour au moyen d’un poison obligeamment offert par Mahomet. Palmire, privée de son amant, se tue sous les yeux de celui qui voit disparaitre l’objet de ses désirs.

        Cette tragédie fit se lever les foudres de la controverse. La critique virulente de toute forme de fanatisme, de superstition, sans oublier la soumission à l’arbitraire du dogme, fit passer Voltaire, que l’on sait pourtant déiste, pour un indécrottable athée. Depuis, la pièce est top souvent taxée d’ « une faible valeur littéraire[4] ». Quoique… Rien n’est moins sûr en effet. Dès les premiers vers le talent rhétorique et politique de Voltaire est redoutable. Ainsi fait-il tonner Zopire :

« Qui ? moi, baisser les yeux devant ces faux prodiges !

Moi, de ce fanatique encenser les prestiges ! »

Ce à quoi lui répond le sénateur de la Mecque, Phanor :

« Mahomet citoyen ne parut à vos yeux

Qu’un novateur obscur, un vil séditieux :

Aujourd’hui c’est un prince, il triomphe, il domine,

Imposteur à la Mecque, et prophète à Médine,

Il sait faire adorer à trente nations

Tous ces mêmes forfaits qu’ici nous détestons. »

Plus loin, dans l’acte II, le lieutenant Omar répond de Séide :

« Séide est tout en proie aux superstitions ;

C’est un lion docile à la voix qui le guide. »

      On n’y verra bien entendu aucune anachronique allusion au terrorisme islamiste de notre siècle. D’autant que ce Séide, qui eut la chance de passer à la postérité par antonomase en devenant un nom commun, est solidement assermenté par Omar :

« J’ai mis un fer sacré dans sa main parricide,

Et la religion le remplit de fureur.»

Et si Séide a la présomption d’hésiter, le voilà conspué, excité par son maître :

« On devient sacrilège alors qu’on délibère.

Loin de moi les mortels assez audacieux

Pour juger par eux-mêmes et pour voir par leurs yeux !

[…] Obéissez, frappez ; teint du sang d’un impie,

Méritez par sa mort une éternelle vie. »

        Assez ! La cruelle clairvoyance de Voltaire est intolérable ! Qu’on l’embastille et le censure ! Surtout après avoir entendu Séide se préparer à obéir :

« Affermissez ma main saintement homicide.

Ange de Mahomet, ange exterminateur,

Mets ta férocité dans le fond de mon cœur ![5] »

      Non seulement Voltaire est ici un fin psychologue, en mettant à nu les mécanismes de la sujétion au fanatisme, mais il exécute une précieuse satire religieuse et politique, sans donner le moindre crédit au prétendu délit de blasphème, au service de la lutte contre l’obscurantisme, donc au service de la liberté des Lumières.

        Le fanatisme est aussi, hélas, chrétien, quoique en contradiction totale avec le message du Christ dans les Evangiles. C’est au cœur de La Henriade, une épopée de 1723, dans laquelle Henri IV met fin aux fratricides guerres de religion, entre catholiques et calvinistes, épopée prétendument ratée, prolixe et touffue, que des vers formidables tonnent :

« La Discorde attentive en traversant les airs,

Entend ces cris affreux, & les porte aux Enfers.

Elle amène à l’instant de ces Royaumes sombres,

Le plus cruel Tyran de l’Empire des ombres.

Il vient, le FANATISME est son horrible nom :

Enfant dénaturé de la Religion,

Armé pour la défendre, il cherche à la détruire,

Et reçu dans son sein, l’embrasse & le déchire.[6] »

        Qui a dit que la poésie était une bluette, une niaiserie sentimentale ? Poète engagé, dont le style ici allégorique peut ne pas convaincre, Voltaire l’est pourtant supérieurement.

 

Frontispice de 1768 pour La Henriade de Voltaire. Photo : T. Guinhut.

 

        Cependant la prose de l’auteur de Candide, sait être tout aussi vigoureuse, ne pas rater d’un pouce la cible des superstitions obscures. Comme en un bref essai aiguisé par l’ironie : « De l’horrible danger de la lecture ». Sous la forme d’une lettre, d’une ordonnance, Voltaire imagine en 1765 un « mouphti du Saint-Empire ottoman », nommé par dérision « Joussouf-Chéribi », qui « par la grâce de Dieu », se met en tête « de condamner, de proscrire, anathémiser ladite infernale invention de l’imprimerie ». Mais pourquoi, nous direz-vous ? Elle tend en effet à « dissiper l’ignorance, qui est la gardienne des Etats bien policés », à proposer « des livres d’histoire dégagés du merveilleux ». Qui sait si « de misérables philosophes, sous le prétexte spécieux, mais punissable, d’éclairer les hommes et de les rendre meilleurs, viendraient nous enseigner des vertus dangereuses dont le peuple ne doit avoir jamais de connaissance » ? C’est alors que « nous serions assez malheureux pour nous garantir de la peste, ce qui serait un attentat énorme contre les ordres de la Providence ». Ne croirait-on pas entendre Boko Haram (ce qui signifie livres impurs) : « nous défendons de jamais lire aucun livre, sous peine de damnation éternelle […] nous défendons expressément de penser ». Voilà l’édit prononcé dans le « palais de la stupidité, le 7 de la lune de Muharem, l’an 1443 de l’hégire[7] ». Le blâme paradoxal est succulent, fort d’une ironie corrosive et joviale. C’est par l’absurde que le mouphti se décrédibilise, ridiculisé par la caricature, qui, hélas, est trop souvent réaliste, y compris au IVème siècle des Lumières.

 

Voltaire : Mélanges, 1764. Photo : T. Guinhut.

      Ainsi la voltairienne « Liberté d’imprimer » préconise : « En général, il est de droit naturel de se servir de sa plume comme de sa langue, à ses périls, risques et fortune. Je connais beaucoup de livres qui ont ennuyé, je n’en connais point qui aient fait de mal réel. […] Mais paraît-il parmi vous quelque livre nouveau dont les idées choquent un peu les vôtres (supposé que vous ayez des idées), ou dont l’auteur soit d’un parti contraire à votre faction, ou, qui pis est, dont l’auteur ne soit d’aucun parti : alors vous criez au feu ; c’est un bruit, un scandale, un vacarme universel dans votre petit coin de terre. Voilà un homme abominable, qui a imprimé que si nous n’avions point de mains, nous ne pourrions faire des bas ni des souliers [Helvétius, De l’Esprit, I, 1] : quel blasphème ! Les dévotes crient, les docteurs fourrés s’assemblent, les alarmes se multiplient de collège en collège, de maison en maison ; des corps entiers sont en mouvement et pourquoi ? pour cinq ou six pages dont il n’est plus question au bout de trois mois. Un livre vous déplaît-il, réfutez-le ; vous ennuie-t-il, ne le lisez pas. »

      On peut cependant rétorquer à notre philosophe, même avec un brin d’anachronisme, qu’il eût dû connaître quelques livres qui aient fait du mal réel. Ce sont ces volumes aux contenus totalitaires et génocidaires : le Coran, le Manifeste communiste, Mein Kampf, Le Petit livre rouge… Quoique l’on puisse arguer que ce sont moins ces livres que les hommes qui les manient qui font le mal[8]

 

 

         Si Henri IV était le héros historique de la tolérance, Voltaire en son Traité de la tolérance, en est enfin le héraut. Son chapitre XIII, « Prière à Dieu », est à cet égard éclairant. Comme un pasteur protestant, le philosophe déiste tutoie Dieu : « Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais […] que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelées hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution. » Ce bel aveu de modestie est une ode au respect des différences, mais pas au point de tolérer la différence intolérante du fanatisme : « Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes[9] ». Que ce texte militant soit né en 1763, à l’occasion de l’affaire Calas, et des funestes querelles entre catholiques et protestants, à peu de choses près révolues, n’enlève rien à son universalité, à son éternité.  

 

        Comment pourrions-nous respecter la tradition des Lumières, sans, comme Voltaire, être irrespectueux envers les baudruches sanglantes des tyrannies politiques religieuses ? C’est seulement ainsi que l’on pourra retrouver notre sens politique : « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur[10] », disait Figaro. Blâmer les théocraties, les fanatismes mahométans, communistes ou nazis, reste un voltairien devoir de la liberté. Il faudra donc, pour honorer la liberté et l’humanité, tolérer celui qui, comme Peter Sloterdijk, « se fonde sur l’éthique de la science universelle de la civilisation[11] », tolérer enfin  Voltaire.

 

Mais à ce vœu pieux il est nécessaire d’ajouter un correctif, celui du paradoxe de la tolérance, tel qu’avec brio et clarté il est énoncé par Karl Popper et que nous citons in extenso : « Le paradoxe de la tolérance est moins connu : Une tolérance illimitée a pour conséquence fatale la disparition de la tolérance. Si l’on est d’une tolérance absolue, même envers les intolérants, et qu’on ne défende la société tolérante contre leurs assauts, les tolérants seront anéantis, et avec eux la tolérance. Je ne veux pas dire par là qu’il faille toujours empêcher l’expression de théories intolérantes. Tant qu’il est possible de les contrer par des arguments logiques et de les contenir avec l’aide de l’opinion publique, on aurait tort de les interdire. Mais il faut toujours revendiquer le droit de le faire, même par la force si cela devient nécessaire, car il se peut fort bien que les tenants de ces théories se refusent à toute discussion logique et ne répondent aux arguments que par la violence. Nous devrions donc revendiquer, au nom de la tolérance, le droit de ne pas tolérer les intolérants. Il faudrait alors considérer que, ce faisant, ils se placent hors la loi tout mouvement prêchant l'intolérance se place hors la loi et que l’incitation à l’intolérance est criminelle au même titre que l’incitation au meurtre, par exemple[12] ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Voltaire : La Mort de César, III, 4, Théâtre, t I, Garnier, sans date, p 168-169.

[3] Voltaire : La Pucelle, chant second, A Londres, 1780, p 44.

[4] Dictionnaire des œuvres, Laffont-Bompiani, 1958, t II, p 324.

[5] Voltaire : Le Fanatisme ou Mahomet le prophète, Théâtre, ibidem, p 226, 251, 252, 253.

[6] Voltaire : La Henriade, Genève, 1768, p 88.

[7] Voltaire : « De l’horrible danger de la lecture », Mélanges, Gallimard, Pléiade, 1995, p 713-714.

[8]  Voltaire : Dictionnaire philosophique, J. Bry ainé, 1857, t IV, p 223.

[9] Voltaire : « Traité sur la tolérance », Mélanges, ibidem, p 638.

[10] Beaumarchais : Le Mariage de Figaro, V, 3, La Trilogie de Figaro, Club des Libraires de France, 1959, p 294.

[11] Peter Sloterdijk : La Folie de Dieu, traduit de l’allemand par Olivier Manonni, Libella/Maren Sell, 2008, p 188.

[12] Karl Popper : La Société ouverte et ses ennemis, Seuil, 2011, t I, p 222.


 

Voltaire : Correspondance avec les souverains, Baudoin, 1828.

Voltaire : La Pucelle, 1775. Photo : T. Guinhut.

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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 13:43

 

Pissenlits dents de lion, Aisa, Alto Aragon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Yasunari Kawabata :

 

des Pissenlits aux Premières neiges

 

sur le Mont Fuji.

 

 

Yasunari Kawabata : Première neige sur le mont Fuji,

traduit du japonais par Cécile Sakai, Albin Michel, 2014, 176 p, 16 €.

 

Yasunari Kawabata : Les Pissenlits, traduit du japonais par Hélène Morita,

Albin Michel, 2012, 252 p, 18 €.

 

 

 

      Parmi l’exposition « Le Japon au fil des saisons », au Musée Cernushi, parmi paravents et kakemonos de feuillages, d’insectes, d’oiseaux et de fleurs, auprès d’un mont Fuji peint par Tani Bunchô, j’ai repensé à Kawabata. Nous croyions tout savoir de ce dernier, avec une dizaine de titres traduits en France, parmi lesquels les inoubliables Kyôto et Pays de neige. Ou ces Belles endormies qui fascinent l’éros subtil et la pulsion contemplative du lecteur, et dans lesquelles la quête du beau côtoie la conscience tragique de la finitude et de la mort. L’atmosphère de ses romans est toujours singulièrement raffinée, d’une grande finesse psychologique, d’une esthétique précieuse et menacée. Ce que l’on retrouve tout autant dans un recueil de nouvelles inédites à l’ombre du mont Fuji que parmi un roman inachevé au parfum de pissenlits.

 

      Pour qui aurait la malchance de ne pas connaître Kawabata, ce recueil de six nouvelles inédites, titré Première neige sur le mont Fuji, est une parfaite introduction à son univers. Car sa réputation de délicatesse n’est pas usurpée.

      Ce sont surtout les circonstances dramatiques de la vie qui, à demi-mots, sont moins dites que suggérées : un couple se retrouve après plusieurs années, une guerre, un autre mariage, lorsque nostalgie incurable et avenir en suspens frémissent à la vue de la « première neige », métaphore du temps qui passe. De même, dans « Une rangée d’arbres », les « ginkgos » se séparent entre arbres nus et feuillus, pour cristalliser, d’une manière presque proustienne, une symbolique temporelle et métaphysique. Ainsi, « La jeune fille et son odeur » prennent toute leur valeur devant la tombe des ancêtres…

      On soupçonne des présences fantomatiques, lors du retour en « Terre natale », à mi-chemin du souvenir et de l’oubli. Ou lorsque les « Gouttes de pluie » couvrent « la discussion que les parents menaient à voix feutrée ». Comme quoi la communication entre les êtres, entre les êtres et les lieux, est au cœur de ce recueil…

Ce qui compte chez Kawabata, à l’instar de Mozart ou les silences entre et après  les notes sont encore du Mozart, ce sont moins les dialogues que leurs silences, leurs sens devinés, à l’image de la lueur de la « Première neige sur le Fuji ». Plus tragique, dans « En silence », l’écrivain « Ômiya Akifusa ne prononce plus le moindre mot », ni n’écrit. Lors d’un entretien prodigue en questions, le narrateur doit se résigner : « Le silence était mon interlocuteur ». La paralysie du vieillard n’explique pas tout. Comme si demeurait une volonté d’aphasie littéraire alors que l’écriture a perdu « toute sa puissance ». Ce qui n’est en rien le cas pour ce bouquet parfumé de nouvelles, venue des années cinquante du maître japonais.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Les mêmes qualités de discrètes intensités se retrouvent dans Les Pissenlits, cet inédit inachevé -faut-il dire hélas ?- conformément à une esthétique récurrente. Près de la mer, à Ikuta, la floraison des pissenlits et le son d’une cloche paraissent pouvoir guérir les hôtes de « l’asile de fous » ; là où Ineko souffre d’une mystérieuse « cécité sporadique devant le corps humain ». Lorsque la mère de la jeune fille et son fiancé Hisano la quittent, leurs interrogations s’échangent, leurs mondes intérieurs se déploient, par petites touches, réminiscences et confessions intimes. Le souvenir de la mort du père, ancien officier de la guerre du Pacifique tombé d’une falaise, fonde peut-être la scène primitive du handicap. Refuse-t-elle de voir une partie de sa vie quand disparait pendant l’acte amoure le corps de son amant ? Maladie psychologique ou irruption du surnaturel dans un réel fragile, qui sait, non loin du monde imaginé par Kôbô Abé… C’est avec une tendresse infinie que Kawabata peint ses personnages, dialoguant dans une auberge jusque tard dans la nuit. Nous sommes conviés en un univers tout de sensibilité : un arbre « pleure » pour les fous, le jeune insiste pour épouser son aimée et devenir son thérapeute. Mais aussi de « démons intérieurs » lorsque le psychiatre voit poindre des « temps démoniaques »…

      En ce huis-clos poignant où le dialogue est à la fois anecdotique, psychologique, onirique, voire métaphysique, si, parfois, l’échange paraît tourner en rond, c’est pour exprimer les plus infimes nuances des émotions. La connaissance de l’autre, jusqu’au mystère de sa disparition, est ici sondée, quoique avec le soupçon qu’une part en reste à jamais inconnaissable. Au-delà, les oiseaux, les fleurs sont de purs signes difficilement déchiffrables. Lorsqu’un arc-en-ciel apparait au moment de l’étreinte remémorée, l’étrange et beau roman s’éteint, à la frange du réalisme et du fantastique.

 

      Il est permis de rêver à la suite fabuleuse que ne désirait peut-être pas écrire le maître japonais lorsqu’il s’est donné la mort en 1972… Ou de la trouver peinte parmi les jaunes pétales et les aériennes ombelles des pissenlits peints sur un kimono. Comme lorsque dans Tristesse et beauté,[1] Otoko « avait représenté des fleurs estivales mais d’une manière si audacieusement abstraite qu’on ne pût croire que ce fut elle qui les eût dessinées. Cela ressemblait à des volubilis, mais c’étaient en fait des fleurs imaginaires qui se coloraient de nuances variées conformes au goût du jour. Le tout donnait une impression de jeunesse et de fraîcheur. Otoko avait dû dessiner ces fleurs à l’époque où Keiko et elle étaient inséparables ».

Thierry Guinhut

À partir d’articles parus dans Le Matricule des anges, mars 2012 et octobre 2014

Une vie-d'écriture et de photographie

 

[1] Yasunari Kawabata : Tristesse et beauté, traduit du japonais par Amina Okada, Albin Michel, 1981, p 123.

 

Photo : T. Guinhut.

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 11:27

 

Marais de la Groie, Les Portes-en-Ré, Charente-Maritime.

Photo : T. Guinhut.

  

 

 

 

Requiem pour la liberté d’expression :

 

De la censure,

 

entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour.

 

 

 

 

 

        Charlie Hebdo, Eric Zemmour, Michel Houellebecq, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélanchon, Anne Onyme, Salman Rushdie sont les garants de notre liberté d’expression. Ces joyeux et tristes sires ne rencontrent certes pas forcément  l’assentiment de tous, y compris de l’auteur de ces lignes, mais quelques soient leurs vérités et leurs erreurs, ils restent une espèce à préserver devant les ciseaux et les kalachnikovs de la censure. Censures qui peuvent être le fait de nos propres médias, de nos propres juges, de notre Etat, voire des individus et des associations maniant la cancel culture et ses annulations idéologiques, ou de l’autocensure que nous nous imposons à corps défendant, devant celle mortelle de l’Islam obscurantiste. Pour éclairer l’ombre de notre contemporain, ne faut-il pas recourir à deux livres fondamentaux : l’Areopagitica de Milton et le De la Censure de Robert Darnton, et ainsi mieux interroger la chronique d’une République vermoulue et menacée, autant de l’intérieur que de l’extérieur.

  Milton, fondateur de la liberté de la presse

 

         Un préalable indispensable à notre culture libérale et des Lumières fut écrit en 1644 par Milton : l’Areopagitica ou liberté d’imprimer sans autorisation ni censure. Le philosophe sait que les livres sont « aussi vifs, aussi puissamment féconds que les dents du Dragon de la fable : avec un champ ainsi tout ensemencé peut-être en jailliront des guerriers en armes. Toutefois réfléchissons aussi que si l’on opère sans circonspection, autant, presque, tuer un Homme que tuer un bon livre ». Ce père du libéralisme politique et précurseur des Lumières réclamait à l’acmé de son essai : « Par-dessus toutes autres libertés, donnez-moi celle de connaître, de m’exprimer, de discuter librement selon ma conscience[1] ». Phrase que reprendront à leur manière les grands classiques du libéralisme, de Voltaire à Tocqueville, en passant par Benjamin Constant…

        En ce sens, la censure viole le droit naturel à la liberté d’expression. Si cette dernière s’arrête là ou commence l’injonction publique à la violence et au meurtre, elle s’étend de la Déclaration universelle des droits de l’homme au premier amendement à la Constitution américaine. Rappelons à cet effet la loi française du 29 juillet 1881 sur la liberté d’expression, qui régit l’imprimerie, la librairie et la liberté de la presse, et stipule en son article premier que « la librairie et l’imprimerie sont libres. » En d’autres termes la liberté d’expression va jusqu’à englober celle de dire le faux, le scandaleux, l’inacceptable… Celui qui accepte d’entendre les erreurs, les offenses et les billevesées de l’autre, permet que l’autre accepte la liberté d’émettre ce que l’un pense être, peut-être à tort, judicieux.

 

 

Charlie Hebdo contre les religions

 

         Combien l’humour, même graveleux, indigne, reste une assurance contre la certitude des pisse-froids, puritains et fanatiques de tous bords ! Que ces derniers apprennent à le supporter, à rire malgré eux ! Si nous ne pouvons que pleurer les crayons de la liberté fauchés par le terrorisme islamiste, si nous ne dénions pas un instant le droit indéfectible de la satire, n’en oublions pas que le rire rabelaisien, grossier et à l’emporte-pièce de Charlie Hebdo, si fier de sa liberté d’expression caricaturale, n’en réclamait pas moins d’interdire le Front National, que leur amalgame, dans leurs charges tous azimuts contre les religions, n’en mettaient pas moins ces dernières toutes sur le même plan, alors qu’il est indéniable qu’elles n’ont pas toutes les mêmes qualités de tolérance, de paix et de civilisation[2]. Les Chrétiens ne se précipitent pas pour assassiner une poignée de dessinateurs ou de cinéastes (comme Théo Van Gogh en 2004 aux Pays-Bas) aux cris de « Christ Roi », ni les Juifs aux cris de « Moïse vaincra » ! On se demande par ailleurs si un tel attentat, au lieu de frapper Charlie Hebdo, avait frappé Minute ou La Croix, eût un tel retentissement nécessaire…

        Quelle que soit la teneur du blasphème, à l’occasion d’un coup de feutre ridiculisant Mahomet, ce chef d’accusation n’a pas un instant à être reconnu par quelque institution, association, Etat que ce soit ; à l’encontre par exemple de la Turquie ou du Pakistan, semi-théocraties de sinistre réputation. Hélas, le parlement français a voté une résolution en faveur de la reconnaissance d’un autre sinistre lieu, la Palestine, lieu terroriste s’il en est,  qui n’a heureusement pas abouti, alors que l’antisémitisme, y-compris français, ne cesse de vilipender l’Etat d’Israël, rare démocratie libérale du Proche-Orient. Ce qui n’est pas sans contribuer, outre l’insécurité chronique, au départ de 7000 Juifs français, en 2014, vers Israël. La France, comme à peu près déjà la Suède, pour les mêmes raisons islamiques, serait-elle en passe de devenir « Juderein », c’est-à-dire sans Juifs, pour n’avoir pas su les protéger de l’intolérable ? Attentats, exactions ; bien plus que le blasphème contre ces derniers.

        Nous occidentaux, élevés au lait de Voltaire et des Lumières, du pardon du Christ et des sciences de l’interprétation du Judaïsme, nous avons, en notre tolérance béate, financé une pléthorique immigration arabo-musulmane, laissé le Quatar acheter le football, financer les banlieues, des imams prêcher à tort et à travers, nous avons toléré deux mille mosquées en France et autres associations culturelles musulmanes, qui n’étudient guère Les mille et une nuits[3], ni Al Fârâbî commentant ainsi Platon : « Puis il rechercha dans un de ses livres si l’homme doit ou non préférer la sécurité et la vie accompagnée de l’ignorance, un mode de vie bas et de mauvaises actions[4] ». Ces mosquées et associations qui ânonnent plutôt le Coran et les Hadiths, textes mortifères s’il en est. Nous n’avons pas su séparer le bon grain de l’ivraie, le Musulman adepte d’une religion intime, républicaine et réformée, du Musulman qui applique à la lettre les surabondantes injonctions coraniques et des hadiths au djihad et au meurtre des Juifs, Chrétiens, Athées, Apostats, Homosexuels, Femmes et autres individus libres. Car la vie du prophète Mahomet est profuse en assassinats d’opposants ; et en particulier d’un poète satirique qui le contestait, occurrence significative de la censure assassine en l’origine d’une religion totalitaire, incompatible avec la liberté d’expression occidentale. Ce que ne se privent pas de dénoncer des essayistes et des philosophes musulmans, comme Ibn Warraq, dans son Pourquoi je ne suis pas musulman[5]

        Pensez-vous que les caricatures contre l’Islam soient la seule motivation d’une frange de terroristes ? Oubliez-vous que les Chrétiens du Nigéria n’ont pas l’excuse du blasphème contre un prophète pour se faire massacrer par Boko Haram, que Malala ne voulait qu’étudier avant d’être outrageusement blessée au Pakistan ? Laïcaphobie et christianophobie meurtrières n’ont qu’un motif : la racine totalitaire de l’Islam. Qui ne supporte évidemment pas les interventions militaires françaises (peut-être inutiles d’ailleurs) au Mali, en Centrafrique, en Irak… De facto, l’Islam - pas tous les Musulmans, faut-il le répéter ? - est consubstantiellement, une censure.

 

 

      Quant aux « contenus islamophobes » qui devraient être « signalés » au gouvernement, faut-il en déduire que toute critique argumentée, fondée sur les textes du Coran et autres publications voisines, doive être soumise à la censure d’Etat ? Non seulement la liberté de la presse et du net serait alors bafoué, mais il s’agit là d’un déni d’intelligence ! Saurons-nous séparer les réelles incitations à la violence de la critique raisonnée ? Est-ce par ailleurs trop demander que d’enjoindre l’Islam à se réformer, comme le réclament d’ailleurs bien des Arabes, d’abandonner ses versets et commandements mortifères et sexistes, comme l’ont fait les Chrétiens et les Juifs au sujet des bien plus rares occurrences semblables que l’on trouve au détour du Deutéronome et du Lévitique ?

 

        La seule justification de la censure ne se trouve-t-elle pas dans la loi lorsqu’elle pénalise la diffamation ainsi que l’incitation à la violence, comme lorsque des rappeurs furent condamnés pour avoir appelé en leurs chansons à tuer des « flics ». De plus, l'article 421-2-5 du Code pénal dispose que « le fait de provoquer directement à des actes de terrorisme ou de faire publiquement l'apologie de ces actes est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 € d'amende », et précise que « les peines sont portées à sept ans d'emprisonnement et à 100 000 € d'amende lorsque les faits ont été commis en utilisant un service de communication au public en ligne ». Hélas, à ce dernier compte, alors qu’une apologie ne soit pas en soi un acte criminel, il faut craindre que les tribunaux des banlieues chariaisées soient aussitôt encombrés et pris d’assaut… L’infraction pénale caractérisée par « l’association criminelle en relation avec une entreprise terroriste » est déjà conceptuellement assez floue pour que l’on risque d’inculper quelqu’un qui n’est que susceptible d’agir sans avoir agi, quoiqu’il soit difficile de contester qu’en la matière il soit nécessaire de prévenir plutôt que de guérir l’inguérissable. N’omettons pas de craindre que l’on n’y surajoute de nouvelles et orwelliennes surveillances bridant la liberté et la confidentialité du citoyen non criminel sur le net[6].

        Hélas, le seul fait que l’on puisse, par le biais d’associations, porter plainte, voire aboutir à une condamnation pénale, pour incitation à la haine en fonction de la religion, du sexe, de l’ethnie, de l’orientation sexuelle ou du handicap, malgré les intentions louables, laisse à la porte ouverte à la censure ; donc ferme de fait le bec à la liberté d’expression. Or la haine est peut-être un sentiment moralement condamnable, un vice, mais pas un acte, pas un crime. Où ira-t-on si l’on peut faire condamner quelqu’un au motif qu’il vous offense par des mots, des images, dont la plus immense majorité ne leur est, qui plus est, pas personnellement adressée... L’Etat n’a pas vocation à criminaliser les mots, les images, sinon il est le complice des tyrannies, s’il n’en est pas déjà une.

        À cet égard, les lois Pleven, Gayssot, Taubira contribuent à rogner en France, patrie des droits de l’homme, la liberté d’expression. En 1972, la loi Pleven, qui se veut antiraciste, réprime « la provocation à la discrimination, à la haine ou la violence », assimilant mots et intentions à la violence en actes. En 1990, la loi Gayssot interdit le négationnisme des « crimes contre l’humanité », tout en ne s’appliquant qu’aux crimes du nazisme, et non à ceux du communisme et de l’Islam. Retouchée en 2010 et 2011, elle condamne la négation des génocides reconnus par la loi, comme le celui des Arméniens. En 2001, la loi Taubira, intime aux programmes scolaires et de recherche le devoir d’accorder « à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent », s’agissant de l’Amérique, de l’Afrique et des Caraïbes, en passant sous silence les autres occurrences de l’esclavage. Interventions intempestives de l’Etat dans la discipline des historiens, dans le langage, confusion de l’expression de sentiments et de pensées, quoique stupides, infondées et insultantes, avec des crimes, la loi française n’épargne pas ses intrusions parmi le champ de la liberté d’expression[7]. Y compris s’il s’agit de faire l’apologie du cannabis, certes désastreux, y compris lorsque que le syndicalement et politiquement corrects taisent le débat sur le monopole indu de la sécurité Sociale

        Ainsi la déjà citée loi Gayssot (du nom d’un député communiste) du 13 juillet 1990, permet-elle également de « réprimer tout propos raciste, antisémite ou xénophobe » : «  toute discrimination fondée sur l'appartenance ou la non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion est interdite ». Nous sommes évidemment consternés d’entendre des propos anti-juifs ou anti-arabes, résultats de préjugés ineptes et de généralisations infâmes. Mais combien de propos de comptoir faudrait-il condamner et ainsi encombrer nos tribunaux qui ont mieux à faire ? Il est évident alors qu’à gauche (et à droite, terrorisée par les diktats moralisants de la bonne conscience morale de gauche) l’on vise d’abord les personnalités politiques et médiatiques en vue qui doivent se poser un bâillon mental sur le cerveau dès lors qu’une constatation réaliste, qu’une analyse ou proposition frôle l’aire de l’immigration en nos douces banlieues. D’autant que le terrain de chasse d’associations subventionnées dont c’est le fond de pouvoir et de commerce (et qui évitent de s’attaquer au racisme anti-blanc et de faire siennes les préoccupations féministes et humanistes de Ni Putes ni Soumises) est tout tracé. Ainsi la Licra ou SOS Racisme deviennent, malgré leurs premières et honorables indignations, de nouveaux inquisiteurs. L’enfer -le sait-on ?- est pavé des meilleures intentions. Ces princes de la moralité, plus virulents qu’un clergé qu’ils ont évincé (tout en évitant de s’attaquer aux vitupérations des imams) veillent avec leurs affidés nombreux sur chaque demi-mot énoncé par les représentants politiques et autres journalistes. 

 

Eric Zemmour et le suicide de la liberté

 

 

        Il est loisible de ne pas apprécier le personnage d’Eric Zemmour et ses idées nettement réactionnaires et colbertistes, mais il est également le garant de nos libertés en perdition. Sa condamnation au nom de l’antiracisme fut une honte, le suicide de la liberté. Mais, au-delà du fusible qu’il représente, nombre d’opinions et analyses présupposées incorrectes sont la cible de l’ostracisme des associations, des juges, du et des pouvoirs. A l’occasion de la montée controversée de l’Islam, les ciseaux infâmes de la censure sont-ils de retour ? Que fait Amnesty International en ne dénonçant pas la France comme un pays attentatoire à la liberté d'expression ? Que penser de la récente décision d’i-Télé d’obtempérer à l’injonction du Parti Socialiste qui demanda la tête médiatique d’Eric Zemmour ? Légitime droit d’une chaîne privée à licencier qui ne lui convient pas, ou chasse aux sorcières, maccarthysme socialiste ?

        En effet, Eric Zemmour eut l’impertinence sur Canal Plus, le 6 mars 2010, de prononcer les phrases suivantes : « Mais pourquoi on est contrôlé 17 fois? Pourquoi ? Parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c'est comme ça, c'est un fait ». Les employeurs « ont le droit » de refuser ces derniers. Il fut depuis condamné à verser 2000 euros d'amende pour « provocation à la discrimination raciale ». Vérité bâillonnée, selon les uns, déplorable racisme selon les autres. Certes, le chroniqueur doit sa condamnation à ce qui serait une incitation à la discrimination à l’embauche. Prenons-la plutôt pour une revendication de la liberté de choisir, même si des critères de couleur de peau et d’origine culturelle sont a priori ridicules, sans compter que l’on consentirait ainsi à se priver d’une éventuelle compétence… Mais au pays des bonnes intentions se propagent les faits têtus.

        L’on sait en effet que les délinquants originaires de l’Afrique du nord sont environ 70% des détenus de nos prisons françaises[8]. Ce qui ne contrarie pas bien sûr le fait avéré qu’une énorme majorité de descendants de cette aire géographique soit respectueuse des lois, et de plus excédée par les comportements inacceptables de leurs coreligionnaires. Un rapport du Sénat de 2008 ne dit pas autre chose[9]. Cette sur-délinquance, niée, minimisée, pour des raisons de mansuétude discriminative, doit être étudiée avec réalisme, mais aussi modestie, devant la complexité des phénomènes que nous avons, il faut l’avouer, bien du mal à percevoir avec objectivité, complétude et nuances.

        Certes on arguera non sans raisons des difficultés économiques et de la discrimination à l’emploi dont peuvent être victimes ces nouveaux arrivants. Mais s’ils sont de la 2° ou 3° génération ? Le bon sens doit remarquer que les immigrés d’origine chinoise ou portugaise n’ont pas le même profil. Sont-ils alors délinquants parce que génétiquement noirs ou Arabes ? Non, bien sûr. Il faut chercher alors dans des explications culturelles, liées à Islam et aux ethnies, ce qu’approcha le sociologue Hugues Lagrange[10] : l’autoritarisme paternel, le code d’honneur machiste imposé au garçon, le mépris du compromis, le fatalisme déresponsabilisant, le peu de liberté féminine sont à la racine du comportement délinquant, même s’il faut se garder des généralisations abusives. Il faut aussi interroger du côté du manque de personnel judiciaire[11] et de saines prisons. Que l’on sache, prévention, éducation et juste répression vont de pair. A moins de la trop française culture de l’excuse qui n’ose réprimer et reste victime du syndrome de Jean Valjean, ce héros hugolien qui vole parce que pauvre et affamé. Outre que nos jeunes voleurs volent plus de consoles de jeu que des miches de pain et que nos dealers de drogues se font quelques milliers d’euros en quelques heures, nous voilà loin d’une conception romantique du délinquant forcément victime des conditions économiques et du capitalisme bien entendu oppresseur. Ce qui permet à la pensée rose et marxiste de s’acoquiner avec ceux qui, croient-ils, sont leurs alliés naturels. Varlam Chalamov[12], qui connaissait  fort bien les prisonniers de droit commun, puisqu’ils étaient ses gardiens et tortionnaires au goulag, a battu en brèche ce cliché. Le délinquant est rarement une victime : il fait des victimes, y compris économiques.

        Reste que les statistiques ethniques sont interdites. Préfère-ton les rumeurs indémontrables, les allégations à l’emporte-pièce ? Certes, les origines métissées et le défilement des générations risqueraient de les rendre illisibles, mais elles pourraient être, non un outil de discrimination négative, mais un savoir qui, appuyé par les connaissances des historiens, des sociologues, ethnologues et criminologues, un outil de pensée et de remédiation fort pragmatique. S’il s’agit de conspuer en bloc les Roms ou les Maliens, la démarche est en effet moralement condamnable (ce qui ne signifie pas pénalement). Mais la connaissance statistique doit être au service de la connaissance des causes particulières et culturelles de la délinquance, de façon à penser autant la prévention que la répression de manière ciblée, au service donc de tous, y compris de ces populations d’origines diverses qui sont aussi les premières à souffrir des affronts répétés aux lois et aux populations. Pire, faute d’analyser, de comprendre et d’envisager des remédiations adaptées, les préjugés vont bon train, entre angélisation et diabolisation des immigrés. La voix du Front National et de Marine Le Pen devient hélas  alors la seule à peu-près audible sur ces questions. A force de s’interdire de penser avec sérénité, il ne reste plus place que pour les éructations, les arguments creux, la démagogie et ce populisme vulgaire, ce que les Grecs appelaient l’ochlocratie, le gouvernement par la populace…

         Comme en un écho d’Eric Zemmour, lundi 4 avril 2011, à Nantes, Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, a expliqué qu’il y avait « très peu de musulmans en France » en 1905 et qu’aujourd’hui, «  on estime qu’il y a à peu près 5 ou 6 millions de musulmans en France ». Il ajouta :  « C’est vrai que l’accroissement du nombre des fidèles de cette religion, un certain nombre de comportements, posent problème » (…)  «  Je dirais tout simplement qu’il n’y a aucune raison pour que la République accorde à une religion particulière plus de droits qu’elle n’en a accordés en 1905 à des religions qui étaient anciennement ancrées dans notre pays  » (…) « il est clair que les prières dans les rues choquent un certain nombre de concitoyens. »  On peut encore une fois ne pas apprécier l’homme, sa pensée. Plutôt que de s’offusquer et de crier à la discrimination et au racisme, pourquoi ne pas contre-argumenter, pourquoi se voiler la face (on aura compris la volontaire allusion) devant de réels problèmes et des propos somme toute raisonnables et, espérons-le, préalables à un assainissement des mœurs profitables à tous, et non, comme le fantasme en court parfois, à un rejet des immigrés à la mer aussi stupide qu’inhumain.

        La censure étatique n’est aujourd’hui que la résultante logique d’une intimidante censure d’un consensus politique, social et intellectuel (donc forcément pseudo-intellectuel), des associations et d’un politiquement correct niveleur intégré au plus profond de la bonne conscience de nombre d’entre nous ; qui trouvent en Eric Zemmour un bouc émissaire d’autant plus révélateur qu’avec les centaines de milliers d’exemplaires vendus de son Suicide français[13] il focalise une sourde envie. Une fois de plus, ce sont le bon et le bien collectifs, après et dans la logique du fascisme et du communisme, aujourd’hui roses et verts, socialisants et écologiques, qui sont à l’origine de cette censure qui avance masquée. Comme une sorte de Big Brother intériorisé, l’oreiller de plume et de plomb qui endort notre pensée critique s’infiltre en tant de domaines, au risque de nous empêcher de penser notre contemporain et donc de remédier à ses dysfonctionnements.

        Quoique l’on pense de l’argumentation erratique et fourvoyée d’Eric Zemmour en son Suicide français, plutôt que de se contenter de polémiquer -non sans raison d’ailleurs- sur sa vision du régime de Pétain qui aurait contribué selon lui à sauver des Juifs, ne vaut-il pas mieux pointer sa nostalgie rétrograde qui inclue de Gaulle et Georges Marchais en une sorte de paradis perdu ? Si d’une manière trop souvent maladroite le polémiste dénonce l’immigration et la gestion pour le moins discutable des gouvernements successifs, on en oublie son antilibéralisme désastreux, tant dans le domaine des mœurs que de l’économie

Deux poids et deux mesures de la presse et de l’opinion

      Alors que Charlie Hebdo fit une de ces couvertures en affublant impunément Christiane Taubira, Garde des sceaux, donc ministre de la Justice, d’un corps de singe, une internaute fut condamnée pour avoir sur Facebook pratiqué le même genre de délicate attention : hélas, cette dame était encartée au Front National, alors que les caricaturistes sont de mordants libertaires d’extrême-gauche. Non, il n’y a pas deux poids, deux mesures, vous dit-on ! Défendons haut le crayon le blasphème de ce même Charlie Hebdo montrant Mahomet sodomisé par le Pape, lui-même par un rabbin, et par une croix et un chandelier à six branches ; et condamnons Christine Tasin pour avoir proclamé -à l’occasion d’une manifestation contre un abattoir de l’Aïd- que « L’Islam est une saloperie » : elle fut en effet d’abord condamnée par le tribunal de Belfort à 3000 € d’amende, quoique relaxée en appel, pour « injure et provocation à la haine raciale ». Ce qui montre encore une fois la confusion pénale entre les actes et les mots. Non, il n’y a pas deux poids, deux mesures, vous dit-on ! Y compris si le grotesque Dieudonné antisémite est interdit de spectacle alors que Charlie Hebdo est plus largement antireligieux. Y compris lorsque les Femen furent relaxées pour la dégradation d’une cloche de Notre-Dame de Paris et que deux épouses de gendarmes, furent, en l’île de Mayotte, condamnées à neuf mois de prison, dont six avec sursis, pour avoir profané une mosquée en déposant une tête de porc. Alors que tant d’églises françaises sont profanées : autels couverts d’excréments, statues brisées… Y compris lorsque l’on appellerait volontiers à censurer Eric Zemmour, tout en sanctifiant nos dessinateurs. Y compris lorsqu’une manifestation de soutien national au journal satirique, donc à la liberté d’expression, dénie le droit au Front National et à Marine le Pen d’en être. Quoique nous pensions de ces derniers[14], la liberté d’expression n’est pas négociable selon les expressions.

      Les choix de l’information ne sont pas innocents. Gageons que l’indignation contre les terroristes islamistes fusillant cinq dessinateurs de Charlie Hebdo n’atteint pas le même retentissement que celle qui devrait s’élever lorsque des policiers ainsi que quatre otages juifs ont également été mitraillés lors de l’attentat contre une supérette kascher. Alors que les agressions antisémites, en particulier dans le XIXème arrondissement de Paris sont monnaie courante… Sans compter que les hurlements de joie pro-terroristes qui embrasent les quartiers nord de Marseille et autres banlieues ne seront guère stigmatisés. Sans compter les élèves qui contestèrent et raillèrent la minute de silence organisée dans des établissements scolaires. Ne soyons pas surpris par ailleurs qu’un tel massacre sur le sol parisien fasse mille fois plus de bruit que le génocide des Chrétiens en cours[15] de par le monde. Ainsi le cri d’alarme grotesque contre l’islamophobie a-t-il une presse qui laisse dans l’ombre judéophobie et christianophobie autrement meurtrières…

      Les tirs d’Israël sur la bande de Gaza font les gros titres, ceux des Gazaouis au mieux les entrefilets. Qui prendra le parti de la seule réelle démocratie libérale du Proche-Orient (malgré son imperfection) contre une bande de corrompus totalitaires islamistes et génocidaires, se verra vouer aux gémonies par la bien-pensance antisioniste (traduisez antisémite), cette fois non pas droitiste, mais gauchiste, quoique Jean-Marie Le Pen fût fort ami avec Sadam Hussein. Il n’est pas indifférent de noter que les Arabes israéliens vivent mieux que ceux de Gaza. Moralité : ces derniers feraient mieux de devenir Israéliens. On imagine qu’une telle proposition, pourtant au service des libertés de l’humanité, ferait hurler…

      De même, les choix historiques sont à examiner avec perspicacité. Un voyage scolaire à Auschwitz est à juste titre une merveille pédagogique et du devoir de mémoire. Mais quid de la Kolyma et des goulags qui, de Trotsky à Staline et au-delà (sans compter Mao, Castro et l’icône romantique du Che Guevara), ont été aussi radicalement abominables ? Mieux vaut alors aller à Buchenwald où le camp a servi d’abord à interner et laisser crever les opposants politiques au nazisme, puis, après 1945, les opposants politiques au communisme. La leçon d’Histoire y est enfin équilibrée.

      L’opinion devrait à juste titre être stupéfiée du traitement de l’information et de l’anathème plus qu’inégalement distribué. Eric Zemmour est un délicat enfant de chœur en face des manifestants pro-charia du 9 avril 2011 à Londres et Paris, rejetant l’application de la loi sur le voile et appelant à l’épuration des mécréants « avec des bombes atomiques ». « L'islam est venu pour dominer le monde y compris la France », annonce un de leur site internet. Ces suprématistes musulmans ne devraient-ils pas être poursuivis devant un tribunal pénal, pour incitation à la haine, à la violence, sans compter leur culte de l’oppression des femmes ? Soudain les âmes de l’antiracisme et de défense des droits de l’homme brillent par leur silence impétueux. Ils préfèrent cette grotesque et pusillanime facilité qui consiste à traquer tout propos susceptible d’islamophobie, à dénoncer les publications argumentées et discutables de « Riposte Laïque », ou les « apéros saucisson pinard », qui après tout ne sont qu’une juste revendication d’un innocent mode de vie, face à des codes alimentaires qui sont de l’ordre de la superstition tyrannique, face aux prières de rues illégales et musclées par des milices religieuses. Cette indignation affreusement sélective permet d’ostraciser à peu de frais quelques catholiques intégristes, certes excessifs, mais bien moins mortifères, sans compter tous ceux que la liberté anime. Ainsi, parler des racines judéo-chrétiennes et gréco-romaines de l’Europe, deviendrait un péché raciste. A quand la dénonciation des Lumières ?

 

Robert Darnton : De la censure

 

      Hélas, en ce siècle des Lumières, la censure n’abandonnait pas ses fers. Robert Darnton, qui ne manqua pas de faire l’Apologie du livre[16], y situe l’un de ses trois essais réunis sous le titre aussi bref que percutant : De la censure[17]. Comment se manifeste-elle ? Existe-t-il une civilisation, un siècle qui soit indemne des ciseaux et des munitions enclenchés contre la paix des opinions et des convictions ?

      En ce triptyque, le premier exemple choisi par l’historien Robert Darnton relève du XVIIIème siècle français : écrire un conte politique put valoir treize d’internement rigoureux en un couvent à une demoiselle Bonnafon. « Approbation » et « Privilège du Roy » étaient alors indispensables pour qu’un libraire puisse faire paraître un ouvrage. À moins de la faire sous le manteau, prétendument à Londres ou La Haye, avec les risques inhérents à l’exercice. Etonnamment, la censure ne veillait pas seulement à l’orthodoxie religieuse et monarchique, mais parfois aussi à la qualité du style et de l’argumentation. C’est alors que l’on découvre qu’une femme de chambre de Versailles est l’auteure d’un volume circulant en toute discrétion : Tanastès, conte de fée travestissant les amours du Roi d’une manière choquante, et « crime de lèse-majesté littéraire ». Mlle Bonnafon, l’imprimeur et quelques colporteurs furent embastillés. L’histoire est aussi savoureuse que terrible : « elle avait cherché à s’enrichir en diffamant la couronne ». Quoique remerciée par le mépris royal, notre Valérie Trierweiler est aujourd’hui plus chanceuse…

      Moins prestigieuse que les difficultés de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert à la rencontre de la « police du livre », cette affaire est pour Robert Darnton symptomatique de son siècle, à la marge des textes libertins ou athées traqués par le pouvoir. Aux qualités de l’essai d’investigation historique, s’ajoutent celles d’une saisissante galerie de personnages.

      Qualités que l’on retrouve avec plaisir lors de la seconde affaire de censure, située entre « libéralisme et impérialisme » : en Inde britannique du XIXème siècle. Songez qu’en entonnant l’allégorique « Chanson du rat blanc », qui laissait entendre que « les dirigeants anglais ont tout dérobé au pays », Mukunda Las Das écopa de trois ans d’ « emprisonnement rigoureux ». Bien que les Anglais vissent dans le livre « une force civilisatrice », qu’ils dussent promouvoir la liberté de la presse, les chansons bengalies parurent « répugnantes et corruptrices ». Si pouvait y couver la révolte contre l’occupant britannique, les poèmes étaient dits « séditieux » et réprimés comme tels.

      Le dernier volet du triptyque, consacré au XXème siècle, se penche, non, comme on l’aurait trop facilement attendu, sur les noirceurs du nazisme, mais sur celles, symétriques de l’ex-Allemagne de l’Est. C’est alors que, « sept mois après la chute du Mur », Robert Darnton peut rencontrer « deux authentiques censeurs en chair et en os, tout disposés à parler ». Ce sont « des membres loyaux du parti communiste est-allemand et des vétérans de la machine d’Etat à rendre conformes les livres à la ligne du parti ». Tout cela en dépit d’une constitution qui « garantissait la liberté d’expression » ! Las, un certain Walter Janka subit « cinq ans d’isolement carcéral » pour avoir publié Luckas, un auteur pourtant fort marxiste, cependant soudain réprouvé. La « planification » littéraire ne plaisantait pas un instant, afin d’éviter la souillure du modèle communiste et la corruption de l’Ouest capitaliste. On préfère alors le « kitsch socialiste » : « Quand des amants s’embrassent ou se maquillent, ils rendent hommage à la profonde qualité des relations personnelles dans un système affranchi du caractère superficiel engendré par le consumérisme ». Ce serait à pouffer de rire, si ce dernier argument n’était pas encore celui de tant d’anticapitalistes et autres écologistes ! Cette « lutte contre vents et marées pour maintenir un niveau élevé de culture tout en bâtissant le socialisme » est si édifiante, quand les auteurs, adeptes du « Bourgeois tardif », « pouvaient être expédiés en prison ou condamnées aux travaux forcés -l’équivalent du goulag ». On sait combien la Stasi, police politique, était omniprésente ; ce dont témoigne la polémique selon laquelle Christa Wolf elle-même, « qui ne dévia jamais de son adhésion aux idéaux socialistes de la RDA », fut forcée de renseigner le régime…

      Relativisons néanmoins -tant que nous pouvons encore le faire, semble dire Robert Darnton en sa conclusion- notre petite censure qui s’adresserait à un Eric Zemmour. Les trois auteurs pris en cas d’école auraient pu subir bien pire, entre tortures et morts. Cependant notre historien parvient à une thèse fort pertinente : Leo Strauss, dans La Persécution et l’art d’écrire[18], penchait pour la stupidité des censeurs, lui affirme leur « raffinement intellectuel ». Comme en sont capables les fonctionnaires de nos Etats, « en particulier en des temps où il semblerait que l’Etat surveille le moindre de nos faits et gestes ». Ne doutons pas que l’historien du passé et du présent, voire du futur, fasse allusion à la surveillance informatique généralisée qui, si elle doit se renforcer pour traquer le terrorisme, ne doit pas traquer le citoyen libre.

      Avec intelligence, Robert Darnton a mis en scène et fouillé trois curieuses occurrences de la censure d’Etat. Reste un quatrième volet à écrire en appendice à son essai, celui d’une censure mondialisée, la kalachnikov et le couteau d'égorgeur à la main, qui s’appuie sur une injonction sacrée. Citons le Coran qui parait en la sourate cinquième fort bien commencer, alors que la suite est bien moins chez nous citée : « Voici, qui tue quelqu’un qui n’a tué personne ni semé de violence sur terre est comme s’il avait tué tous les hommes. […] Mais voici, après cela, il est sur terre un grand nombre de transgresseurs. Mais ceux qui guerroient contre Allah et ses envoyés, semant sur terre la violence, auront pour salaire d’être tués ou crucifiés[19] ». Les armes sont bien celles de la Folie de Dieu, pour reprendre le titre de Peter Sloterdijk, qui analyse sans ambages le comportement islamiste : « Bien qu’ils ne détiennent aucune autorité savante, les activistes des organisations guerrières actuelles savent se référer aux sourates adaptées. Leurs actes peuvent être bien répugnants, leurs citations sont sans erreurs[20] ». Ces dernières citations étant également sans erreurs, elles n’ont pourtant que le caractère inoffensif de la liberté d’expression et de la réflexion raisonnée…

Darnton Censors at Work 978-0-393-24229-4

Le spectre de l’autocensure

 

      A la censure jadis -pas toujours jadis pourtant- d’Etat, s’est substituée une autocensure, qui à l’occasion de l’assassinat des dessinateurs de Charlie Hebdo n’est pas sans avancer son mufle spectral. C’est après de multiples interrogations internes que de nombreux médias étrangers, en particuliers américains, se sont résolus à couvrir l’événement en publiant des photographies contenant des images floutées des couvertures controversées du magazine. Certes, personne n’a le devoir de les publier, et les journaux peuvent légitimement s’appuyer sur l’argument qui consiste à vouloir se protéger et protéger la vie de leurs employés. Ainsi un journal de Hambourg qui vient de les publier vit ses locaux aussitôt incendiés. Il est également loisible de ne pas apprécier l’humour grossier et scatologique, sans oublier encore une fois l’amalgame indigne qui est fait en ces caricatures entre les religions. Mais n’est-ce pas assurer l’avantage de la censure au bout du canon que d’accepter le diktat de l’impubliable ? Ainsi, sous la contrainte criminelle, nous acceptons qu’une liberté soit éradiquée…

      Cette autocensure va jusqu’à confier à des juristes des maisons d’édition les textes à polir et ébarber pour ne pas risquer de contrevenir au politiquement correct, aux lois sur le racisme, aux diktats des associations féministes… Censure populaire et autocensure marchent la main dans la main, dhimmiitude et lâcheté dans le même sac à burqa, lorsqu’en septembre 2014 un spectacle anima la ville d’Angers, présentant des humanoïdes au comportement de primates enfermés dans des cages. Brandissant des Corans, une douzaine de Musulmans insultèrent les comédiens, en les traitant d’ « impurs », au point que le spectacle fut interrompu par le maire UMP, arguant du « désordre public », suspendant du même coup les représentations des autres troupes flouées. De même l'on déprogramme des films qui risqueraient de déplaire à la tyrannie islamique, sous couvert de prudence...

      Inquisiteurs politiques et censeurs puritains relèvent ainsi du même coup leur nez en forme de ciseaux. Notre Etat sait trop bien que sa censure serait impopulaire, quoique s’il savait répondre aux aspirations populaires il ne se gênerait pas pour y recourir. Alors, l'Etat-carpette l’a déléguée en accordant à des associations et autres communautés le droit de traîner en justice le contrevenant à la pensée au nom du préjudice moral et de la nouvelle moralité en marche. Mais c’est aussi une censure volontaire par le peuple lui-même -du moins une intelligentsia à laquelle il faudrait peut-être retirer cette dignité-, donc par un pire pouvoir que le pouvoir lui-même qui le craint, une réplique aberrante de la « servitude volontaire » de La Boétie. L’on demande de ne pas penser, de ne pas penser mal, selon une partisane conception (à laquelle nous n’échappons peut-être pas) du bien, donc forcément de ne pas penser le réel qui n’est, lui, intrinsèquement, ni bien ni mal. Ce réel alors devenu invisible, inanalysable, irrémédiable, n’est plus alors soumis à la critique nécessaire et constructive. On ne l’améliorera plus, on le condamnera à pourrir. Et s’il parait anesthésié, ce sera certainement, en un retour implacable de la vérité des faits, en un retour du refoulé, un réel plus dangereux encore. Lorsque les analystes sereins, les pragmatiques qui se doivent d’œuvrer sur nos réalités pour leur porter remède, doivent se taire, ce sont les démagogues anti-libéraux, du Front national au Front de gauche qui ont le front de nous asséner leurs vérités pré-totalitaires. Ainsi, ne pas vouloir penser l’immigration, l’Islam et les freins étatiques à l’expansion économique et à la liberté d’entreprendre, c’est pratiquer la politique de l’autruche, se mettre la tête dans un sable mouvant, cacher le thermomètre pour ne pas voir monter la fièvre. L’agressivité des associations, des politiques, des intellectuels et des grands soumis à la bien-pensance n’est que le reflet de leur désir d’abattre (quelque soit leur allié provisoire) le capitalisme libéral et d’y substituer leur tyrannie. A moins que la terreur de l’affrontement avec l’islamisme et avec tous ceux qui monopolisent la délinquance soit leur motivation profonde. Il est plus facile d’être vigilant contre les islamophobes, surtout prétendus tels, que contre les islamistes. Contrevenir aux formules de la pensée magique, prononcer certaines opinions ou analyses -certes toujours discutables et dignes d’être si besoin réfutées- est aussitôt susceptible d’une réaction pavlovienne au vocabulaire, taxé au mieux de provocation, au pire de reductio ad hitlerum, jamais de reductio ad stalinum ou reductio ad islamum… Employer des expressions comme « la bombe démographique musulmane », même si l’on appelle de ses vœux un Islam des Lumières, fondé sur une religion privée et non politique et compatible avec la démocratie libérale, suffit pour vous vouer aux gémonies d’une « novlangue[21] » qui ne dit pas son nom, mais qu’Orwell n’aurait pas désavouée.

      Le Léviathan de Hobbes[22] était composé d’une multitude de gens qui s’accolaient pour tenir entre leurs mains les attributs du pouvoir spirituel et temporel. Ce sont ces mille tyrans assemblés sous leur Servitude volontaire qui nous soumettent et nous entravent aujourd’hui aux moyens de leurs injonctions politiques et terroristes. Faudra-t-il imaginer une judicieuse (car elles ne le sont pas toutes) désobéissance civile[23] ? La Boétie décrivait ainsi la condition de qui se soumet volontairement au tyran ; ce que nous dirons au tyran polymorphe de la bien-pensance, religieuse et politique : « Ce n’est pas tout à eux de lui obéir, il faut encore lui complaire ; il faut qu’ils se rompent, qu’ils se tourmentent, qu’ils se tuent à travailler en ses affaires, et puis qu’ils se plaisent de son plaisir, qu’ils laissent leur goût pour le sien […] qu’ils prennent garde à ses paroles, à sa voix, à ses signes, à ses yeux, qu’ils n’aient ni yeux, ni pieds, ni mains, que tout soit au guet pour épier ses volontés et pour découvrir ses pensées. Cela est-ce vivre heureusement ? Cela s’appelle-t-il vivre ?[24] ». Pensons que La Boétie, l’ami de Montaigne, écrivait cela en 1549, à l’âge de dix-huit ans, toujours jeune précurseur du libéralisme politique. Qu’il faut conserver et lire, auprès de Montesquieu et d’Orwell, dans l'intelligence de la bibliothèque universelle, espace de liberté tant qu'il est encore possible. Aux côtés de laquelle Facebook, nos blogs et nos sites internet, où écrire autant des sonnets lyriques que des essais politiques, sont de formidables instruments de liberté d’expression, une revendication de libre création face aux asservissements religieux et politiques de tous bords.

 

 

      En 2019, la situation ne fait que s’aggraver. La philosophe, pourtant de gauche, Sylviane Agacinski, entendant disserter sur les risques éthiques de la Procréation Médicale Assistée et de la Gestation pour autrui, est interdite de conférence à l’Université de Bordeaux par un courant féministe outrageusement sûr de lui, la courageuse et sensée journaliste et polémiste Zineb el Rhazoui menacée de mort par le fanatisme islamisme, Eric Zemmour chassé par une meute d’activistes et journalistes-procureurs, par les annonceurs publicitaires, au mépris de la liberté académique, de penser, d’écrire... Le tableau de la liberté d’expression est chaque jour insulté, lacéré, déchiré, bientôt effacé par un bâillon tyrannique.

      Jusqu’à la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), qui a conclu un arrêt le 25 octobre 2018, énonçant que les critiques à l'encontre de Mahomet, fondateur de l'Islam, étaient constitutives d'une incitation à la haine et ne relevaient pas du droit à la liberté d'expression ! En l’occurrence, il s’agit d’Elisabeth Sabaditsch-Wolff, condamnée en Autriche, en première instance et en appel, en 2011, pour « dénigrement de doctrines religieuses » dans le cadre de conférences qu'elle donnait sur les dangers de l'Islam fondamentaliste. Avec un tel arrêt inique et sans précédent, la Cour de Strasbourg - qui a juridiction sur 47 pays européens et dont les décisions sont juridiquement contraignantes pour les 28 États membres de l'Union européenne – vient non seulement de légitimer la fin de la critique intellectuelle venue de l’humanisme et des Lumières, mais aussi de légitimer en Europe le blasphème, qui plus est islamique, afin de « préserver la paix religieuse », c’est-à-dire la soumission et la charia.

 

Mille exemples peuvent être fournis de cette rage contre la liberté d’expression. Lorsque Pauline Harmange publie un Moi les hommes, je les déteste,[25] elle se livre à un éloge de la misandrie contre la misogynie. Grand bien lui fasse. Si stupidité il y a qu’on la discute. Mais, sans probablement l’avoir lu, un chargé de mission au Ministère de l’égalité femmes-hommes menace les éditeurs de saisir la justice si l’ouvrage n’est pas retiré de la vente, au motif que la provocation à la haine à raison du sexe est un délit pénal. La haine a bon dos, et il faut lui renvoyer dos à dos celle de la liberté d’expression.

La « cancel culture », ou « culture de l’annulation », ou encore de « l’effacement », use, entre autres, des réseaux sociaux. Cette anti-culture en fait n’aime rien tant que d’abattre et censurer au nom des luttes féministes, gays, antiracistes. Aux Etats-Unis, le « name and shame », condamne des paroles, des opinions, des analyses, pour effacer leur auteur à coups de pétitions, cyberharcèlement et autres pressions, de façons à proprement effacer l’individu coupable de pensées offensantes. Ainsi se sentir offensé, avoir l’incapacité d’y résister ou de l’ignorer, vaut un brevet de respectabilité et de devoir de censure. Jusqu’à forcer à la démission, au licenciement. Adolph Reed, professeur noir émérite de l’université de Pennsylvanie, qui arguait que la gauche privilégiait les débats sur la race au rebours des inégalités sociales, vit son intervention au débat, menacée de piratages, annulée. L’ostracisme condamne à l’effacement la représentation à la Sorbonne de la pièce d’Eschyle, Les Suppliantes, dont le metteur en scène et les acteurs devaient exhiber leur « blackface ». L’appropriation culturelle étant devenue un péché mortel contre la race. Aussi la presse elle-même, voire l’édition peuvent craindre de publier un texte qui ne réponde pas aux clichés attendus, aux militantismes consacrés par une desintelligenstia. Comme le dénonce Bari Weiss, la journaliste en charge des pages « Opinions » du New-York Times, harcelée par ses pairs, la guerre contre le pluralisme ronge un journal qui prétendit à rester une référence culturelle.

Au nom d’une vérité militante, activiste - autant de noms pour l’aube d’une tyrannie - la cancel culture, soit celle de l’effacement de toute pensée contraire, une censure politique, historique, artistique et sociale, balaie notre présent pour étoufer le futur et assurer le règne de tyrans, qu’ils soient racialistes, décolonialistes, écologistes, féministes, jusqu’à interdire la musique de Beethoven, parait-il symbole du mâle blanc occidental !

Ce que l’on appelait le quatrième pouvoir, autrefois la presse, aujourd’hui celui des médias, serait-il devenu le premier ? Facebook ferme des groupes, par exemple « Didier Raoult versus coronavirus », en s’érigeant en censeur scientifique, interdit, à l’instar de Twitwer, la mention des corruptions de Joe Biden et de son fils Hunter stipendiés par le gaz ukrainien et la Chine, s’érigeant en censeur politique anti-Trump, au mépris de la constitution américaine et de son premier amendement sur la liberté d’expression. Pour continuer avec l’alarmant exemple américain, des chaines comme CNN coupent un discours du Président encore en exercice, usant de la censure politique à vocation totalitaire, à l’instar de réseaux sociaux comme Twitter et Facebook, jusqu’au moteur de recherche Google. Ces derniers évacuent les informations relatives à de tels corrompus notoires, ainsi que des contenus de ce même Président et des soixante-dix millions d’électeurs qu’il représente, réseaux qui se targuent de savoir et ordonner ce qu’il est politiquement juste et bon de dire, de laisser paraître. Au point que les bonnes âmes de la vérité médiatique chapeautent tout curieux qui aurait l’insolence d’imaginer penser par lui-même, ce du haut de leur application à minimiser, nier, faire disparaitre tout allégation, toute preuve des fraudes électorales généralisées comme une machine de guerre. La recherche de la vérité devient a priori complotisme et post-vérité admonestés avec la dernière vigueur par une doxocratie…

Le cours apparemment paisible de l’Histoire subit soudain des accélérations surprenantes, imprévues - du moins si l’on n’avait perçu les convulsions de souterraines excavations -, tant de nouvelles bulles vénéneuses de censure éclatent. Ce sont les réseaux sociaux, là où nous avions trouvé de fabuleux espaces de communication, de créativité et de liberté, qui démentent leur vocation originelle en fauchant toute une frange de leurs clients et contributeurs pour de sinistres raisons idéologiques. Outre la cancel inculture, il s’agit d’une évacuation politique. Le président républicain Donald Trump se voit éjecté de Twitter, de Facebook, donc de Messenger, lui qui drainait des dizaines de millions d’abonnés. À la suite, des partisans de ce dernier se voient également virés sans autre forme de procès.

Amazon pratique la censure en déréférençant des livres, en bloquant Parler.com dont il détient le serveur, ce pour péché de trumpisme. Youtube ferme des chaines et censure, Odysee, Vimeo, Mailchimp, Researchgate censurent, Facebook également, que ce soit pour nudité ou fausses informations selon sa bonne doxa, sa filiale Instagram idem… Certes il s’agit là, non d’Etats et de sphères publiques, mais d’entreprises privées, libres en cela d’accepter ou refuser qui bon lui semble, d’expulser qui ne correspond pas à sa politique, son éthique, voire son caprice. Néanmoins elles vivent des informations, des opinions (fussent-elles délétères et pitoyables) de leurs adhérents, dont elles exploitent le bon vouloir par le biais de la publicité. Or, autant face à des personnalités individuelles qu’à des masses faites de millions de citoyens, elles acquièrent une responsabilité morale qui devrait pour le moins les conduire à respecter leur pluralité. Le risque de la concentration monopolistique, de la confusion avec un organe idéologique tel que peut l’être un média, voilà qui en outre concourt au glissement vers un totalitarisme dangereux.

Heureusement, ce qu’il reste d’économie libérale et concurrentielle permet que la sanction du public, et par voie de conséquence de la bourse, tombe. Facebook et Twitter par exemple perdent nombre d’abonnés, qui migrent vers des cieux plus nettement respectueux de la liberté d’expression et par ailleurs dénués de publicités invasives : MeWe, Minds, Signal, par exemple. Donald Trump fomenterait avec Elon Musk un réseau social plus clément envers les Républicains trumpistes. Fort bien, les répliques sont judicieuses. À la réserve près - et d’importance - que nous risquons d’évoluer dans des réseaux bulles recelant les partisans d’une cause ou d’une autre, alors que sur Facebook l’on pouvait croiser et fréquenter des « amis », voire nouer des amitiés virtuelles, avec des gens dont les convictions politiques sont à des hémisphères l’une de l’autre. Là nous pouvions parler avec bonheur de poésie avec un tenant du communisme, par exemple ! Nous serions alors libres de nous exprimer dans une ruche, mais inlibres (pour jouer avec le novlangue orwellien) de croiser les abeilles de ruches lointaines…


 

     Connaissons-nous le mot attribué à Voltaire : « Je ne suis pas d'accord avec vous, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire » ? Ce pauvre homme des Lumières dont on ne plus aujourd’hui représenter sa virulente tragédie à charge : Le fanatisme ou Mahomet le prophète [26], pourtant magnifique liberté d’expression et de critique en actes et en cinq actes… Relisons donc son Traité sur la tolérance à l’occasion de la mort de Jean Calas[27]… Et n’oublions pas que liberté d’expression rime non seulement avec argumentation, mais aussi avec le rire[28], la satire, la caricature, le blasphème, quoique ce dernier doive s’arrêter aux portes des lieux de culte qui méritent en leur sein le respect. Certes, ce titre « Requiem pour la liberté d’expression », qui n’a pas le talent de Voltaire, est une hyperbole ; souhaitons qu’il ne devienne pas réalité. Qui nous protégera de l’imminence de ce Requiem ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] John Milton : Areopagitica ou liberté d’imprimer sans autorisation ni censure, traduit de l’anglais par O. Lutaud, Aubier, 1956, p 127 et 211.

[4] Al Fârâbî : La Philosophie de Platon, traduit de l’arabe par Olivier Seyden et Nassim Levy, Allia, 2002, p 30.

[5] Ibn Warraq : Pourquoi je ne suis pas musulman, traduit de l’anglais, L’Âge d’homme, 1999. Voir : Pourquoi nous ne sommes pas religieux

[8] Farhad Khosrokhavar : L'islam dans les prisons, Balland, 2004.

[9] Dans un article du Monde, du 16 mars 2010, les rapports des RG sur les bandes violentes montraient que 87 % étaient de nationalité française, 67 % d'origine maghrébine et 17 % d'origine africaine.

[10] Hugues Lagrange : Le déni des cultures, Seuil, 2010.

[11] L’Allemagne a deux fois plus de juges que la France et deux fois moins de délinquance.

[12] Essai sur le monde du crime, traduit du russe par Sophie Benech, Récit de la Kolyma, Verdier, 2003.

[13] Eric Zemmour : Le Suicide français, Albin Michel, 2014.

[14] Voir : Front Socialiste National et antilibéralisme, le cancer français

[15] Voir : Christianophobie et désir de barbarie : Le Livre noir de la condition des Chretiens

[16]  Voir : Destins du livre : du papyrus à google-books

[17]  Robert Darnton : De la censure, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-François Séné, Gallimard, 2014.

[18]  Leo Strauss : La Persécution et l’art d’écrire, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Olivier Seyden, Tel, Gallimard, 2009.

[19]  Le Coran, 5. 32-33, traduit de l’arabe par André Chouraqui, Robert Laffont, 1990, p 225-226.

[20] Peter Sloterdijk : La Folie de Dieu, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, Libella-Maren Sell, 2008, p 96.

[21]  George Orwell : 1984, Gallimard, 1972.

[22]  Thomas Hobbes : Léviathan, Gallimard, folio, 2000.

[23] Voir : Thoreau : le Journal de la désobéissance civile en question

[24]  La Boétie : De la Servitude volontaire, Montaigne, Essais, t IV, Charpentier, 1862, p 436.

[25]  Pauline Harmange : Moi les hommes, je les déteste, Seuil 2020.

[26] Voltaire : Le fanatisme ou Mahomet le prophète, Garnier, sans date.

[27]  Voltaire : Mélanges, Pléiade, Gallimard, 1961.

[28]  Voir : Peut-on rire de tout ? D'Aristote à San-Antonio

 

Photo : T. Guinhut.

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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 19:16

 

Manga japonais XIX°. Photo T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Kamo no Chômei, le vieux sage du Japon :

 

Notes d’une cabane de moine et de l’éveil poétique.

 

Suivi d'En longeant la mer de Kyôto à Kamakura.

 

 

Kamo no Chômei : Notes de ma cabane de moine,

traduit du japonais par le Révérend Père Sauveur Candau, 2010, 80 p, 11 € ;

Notes sans titre, traduit par le Groupe Koten, 2010, 224 p, 15 € ;

Récits de l’éveil du cœur, traduit par Jacqueline Pigeot, 2014, 464 p, 19 €,

 Les trois volumes sous coffret illustré, Le Bruit du temps, 42 €.

 

Anonyme : En longeant la mer de Kyôto à Kamakura,

traduit du japonais par le Groupe Koten, Le Bruit du temps, 168 p, 15 €.

 

 

 

 

            Le hôjô-ki, ou « Livre d’une hutte de dix pieds de côté », n’a même pas un pied de côté, à peine quarante pages, parmi la modestie du « Bruit du temps ». Pourtant, ce recueil d’impressions, ici titré Notes de ma cabane de moine, laisse une bien longue impression. Observateur autant que philosophe, Kamo no Chômei (1155-1216) fut à Kyoto secrétaire du « Bureau de la poésie », avant de se sentir le dégoût du monde et d’abandonner la vie publique pour la vie intérieure du bonze : il se contenta dès lors d’un ermitage dans les montagnes de Hino. L’idée était trop tentante pour Antoine Jaccottet, talentueux éditeur du Bruit du temps : il vient de réunir en un charmant coffret trois proses de Kamo no Chômei, adjoignant au premier des Notes sans titre et les Récits de l’éveil du cœur. Pour former le triptyque de la solitude montagneuse, de la poésie et de la spiritualité bouddhique, non sans humour. Qui sait si l'auteur anonyme d'En longeant la mer de Kyôto à Kamakura fut son contemporain ?

 

         Prose et chronique autobiographique dans une période politique troublée du Japon (des guerres de succession impériale), les Notes de ma cabane de moine sont d’abord une image de la vanité du monde et des gloires humaines, symbolisée par l’image de l’eau qui s’écoule. Ces « essais écrits au fil du pinceau », selon une expression consacrée, évoquent d’abord des « calamités extraordinaires », ouragan, famine, épidémie, tremblement de terre, incendie « en forme d’éventail déployé », contemporaines du changement de capitale : « N’ayant pas d’ailes, on ne pouvait s’enfuir vers le ciel ; n’étant pas dragon, on ne pouvait monter sur les nuages ». Devant les servitudes sociales, Kamo no Chômei cherche où goûter « le contentement du cœur ».

         C’est à cinquante-quatre ans que le poète se construisit un ermitage parmi les montagnes pour se consacrer à son salut personnel, renonçant au monde, sauf à la poésie et à la musique :

« Ce monde, à quoi le comparer ? Dans le petit jour,

blanc sillage d’une barque qui à la rame s’éloigne. »

        Nanti de quelques livres, un « koto » et un « biwa », un modeste jardin, un petit foyer, il jouit d’un « beau panorama qui rend facile la contemplation ». Près des coucous, il  fait « un pacte avec eux pour qu’ils [lui] servent de guide au suprême passage de la montagne de la mort ». Les voix animales l’émeuvent, la nature toute entière est sa confidente. En digne épicurien, il « estime que le bonheur consiste en l’absence des soucis ».

          Au-delà de l’exotisme temporel et géographique, les pages de celui qui « assimile [sa] vie à un nuage inconsistant » nous parlent, comme nous enchante la peinture zen (quoique postérieure). Une esthétique est cohérente avec l’éthique, sereinement individualiste et reliée au cosmos. Célèbres au Japon, ces Notes de ma cabane de moine ne sont pas tout à fait inconnues en France, puisqu’une anthologie crut bon de les publier in extenso, en 1910[1]. De même, la belle anthologie Mille ans de littérature japonaise[2] n’omit pas l’œuvre de Chômei. Il faut compter aujourd’hui les Notes sans titre et les Récits de l’éveil du cœur, comme l’indispensable complément, formant les trois volets de la spiritualité traditionnelle la plus raffinée au Japon, si l’on omet la peinture et la musique.

        Chômei fut un grand compositeur de poèmes, au point qu’il compila son propre recueil dès l’âge de vingt-six ans : ce sont 105 « waka », soit des quintains de 31 syllabes. Il peut alors se permettre ce parfait manuel du compositeur de poésie, ainsi que l’on pourrait moins modestement intituler les Notes sans titre, quoique le sous-titre soit « « Propos sur les poètes et la poésie ». Le genre très codifié du waka doit s’assortir de retenue et d’élégance, de « formulation limpide ; il est majestueux, éblouissant », selon son maître Shun.e. L’amour et les saisons se partagent le plus souvent les thématiques proposées lors des manifestations poétiques de la cour impériale. D’où se dégage une intemporalité absolue.

         Si l’on suit Chômei, le poème doit être chargé « d’un sentiment intense ». Qui ne le voudrait d’ailleurs suivre en cette matière ? Pour se faire, il s’agit de se préoccuper du « sens du sujet », du « bon et du mauvais enchaînement des mots ». Il cite alors de nombreux waka d’autres poètes, d’où l’on aimera détacher deux vers : « La brume printanière / Où donc s’élève-t-elle ? » Peut-être vient-elle :

« De la Semi-no-Ogawa

-La rivière caillouteuse-

Limpide sont les eaux

Et la lune vient loger

Dans le courant son clair reflet »

         Mais surtout, après cette lecture, ne croyez pas un instant pouvoir imiter en toute facilité le waka : il vaut mieux « ne pas se considérer comme un génie de la poésie », et n’en pas faire un métier. Il est également conseillé de veiller aux « retouches qui peuvent gâcher un poème ».

         C’était le temps « du raffinement des réunions poétiques », le temps ou une femme « vous adresse un poème dans un lieu public » et laisse « un chef d’œuvre » :

« Sur cette couche

Qu’il devait selon ses dires

Ne déserter qu’une nuit

La poussière inexorable

Est venue se déposer »

        C’est ainsi que « les poèmes se composent spontanément quand l’émotion déborde ». Et que ceux « d’une beauté supérieure font penser à un tissu broché : en émane une image ». Gageons que celui de Shunzei est d’une beauté supérieure :

« Prenant pour guide

L’image des fleurs

Comme une vision

J’en ai franchi tant et tant

Blanches nuées des sommets ! »

 

            Kamo no Chömei a-t-il atteint une dimension supérieure en se faisant moine ? Dans le cadre d’une expansion historique du bouddhisme voué à la recherche de la « Terre Pure », promise par Amida (incarnation de Bouddha), la réflexion morale et spirituelle l’emporte dans les Récits de l’éveil du cœur, mais sans le moindre didactisme pesant. Loin de tout guide de développement personnel passablement niais, il ne s’agit pas d’aller où le cœur nous mène : « ne prends jamais ton cœur pour maître ! »

        Ce sont des petites anecdotes, presque des nouvelles, alternant les scènes comiques, les historiettes amoureuses, la satire et la louange des moines… Car, parmi ces derniers l’un est « dévoré d’ambition », ou « cache ses vertus », ou encore voit sa tête irradier d’une lumière. D’autres parviennent à « l’éveil », à la porte du Nirvana, et accomplissent leur « Renaissance ». Pas mieux, pas pire, en somme, que les moines occidentaux… Parfois le fantastique pointe son museau, lorsqu’une « mère qui jalousait sa fille vit ses doigts se transformer en serpents » ; lorsqu’une morte revient voir son mari inconsolable et laisse un « cordon à cheveux » pour preuve de son éphémère retour. À moins de s’intéresser à l’ironie du sort d’une « vieille nonne qui se transforma, après sa mort, en vers attaquant un mandarinier » ; n’avait-elle pas souhaité rendre le mal pour le mal ? Ainsi l’apologue offre une morale bienvenue. Sans compter que l’on apprend souvent à bien mourir, en une philosophique préoccupation. Plus loin, les curieux un tantinet coquins sauront « comment une courtisane de l’escale de Muro noua un lien de salut avec un saint homme en chantant une chanson ». Non content de nous amuser, jusqu’au rire, comme lorsqu’un « Vénérable » fait « voler son bol » qu’il voit revenir vide, ce recueil unit les qualités poétiques et celles de l’édification bouddhique.

         « On pourra dire que j’ai saisi des nuages, que j’ai capturé du vent : à qui cet ouvrage sera-t-il utile ? » confie, non sans autodérision, Kamo no Chômei en son préambule des Récits de l’éveil du cœur. La modestie de cette profession de foi conviendrait à ses trois ouvrages ici réunis. Mais c’est bien à nous, lecteurs intemporels, que ces lectures seront utiles : peut-être nous permettent-elles, outre de saisir un passé lointain, de chercher un essentiel contemplatif, de frôler l’essence de la poésie, de savoir rire et s’émouvoir de personnages dont les travers et les vertus ne sont pas loin d’être, presque un millénaire plus tard, nos reflets. Un éveil des sens devant la nature, de la vivacité de l’esprit devant le monde… Plus tard, au XVIIIème siècle, un autre ermite, Bashô[3], offrit au Japon et au monde entier ses poèmes plus brefs encore que le waka : ses haïkus, parmi lesquels, avec humour, nous aimons citer :

« Dans la rosée matinale

un melon boueux –

Quelle fraîcheur ! »

 

 

      Montagnes et rivages sont les bornes du voyage, bornes exaltantes, surtout si le voyage se fait à pied et à cheval En longeant la mer de Kyôto à Kamakura. Comme celui d’un Japonais anonyme qui parcourut les sites du Tokaido dans les débuts du XIII° siècle. Tous ses efforts et tous ses moments contemplatifs visent à dépasser la cinquantaine qui vient et accéder à l’« Eveil » bouddhique : « des sandales de paille pour tout véhicule, j’emprunte la voie de l’érémitisme ».

      Le récit, ponctué de descriptions évocatrices, comme ces « rochers qui semblent des tigres », de légendes étranges, d’anecdotes curieuses, est également enrichi de courts poèmes, ou waka, de trente et une syllabes, qui touchent à la perfection : « Je ne m’attache pas / à cette existence, mais / pour avoir vécu jusqu’à ce jour / j’ai contemplé le Mont-Blanc / du pays de Kai / une raison de vivre ! » Cependant, il n’est pas sans nostalgie à l’égard de sa mère âgée. La traduction, élégante, se lit comme un bel et vaste poème en prose, aux accents lyriques et discrètement pathétiques, également métaphysiques. Ainsi l’on partage  les émotions mélancoliques et esthétiques de celui qui chemine, dort sous un pin, médite ses « divagations ».

      Quel plaisir que de découvrir, soigneusement édité, avec notes et postface éclairantes, ce classique du genre kikô ou « notes de voyage », qui oppose la paix des paysages et le souvenir des guerres civiles qui ont amené au pouvoir le gouvernement militaire des shôgun. Se ressourcer, pratiquer une ascèse, affiner sa vision et son expression, tels sont les buts de celui dont nous aimerions connaître le nom. Qu’importe ; il a vécu et marché pour atteindre le sommet de son art.

      Au XVIII° siècle, un peintre, Hiroshige, fit lui aussi le voyage du Petit Tokaido (Hazan, 2010) au moyen de ses estampes colorées, entre pluies et grand soleil, le peintre et le poète se répondant.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Michel Revon : Anthologie de la littérature japonaise, Delagrave, 1910, p 245 à 266.

[2] Ryôji Nakamura et René de Ceccatty : Mille ans de littérature japonaise, Picquier, 2005.

[3] Voir : Bashô, Seigneur ermite : L’intégrale des haïkus

 

Frontenay-Rohan-Rohan, Deux-Sèvres. Photo T. Guinhut.

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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 16:53

 

Amantes de Teruel, Aragon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Comment être philosophe de l’amour ?

 

De Ruwen Ogien à Diane Ackerman.

 

 

 

Ruwen Ogien : Philosopher ou faire l’amour, Grasset, 2014, 280 p, 18 €.

 

Diane Ackerman : Le Livre de l’amour, traduit de l’anglais (Etats-Unis),

Grasset, 1995, 360 p, 135 F.

 

 

 

 

      Idéaliser le pays d’amour… Nous cédons tous à cette beauté, à moins de tomber dans ce travers. Dante, en ces Rimes[1], s’est appliqué à faire rimer, amour, beauté et vertu. On se doute que Ruwen Ogien, logicien, non sans un brin de cynisme bienvenu, va s’appliquer à débusquer les clichés et déconstruire ces préjugés en hésitant à choisir entre Philosopher ou faire l’amour. Le choix de l’œuvre d’art de la couverture, en dit long à cet égard : pas de « Carte du Tendre » venue de L’Astrée, ni d’ « Amour sacré et amour profane », peint par Le Titien, mais un couple, qui ne tient compte ni du genre ni de la race, formé d’un ours et d’un lapin en peluche, en train de s’envoyer en l’air avec joie, selon Paul McCarthy. C’est ainsi que les hasards de l’édition et de la bibliothèque font voisiner sur le bureau du critique deux livres antinomiques. Ruwen Ogien parlera-t-il à Diane Ackerman, dont l’essai encyclopédique et sensible, Le Livre de l’amour, arbore en couverture une allégorie de l’amour du XVIème siècle ? Peut-être le seul lieu où les réconciliés serait leur alacrité…

 

      Comme le postule Ruwen Ogien en son Philosopher ou faire l’amour, la poésie et le roman sauraient mieux parler d’amour que la philosophie. Mais aussitôt, en sceptique des illusions, il prend le contrepied de ce préjugé anti-intellectuel qui ferait « de l’amour une sorte d’exception par rapport à toutes les autres questions existentielles ». Et plus ncore si cet hormonal sentiment est associé sans cesse au bien moral et absolu. Ainsi le voilà, à travers un De l’amour post-stendhalien, présentant un rapide panorama des diverses formes d’amour : sexuel, romantique, moral et céleste… Ainsi, le mérite de cet essai est d’abord de faire le catalogue analytique des représentations de l’amour. Par exemple au sujet de « l’illusion amoureuse » : elle est pour les moralistes « le produit de la vanité humaine », pour les naturalistes « une ruse de la nature qui favorise le désir de se reproduire », pour les féministes « une idéologie qui contribue à l’assujettissement de la femme ». Si, dit-on, le véritable amour est désintéressé, ceux romantique et sexuel ne le sont guère. D’où la dimension égoïste de l’amour, qu’il soit physique (se procurer du plaisir) ou spirituel (monter les marches du salut). Or, il n’existe « aucune bonne raison philosophique de dévaloriser complètement l’amour physique et de survaloriser l’amour romantique, l’amour moral ou céleste ». De plus il n’existerait pas « une nature essentielle de l’amour ».

      « Affect contemplatif », ou désir, l’amour peut être une admiration, comme s’accoler à la rage, au mépris, au dégoût de la personne aimée. Est-ce alors retrouver les caractéristiques antiques de l’Eros spirituel et de l’Eros vulgaire ? À cet égard, une longue citation extraite du roman de Somerset Maugham, Servitude humaine, dans lequel un narrateur dresse un portrait désastreux de celle qui l’obsède, en dit bien plus que notre essayiste. Ce qui entraîne que lorsque l’amitié est volontaire, l’amour l’est bien moins.

      Rigoureux, systématique, Ruwen Ogien s’attelle à la tâche qui consiste à « évaluer les six clichés sur l’amour » : « L’amour est-il plus important que tout ? », « L’être aimé est-il vraiment irremplaçable ? », « Peut-on aimer sans raison ? », « L’amour est-il au-delà du bien et du mal ? », « Peut-on aimer sur commande ? », « L’amour qui ne dure pas est-il un amour véritable ? ». Les réponses attendues par les lieux communs sont évidemment déconstruites ; là où le rationnel, la liberté et le respect l’emportent sur l’amour. Seul l’Occident donne une valeur ultime à sa « moitié » (comme Aristophane dans Le Banquet). Alors que le moi est aussi changeant qu’indéfinissable, l’amour d’un moi est fort sujet à caution. Nous répugnons à considérer les causes « biologiques, psychologiques, sociologiques » de l’amour, pourtant elles sont premières ; et nos raisons d’aimer sont loin d’être toujours bonnes, surtout s’il s’agit d’une « crapule ». L’amour empêchant l’impartialité, il est forcément bien faible devant les critères du bien et du mal, malgré la valeur du partialisme amoureux. Enfin, l’amour pourrait être « désacralisé », « devenir physique, éphémère, démocratique. […] Reste à savoir si ce serait souhaitable ! » Au-delà, existent les « sexualités négociées », les « polyamoureux »…

 

 

      La démarche d’Ogien, entre philosophie normative et philosophie descriptive, entre déontologisme et conséquentialisme, ne peut qu’aboutir à une vision réaliste ; et à la question de savoir s’il y a « une place pour l’amour en morale »… Il ne se fait pas faute de ne pas remarquer que « l’éloge de l’amour est un genre qui exprime la pensée conservatrice à droite comme à gauche […] puritaine, antisexuelle », servant « à justifier le refus de toute innovation […] loin de tout asservissement à l’idée de couple fidèle, obstiné, durable, éternel, etc. » Reste alors à accepter la liberté d’être traditionnel autant que de ne l’être pas…

      Cependant, au-delà de cette judicieuse déconstruction des mythes et clichés, doit-on être sûr que les surabondants emprunts à la chanson, de Françoise Hardy à John Lennon, faits par Ruwen Ogien en cette démonstration rendent justice à l’ambition de sa réflexion ? Si leur interprétation est conceptuellement juste, la niaiserie et la pauvreté de la plupart de ces vers n’ont d’excuse que leur intérêt sociologique, au sens où le philosophe analytique vise à examiner les pensées de ses contemporains, donc des lieux communs récurrents de leur piètre culture musicale et poétique. Pire, en s’embourbant dans des considérations sur les émotions, notre philosophe parait s’éloigner de son objet, voire être démuni devant lui. Au point de tergiverser entre plusieurs amours sans vouloir ou savoir nous dire duquel il veut parler, alors qu’il sait pertinemment combien le mot amour recouvre d’orientations et de nature, selon qu’il soit hétérosexuel, de l’art, fraternel, passion, etc. Le plus ennuyeux est que l’entreprise de désacralisation manque tout au long de concision, ce qui entraîne que la dimension percussive de l’essai tombe un peu à plat. Malgré l’appel au Banquet de Platon, petitement confronté à une nouvelle de l’Américain Robert Carver, Ruwen Ogien reste parfois péremptoirement creux, sans pousser l’avantage d’une argumentation plus fine qui ne vient guère…

      Aurions-nous lors de cette lecture, dont nous nous étions promis merveille -ne serait-ce qu’après les problématiques controversées dans L’Etat nous rend-il meilleur ?[2] perdu le feu sacré du critique ? Jusqu’à ne plus guère être stimulés par ce nouvel essai, conceptuellement assez solide, mais littérairement décevant, moins nourrisant qu’attendu pour la pensée…

 

 

      Au-delà de la classique réflexion sur le mythe transhistorique qu’est L’Amour et l’Occident[3] de Denis de Rougemont, à moins de se transporter vers Robert Van Gulik et sa Vie sexuelle dans la Chine ancienne[4], puis jusqu’à cette judicieuse réévaluation de l’époque de la libération sexuelle que fut Le Nouveau désordre amoureux[5] de Pascal Brukner et Alain Finkielkraut, peut-être faudrait-il se tourner vers une tentative synthétique un peu méconnue : sous la plume de Diane Ackerman, un essai aussi gouleyant qu’érudit : Le Livre de l’amour. Avec un brio stupéfiant - d’autres diront avec trop de rapidité et d’esbroufe - elle parcourt les civilisations et les siècles pour aller d’Orphée et Eurydice, des troubadours et de l’amour courtois au « chic sexuel : la mode de la perversion », en passant par « l’ange et la sorcière » et « l’attachement chimique » ; sans oublier « bites et cons » ou « sirènes », ou encore les cheveux et la « sensualité du regard. En sa traversée encyclopédique, elle balaie Platon, Freud et Proust, sans oublier les plus pittoresques et pour le moins curieuses, voire choquantes, manifestations de l’éros contemporain[6]. Son coté féministe splendidement intelligent ne manque pas de voir dans nos voitures « des objets brûlants, durs, phalliques », grâce auxquels les hommes vont « chevauchant une érection chromée. […] Bolides et poitrines féminines sont célébrées dans une orgie de décibels et de testostérones ». Humour et satire coexistent en ce brillant essai avec une attachante sensualité de la métaphore (elle n’est pas pour rien professeur de stylistique), autant qu’avec une réelle tendresse humaine pour son pléthorique objet d’étude. Où l’on sait avec rigueur combien l’amour se définit quelque part à la rencontre de la sexualité et du sentiment.

      « Le béguin chimique » a lieu lorsque les hormones, oxytocine, phényléthylamine, sont produites en abondance, sous l’influence d’un regard, de la poésie amoureuse, autant que du rapport sexuel, qu’il s’agisse d’homo ou d’hétérosexualité ; alors « le corps frissonne sous un jaillissement ». L’amour est une neurophysiologie autant qu’une histoire littéraire et culturelle, une résultante de notre sociologie, moins - faut-il dire hélas ? - qu’une approche rationnelle. En même temps qu’une source d’aventure, d’élévation de soi, de découverte de l’autre, du corps et de l’esprit, d’enthousiasme, de fureur, de suavités et de déceptions, de création littéraire et artistique. Toute la gamme de la vie, en somme…

 

      La différence est considérable. Dante était de sa Béatrice inconsidérément amoureux, dépliant à plaisir les émotions, péripéties, douleurs et spiritualités afférentes à l’amour. Quand Ruwen Ogien n’est ici pas le moins du monde amoureux. Au point qu’il traite l’objet de son étude avec toute l’absence de feu de l’analyste un brin poussif, en débusquant les clichés, les masques et les prétentions, non sans une pointe de caustique ironie. Seule Diane Ackerman considère avec autant d’enthousiasme ces deux versants, entre romantisme et surexcitations biochimiques. Devrions nous souhaiter à notre cher Ruwen que le dieu Eros, s’il existe - mais il existe sûrement quelque part, sous quelque forme, virus, hormone ou concept, qu’il soit - vienne le frapper de sa flèche aigre-douce en lisant l’essai de Diane Ackerman ? À moins qu’il ait déjà été, qu’il soit amoureux, et tienne à toute force à le cacher : serait-ce indigne d’un philosophe ? La seule solution pour bien philosopher de l’amour, après Le Banquet de Platon et le De l’Amour de Stendhal, là où Ruwen Ogien philosopherait en faisant l’amour, ne serait-elle pas de faire de lui un nouveau poète…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[3] Denis de Rougemont : L’Amour et l’Occident, Plon, 1972.

[4] Robert Van Gulik : La Vie sexuelle dans la Chine ancienne, Gallimard, Tel, 1987.

[5] Pascal Brukner et Alain Finkielkraut : Le Nouveau désordre amoureux, Seuil, 1977.

 

Carte du Tendre, Honoré d'Urfé : L'Astrée, 1607-1628.

 

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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 18:54

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Handicap et génie littéraire : Leopardi

 

et l’infini du Zibaldone en toute beauté,

 

par Pietro Citati et René de Ceccatty.

 

 

Pietro Citati : Leopardi, traduit de l’Italien par Brigitte Pérol,

L’Arpenteur Gallimard, 2014, 542 p, 28 €.

 

Giacomo Leopardi : Zibaldone, traduit de l’italien,

présenté et annoté par Bertrand Schefer, Allia, 2003, 2398 p, 50 €.

 

René de Ceccatty : Noir souci, Flammarion, 272 p, 19 €.

 

 

 

      D’où vient-il que certaines biographies soient plus goûteuses, plus enclines à faire se dresser dans la perception du lecteur la stature, l’œuvre et les émotions d’un écrivain ? Brian Boyd avec Nabokov, Richard Ellmann avec Joyce, ou Peter Ayckroyd avec Shakespeare et Poe sont sans conteste de très talentueux biographes ; mais aucun n’atteint à l’étoffe dont sont pétries les vies et l’univers intellectuel par Pietro Citati. Nous avions déjà eu le bonheur de lire son Goethe[1], voire son Kafka, le voici abordant un autre romantique, cette fois italien : Giacomo Leopardi. Comment les doigts de Citati vont-ils ressusciter le solitaire et reclus de Recanati, le poète de « L’Infini », et l’immense diariste-essayiste du Zibaldone ? Sera-ce sans compter avec le « noir souci » de l’amour, comme l’analyse René de Ceccatty…

 

      « Un tuberculeux affligé de deux bosses, persécuté par toutes les maladies de la terre », telle fut dès sa jeunesse Giacomo Leopardi (1798-1837). Pourtant, dès dix-huit ans, sans qu’il eût encore rien publié de valeur, et à la seule lecture de ses lettres, son ami Pietro Giordani lui « trouvait cette noblesse, cette fureur, cette densité, cette variété de style » qui est celle du génie. L’amour du jeune disciple pour le maître, quoique sans éros, et qui « était une forme de sa passion pour la littérature », se trouva grandi par leur rencontre. Plus tard, il éprouvera un semblable sentiment pour Antonio Ranieri. C’est ainsi que Pietro Citati nous communique l’ardeur de son modèle, en même temps que sa profonde empathie pour lui…

      Reclus dans la bibliothèque paternelle aux dix mille volumes, le jeune Leopardi devient un philologue ardent, qui sut cinq ou six langues, dont le grec et le latin, un graphomane brillant. Mais son désir de gloire était vain : « Aucun éditeur ne publiait ce qu’il écrivait ». De guerre lasse, il remplit les quatre mille pages manuscrites de son fameux Zibaldone (qui compte deux mille pages bien abondantes en l’édition française) ; ce que l’on peut traduire par sabayon, ou pot-pourri, pour signifier des « Mélanges ». Accès mélancoliques et éclairs d’écriture autobiographiques, bribes d’essais et chimères s’y accumulent : « Enfermé dans la prison de sa bibliothèque, il explorait, examinait, reconstruisait l’univers -littérature, politique, histoire, linguistique, économie, philosophie, psychologie, rêveries et fantaisies- avec une furieuse énergie qui nous parait aujourd’hui presque inimaginable. » Sans oublier la musique, la religion… La précision et la force de la « fureur philosophique[2] » s’y déploie avec faste autant qu’elle illumine des aphorismes, tel : « on ne connait jamais parfaitement aucune vérité, si l’on ignore l’ensemble des relations qui unissent les vérités entre elles[3] ». Picorer le Zibaldone au hasard assure de recueillir des pensées aussi éclairantes qu’inattendues, dont plusieurs laisseraient penaud un Cioran : « Pour jouir de la vie, il faut nécessairement être désespéré.[4] »
 

 

      Quoique les accès de « quasi-cécité », d’ennui et de sensation de néant, accablant celui qui avait un merveilleux talent pour le désespoir, paraissent lui empêcher toute activité intellectuelle, il poursuit de manière erratique son travail de « grand architecte-orfèvre », qui n’aura jamais d’harmonieuse architecture, mais auquel il ajoutera un précieux index. Est-ce la faute de l’irréductible séparation entre la nature et la raison ? Il se sert « de la philosophie moderne, de la raison analytique, acérée, négative, pour retrouver l’œil originel de l’homme ». Est-ce position nostalgique, régressive et antiscientifique ? Ce que confirme la lecture du Zibaldone, au 11 mai 1821 : « Une fois que la raison fut introduite en ce monde, tout devint peu à peu et en fonction de ses progrès, laid, petit, mort, monotone[5] ».

        Aussi, à vingt et un ans, pense-t-il à fuir Recanati. En une lettre au père jamais envoyée, qui rappelle celle ultérieure de Kafka, il conspue la tyrannie et la dissimilation paternelles. La tentative de fuite se solde d’abord par un échec. Le voilà encore coincé entre une mère bigote et glacée et un père autoritaire de comedia dell’arte. Enfin, en 1823 (il avait vingt-quatre ans) il file à Rome, couvrant de chagrin son frère Carlo, qui est son « amour de rêve », et qui épousera une Paolina. Le poète, qui, hélas, « détestait le progrès », va mener une existence studieuse, au service d’un éditeur milanais, pour lequel il traduit Epictète, quoique égayée par Rossini, errante entre Pise et la cité pontificale, entre Florence et surtout Bologne, où il trouve une nouvelle vie, affective et sociale et intellectuelle. Avant de finir ses jours au pied du Vésuve…

         Si laid (du moins le pensait-il), presque nain, horrifié par son corps difforme, il ne se lavait guère, sentait le renard, et ne pouvait qu’être amoureux sans l’ombre d’une réciprocité. Mieux valait que ces égéries ne connaissent pas ses sentiments, partagés entre sensualité refrénée et idéalisation. L’amour, ou plutôt « un désir angoissé », une « autoexaltation amoureuse [qui] devint désespérance », le saisit à la vue de Gertrude Cassi, avant de se tourner vers « la femme qu’on ne trouve point ». Le poème « À sa dame », est un hymne à l’impossible beauté platonicienne qui ne console point dans « la nuit du siècle[6] ». Plus tard, il aima Fanny, qui devint l’Aspasie de ses Chants. Mort plus vierge qu’une hostie, il connut cependant les joies de l’amitié, surtout épistolaires, cependant fort exaltées. Ranieri, en effet, de quatre ans son cadet, admirait son génie, au point de veiller son agonie et de se charger de faire connaître, de manière posthume, son œuvre à l’Italie. Car, de son vivant, il n’avait publié que ses poèmes, Canzone et Canti, A Silvia, Il pensiero dominante (les deux derniers étant respectivement un hommage à une jeune fille morte de tuberculose et une exaltation de l’amour) ainsi que deux textes autobiographiques. Les essais virent peu à peu le jour, comme le Discours d’un italien sur la poésie romantique, et surtout les Petites œuvres morales, qui compte quelques dialogues philosophiques, perles de fantaisie et d’humour irrévérencieux envers la mythologie, dont avec un Christophe Colomb renaissant de ses cendres, avec des gnomes, démons et autres morts, puis un curieux « Eloge des oiseaux ». Qu’il termine avec cet émouvant souhait : « j’aimerais un moment être changé en oiseau pour connaître la jouissance et la joie de leur vie[7] ». Ajoutons qu’il fait dire au « démon » du Tasse ce qui le résume absolument : « Ainsi, entre le rêve et les fantasmes, tu passeras ta vie ; et sans autre profit que la consumer[8] ».

        S’il est un écrivain analytique avec le Journal du premier amour, il est aussi un théoricien du romantisme avec le Discours d’un Italien sur la poésie romantique dans lequel il fait l’éloge de la nature, de l’imagination et de la substance de la beauté, pour cependant préférer radicalement celle des anciens et céder à la nostalgie de l’âge d’or des nymphes et du temps de Brutus dans ses Chants. Il fustige les modernes qui cherchent « le renom immortel que ceux-ci n’obtiendront jamais, qui échut aux artistes italiens, latins et grecs, mais n’appartiendra jamais aux romantiques, aux sentimentaux, aux orientaux, ni à aucun tenant de l’engeance moderne[9] ». Certes, l’on peut arguer de sa méconnaissance de nombreux poètes romantiques allemands et anglais… En septembre 1821, Leopardi notait : « Mon passage de l’érudition au beau, ne fut pas instantané, mais progressif ». De « la belle littérature » à « la philosophie[10] », il s’agit d’une transmutation de la connaissance en beauté philosophique, en une démarche résolument classique. Pourtant, le voici soudain romantique, lorsqu’il écrit son plus célèbre poème, « L’infini » : « Ainsi par cette / Immensité ma pensée s’engloutit : / Et dans ces eaux il m’est doux de sombrer.[11] » Alors, nous confie Citati, il est le « poète moderne, c’est-à-dire sentimental et mélancolique », confronté à « la dramatique contradiction entre la raison et la poésie ». Mais aussi au Massacre des illusions, pour reprendre un de ses titres.

 

 

      Ni flou, ni niaiserie dans l’analyse de Citati. C’est à propos de la Correspondance, en particulier avec Pietro Giordani, qu’il note : « il inventa une nouvelle langue du cœur. La fureur, le désespoir, l’amour, la tendresse, la noblesse et la grandeur du ton, la profondeur des passions, la concentration, le don pour l’aphorisme, la fluidité familière, les figures rhétoriques, les soudaines et suaves détentes, l’expression physique des sentiments, créent un texte qui n’a pas de précédent dans la littérature italienne, ou peut-être seulement dans les lettres du Tasse. » Celui qui « avait l’âme ouverte, mobile, chaude, vive », est sans conteste l’objet de l’amour-amitié de son biographe, attentif à son romantisme terriblement mélancolique autant qu’à son universalité.

        Tour à tour, Pietro Citati se fait critique biographique, lorsqu’il commente les passages autobiographiques du Zibaldone, transparents malgré « le « jeune homme sans nom » ; critique comparatiste lorsqu’il associe « Les Souvenances » à Proust ; critique thématique et poétique (même si parfois ses commentaires des poèmes, comme « Le passereau solitaire », confinent à la paraphrase) lorsqu’il s’intéresse aux éléments, par exemple au motif de cette lune qui, dans les vers du poète « comprend peut-être cette vie terrestre ». Cette vie trop tôt fauchée, à trente-neuf ans : « C’est là le sort du peuple des mortels ? / À peine parut le vrai / Que tu tombas, fragile[12] »…

         Prince des biographes, Pietro Citati ne se contente au grand jamais d’une sèche narration factuelle -où l’on se doute d’ailleurs que la traductrice a mis tout son soin. Plutôt qu’un homme dans son siècle, il nous ouvre « un système solaire de personnalités ». N’omettant pas de dire « je » en son essai, il fait de son lecteur un complice dans ce qui ressemble à une enquête sentimentale autant qu’intellectuelle, comme si Pietro Citati était un Sherlock Holmes de la biographie, mâtiné d’un poète de la sensibilité morale, sans oublier le commentateur érudit de l’oeuvre. Lit-on Leopardi en France ? Tellement peu… Il est pourtant, avec Dante et Pétrarque, considéré par les Italiens comme l’un parmi leur triumvirat de poètes incontournables. Il faut espérer que le volume, à la fois encyclopédique et si doué d’humanité, de Pietro Citati, puisse ouvrir la précieuse porte qui mène à la connaissance d’un immense lyrique, malgré la brièveté de ses vers, et d’un diariste, épistolier et essayiste aux monstrueux talents, déchiré entre une vie brève et maladive, entre un romantisme fiévreux et un classicisme intemporel.

 

 

      Une « passion chaste » ; c’est ainsi qu'en son Noir souci René de Ceccatty peut qualifier ce lien entre le poète italien du XIX° Giacomo Leopardi et son ami Antonio Ranieri qui lui survécut assez longtemps pour permettre la publication de ses œuvres complètes. Resté vierge et laid, l’intellectuel romantique du Zibaldone, ce monstrueux journal d’essayiste aux aphorismes puissants, était-il capable d’amour homosexuel ? Non, répond avec autant de perspicacité que de pudeur René de Ceccatty, évoquant son mépris pour les passions charnelles masculines de l’antiquité. Leopardi, nain bossu et maladif, dont la vie fut fort brève formait un couple détonnant avec son jeune ami blond, aussi beau que séducteur avec les femmes. « L’attrait pour l’intelligence » l’incite alors à renoncer à ces dernières et à se consacrer au « noir souci » du poète philosophe autant que tyrannique ami. Ranieri, fidèle soutien et intellectuel cultivé, eut, lui aussi, à souffrir de la censure, pour son roman Ginevra. Le romancier n’aura pas la gloire météorique de Léopardi, mais le respect fasciné de notre écrivain narrateur qui, à sa manière, se fait l’ami posthume de ces deux figures incroyables de la littérature italienne. Son livre en forme de double hommage est aussi une réflexion sur ses proches recherches, une sorte de journal de travail personnel en même temps qu’un discret autoportrait. Il n’en reste pas moins que René de Ceccatty sait s’effacer devant son prestigieux et mystérieux modèle, qu’il compare parfois à Barthes pour ses « biographèmes ». Cette investigation attentive où le « je » de l’auteur s’interpose et prend sa responsabilité complice et affective, convoquant ses rêves, ses amours, ses livres, est à la lisière du récit, de l’essai, voire du vaste poème en prose. Sinon de l’autofiction, où d’aucuns verraient un désordre élégant au service du génie inquiet et éphémère que fut l’auteur des Chants. Ainsi René de Ceccatty nous invite à goûter l’intelligent poison de la mélancolie que distille un Zibaldone fascinant.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Giacomo Leopardi : Zibaldone, Allia, 2003, traduit par Bertrand Schefer, p 1377.

[3] Giacomo Leopardi : Zibaldone, ibidem, p 536.

[4] Giacomo Leopardi : Zibaldone, ibidem, p 1107.

[5] Giacomo Leopardi : Zibaldone, ibidem, p 507.

[6] Giacomo Leopardi : Chants, traduits par Michel Orcel, Aubier, 1995, p 133.

[7] Giacomo Leopardi : Dix petites pièces philosophiques, traduit par Michel Orcel, Le Temps qu’il fait, 1985, p 105.

[8] Giacomo Leopardi : Dix petites pièces philosophiques, ibidem, p 53.

[9] Giacomo Leopardi : Discours d’un Italien sur la poésie romantique, Allia, 1995, p 138.

[10] Giacomo Leopardi : Zibaldone, ibidem, p 816.

[11] Giacomo Leopardi : Chants, Ibidem, p 103.

[12] Giacomo Leopardi : « À Silvia », Chants, Ibidem, p 155.

 

Photo : T. Guinhut.

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24 décembre 2014 3 24 /12 /décembre /2014 12:48

 

Fénelon : Abrégé de la vie des plus illustres philosophes de l'Antiquité,

par Diogène Laërce, David, 1822.

Constantin Castéra : Le Livre de Diogène le cynique, À l'enseigne du Pot cassé, 1950.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Diogène, chien cynique 

 

ou apôtre de la vertu et de la décroissance ?

 

Prélude au catalogue des animaux philosophiques.

 

 

 

 

 

 

Diogène le Cynique : Fragments inédits, préfacé par Michel Onfray,

traduit de l’anglais et commenté par Adeline Baldacchino, Autrement, 176 p, 13 €.

 

Michel Onfray : Bestiaire nietzschéen. Les animaux philosophiques, Galilée, 82 p, 14 €.

 

Diogène et les cyniques ou la liberté dans la vie simple :

présenté par Etienne Helmer, Le Passager clandestin, 112 p, 8 €.

 

 

 

 

      Peu d’animaux sont philosophes, sauf les cyniques. Surtout Diogène, cet anti-Platon, qui aboie contre les vices, contre le luxe ; et ne consent qu’à vivre à la dure, sans la moindre pudeur, presque nu, se masturbant en public, dormant dans le tonneau -plus exactement la jarre- qu’il pousse devant lui. Une saine pensée vertueuse, une pensée conforme aux thuriféraires actuels de la décroissance ? Deux ouvrages, tombés du tonneau des Danaïdes de l’actualité éditoriale, ramènent au jour la pensée sans indulgence du franc râleur de l’Antiquité : surprenants Fragments inédits et réunion exhaustive de ce que les Grecs anciens ont conservé de l’intempestive pensée du plus célèbre des cyniques. Prélude au catalogue des animaux philosophiques, le canidé grec est tenu en laisse par Michel Onfray, au voisinage de son Bestiaire nietzschéen.

 

        Le chien aurait laissé des inédits ? Le titre laisse d’abord incrédule : aurait-on nouvellement découvert dans une urne grecque, ou dans les sables de la bibliothèque d’Alexandrie, quelque papyrus retraçant ses dialogues, traités et tragédies disparus ? En fait non. Aussi incroyable que cela puisse paraître, ces fragments ou aphorismes de Diogène, longtemps oubliés, dont l’original grec est perdu, avaient été traduits en arabe, puis en anglais par Dimitri Gutas dans son volume intitulé Greek philosophers in the Arabic tradition. Comparant les textes grecs déjà connus, ceux arabes et la version anglaise, Adeline Baldacchino se fait à son tour traductrice de ces inédits, sans oublier de nous offrir une présentation bien documentée. Ainsi Diogène de Sinope renait de ses cendres, éteintes depuis le temps d’Alexandre, au IVème siècle avant Jésus-Christ, avec une insolence ravivée.

        Pourquoi « le cynique » ? Parce que c’est un chien qui mord les méchants. Kunos, en grec, est en effet le nom de cet animal. C’est ainsi qu’il se justifie : « Parce que j’affronte le mal et les hypocrites avec la vérité et que je leur dis la vérité sur eux-mêmes, et parce que j’agite ma queue devant les gens de bien et grogne devant les gens mauvais ». Cet usage de la vérité, devant les puissants et la doxa, est aussi rafraichissant que dangereux. Voilà un philosophe qui, depuis sa niche, sait mordre pour veiller sur son seul maître : la morale juste. Ce qui ne l’empêche pas de prendre de la hauteur : « Le juge prononce des sentences sur les hommes, alors que le philosophe prononce des sentences sur les juges ; la philosophie est par conséquent plus puissante et supérieure. » Certes ces quelques fragments n’ajoutent rien de fondamental à la connaissance que nous avions du philosophe, mais ils sont le mérite, outre leur précision caustique, d’ajouter à notre plaisir de lecteur moraliste et d’historien de la pensée.

       Certes un lecteur d’aujourd’hui pourra se trouver mal devant le Diogène machiste qui accable la femme, qualifiée de « tromperie et perte », quoiqu’il prêchât l’égalité des sexes. Voire préférer s’abstenir de la préface, présentant ces Fragments inédits, un brin péremptoire et à l’emporte-pièce de Michel Onfray qui se targue d’être supérieur aux « fonctionnaires de la recherche », de préférer Diogène à « Lucrèce, Montaigne et Nietzsche », rien de moins ! Glorifiant le prototype antique du politiquement incorrect, il regrette (et nous avec lui) la disparition de son traité intitulé La République, dans lequel sont abolis esclavage (ouf !) et propriété privée (aïe !), « dans lequel il fait l’éloge de la licence sexuelle, de l’inceste, du meurtre de ses parents, du cannibalisme… » Diogène, en son anti-cité, aurait-il été un précurseur de Sade ? Notre estime pour lui, qui n’était pourtant pas béate d’admiration, en prend un sérieux coup. Sauvons cependant un beau trait d’esprit de Michel Onfray, préfacier à tout faire, lorsqu’il conclut, en notant que ces inédits ont été sauvés par un traducteur arabe : « Ce détour par l’Arabie invite moins à islamiser Diogène qu’à diogéniser l’islam »…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     De là à dire que Diogène est le plus emblématique des « animaux philosophiques », il n’y a qu’un pas ; au point que Michel Onfray aurait pu ajouter avec lui un appendice à son Bestiaire nietzschéen. En effet, « Jadis / dans sa cave / Zarathoustra / Avait des chiens / Sauvages et hurleurs / Libres et forts / Puissants et magnifiques. / Aujourd’hui / Il les a transformés en oiseaux / Puis il les a libérés. » Il eût été bon que pareille métamorphose arrivât à notre professionnel du cynisme… L’irrévérence critique de Nietzsche a-t-elle quelque chose de Diogène, fouillant des motivations moins avouables sous les bons sentiments ?

         En une trentaine de poèmes en vers libres (et non « en prose », comme l’affirme bien faussement la quatrième de couverture), Michel Onfray énumère ces compagnons symboliques de Nietzsche -et surtout de Zarathoustra- en les classant entre « bêtes humaines » et « bêtes surhumaines ». Les premières sont celles de l’humanité vicieuse et malheureuse : le buffle est veule, l’âne « enveloppe toutes ses vertus de gris » et « crée le monde à son image / Autrement dit / Aussi bête que possible », le chameau est servile car « Il exige la souffrance », le cochon est « volupté impure », la tarentule est le monstre « du ressentiment », car elle « prêche l’égalité », ce en quoi brille une perspicacité redoutable. Quant au chat, il est hélas chargé d’une bordée de vices. Heureusement les secondes sont le dépassement des premières : l’aigle jouit d’une sérénité solaire, les colombes sont la paix de l’âme, le lion est la volonté, enroulé sur lui-même, le serpent est l’éternel retour du même, ce mythe qui n’est pas la meilleure conquête du philosophe de Sils-Maria.

         Comme autant de petites fables aux qualités inégales, mais à la limite parfois du koan zen, Michel Onfray distille en ses animaux un talent inattendu. L’agneau sacrifié, cuisiné « de sauge » et d’ « énigmes », sert « à nourrir le philosophe / À l’estomac d’oiseau ». S’il n’a commis qu’une modeste réécriture d’oiseau, Michel Onfray s’est autant amusé qu’il amuse son lecteur, ainsi efficacement initié à la philosophie de Nietzsche[1]. Quand ce dernier est un aigle, quel animal est donc Michel Onfray ? Paon philosophique ou chouette de Minerve ?

       L’animal Diogène était-il un « Précurseur de la décroissance » ? Ce pour reprendre le nom de la collection publiée par les éditions du Passager clandestin. Certes, notre philosophe pour le moins bourru parait pouvoir, non sans un brin d’abus, être enrôlé sous la bannière idéologique, verte, trop verte, des écologistes, qui prônent la décroissance des activités humaines, forcément polluantes et destructrices, non durables et antinaturelles, des activités de ces chiens de capitalistes dont le cynisme est sans discernement condamné par ce gauchisme rouge qui croit se refaire une conscience en verdissant. « Une croissance infinie de la production et de la consommation matérielles ne saurait être tenable dans un monde fini », annonce le prêt à penser de la collection. Derrière l’apparence inéluctable de l’antithèse se cache une argumentation spécieuse : un, loin de décroître, une stabilisation devrait suffire ; deux, la population achève de croître en de nombreux pays jusqu’à une transition démocratique bientôt universelle ; trois, de nouvelles technologies rendent sans cesse obsolètes les modes de production et de consommations gourmands en ressources non renouvelables, voire épuisées ; quatre, l’humanité peut savoir rendre à la nature une vaste part de son intégrité, sinon toute. Enfin, quiconque veut s’adonner à la décroissance reste libre de le faire, à condition de ne pas l’imposer à autrui, en une doxa écologique bientôt totalitaire…

         Se priver de tout, jusqu’à son écuelle car les chiens lapent à même le sol ou la main, est-ce un cycle vertueux, anti-technologique et respectueux de la supposée pureté originelle de la nature ? À moins que Diogène, plutôt que sage dissident, ne soit qu’un vieux machin, un râleur antisystème, quel qu’il soit, donc sans le discernement nécessaire à la vertu politique. Rétorquer à la venue d’Alexandre « Ôte-toi de mon soleil », à rebours de la provocation contre la tentation de l’orgueil et de la saine pensée selon laquelle le roi est toujours nu, peut être compris comme un dommageable refus de penser le politique.

          Reste qu’Etienne Helmer, présentant son anti-festif héros comme le modèle de « la liberté dans la vie simple », de la « pauvreté volontaire », autarcique et frugale, et plus encore du « respect de la dignité humaine et de l’égalité », est un essayiste spécieux, tant la dignité humaine ne peut souffrir des inégalités si elles sont judicieuses et méritées, si elles contribuent, par leurs services rendus au développement, aux libertés individuelles… Or, il a le mérite insigne d’être un préfacier fort informé, voire érudit, avant de rassembler en ce petit volume les textes épars du chien. C’est en effet grâce aux Vies et doctrines des philosophes de l’Antiquité, par Diogène Laërce, écrit au IIIème siècle de notre ère, et dans une moindre mesure à l’empereur romain Julien ainsi qu’au Grec Lucien de Samosate, que nous conservons les bribes de la pensée du maître en chienneries.

        «  L’été, il se roulait dans le sable brûlant, et l’hiver, il tenait embrassées des statues couvertes de neige ». Après avoir falsifié la monnaie de Sinope, il cherche le bonheur de la vie simple, armé de son bâton et de ses bons mots pour frapper les consciences, quoique non sans orgueil (selon Platon). Ainsi, il s’étonnait que « les musiciens accordent avec soin les cordes de leur lyre, mais laissent désaccordées les habitudes de leur âme » ; il admirait « les esclaves qui, voyant leurs maîtres manger avec avidité, ne dérobaient pas une partie des mets ». Mieux, ou pire si l’on veut, « conduit dans une maison somptueuse par quelqu’un qui lui défendit de cracher, il lui cracha au visage en disant qu’il n’avait pas trouvé de meilleur endroit ». Pédagogue, il l’était à sa manière, rude, ou plus bienveillante : « Voyant un jeune homme s’appliquer à la philosophie, il lui dit : C’est bien de détourner la beauté de ton corps vers la beauté de ton âme. » Hélas, « il négligeait la musique, la géométrie, l’astronomie, et les autres sciences de ce genre, sous prétexte qu’elles ne sont ni utiles, ni nécessaires ». Hélas, selon Lucien, il regardait « le luxe comme un vice ».

 

        Prenons enfin nos distances avec ce cynique apôtre de la vertu et de la décroissance, avec toute cette « Eloquence digne des chiens ». Car, rappelle Erasme, cette formule d’Appius « est devenu, chez les érudits, un adage destiné à ceux qui appliquaient leur étude de l’éloquence à la calomnie ; ils ont reçu leur épithète des aboiements des chiens, car la lettre « r » qui est à l’initiale du mot rixando [en se bagarrant] est appelée lettre de chien »[2]. Diogène n’a-t-il pas calomnié le luxe ? S’il est forcément opposé aux cyniques d’aujourd’hui (sans compter que le cynisme est toujours celui de l’autre), on peut supputer qu’il se serait fortement opposé à tous ses commentateurs (y compris le modeste auteur de cet article). Or, reprend Diogène, non sans contradiction avec lui-même, « tout ce qui est en excès est désirable, sauf l’excès de parole ».

 

Thierry Guinhut

La partie sur les Fragments inédits a été publiée dans Le Matricule des anges, octobre 2014

Une vie d'écriture et de photographie

 

 


[2] Erasme : Adages, 1334, Les Belles Lettres, 2011, volume II, p 234.

 

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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 16:03

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Montagne Noire :

 

Journal de marche, photographies

 

et triptyques géographiques.

 

 

Thierry Guinhut : Montagne Noire,

 Presses du Languedoc, 1991, 98 p, 185 F.

 

 

 

 

 

          Entre Tarn et Aude, la Montagne Noire doit son nom à sa sombre couverture forestière. La beauté farouche et contrastée de ces versants atlantique et méditerranéen fascine et inquiète le voyageur qui, au hasard de sa promenade, découvrira des lieux tels que le Gouffre de Malamort, le bois du Trou Obscur, le Désert de Saint-Ferréol, la forêt de Crabemorte, l’Embut de Polyphème et autre moulin du Purgatoire…

        Thierry Guinhut, marcheur infatigable, nous révèle des itinéraires documentés et inédits à travers cette terre singulière où errance et contemplation favorisent le voyage initiatique. Ainsi se déploie sous nos yeux une montagne témoin et à l’écart du monde contemporain, une montagne métaphysique.

         L’auteur nous livre son journal de bord, proposant, grâce à des triptyques géographiques, une autre approche de l’espace, et une exploration en soixante-trois photographies en couleurs pour nous conduire sur les sentiers de la Montagne Noire et dans ses villes et villages découverts aux débouchés de routes solitaires. Ainsi s’ouvre une voie nouvelle de connaissance et de figuration du paysage. L’artiste ne prétend pas épuiser un espace, mais, à travers une marche-démarche, à travers un acte de regard contemporain, inviter le lecteur spectateur à initier sa propre aventure, nouvel accès à la Montagne Noire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Caunan-Engelis, Labruguière, Tarn.      Photos : T. Guinhut.      Forêt de Montaud, Labruguière, Tarn.

 

 

   Février 1990

            Bientôt j’en eus assez de broyer un beau noir sur mes palettes cartonnées…

          Pendant sept heures, des trains successifs, pluie battante, bruine, grand beau peu à peu, m’amenèrent au pied de la montagne, dans ces villes, Aussillon, Mazamet, où des réunions de travail me laissèrent tout juste le temps furtif de de lever les yeux au travers des fenêtres vers des fragments urbains  dominés par de hauts contreforts boisés gris-roux.

 

   8 février

          Aussillon-village. Sous un ciel semi-couvert à couvert (comme un crépuscule sombre à dix heures du matin) dans une étroite et courte vallée, une usine de délainage semble, malgré sa cheminée muette au-dessus des branches, encore en activité. Dans une lumière couleur d’ardoise, un relent putride et salé monte d’un tas de déchets de peaux de moutons délainées dont on distingue le souple pointu des oreilles.

         Montée sous les châtaigniers, les hêtres, les chatons de noisetiers balancés comme au mouvement du marcheur. Je pousse un cri dans la montagne… Un de ces coups de poumons qui mènent le marcheur jusqu’au col… Bougre ! la suée… Au-delà du lac des Montagnès, la masse étalée du Pic de Nore. Grise, violette, noir et vert-sapin. Menant au sommet, la nécessaire et logue ascèse de la montée par le noir des sapinières. Je veux savoir pourquoi la montagne est « noire », pourquoi au-dessus du noir le sommet…

 

Photo : T. Guinhut.

 

          Puis, par à-coups, en voiture, transporté en des endroits divers. Le Roc du Bougre (où de méchants bougres médiévaux guettaient, dit-on le voyageur) et ses jardinets de jonquilles au flanc des abrupts schisteux, la porte peinte aux couleurs vives du Cabardès derrière l’église de Miraval, le roulement sombre des boules de nuées sur glacis de gris au-dessus de la ruine et du cimetière de Saint-Julien. Derrière un tombeau de marbre, une montagne de non-paysage, la mastaba des débris de mine de Salsigne. Cuivre, arsenic, or surtout dont les réserves s’épuisent, semant chômage et inquiétudes dans l’économie locale. L’or sent ici le noir de la terre, les fissures enfouies, les bancs de quartz aveugles. Je serais assez fou pour aller perdre un moment de ma vie, sinon ma vie, à gratter entre mes ongles, remué par le roulement de camions, menacé d’ensevelissement sous un sale éboulement, un minable et introuvable déchet aurifère.

          Marchant sous Pradelles-Cabardès, la montagne avait la tête sous un sac pour assister au crépuscule. Buées charbonneuses et mobiles… Il allait se passer quelque chose… Foutre, voilà la lumière, m’écriai-je, avisant un torchon mal lavé de ciel bleu, aussitôt balayé sous le couvert d’une noire roustée passée à la montagne. Au sortir du hameau des Jouys, une lourde bruine nocturne se mit à graisser ce qu’il restait de la haute vallée de l’Arnette. Dans l’invisible, dans le noir enfin, j’atteignis l’hôtel du Pic de Nore.

 

Montagne-Noire-OK.jpg

 

   13 février

          Au matin, une pluie massive continuait à ennoyer la montagne… Hier, au plus haut de ma marche interrompue, il m’avait semblé voir quelques gouttes s’alléger, virevolter… Au Pic de Nore, en effet, il avait neigé en effet, me dit-on. Je montais en voiture, le long de l’Arnette furieuse et grosse, contournant par vallées et cols secondaires un arbre tombé au travers de la route, rêvant d’accéder au blanc pur du sommet, au-dessus d’une masse crachineuse tombée. Hélas, dans le gris court du brouillard, une mince couche ne faisait que mollir là-haut sous une pluie tiède, les troncs noirs de la hêtraie nord se tortillaient contre un blanc conspué de poussières d’écorces, troué de taches pluvieuses.

          Il ne me restait plus qu’à descendre en versant méditerranéen, espérer là-bas une accalmie des pluies, manger la soupe à l’auberge de Lastours, devant trois murs de cartes postales du monde entier, accumulées par dizaines au carré. Dehors, il pleuvait dru.

         Comment, être là, au pied des tours cathares tronquées par le devers de la paroi, par l’averse, et ne pas être touché par la lumière des Parfaits !

 

Saussenac, La Livinère, Hérault. Photo : T. Guinhut.

 

           Le repas achevé, je me décidai néanmoins. Je dus m’abriter un quart d’heure dans un renfoncement de quartz grisé avant de reprendre sous un indulgent crachin. Et, quittant la route, posant mes pas dans les gradins aigus et mal assurés de la garrigue calcaire, une accalmie se fit, une lueur s’ouvrit. Je vis défiler, de blocs d’ombre en rais de lumière, contre un ciel déchiré, les tours Quertigneux, Fleur d’Epine, Régine et Cabaret, sur leur étroit piton. Me hissant entre les ruines, j’étais fou de lumière, comme ici les Cathares avaient pu être fous de leur Dieu, brassant en tous sens mon appareil photo, captant, maladroit, une révélation de lumière, non pour me dissoudre en Dieu par elle, mais pour me construire et m’élever en forme et en espace, ce dont l’image ne serait qu’un mince témoignage et la voie dynamique. Air et lumière, un tel vent pour me soulever, m’emporter le long de l’aspiration vers le haut impulsée par les tours, me souffler vers une  crête, un ciel autre…

          Puis, quelque chose se ferma dans la montagne, un capuchon de pluie couvrit la lumière ; je marchais vers Les-Ilhes sous un glauque après-midi, regagnant Mazamet nord et noir…

        En nuit, je songeais à ces Cathares intolérés, rasés au XIIIème siècle de la surface du Languedoc pour avoir aspiré à un Dieu parfait à leur gré. Mais comme ces « Parfaits », vêtus de noir, marcheurs eux aussi, trop « parfaits » pour supporter ce qu’autre ils nommeraient « imperfection », comme ces « hérétiques » sonnent comme « fanatiques »… Comme ma perfection, du moins ces essais dans le voir et le faire, qui n’est ni déiste, ni dualiste en séparant si arbitrairement le monde en bien et en mal, ni méprisante du corps et de ses œuvres terrestres, qu’ils auraient imputés au diable, leur semblerait impure ! J’aime ici l’alternance et le mêlé indémêlable du noir et du blanc ; et même si, non sans humanisme, je ne suis certes pas thuriféraire du mal, bien malin qui saura séparer le blanc du noir. Une Montagne Noire passée toute entière au blanc -au-delà même de l’enneigement, car il resterait l’ombre- serait mort des couleurs, disparition, hors-être…

 

 

Photo : T. Guinhut.

 

   8 avril

       Depuis Labastide-Rouairoux, ses fabriques et filatures dominées par le premier vert tendre des châtaigniers, j’abordais la frange est de la Montagne Noire. Aux Verreries-de-Moussans dont le nom dit l’activité des verriers jusqu’au XVIIIème siècle, au-dessus d’une maison peinte en rouge-vif, bleu-roi et safran, le ciel écharpe ses dernières vapeurs matinales. Passage en versant méditerranéen au col de Serrières, cerisiers en fleurs et chênes verts dans la descente. Soudain, une image de terroir convenue : un berger et ses moutons auprès d’une chapelle à crépi rose à Cassagnoles. C’était pourtant là, comme par miracle, ou comme arrangé d’avance pour l’image et le symbole. Symbole usé cependant, le berger menant son troupeau vers l’église-mère, derrière les vignes du Seigneur, vie impensable aujourd’hui, fausse Arcadie où ce berger aussi était, bouffant des châtaignes trois cent-soixante jours l’an.

 

Photo : T. Guinhut.

 

          Sur les fondations arasées d’un rocher ocre, une garrigue éclatante de soleil, lavandes et genets en fleurs à Saint-Julien-des-Molières, puis un vignoble épousant les formes possibles entre les rocs calcaires à Saussenac. Je me défaisais de toute pensée, tout entier usurpé par cette fête du regard, la lumière seule dépliait, révélait le paysage entier, je ne savais que voir, m’étourdir, me cantonner et me dire avec le voir, dire par le cadre justement parfait de ma photographie, étonnement et jubilation de voir, voir jusqu’à la vision, jusqu’à je suis la forme qui est là, que je découpe et dispose là… Un instant, je suis en moi cet équilibre et cette beauté auxquels le paysage et mon geste de vision m’ont permis de parvenir. Face et versant or méditerranéen après le noir et vert du nord atlantique, fragments encore des bonheurs visibles du paysage, parce que conservé-délaissé, paysage-musée peut-être… Paysage que je construisais par la photographie, image artificielle, par la rigueur, l’équilibre et la complétude de ses éléments.

         À Notre-Dame-du-Cros, je m’insinue dans un canyon miniature et retiré, intouché du monde, marbre buriné, gouge et ciseau des eaux, poli jusqu’à ses veines roses. Plus haut, un coin de roc gris-bleu pris dans la mortaise des parois, ferme le ruisseau asséché. Dans le même marbre, taillé en obélisque sur la place de Caunes-Minervois, une phrase, incisée au-dessus d’une bouche à eau, dit combien le temps s’enfuit. Combien en Montagne Noire le paysage est prodigue en inscriptions, nominations, injonctions humaines et métaphysiques…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Photo : T. Guinhut.

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Bibliothèques vaticane et militaires

Masques et théâtre en éditions rares

De Saint-Jérôme au contemporain

Haine de la littérature et de la culture

Rabie : La Bibliothèque enchantée

Bibliothèques du monde, or des manuscrits

Du papyrus à Google-books : Darnton, Eco

Bibliothèques perdues et fictionnelles

Livres perdus : Straten,  Schlanger, Olender

Bibliophilie rare : Géants et nains

Manguel ; Uniques fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Blake

Chesterton, Jordis : William Blake ou l’infini

Le Mariage du ciel et de l’enfer

 

 

 

 

 

 

Blasphème

Eloge du blasphème : Thomas-d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

 

 

 

 

 

 

Blog

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

 

 

 

 

 

 

Bloom

Amour, amitié et culture générale

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

 

 

 

 

 

 

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Les parenthèses du chien romantique

Poète métaphysique et romancier politique

 

 

 

 

 

 

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borel

Pétrus Borel lycanthrope du romantisme noir

 

 

 

 

 

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Géographies des bibliothèques enchantées

Poèmes d’amour, une anthologie

 

 

 

 

 

 

 

Bounine

Coup de soleil, nouvelles élégiaques

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Brésil

Poésie, arts primitifs et populaires du Brésil

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

 

Brume et brouillard

Science, littérature et art du brouillard

 

 

 

 

 

 

Burgess

Folle semence de L'Orange mécanique

 

 

 

 

 

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

 

 

 

 

 

 

 

Canetti

La Langue sauvée de l'autobiographie

 

 

 

 

 

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Carrion

Les orphelins du futur post-nucléaire

Eloges des librairies et des libraires

 

 

 

 

 

 

Cartarescu

La trilogie roumaine d'Orbitor, Solénoïde ; Manea : La Tanière

 

 

 

 

 

 

Cartographie

Atlas des mondes réels et imaginaires

 

 

 

 

 

 

Casanova

Icosameron et Histoire de ma vie

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, Les Luminaires

 

 

 

 

 

 

Cavazzoni

Les Géants imbéciles et autres Idiots

 

 

 

 

 

 

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

 

 

 

 

 

 

Céline

Voyage au bout des pamphlets antisémites

Guerre : l'expressionnisme vainqueur

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

 

Censure et autodafé

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Livres censurés et colères morales

Incendie des livres et des bibliothèques : Polastron, Baez, Steiner, Canetti, Bradbury

Totalitarisme et Renseignement

Pour l'annulation de la cancel culture

 

 

 

 

 

 

Cervantès

Don Quichotte et le problème de la réalité

Don Quichotte par Pietro Citati et Avellaneda

 

 

 

 

 

 

Chesterton

William Blake ou l'infini

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Le Nouveau, rééecriture d'Othello

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Climat

Histoire du climat et idéologie écologiste

Tyrannie écologiste et suicide économique

 

 

 

 

 

 

Coe

Peines politiques anglaises perdues

 

 

 

 

 

 

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Métamorphoses du colonialisme

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Histoire amérindienne

 

 

 

 

 

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

Karl Marx théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

 

 

 

 

 

 

Constant Benjamin

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Corbin

Fraicheur de l'herbe et de la pluie

Histoire du silence et des odeurs

 

 

 

 

 

 

Cosmos

Cosmos de littérature, de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Couleurs
Couleurs de l'Occident : Fischer, Alberti

Couleurs, cochenille, rayures : Pastoureau, Roque, Jarman

Couleurs des monstres politiques

 

 

 

 

 


Crime et délinquance

Jonas T. Bengtsson et Jack Black

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

Dandysme

Brummell, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe

 

 

 

 

 

 

Dante

Traduire et vivre La Divine comédie

Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

Manguel : la curiosité dantesque

 

 

 

 

 

 

Daoud

Meursault contre-enquête, Zabor

Le Peintre dévorant la femme

 

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

 

 

 

 

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Un Tour de France littéraire au XVIII°

 

 

 

 

 

 

 

Daumal

Mont analogue et esprit de l'alpinisme

 

 

 

 

 

 

Defoe

Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

De Luca

Impossible, La Nature exposée

 

 

 

 

 

 

Démocratie

Démocratie libérale versus constructivisme

De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

Descola

Anthropologie des mondes et du visible

 

 

 

 

 

 

Dick

Philip K. Dick : Nouvelles et science-fiction

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

 

 

 

 

 

 

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

Dostoïevski

Dostoïevski par le biographe Joseph Frank

 

 

 

 

 

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie, Ecologismes

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique

Monstrum oecologicum, éolien et nucléaire

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Naomi Klein : anticapitalisme et climat

Biophilia : Wilson, Bartram, Sjöberg

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Emerson : Travaux ; Lane : Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers écoromancier de L'Arbre-monde

Ernest Callenbach : Ecotopia

 

 

 

 

 

 

Editeurs

Eloge de L'Atelier contemporain

Diane de Selliers : Dit du Genji, Shakespeare

Monsieur Toussaint Louverture

Mnémos ou la mémoire du futur

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation idéologique

Haine de la littérature et de la culture

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers d'Asie, Pu Songling, Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Histoire romanesque du franquisme

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Amendements libéraux à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

Impéritie de l'Etat et de la France

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava : Une Singularité nue

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Pessl : La Physique des catastrophes

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

Wright, Ellison, Baldwin, Scott-Heron

 

 

 

 

 

 

Europe

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : tyrannie ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

Morselli Dissipatio, Longo L'Homme vertical

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Christine de Pizan, féministe du Moyen Âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

Herland, Egalie : républiques des femmes

Bernardine Evaristo, Imbolo Mbue

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L'Après littérature

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Flanagan

Livre de Gould et Histoire de la Tasmanie

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

 

 

 

 

 

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Maîtres de vérité, Question anthropologique

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Destin des prisons et angélisme pénal

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

La France de Sloterdijk et Tardif-Perroux

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Maison politique, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte, Vraiment peindre

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Crivelli, Titien, Rothko, Tàpies, Twombly

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

Croisade des enfants, Vies parallèles, Livre des nombres

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inégalités : Rousseau, Marx, Piketty, Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : dénis

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : défis

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Averroès et al-Ghazali

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : Madrigaux & Clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Rires du Japon et bestiaire de Kyosai

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Le Conquérant, Aléa

 

 

 

 

 

 

Knausgaard

Autobiographies scandinaves

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langage politique et informatique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

Mélancolie

Mélancolie de Burton à Földenyi

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Pour l'amour du piano et des compositrices

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe controversé

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

SurVeillance, holocauste, hermaphrodisme

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Censures et Autodafés

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et Format américain

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Panofsky

Iconologie de la Renaissance

 

 

 

 

 

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Dictionnaire khazar, Boite à écriture

 

 

 

 

 

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron

Le tableau comme relique, cri, toucher

Peintures et paysages sublimes

Sonnets des peintres : Crivelli, Titien, Rohtko, Tapiès, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perec

Les Lieux de Georges Perec

 

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Philosophie

Mondialisations, féminisations philosophiques

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Lyrisme, baroque : Riera, Voica, Viallebesset, Schlechter

Poésies verticales et résistances poétiques

Trois vies d'Heinz M, vers libres

 

 

 

 

 

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Générosité, Chambre aux échos, Sidérations

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Ecrivains noirs : Wright, Ellison, Baldwin, Scott Heron

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

 

 

 

 

 

 

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome

Rome de César à Fellini

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

Isaac Babel ou l'écriture rouge

Ludmila Oulitskaia ou l'âme de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Le Guin : La Main gauche de la nuit

Magnason : LoveStar, Kling : Quality Land

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Mnémos ou la mémoire du futur

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

La Tempête, Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Ecrits des camps, Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

Surveillances étatiques et entrepreneuriales

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Spengler

Déclin de l'Occident de Spengler à nos jours

 

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

 

 

 

 

 

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tabucchi

Anges nocturnes, oiseaux, rêves

 

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

 

 

 

 

 

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies

Ernest Callenbach : Ecotopia

Herland parfaite république des femmes

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Culture et littérature contre la Civilisation du spectacle

Rêve du Celte et Temps sauvages

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Venise

Strates vénitiennes et autres canaux d'encre

 

 

 

 

 

 

Vérité

Maîtres de vérité et Vérité nue

 

 

 

 

 

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Lazare, Le ghetto de Varsovie

 

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