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7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 09:15

 

Monasterio Santo Domingo de Silos, Burgos. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Peter Nadas, les Histoires parallèles

 

de la mémoire,

 

ou la mélancolie des sirènes

 

 

 

Peter Nadas : Mélancolie, Chant de sirènes,

traduits du hongrois par Marc Martin, Le Bruit du temps, 2015, 80 p, 15 €, 120 p, 18 €.

 

Peter Nadas : Histoires parallèles,

traduit par Marc Martin, Plon, 2012, 1152 p, 39 €.

 

 

 

      L'Europe centrale aurait-elle accouché de son écrivain proustien ? Les Histoires parallèles du Hongrois Peter Nadas font chanter les sirènes de la mémoire et de la mélancolie. Un roman interminable, parmi une trilogie, fait se heurter des personnages pléthoriques, une pièce de théâtre aux vers homériques jette les sirènes d'Ulysse dans une mer pourrie. Seule une patience angélique paraît idoine pour glisser l’entendement du lecteur en ces chaos lentement structurés. À moins que de plus modestes portes s’ouvrent afin de tenter de l’apprivoiser. Peut-être est-ce ainsi qu’il faut lire cette Mélancolie, médusée devant un tableau de Caspar David Friedrich…

 

      Les Anciens appelaient ekphrasis la description d’une œuvre d’art. L’archétype en est celle du bouclier d’Achille dans l’Iliade[1]. Partagé en deux, ciel chargé de nuées d’une part et roches maritimes de l’autre, le tableau de Caspar David Friedrich, intitulé « Rivage au clair de lune », s’ouvre sur deux infinis. Mélancolie de Peter Nadas semble au premier abord ne vouloir être qu’un exercice de regard. Pourtant sa modestie première, peu à peu, s’enfle en une cosmique dimension, à mi-chemin du poème en prose et de l’essai philosophique.

      Dans l’amas sombre des nuages, l'auteur hongrois voit un visage, une « horrible Gorgone », voire l’autoportrait au fusain « où Caspar David Friedrich campa son regard dément ». Mais aussi le « Protée » homérique, ce « Vieux de la mer[2] », dont l’Odyssée conte la sortie des eaux, friand de métamorphoses et de violences. Ainsi le mince feu de naufragés, ou de pêcheurs, sur un rocher à marée basse, stimule la réflexion métaphysique, entre être et non être. Car « nous sommes des chercheurs d’abri », sur « une route des ténèbres à la lumière et de la lumière aux ténèbres ». Parmi l’espace ordonné et le chaos qui nous entourent, « le point fondamental de la mélancolie est ce retour effectué sur ordre protéen ». Entre expérience et oubli, entre souvenir et imaginaire, le mythe et la culture offrent leur « troisième dimension à l’espace des dimensions de l’existence et de la non existence ». Le rapport qui unit et sépare la peinture et l’écriture dépasse bien évidemment le simple « Ut pictura poesis[3] » d’Horace (« la poésie est comme la peinture »). Lessing est passé par là, constatant en 1763 dans son Laoccon[4], l’irréductibilité des deux arts…

      Mais au-delà du tableau, auquel il trouve plus d’un centre, une autre mélancolie pointe, celle de l’impuissance de l’observateur et du langage : « tout ce qu’on sent, c’est la manière dont on pourrait parler si les mots ne nous manquaient ou ne nous abusaient : tel est le propre de la mélancolie. » Cette dernière, de surcroit, est une « activité », qui « tend à établir des correspondances entre les images de ses sentiments et les concepts de son savoir ». Le lecteur ne sera pas surpris de découvrir que Peter Nadas s’appuie sur le livre fameux de son compatriote Foldenyi, intitulé également Mélancolie[5], quoique abritant un plus vaste et bouillonnant traité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Notre lecteur d’Homère n’en a pas fini avec la mélancolie de Protée et des « dieux des mers », au point qu’il consacre à l’Odyssée une réécriture satirique : Chant de sirènes. Il s’agit là d’une bien étonnante pièce de théâtre, du moins du cinquième et avant-dernier épisode d’un spectacle commandé par le Théâtre de la Rhur, qui, en 2010, avait invité six auteurs de nationalités différentes à œuvrer sur le thème suivant : « Ulysse, de retour à Ithaque, ne reconnaît plus son île natale ». Ce qui aurait pu sembler un pensum académique devient sous la plume de Peter Nadas un drame satirique virulent, un dantesque enfer contemporain.

      Perséphone et Hadès mènent le bal, entre Mères et Fils, entre « mouches à viande grosses comme des chihuahuas », soldats et « blessés à l 'agonie », alors que des trios humains errent sans pouvoir ni communiquer ni exprimer des sentiments, aussitôt moqués par le chœur des Néréides. Sur la mer « polluée par de déchets industriels, / l'aurore aux doigt de rose / point encore » sur les camps de réfugiés, tandis que l'apocalypse de l'Histoire du XXème siècle ravage l'humanité. La pièce culmine avec la victoire immonde des « petits vieux révolutionnaires », Bakounine, « le père à longue barbe des attentats », Robespierre, au moi « enkysté ». « Terroriste », on se voue « à la liberté, fût-ce aux dépens de la liberté ». Ainsi les vieux systèmes totalitaires dévorent l’humanité. Ainsi les fils tuent leur vieux père Ulysse, sans qu'il ait « trouvé le chemin d'Ithaque ». Les dieux homérique approuvent le dénouement de la tragédie : « Tout le monde a faim et le monde est vide, / Dévasté à toutes les sauces. »

      D'une manière plus qu'ironique, l'écho de l'Enfer de Dante a contaminé l'épopée homérique en intégrant les pires génocides de notre temps enfantés par les utopies. L'impressionnante réécriture oscille entre pastiche et parodie. La poésie chante et raille, quand seules les sirènes de la déréliction engluent spectateur et lecteur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      De même, l’Europe déploie et enchevêtre dans les romans de Peter Nadas « les scènes primitives de son passé ». Les mille cent trente pages d'Histoires parallèles sont une pâte feuilletée de personnages, qui évoluent entre la Première Guerre mondiale et les destinées contrariées de l'amour et du sexe. Peter Nadas avoue volontiers avoir eu besoin de dix-huit ans pour patiemment tisser ce roman. Roman-somme entre tous, il agrège le policier et l'épique, le panorama historique, la saga familiale, l'amour charnel et éthéré, l'intime et l'exhibitionnisme. Au point qu'un épisode masturbatoire soit narré avec une gourmandise précieuse, qu'une copulation soit étirée sur quatre jours et cent quarante pages, avec une précision anatomique à la limite de la technicité et de l'extase.

      Une bonne centaine de personnages se croise et se disperse, depuis l'incipit dans le Berlin des années 90 (où  l'on découvre avec Döhring, à l'occasion de la chute du Mur, un mort affalé sur un banc) et la Budapest des années 60. Entretemps et autres motifs en mosaïques, on aura visité un camp de concentration nazi, une enclave homosexuelle sur « l’île Marguerite » au milieu d'un fleuve, des mères névrosées et des familles qui étranglent l'individualité et la liberté, mais aussi l'insurrection hongroise de 1956 qui se souleva contre l'oppression communiste. Ainsi la narration fonctionne comme une débâcle d'îlots en archipels, qui ne permettent que des histoires « parallèles » et inachevées, des confrontations irrésolues : que deviennent par exemple Gyöngyvér et l'homme qui est au lit avec elle, et qui « constatait qu'assassiner le stimulait davantage que faire l'amour », alors qu'ils prennent plaisir à l'ondinisme ? Comment se résoudra le jeu de dupes entre trois anciens camarades de pensionnat qui se sont fait tous les trois espions ?

      Du « Territoire muet » au « Souffle de la liberté », en passant par « le fin fond de la nuit », il n’est pas du tout certain qu’un « Jugement dernier » puisse racheter les meurtres parmi les camps. Là où « le fichier à des fins d’hygiène publique », permet d’asseoir « le système d’épuration raciale », au point que Von der Schuer se prenne à rêver : « ce sont les fichiers de Dieu qu’il nous faudrait ». Hélas pour ceux qui voudraient appeler « L’ange de la vengeance », « sans criminels, leur lutte contre les criminels n’aboutirait pas ». La quête mémorielle de Peter Nadas est un labyrinthe aux sombres lueurs criminelles, sexuelles et difficilement métaphysiques…

 

 

      Une langue sensuelle et minutieuse, un système d'échos complexe, parmi lequel le leitmotiv de la solitude semble central, qu'il s'agisse de celle des amants ou de celle de ces enfants livrés aux expérimentations de biologie raciale nazie, ou encore de Döhring obsédé par le passé trouble de sa famille au cours de l'holocauste, par le « Liebestod » des images insupportables des massacres... Sommes-nous devant un chef-d'œuvre qui nous échappe encore ? Initialement paru en 2005 en Hongrie, ce roman monstre fit alors scandale, autant par sa forme que par l'émulsion d'une sexualité sans fard et du volcanisme mémoriel réveillé. Comme ce que nous nommons chaos faute d'en maîtriser la structure et la logique, probablement ces Histoires parallèles sont-elles le sommet du triptyque composé avec l'également torrentiel Livre des mémoires[6]et le plus modeste et autobiographique récit La Fin d'un roman de famille[7].

 

      Etrange et opiniâtre Peter Nadas... Né en 1942 à Budapest, il vit son œuvre couronnée par le Prix de littérature européenne dès 1995. Comment un aussi petit pays que la Hongrie a-t-elle pu engendrer tant d’écrivains fabuleux depuis un siècle ? Dezsö Kosztolanyi[8], Ferenc et Frigyes Karinthy[9], Imre Kertész[10], Laszlo Krasznahorkai[11]… La puissance de la mélancolie créatrice n’est certainement pas pour rien dans la trajectoire complexe autant que séminale de Peter Nadas. Lui aussi est une sirène fascinante dont le chant romanesque et poétique n’a pas fini de nous hanter…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

                


[1] Homère : Iliade, XVIII, 478-617, Garnier, 1960, p 345-348.

[2] Homère : Odyssée, IV, 386, Garnier, 1960, p 53.

[3] Horace : Art poétique, vers 361, Œuvres, Janet et Cotelle, 1823, p 442.

[4] Lessing : Laocoon, Hermann, 1990.

[6] Peter Nadas : Le Livre des mémoires, Plon, 1998.

[7] Peter Nadas : La Fin d’un roman de famille, Le Bruit du temps, 2014.

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29 mai 2015 5 29 /05 /mai /2015 07:20

 

Lucane cerf-volant, femelle. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Quand les Souris gloussent

et les chauve-souris chantent,

les animaux ont-ils des droits ?

 

 

Karen Shanor & Jagmeet Kanwall : Les Souris gloussent et les chauve-souris chantent,

traduit de l’anglais par Bertrand Fillaudeau, Biophilia, José Corti, 328 p, 21 €.

 

Gary Francione : Introduction aux droits des animaux,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laure Gall,

L’Âge d’Homme, 392 p, 19 €.

 

 

 

      Après ces deux essais nous ne regarderons plus des mêmes yeux, ni n’entendrons des mêmes oreilles, les animaux. Car ils sont des êtres sensibles et doués d’intelligence ; la preuve : Les Souris gloussent et les chauve-souris chantent. Au point qu’il faille se demander avec Gary Francione si les animaux doivent avoir des droits. Ce à quoi il répond, par une affirmation, quoiqu'argumentée, sans détours.

 

      Si « les souris gloussent et les chauve-souris chantent », ce ne sont là que deux modestes exemples parmi tant d’autres, stupéfiants. Le lecteur du duo formé par Karen Shanor & Jagmeet Kanwall pourra s’engager dans une lecture studieuse de cet essai nombreux, ou picorer parmi une bonne centaine de micro-parties, agréablement écrit, à mi-chemin de l’anecdote et de la meilleure vulgarisation scientifique. À moins de se confier à l’index qui va de l’araignée poilue au zèbre, en passant par le corbeau calédonien, « capable d’utiliser trois outils successivement pour se procurer de la nourriture ». Néanmoins, une réelle progression s’impose : « Percevoir », ensuite « Survivre », enfin « Les fréquentations ». Comme parmi l’humanité, entre présence au monde et interaction avec ses congénères et les autres espèces.

      Pêle-mêle, on apprend que « les babouins qui supportent mieux le stress sont ceux qui ont établi des relations sociales stables », que bien des animaux, dont les rêves sont avérés, ont, avantage considérable sur l’homme, « la faculté d’utiliser les champs électriques et magnétiques », qu’il existe un « téléphone pour taupes ». Qui croirait que les mésanges à tête noire ont des cris désignant « une quinzaine de types de prédateurs différents » ? Singes et gorilles dansent et rient, « possèdent leur personnalité propre », savent se mettre « en grève » dans un laboratoire, quand les bonobos pacifiques adoptent des comportements ludiques et sexuels pour lutter contre le stress. « Ainsi des grenouilles qui hibernent en gelant jusqu’aux états de rêve, nivaux d’hibernations, sommeil et songes ne sont que quelques-uns des secrets du monde animal que les humains commencent à démontrer ». Même les mouches ont des émotions… Outre les sonars biologiques des chauve-souris qui intriguent les scientifiques, la préperception animale des tremblements de terre intéresse les sismologues. Mieux encore, Washoe, une chimpanzée, employait « de manière fiable plus de 250 signes ». Koko, une gorille, comprend « plus de 1000 signes dans la langue des signes et plus de 2000 mots d’anglais parlé ». Certains animaux non-humains ont sans nul doute un « sens du moi authentique ».

      Jusqu’aux poissons, ils sont sensibles à Mozart ; un perroquet ne se calmait qu’avec les concertos pour violoncelle d’Haydn. Peut-on dire que le règne animal a parfois meilleur goût que l’humanité ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Quand les animaux ont tant de sensibilité, voire de pensée, ne faut-il pas, avec Gary Francione, se demander s’il est moralement justifiable de les traiter comme des marchandises corvéables et sacrifiables à merci ? En 1789 déjà, le philosophe anglais Jeremy Bentham arguait : « Les Français ont déjà découvert que la noirceur de la peau n'est nullement une raison pour laquelle un être humain devrait être abandonné sans recours au caprice d'un tourmenteur. Il est possible qu’on reconnaisse un jour que le nombre de jambes, la pilosité de la peau, ou la terminaison de l’os sacrum, sont des raisons tout aussi insuffisantes d’abandonner un être sensible au même destin. Quel autre [critère] devrait tracer la ligne infranchissable ? Est-ce la faculté de raisonner, ou peut-être la faculté de discourir ? Mais un cheval ou un chien adulte est, au-delà de toute comparaison, un animal plus raisonnable, mais aussi plus susceptible de relations sociales, qu’un nourrisson d’un jour ou d’une semaine, ou même d'un mois. Mais supposons que la situation ait été différente, qu’en résulterait-il ? La question n'est pas “peuvent-ils raisonner ?”, ni “peuvent-ils parler ?”, mais “peuvent-ils souffrir ?.[1] » S’appuyant alors sur la théorie de la « sentience » venue de Jeremy Bentham, le philosophe américain d’aujourd’hui milite pour un nouvel abolitionnisme : celui de la souffrance animale.

      Car l’humanité tue l’animalité en série. Rien qu’aux Etats-Unis, l’on sacrifie « plus de 8 milliards d’animaux par an pour l’alimentation ». Ce qui amène Gary Francione à dénoncer notre « schizophrénie morale », entre notre amitié pour chiens et chats, chevaux, dauphins et baleines, et notre carnage à l’encontre des porcs, des poules et des bovins. De même, nous négligeons allègrement la souffrance infligée par ces loisirs que sont la pêche et la chasse. Ils sont nos jouets dans les cirques, les rodéos, les arènes, ils sont au mieux étourdis électriquement dans nos abattoirs modernes, au pire égorgés en mode brutal et halal, ils sont nos manteaux, nos chaussures, nos essais de laboratoire… Sensiblerie ? Réalisme ? « Les animaux ont un intérêt moralement significatif à ne pas souffrir », reconnait Francione ; il nous reste alors à devoir « justifier le caractère nécessaire de toute souffrance qui leur serait infligée ». Reconnaissons également que l’argument qui consiste à dire qu’il faut d’abord éradiquer guerres et souffrances humaines ne tient guère.

      Les douleurs animales ont, dit-on, un sens si elles contribuent à alléger et effacer celles des hommes. Pourtant « il existe de considérables éléments empiriques remettant en question l’idée d’une nécessité de l’expérimentation animale pour la santé humaine et qui indiquent que, dans de nombreux cas, l’utilisation des animaux s’est révélé contre-productive ». Exemples à l’appui, notre essayiste montre que l’usage de cellules humaines est bien plus fiable.

      Faut-il alors accorder aux primates et dauphins par exemple, sensément plus proches de l’intellect humain, des droits que vaches, rats de laboratoires et coléoptères n’auraient pas ? Ces derniers peuvent-ils encore être des « biens » détenus par l’homme ou des quantités destructibles pour cause d’absence de lecture anthropocentriste de leur personnalité ?

      L’ouvrage de Gary Francione (paru en 1995), fort documenté, fort clair, est un réquisitoire qui fait froid dans le dos. Ce professeur de droit à l’Université Rutgers, aux Etats-Unis, né en 1954, se présente comme un abolitionniste de l’exploitation animale. Véganiste, il refuse l’utilisation de tout produit venu de ces derniers. Quel droit naturel peut justifier la propriété des animaux aux mains de l’homme ? se demande-t-il. Quelle dignité morale peut protéger celui qui se livre à des actes de cruauté gratuite, de maltraitance injustifiée ? Si le chat joue avec sa petite proie en lui infligeant une affreuse agonie, il le fait en cohérence avec sa nature féline, son instinct. Où réside la cohérence de l’agonie infligée avec la nature intellectuelle, raisonnable et sensible du meilleur de l’homme ? « Il est dès lors immoral de manger de la viande », conclut notre philosophe.

      S’il faut à l’homme, à moins de devenir strictement végétarien, au risque de carences graves, assumer sa condition omnivore, voire carnassière, dans la perspective anthropologique du chasseur-cueilleur, à l’égal de nombreux autres animaux dont la nature impose qu’ils se nourrissent de leurs presque congénères, il n’est pas douteux qu’il doive moralement assurer un minimum d’humanité à cet autre qu’est l’animal lorsqu’il doit - s’il le doit - rejoindre nos assiettes et nos estomacs. Ne devrions-nous pas, ne serait-ce que pour des raisons diététiques, quoique le régime cétogène (viande, graines et fruits) soit anthropologiquement celui qui convienne le mieux à l’être humain, manger un peu moins de viande, et nous abstenir de consommer des jeunes animaux (veaux, agneaux et porcelets) de façon à les laisser jouir d’une bonne part de vie ? Sauf que ces derniers deviendraient une charge pour les agriculteurs et que l’irénisme animalier est une grande fiction, face à la prédation dévoratrice du monde animal. Il est cependant impératif de compter avec une amélioration nécessaire des conditions de détention des animaux d’élevage, plus exactement de bien être, ce qui n’est peut-être pas contradictoire avec une économie de la qualité. Restons cependant bien conscients que cette façon de voir les choses relève d’une préoccupation afférente au bien-être animal (welfarism) et non de la thèse abolitionniste de Gary Francione, qui n’est pas sans prétendre trouver son précédent dans l’abolition américaine de l’esclavage.

 

           Au-delà de la tradition naturaliste de Buffon et de Linné, Karen Shanor & Jagmeet Kanwall volent au secours de la sensibilité des animaux. Car « n’y a-t-il pas aussi des signes d’affection même chez les serpents, le genre le plus malveillant[2] », disait dès l'Antiquité Pline l’Ancien. De ce même argument, Gary Francione, désireux de fonder un nouveau droit fondamental, fait la prémisse de son projet d’amitié totale avec les boules de poils, de plumes, de carapace et d’écailles… Sagesse ou irénisme excessif ? La prochaine fois que nous porterons à notre bouche le fondant d’un magret de canard aux airelles, ne faudrait-il pas avoir aux lèvres au moins une pensée venue de nos brillants auteurs dévoués à la cause animale ?

Thierry Guinhut

La partie sur Les Souris gloussent a été publiée dans Le Matricule des anges, avril 2015

Une vie d'écriture et de photographie

 


[1] Jeremy Bentham : Introduction aux principes de morale et de législation, Vrin, 2011, p 324-325.

[2] Pline l’Ancien : Histoire naturelle, X-XCVI, La Pléiade, Gallimard, 2013, p 514.

 

Charles d’Orbigny : Atlas du Dictionnaire d’Histoire naturelle,

Renard, Martinet & cie, Paris, 1849.

Photo : T. Guinhut.

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 17:59

 

Le regard de Montaigne sur les reliures vélin du XVIIème.

Photo: T. Guinhut.

 

 

 

De la République des Lettres et de Peiresc ;

ou les délices de l’érudition :

Marc Fumaroli et Peter N. Miller

 

 

Marc Fumaroli : La République des Lettres, Gallimard, Bibliothèque des histoires, 494 p, 25 €.

 

Peter N. Miller : L’Europe de Peiresc ; Savoir et vertu au XVIIème siècle,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre-Emmanuel Dauzat, Albin Michel, 386 p, 31 €.

 

 

      Un archipel de lettrés, savants et curieux balise l’ensemble des XVIème et XVIIème siècle européens : « La République des lettres ». À ces rencontres, répond, au seuil de notre XXIème siècle, celle inopinée, pas le moins du monde concertée, de deux précieux volumes de Marc Fumaroli et de Peter N. Miller, qui, de part et d’autre de l’Atlantique, se font écho. Le premier en dressant un tableau mosaïqué de cet intellectuel milieu, le second en peignant le portrait de l’un de ses princes secrets : Claude-Nicolas Fabri de Peiresc (1580-1637).

 

      Qu’est-ce que la « République des Lettres » ? Avant tout un groupe épars d’individus qui de l’Antiquité font une passion raisonnée. De la collection d’objets antiques aux manuscrits et éditions savantes des grands textes, en passant parfois par les cabinets de curiosité, ils font sans cesse leur miel, partageant avec un intense réseau européen de correspondants leurs connaissances et découvertes, leur éthique humaniste, descendant de Pétrarque et passant par Erasme[1]. Ce qui, peu à peu, n’aura guère de peine à féconder l’esprit des Lumières. C’est en 1417, nous apprend Marc Fumaroli, qu’un Vénitien, Francesco Barbaro, inventa l’expression, promise à tous les succès, de « Respublica litterraria ». La même année d’ailleurs, Le Pogge[2] énumérait dans une lettre les découvertes sensationnelles de manuscrits latins parmi les bibliothèques de l’Europe. On sait qu’ainsi il redonna vie au De rerum natura de Lucrèce, aventure par ailleurs contée avec tant de brio par Stephen Greenblatt dans son Quattrocento[3].

      Ces antiquaires, en partageant  leurs découvertes numismatiques, épigraphiques, fomentent une encyclopédie avant l’heure. Archéologie et littératures anciennes trouvent leur exutoire dans une volumineuse correspondance, dans des manuscrits, profitant de surcroit du développement de l’imprimerie, depuis la seconde moitié du XVème siècle. Ils rayonnent autour d’Aldo Manuzio[4], imprimeur à Venise, qui publia des splendeurs inouïes, autour de 1500, dont les Métamorphoses d’Ovide. Son complice Erasme lui-même reprend cette idée d’une « communauté universelle et autonome des lettrés ». Ces derniers correspondent avec Guillaume Budé, grand helléniste français, Thomas More, auteur anglais fameux de l’Utopie. Composant un nouveau Parnasse, ils réunissent De Thou, Boccalini, Vivès…

      Au XVIIème, ils essaiment de Leibniz à Pierre Bayle, dont le Dictionnaire historique et critique[5] fait autorité. Une nouvelle démocratie intellectuelle se vit sous le mode de la tolérance ; où les suffrages « sont estimés non à leur nombre, mais à leur poids », selon Georg Prit. Ainsi John Barclay est l’un de ceux qui s’efforcent de « penser l’Europe ». Visiblement, si Marc Fumaroli légitime les recherches sur l’identité française, tout en réclamant, au-delà de Fernand Braudel[6], une prise en compte de la littérature et des arts, il déplore qu’une telle quête intellectuelle fasse défaut pour l’Europe. Or John Barclay, « prédécesseur de Keyserling », d’ailleurs ami de Peiresc, est une sorte de « Voltaire écossais ». Son Icon animorum, ou Portrait des esprits, parut en 1614 avant d’être traduit en français en 1624. C’est « un acte de foi laïque dans l’harmonie européenne ». Mieux, un « programme de réforme », pour une France « gouvernée par un Etat intelligent et vigoureux », aiguillonnée par la liberté du commerce dont jouit l’Angleterre. Chaque pays européen est ausculté, dans une perspective critique des tyrannies qui n’est pas loin du libéralisme politique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      De « Rhétorique et société en Europe », à « L’émergence des Académies », c’est toute une foisonnante culture qui se lève sous nos yeux grâce à l’écriture limpide et élégante de Marc Fumaroli. Ne faut-il pas alors considérer que l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert, dont nous ne nierons pas l’explosive nouveauté, s’inscrit dans cette tradition sans cesse en marche ? Car peu à peu le « divorce entre Respublica christiana et Respublica litteraria », devient concevable. La « spiritualité de la  bibliothèque » doit se répandre parmi la concorde des beaux esprits réunis, de l’Académie romaine à l’Académie française. Non sans omettre la « diplomatie parallèle des grands lettrés », qui permet de développer et d’étendre l’art de la « conversation », cette « haute vulgarisation ». Ainsi la conversation parisienne se voit devenir européenne. À cet égard, la curiosité de Marc Fumaroli est époustouflante : ne va-t-il pas jusqu’à dévoiler un chapitre du Testament publié en 1648 par Fortin de la Hoguette, sur les vertus de cette conversation, en un concert d’amis d’élection, « où la liberté de jugement est entière »… Plus loin, il ranime les cendres du néoplatonicien Marcile Ficin, puis celles de Venise, cité ouverte jouant un rôle crucial dans la République des Lettres, avant de poursuivre jusqu’au crépuscule des Lumières, quand sur fond de Révolution française et de Terreur, un gentilhomme français, réfugié à Rome, Séroux d’Agincourt, écrit avec patience une Histoire de l’art par les monumens

      De Pétrarque à Juste Lipse, les sources de l’humanisme sont célébrées, quand la tradition des Vies, venue de Plutarque, en passant par Vasari, et consacrée aux hommes d’élection, se heurte à la vulgarité des biographies qui lui ont succédé. Ce qui permet à Marc Fumaroli un coup de griffe acide envers un Sartre qui « passe de l’âme au Moi » et qui se voit brocardé : « ce Protée de confection psychologique s’ajuste à toutes les photos d’identité ». D’où la différence « entre le livre de gare et la littérature ».

      La dimension polémique, au-delà d’un maigre présent, d’une étique République des Lettres réduite au microcosme de l’édition parisienne d’aujourd’hui, est celle d’un « engagement » : faire l’éloge d’un passé glorieux c’est réclamer un demain meilleur. C’est ainsi qu’il y a peu il nous alerta, par la voix d’un grand quotidien, en défendant « les humanités au péril d’un monde numérique[7] ».

      Pourtant, qui sait si le « loisir lettré », autrefois de bouche à oreille et de lettre à lettre, et encore de livre à livre, peut aujourd’hui converser parmi les voix bavardes et encombrées qui s’échangent et se heurtent sur notre internet contemporain, et retrouver des amis d’élection ? S’y rencontre-t-on sous l’égide du Parnasse, de l’Arcadie, de l’Académie, ces « Trois lieux allégoriques de l’éloge du loisir lettré » ? Peut-être cette trop mince page permet-elle de dialoguer avec les meilleurs esprits de notre lointain passé, ainsi qu’avec l’un des meilleurs de notre présent, digne héritier de la noblesse de la République des Lettres…

      Bien qu’avec modestie Marc Fumaroli présente son essai comme un « montage et collage cubiste », sans ordre « chronologique ni narratif », conférences et « résumés » ici réunis parviennent aisément à leur objectif : initier le lecteur à cette « société idéale », qui, de l’humanisme à la Révolution française, « transcenda la géographie politique et religieuse de l’Europe ». N’était-ce pas déjà un « réseau social » ? Au point que notre essayiste veuille avec raison nous « convaincre qu’une telle instance critique internationale est encore plus souhaitable au temps de Facebook qu’elle le fut au siècle de l’invention du livre ». Car « être initié aux lettres, c’est sortir du rang des rudes, c’est eruderi, c’est accéder à l’humanitas et éventuellement à l’urbanitas. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Si Marc Fumaroli ne consacre qu’un chapitre à Claude-Nicolas Fabri de Peiresc, Peter N. Miller offre à ce provençal du XVIIème un livre entier. Bien peu connu, il trouve ici sa résurrection. « Son commerce de lettres embrassait toutes les parties du monde », disait pierre Bayle. Il est un des Hommes illustres de Charles Perrault. Sa maison d’Aix en Provence était une académie.

      À quoi ne s’intéresse pas cet esprit catholique et néanmoins libre ? Philosophe de l’histoire et de la conversation, il entretient une correspondance démesurée avec maints lettrés et savants (environ 10 000 lettres), comme tissant au travers de l’Europe une toile d’inextinguible curiosité : juriste et Conseiller au Parlement de Provence, il échange avec le peintre Rubens des propos sur les médailles antiques ; il défend Galilée, Gassendi et Campanella que l’inquisition menace ; sélénographe, il charge un graveur de fixer sur l’airain les phases de la lune grâce à un télescope que lui fit parvenir Galilée, puis découvre la nébuleuse d’Orion ; égyptologue, botaniste, zoologue, lecteur boulimique, sa bibliothèque était nombreuse, sur la politique hébraïque, romaine et contemporaine… Digne d’une Muse des Arts libéraux, Peiresc était à la fois érudit, touche à tout et encyclopédiste avant l’heure, un peu à la manière d’Athanasius Kircher[8]. Enfin, la Vita Peireskii, par Gassendi fut traduite en anglais. Avant que l’oubli le ronge. Grâce en soit rendue à l’application et au talent de Peter N. Miller !

      Marc Fumaroli ne pouvait que bellement préfacer l’essai de Peter N. Miller, qui a l’inestimable vertu de citer de nombreux passages des nombreuses lettres de Peiresc. Pourtant ce dernier refusait de publier. Marc Fumaroli avance l’hypothèse selon laquelle il préférait « écarter les soupçons des tyrans et du vulgaire », préférant se consacrer à ses amis lettrés, comme un de ces « philosophes en temps de persécution », plus tard théorisés par Leo Strauss[9]. Peiresc, selon Peter N. Miller, « évitait la langue universelle du savoir » -c’est à dire le latin- pour écrire en français, illustrant alors le propos de Marc Fumaroli dans Quand l’Europe parlait français.[10]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Pour revenir à l’essayiste-biographe, il nous apprend que Peiresc multipliait ses correspondants de Londres à Lubeck, de Smyrne à l’Abyssinie, de Rome à Damas et Bordeaux… Loin de cacher ses trésors il se faisait un devoir d’en propager la substance : « J’espère de faire mieux valloir que ne font d’autres, qui ne recouvrent des livres que pour les enfermer dans des cachots impénétrables, où ils tombent d’une sorte de ténèbres en d’autres plus obscures », écrit-il à Gassien de Nantes, en 1635. Lui qui avait visité Rome, ne voulait pas que le savoir soit une vanité, mais connaissance au service d’une vie philosophique, sans faire mentir un instant la devise de l’imprimeur Plantin : « Labore & constantia ». Au point que, resté célibataire, il préférât « s’unir avec Pallas et les Muses » ! L’antiquaire « avait pu être un héros à une époque qui se délectait de la force créatrice du travail intellectuel »…

      Il n’est pas impossible de ranger Peiresc parmi les précurseurs du libéralisme politique, car pour lui, et selon Peter N. Miller, « l’Etat fort était l’Etat minimal […] on pouvait laisser les individus se gouverner eux-mêmes ». Ce dans le cadre d’une recherche de la paix perpétuelle bientôt kantienne[11], dans la tradition d’Erasme et de son Plaidoyer pour la paix[12].

      Aimable concurrente de celle de Marc Fumaroli, l’érudition de Peter N. Miller est un délice : généreuse, lumineuse… Loin de n’être que des livres d’archivistes, leurs travaux sont « savoir et vertu », bien au-delà du XVIIème siècle. Car même si bien des arborescences, en particulier scientifiques, ont profondément évolué depuis l’époque classique, il n’est pas interdit de garder vivant aujourd’hui et demain cet idéal.

 

      La République des Lettres n’est-elle qu’une nostalgie ? Une anticipation d’un futur de culture partagée ? Au-delà de cette religion de bureaucrates idéologues qu’il dénonça dans L’Etat culturel[13], Marc Fumaroli fait visiblement plus confiance, plutôt qu’à l’inflation budgétaire et administrative d’un ministère, aux bonnes volontés curieuses et patientes des individus pour développer l’excellence d’une République des Lettres. Sans nul doute, un Peiresc est son ancêtre d’élection, quand Peter N. Miller est une de ces amitiés des sages qui, selon Cicéron, voit « briller quelque marque de vertu ; alors une âme se rapproche d’une autre semblable et s’attache à elle[14] ».

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[3] Stephen Greenblatt : Quattrocento, Champs Flammarion, 2015.

[5] Pierre Bayle : Dictionnaire historique et critique, Miscellanea philosophica, Les Belles Lettres, 2015.

[6] Fernand Braudel : L’Identité de la France, Arthaud-Flammarion, 1986.

[7] Le Figaro, 1er avril 2015.

[8] Voir : Joscelyn Godwin : Athanasius Kircher, le théâtre du monde, Imprimerie Nationale, 2009.

[9] Leo Strauss : La Persécution et l’art d’écrire, Tel, Gallimard, 2009.

[10] Marc Fumaroli : Quand l’Europe parlait français, De Fallois, 2001.

[11] Emmanuel Kant : Projet de paix perpétuelle, Œuvres philosophiques, La Pléiade, Gallimard, 1986, t. III, p 327 et suivantes.

[12] Erasme : Plaidoyer pour la paix, Arléa, 2004.

[13] Marc Fumaroli : L’Etat culturel. Essai sur une religion moderne, De Fallois, 1991.

[14] Cicéron : De l’Amitié, XIV-48, Les Belles Lettres, 1928, p 28.

 

 

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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 16:31

 

Sierra de Bernera, Aisa, Alto Aragon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Entre polar baroque et veine fantastique,

 

le roman monstrueux de la conscience balte :

 

Ricardas Gavelis : Vilnius poker.

 

 

 

 

Ricardas Gavelis : Vilnius poker,

traduit du lituanien par Margarita Le Borgne,

Monsieur Toussaint Louverture, 544 p, 24 €.

 

 

 

      Venu des tréfonds de l’Europe, voici un opus sombre, inquiétant, monstrueux. En un mot : fascinant. Il émane d’ « au-delà des barbelés » du goulag, ravivant le passé de la Lituanie, entre chape de plomb soviétique et indépendance rêvée. En autant de parties, quatre voix effectuent cette descente aux Enfers littéraire, se débattent à la recherche d’une liberté impossible : Vytautas, l’ex-prisonnier, au sexe de « bête couvert de cicatrices », Martynas, auteur d’un « Extrait des marmoires », la blonde Stefania, enfin la « Vox canina » d’un étrange chien philosophe.

 

      Vytautas Vargalys, qui est peut-être le double de son auteur, n’est-il qu’un narrateur paranoïaque ? Dans un immense et labyrinthique monologue intérieur, seulement parfois coupé de dialogues, il exhibe sa personnalité trouble, ses errances dans Vilnius, la capitale lituanienne, sa brève passion pour une « Circé des carrefours ». Epié, pense-t-il, par une « organisation fantomatique », il se fait embaucher par la bibliothèque, parmi les « informaticiens sans ordinateurs », chargés d’un catalogue absurde et inaccessible, mais pour « mener [son] enquête clandestine ». Qui sont-ils ? Tous ceux qui, au cours de l’Histoire, ont incendié des livres. Ils ont pour « but de kanuk’er les gens, de les priver de leur cerveau et de leur résolution ». À moins qu’ils soient l’allégorie du communisme qui vampirise la Lituanie, « des suppôts de Satan -tous ces Staline, Hitler, Pol Pot »… Au cours de cette quête des entités malfaisantes qui menace la raison de Vytautas, seule la jeune, séduisante -et presque nabokovienne- Lolita parait lumineuse (il aime « le jazz de ses paroles »), si elle n’est pas un leurre dangereux. Elle participe à la tension érotique, parfois obscène, en aimant ceux qui sont marqués « par les glyphes du malheur ». En effet, l’anti-héros ne poursuivra son errance que jusqu’à son arrestation, sa disparition, probablement dans les « caves du KGB ».

      Suite à la confession tourmentée de Vitautys, qui remplit les deux tiers du volume, les témoins présentent leur version du drame. Son collègue Martynas est un penseur, un bavard. Cerné par le « Pouvoir Exécutif des Grabataires », il aiguise son réquisitoire contre Vytautas : ce dernier est bien l’assassin de Lolita, démembrée, dépecée, dont il ne reste d’intact que « le mont de Vénus ». Stéfania, la « fille de la campagne », au contraire, le disculpe. Quant à celui qui s’est réincarné en chien,  comme en écho du fameux « Colloque des chiens[1] de Cervantès, il pense qu’elle « portait le parfum du suicide ». Sous les feux sombres de ces trois projecteurs mentaux, Vytautys reste un mystère urbain, une conscience politique brisée, un trou noir métaphysique. Quant à Vilnius, elle est également un personnage polymorphe, hallucinatoire, menteur, rusé, dont Vytautys est « la clé du code ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

            En ce roman touffu, profus, crépusculaire, dépourvu des balises que seraient de plus précis chapitres, l’atmosphère sourde, vibrionnante de menaces réelles et fantastiques, est évidemment une transfiguration, sur le plan du fantasme, de la tyrannie totalitaire opposée à la conscience de l’artiste. À la lisière du roman policier baroque et du réalisme magique, la prose de Gavelis est une pieuvre au mille bras imagés et dangereux. Ainsi, l’écrivain agit sur le lecteur comme un Kafka qui aurait gonflé, pourri de l’intérieur, comme un Borges qui aurait joué au poker avec les poupées vaudou de ses personnages…

 

      On comprend alors pourquoi, malgré la compacité proliférante du roman, Vilnius Poker fut reçu à sa sortie en 1989, comme un incendie littéraire, rallumant les noirceurs de la traumatique occupation soviétique dans les pays Baltes, reçu comme une catharsis sans pitié et nécessaire. Soudain Ricardas Gavelis (1950-2002) comble un vide dont nous ne savions rien, affame une curiosité nouvellement née pour son théâtre, ses nouvelles, ses romans aux titres toujours anglophones, comme The Last Generation of People on Earth. Trop tôt disparu, il hante les bibliothèques de l’angoisse métaphysique et politique. Sans oublier l’appel salvateur de la liberté créatrice.

 

Thierry Guinhut

Article publié dans Le Matricule des Anges, avril 2015

Une vie d'écriture et de photographie

 

 


[1] Miguel de Cervantès : « Le Colloque des chiens », Nouvelles exemplaires, La Pléiade, Gallimard, 2001.

 

Book cover © Gosia Herba 2014

 

 

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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 16:27

 

Emmaüs Prahecq, Deux-Sèvres. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

De la déséducation idéologique :

 

Nouveaux programmes

 

et urgence de transmettre.

 

 

 

     

      Si Achille est éduqué par le centaure Chiron, qui l’instruit au tir à l’arc, au soin des blessures et aux nombreux talents des Muses, c’est pour tenir compte de notre nature à la fois animale et spirituelle. Pourtant Rousseau, qui fit figurer ce centaure parmi les gravures aux frontispices de L’Emile ou de l’Education, écrit en son livre III : « Je hais les livres ; ils n’apprennent qu’à parler de ce qu’on ne sait pas ». Pourtant lecteur précoce et furieux, Rousseau condamne encore avec vigueur les volumes de ces prédécesseurs et contemporains, et « leur pédantesque philosophie » au livre IV de ses Confessions, préfèrant relire ses propres productions. Suivant de tels préceptes rousseauistes, il est à craindre que, face aux nouveaux programmes dévolus au collègue par l’Education Nationale, ne reste que la part animale, ludique et tyrannique de l’adolescent, malheureuse poupée victime d’une déséducation programmée. Ces programmes annoncés n’ont-ils pour autre volonté que d’éradiquer non seulement l’excellence, mais également les Lumières occidentales ? Semblant ensuite plus justement ambitieux, mais plus chiches en horaires, vont-ils poursuive jusqu’au lycée la pente de la déséducation idéologique ?

 

      L’on sait combien les nouveaux programmes du collège ne font qu’entériner une tendance depuis longtemps à l’œuvre : abonder en jargon pédagogique, mettre l’élève au centre du système éducatif (alors qu’il nous semblait qu’il fallait y faire trôner les savoirs vers lesquels les élèves doivent être élevés), faire disparaître les auteurs classiques des intitulés de Français, rogner les heures des fondamentaux que sont la lecture et le calcul, des sciences et de l’histoire-géographie, au profit, ou plutôt aux pertes, des accompagnements personnalisés et des parcours transdisciplinaires.

      Pourtant, disait le philosophe de l’éducation Alain, « Il faut lire et encore lire. L’ordre humain se montre dans les règles, et c’est une politesse que de suivre les règles, même orthographiques. Il n’est point de meilleure discipline. Le sauvage animal, car il est né sauvage, se trouve civilisé par là, et humanisé, sans qu’il y pense, ou seulement par le plaisir de lire. Où sont les limites ? Car les langues modernes et les anciennes aussi nous servent de mille manières. Faut-il donc lire toute l’humanité, toutes les Humanités comme on dit ? Des limites, je n’en vois point. Je ne conçois point d’homme, si lent et grossier qu’il puisse être par nature, et quand il serait destiné aux plus simples travaux, je ne conçois point d’homme qui n’ait premièrement besoin de cette humanité autour, et déposée dans les grands livres. […] Les Belles-Lettres sont bonnes pour tous, et sans doute plus nécessaires au plus grossier, au plus lourd, au plus indifférent, au plus violent.[1] »

      Hélas, au lieu de l’humble étude des « grands livres », on va flatter l’autonomie de l’élève, on va se gargariser de nouvelles technologies et de copié-collé dans le cadre de travaux interdisciplinaires, dont on sait, par l’expérience des « Travaux Personnels Encadrés » en classe de Première, qu’ils conviennent au mieux aux meilleurs élèves créatifs et déjà assurés d’une réelle culture, mais qu’ils laissent à la dérive, quoique l’enseignant y prenne garde, des élèves moins animés par leurs modestes capacités que par leur ludique j’menfoutisme. De surcroit, il faudra aux enseignants, peu formés à cet égard, bien des réunions oiseuses qui rogneront d’autant les horaires effectifs et la motivation des élèves, comme il en est de règle en lycée avec le pseudo « Accompagnement personnalisé ». Ne doutons pas qu’une fois de plus les enfants des milieux les plus défavorisés seront de moins en moins tirés vers le haut, contribuant à ce que devienne lettre morte l’égalité des chances promise, alors que l’école est de moins en moins l’ascenseur social qu’elle devrait être. Le capital culturel restera familial, voire génétique, mais de moins en moins accessible au vulgum pecus (houps, du latin, pour le vulgaire ignorant !), qui d’ailleurs ne se fait pas faute de stigmatiser les meilleurs qui feraient mine de travailler à leur culture, sous le quolibet de l’« intello »…

 

      Le pire est à venir pour la rentrée des collèges 2016. Donc pour celle des lycées par la suite. À moins que le ministère recule devant la bronca des enseignants et des intellectuels pas si fous, dont Luc Ferry, Marc Fumaroli, Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut (excusez du peu), que la Ministre, dont la culture semble être au mieux de l’ordre de l’improvisation légère et dont l’idéologie est une arme lourde de destruction massive, traita du haut de sa petite vanité de « pseudo-intellectuels ».

      Le pire gît en effet lorsqu’il s’agit d’évacuer le latin et le grec, évacuer les classes bilangues, et plus particulièrement l’allemand. Quoique l’on prétendre conserver les langues anciennes parmi l’étude de la langue et de l’étymologie, parmi des séquences d’Histoire, des parcours interdisciplinaires. Foutaises ! Certes, l’on rappellera que l’on peut lire Platon et Ovide en d’excellentes traductions (ce qui est le cas du modeste auteur de ces lignes), mais la curiosité intellectuelle, l’agilité de l’esprit, sans oublier nos fondations culturelles, entre Athènes, Rome et Jérusalem, y perdraient infiniment. Rien moins qu’une déculturation à l’œuvre. Qui mieux que d’actifs latinistes et hellénistes peuvent mieux transmettre depuis leurs sources mythologie, démocratie, république et philosophie ? Qu’importe alors que bien des élèves usent leurs fonds de culottes sur les bancs des déclinaisons et des étymologies sans devenir des érudits, s’ils ont néanmoins conscience du substrat culturel qui est le nôtre et celui d’une universalité de l’humanité…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Mais il s’agit au contraire d’une machine de guerre contre l’élitisme, contre la « reproduction » dénoncée par le sociologue Bourdieu (qui pourtant sut s’abstraire d’un milieu populaire grâce à l’éducation et finir ponte du Collège de France). Pierre Bourdieu, maître à penser (c'est un comble !) stigmatisant la reproduction des « héritiers » de la distinction culturelle, dont l’école, cette structure de la domination de classe, serait un injuste instrument. Car pour ce dernier, la reproduction des élites se fait aux dépens des classes défavorisées : « transmission, faute contre la justice », résume François-Xavier Bellamy, dans son excellent essai à charge, Les Déshérités ou l’urgence de transmettre. Il s’y livre à une généalogie de la critique de la transmission, passant par Descartes, dégoûté de l’école, des livres et du passé, discourant de la méthode permettant à l’enfant de développer sa propre raison, puis par Rousseau, pour qui, préférant l’aimable ignorance de la nature aux sciences et aux arts, et refermant tous les livres, la transmission est une pollution de la nature, et enfin Pierre Bourdieu pour qui « l’enseignant ne doit surtout pas transmettre un savoir, il doit se faire l’organisateur des situations dans lesquelles l’élève construira son propre savoir ». À rebours de ces trois Attila, et au-delà de cette crise de la culture, de l’éducation et de l’autorité, François-Xavier Bellamy réhabilite la nécessité profonde de la transmission des savoirs. Avec sagesse, plutôt que l’enfant sauvage, « l’homme dégradé, insociable, grossier » de la barbarie, plutôt que l’abandon de la civilisation, il préconise « de fréquenter la poésie, le roman, l’infini travail de la littérature, pour entendre dans les mots, chaque fois redécouverte, la nuance nouvelle dont un écrivain les enrichit.[2] »

      Pourquoi tant de haine de nos désastreuses élites contre l’élitisme ? Nos ministres, hauts fonctionnaires et idéologues marxisants veulent-ils ne jamais fréquenter l’élite des boulangers, des mécanos, des industries pharmaceutiques, pour se contenter de la plus égalitaire catégorie des médiocres ? S’y cache le monstre de l’envie sordide, de la jalousie qui préfère couper toutes les têtes qui dépassent, pour ne pas devoir trouver autrui supérieur à soi, l’hubris enfin de la domination sur tous. L’égalitarisme est bien un socialisme : on fait du social en égalisant les conditions, en traquant les inégalités[3], en prenant au riche pour donner au pauvre, en arasant par une fiscalité confiscatoire une élite en voie de disparition, qui s’exile ou ne crée plus d’emploi en France ; on fait du social en flattant les médiocres qui répugnent tant à voir quelqu’un les dépasser. Ainsi le triomphe de l’égalité sociale à l’école est-il bientôt assuré lorsque les notes, méchamment discriminatoires bien sûr, seront remplacées par des compétences, au demeurant fort vagues, car il n’y a pas mieux qu’ « acquis », pas pire qu’ « en voie d’acquisition », que l’on préférera au « non acquis », novlangue de l’euphémisme pour cacher combien le roi est nu. Voici une façon discrète de prendre les bonnes notes aux culturellement riches pour les redistribuer aux culturellement pauvres, qui, d’ailleurs ainsi ne peuvent que le rester ! Le diktat de la réussite pour tous a trouvé un moyen radieux d’afficher le plan à la soviétique des 80% d’une classe d’âge au bac : se laver de l’effort et de la réussite. Là où pourtant résistent des élèves d’autant plus méritants dans un tel contexte débilitant…

 

Photo : T. Guinhut.

 

      Il y a donc un affreux élitisme (là où pourtant on œuvre pour le et les meilleurs) à diriger ses enfants vers l’étude du grec, du latin, de l’allemand (langue si nécessaire aux activités économiques), de façon à leur éviter de côtoyer la plèbe semi-délinquante que le collège unique a voulu absorber au lieu de la diriger vers un apprentissage aussi utile qu’honnête, parmi lequel, soyons en sûr, peut émerger l’élite des soudeurs, des livreurs et serveurs, car  ceux-là sont aussi des ressorts dynamiques et honorable de la société. Alors que 22% de nos collégiens sont en échec, qu’un jeune Français sur cinq est dans un état d’illettrisme plus ou moins alarmant ! A-t-on veillé à leur lire des histoires en maternelle, à mettre le paquet sur la lecture en méthode syllabique en primaire, à soigner et enrichir leur vocabulaire, leur logique, ces vecteurs premiers de la réussite, de la culture et de la civilité… À moins que l’on ait refusé de transmettre la maîtrise de la langue et l’accès à la culture. Le cours magistral est honni quand l’enfant doit construire son propre savoir, illusion pédagogiste, réservée à de fort rares autodidactes en puissance. L’ennui est à pourchasser au moyen de ludismes divers, de nouvelles technologies invasives, quoiqu’elles n’en rendent pas plus aisés les labyrinthes des savoirs et ne contribuent trop souvent à attirer l’adolescent que vers son semblable.

      Un exemple est à cet égard éclairant. Parler de musique, faire écouter Bach ou Schubert en classe, est un crime de lèse culture des élèves. Invariablement ou presque, ces derniers revendiquent leur « chacun ses goûts », leur imprégnation par rap and roll and variétés. Des trouvères du Moyen-âge aux oiseaux d’Olivier Messiaen, en passant par l’opéra et le râga indien, des siècles et des continents de culture musicale, sont balayés par un médiocre présent (même si l’on peut y légitiment trouver quelques perles). Les richesses expressives, esthétiques et éthiques des grands compositeurs, des grandes traditions et des nouvelles inventivités savantes, ont cédé la place au relativisme, à l’ignorance et à la vulgarité de l’enfant-roi.

 

      Le pire du pire est au creux des nouveaux programmes d’Histoire du collège. Quand l’étude de l’Islam se fait obligatoire, alors que le Christianisme n’est plus qu’optionnel, et encore sous les espèces de la hiérarchie chrétienne au Moyen-âge, façon de le montrer sous sa nuit tyrannique et non sous jour moral, transcendantal, civilisationnel et artistique. De même l’Humanisme et les Lumières deviendraient optionnels. Faut-il, par-delà l’étendard affiché d’une menteuse laïcité, le dire abruptement ? L’Islam est obligatoire, le Christianisme jeté par la fenêtre et les Lumières éteintes ! Oyez, braves gens de France et d’Occident, le grand remplacement, le changement de peuple[4], de religion et de civilisation, est en marche, édicté par nos ministres, dont celle de l’Education Nationale est franco-marocaine. Le Grec et le latin n’étant même plus optionnels, le Christianisme et les Lumières impossibles à étudier dans des classes parfois à majorité musulmane, on préfère l’obscurantisme en se pliant aux injonctions du plus menaçant. « La raison du plus fort est toujours la meilleure », disait un La Fontaine que l’on n’étudiera plus. Car croyez-vous que l’on étudiera l’Islam avec l’objectivité historique, théologique, politique et philosophique requise ? Ce dont témoignent déjà les manuels : l’Islam est une religion spirituelle de paix et d’amour. Quid (tiens du latin) de la théocratie, du jihad guerrier, des dizaines de versets de Médine dans le Coran, enjoignant au croyant  le meurtre des infidèles: car « ceux qui guerroient contre Allah et ses envoyés, semant sur la terre la violence, auront pour salaire d’être tués ou crucifiés ». Ou encore : « Allah exècre les transgresseurs. Tuez-les là où vous les rencontrez »[5]. Ainsi les adolescents tyrans font la loi devant les maîtres qui auraient eu l’outrecuidance de leur enseigner les vertus du Christ, la tolérance de Voltaire[6] et le libéralisme politique de Montesquieu…

      Déjà Platon, dans la République, voyait dans la soumission démagogique à l’adolescent la source d’une tyrannie à  venir : « quand le père prend l’habitude de se comporter comme s’il était semblable à son enfant et se met à craindre ses fils, et réciproquement quand le fils se fait l’égal de son père et ne manifeste plus aucun respect ni soumission à l’endroit de ses parents. […] Dans ce régime, le maître craint ceux qui sont placés sous sa gouverne et il est complaisant à leur endroit. Les élèves, eux, ont peu de respect pour les maîtres, et pas davantage pour leurs pédagogues. On peut dire que généralement les jeunes conforment leurs gestes aux modèles des plus vieux et qu’ils rivalisent avec eux en paroles et en actions. De leur côté, les vieux sont racoleurs, ils se répandent en gentillesses et en amabilité auprès des jeunes, allant jusqu’à les imiter par crainte de paraître antipathiques et autoritaires.[7] »

      Certes Platon utilise cet argument pour combattre « une liberté excessive », ce en quoi nous ne le suivront pas forcément, mais en arguant qu’il « est dès lors vraisemblable que la tyrannie ne puisse prendre forme à partir d’aucune autre constitution politique que la démocratie ». Il ne parle pas évidemment de démocratie libérale, mais d’une démocratie qui devient celle d’une majorité inculte et désordonnée, sinon délinquante, en d’autres termes, de l’ochlocratie, ou gouvernement par le bas peuple.

      De même, le jeune peuple musulman, et dhimi céfran par la même occasion, saura tout de la culpabilité occidentale, en étudiant le vilain esclavagisme et la vilaine colonisation. Quant à l’esclavage enraciné en quatorze siècles d’Islam, ce serait hérésie que d’en faire mention, que de noter que les colonisations française et anglaise, malgré leurs déboires et exactions, ont eu le mérite d’à peu près éradiquer l’esclavage en leurs nouveaux territoires. Là encore il s’agit d’aller dans le sens des préjugés et des idéologies, de réécrire l’Histoire au goût du jeune public et des édiles de la rééducation historique. Comme toutes les tyrannies, le socialisme, et bientôt l’islamo-socialisme, efface des livres et des cerveaux des pans entiers de l’Histoire, de la Grèce antique aux sciences occidentales, en passant par les Lumières. Son idéologie tiers-mondiste et anticapitaliste voue aux gémonies la transmission d’une culture millénaire, prospective et capable de hiérarchies civilisationnelles[8], pour y substituer son tyrannique credo (houps, encore du latin !).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Le pire est-il à venir pour la rentrée des lycées 2019 ? Sous couvert de faire des économies (alors que le personnel administratif de l'Education Nationale est triple de celui de l'Allemagne, quand le nombre de professeurs - bien moins payés- par habitant est le même, l’on réduira les heures de matières fondamentales comme le Français, l’on rejettera d’autres dans l’accessoire, voire le mépris, en pratiquant le contrôle continu, et non l’examen anonyme moins suspect de manipulation, quoique consignes soient données de « bienveillance », donc de laxisme. Outre le risque d’enseignements sacrifiés, comme les langues anciennes et la musique, celui d’ « Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques » laisse craindre de post-marxistes orientations, quoique les intitulés mentionnent heureusement l’étude de libéraux comme Benjamin Constant et Tocqueville, laisse également craindre une coupable euphémisation de l’Islam, quoique que les intitulés mentionnent heureusement « la laïcité en Turquie : L’abolition du califat en 1924 par Mustapha Kemal » et « Sécularisme et dimension politique de la religion ». Tous les espoirs sont également permis du côté des « Humanités, littérature et philosophie », lorsque les programmes, ambitieux, font la part belle à l’Antiquité et aux Lumières…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Mais en forme de démenti, un « programme national » de Français définit « quatre œuvres intégrales ». Malgré l’honorable enrobage conceptuel et pédagogique, ne risque-t-on pas un choix d’œuvres à connotation idéologique marquée ? Pire, ne s’agit-il pas là d’une tyrannique imposition, réduisant la liberté de l’enseignant, l’infantilisant, comme s’il n’était pas capable de choisir les œuvres dignes d’être étudiées ? Pire, de surcroît, s’agit-il de formater des millions d’élèves qui se voient imposer jusqu’à la nausée la même œuvre, la même étude ? Sous l’uniforme qui est un fantasme trop répandu, se cache l’uniformité des cerveaux…

La pente se fait de plus en plus glissante en un temps où les candidats désertent le professorat, sous-payé, affligé par la violence verbale et physique en des quartiers où racaille côtoie islamisme. Les idéologies de l’« égalité des chances » et de l’écologisme gangrènent l’école, au dépend de l’élitisme et de l’émulation, au dépend des connaissances et recherches historiques et scientifiques. Qu’imagine-t-on pour y remédier? Le « rôle du professeur de français » est ainsi conçu pour la rentrée 2022, à l’occasion du recrutement de contractuels payés 936 € sur douze mois : « Rompre avec la posture magistrale, déconstruire la figure du professeur pour ne plus être au centre des activités de la classe. Il faut apprendre à créer des situations pédagogiques qui mettent les élèves en activité. Le cours idéal n’est pas celui où les élèves écoutent religieusement leur professeur mais où ils acquièrent le savoir ensemble et en quasi-autonomie ». Si nous voulons bien nuancer le « religieusement » avec la nécessité de l’esprit critique, quoique respectueux, nous nous refusons à nous laisser « déconstruire la figure », pour y préférer la dignité du savoir qui s’acquiert grâce à l’écoute, au travail, et non en une « quasi-autonomie » qui est le masque du bavardage puéril et vulgaire, du nivellement par l’ignorance et les préjugés, d’un égalitarisme délétère.

      La déséducation est bien alors la propagation organisée de l’ignorance, mais aussi de l’inconscience des enjeux humains et de société. Refuser de transmettre la civilisation européenne et mondiale ne fera de nos enfants que des « déshérités » au mieux, que des loups aveugles au pire. « Là où l’éducation est en échec, n’est-il pas nécessaire que la barbarie finisse par resurgir ? » François-Xavier Bellamy rappelle alors que « l’homonymie du mot liber, qui veut dire en latin à la fois « libre » et « livre », n’a rien d’insignifiant.[9] » Dans le cadre d’une éducation libérale[10], c’est çà dire généreuse en savoirs, ce sont tous ces livres qui rendent libres que nous voulons et devons transmettre, et non pas un seul livre qui est soumission. Livres d’Histoire, de littératures allemande et grecque, de philosophie politique, d’économie, pour rendre à nos sociétés et à nos jeunes les libertés créatrices en péril.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[1]  Alain : Propos sur l’éducation, Rieder, 1932, XXV, p 99, 100.

[2] François Xavier Bellamy : Les Déshérités ou l’urgence de transmettre, Plon, 2014, p 66 et 139.

[4] Pour reprendre les titres de Renaud Camus : Le Grand remplacement, 2012, et Le Changement de peuple, 2013, Chez l’auteur.

[5] Coran, 5-33 et 2-190, 191. Traduit par André Chouraqui, Robert Laffont, 1990 p 227 et 79.

[7] Platon : République, Œuvres complètes, Flammarion, 2008, 563 a et b, p 1730.

[9] François-Xavier Bellamy, ibidem, p 12 et 146.

[10] Voir : Pour une éducation libérale

 

Photo : T. Guinhut.

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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 17:42

 

Globe terrestre, vide-greniers de la Couarde-sur-mer, Île de Ré.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

La Chine, continent politique :

 

du Gène du garde rouge

 

aux Confessions d’un traître à la patrie,

 

en passant par Tienanmen.

 

 

 

Luo Ying : Le Gêne du garde rouge,

traduit du chinois par Shuang Xu et Martine de Clercq, Gallimard, 240 p, 20 €.

 

Diane Wei Liang : Les Amants de Tiananmen,

traduit de l’anglais par Elise Argaud, éditions de l’Aube, 368 pages, 23 €.

 

Li Chengpeng : Confessions d’un traître à la patrie,

traduit du chinois par Hervé Denès, Liana Lévi, 240 p, 19 €.

 

 

 

 

      Au ridicule de la rouge propagande communiste, préférons les écrivains courageux, poètes et essayistes. Quoique dire la vérité en Chine soit une mission à peu près impossible. Que ce soit sur le passé ou sur le présent. Trois écrivains, s’armant de genres littéraires fort différents, tentent de forcer le bâillon de la censure. Luo Ying, afin de dresser un édifiant tableau du maoïsme fondateur, fait œuvre de poète, avec Le Gêne du garde rouge, quand Diane Wei Liang choisit le récit avec Les Amants de Tiananmen. Enfin, Li Chengpeng, avec ses Confessions d’un traître à la patrie, puise dans son infatigable activité de bloggeur, pour dénoncer le pêle-mêle de corruptions et d’exactions liberticides.

 

      Existe-t-il un gêne du mal ? Luo Ying semble définitivement le penser. La Révolution culturelle chinoise des années Mao en est l'illustration et la preuve. Ce que nous pensions avoir compris en lisant Le Livre noir du communisme[1] et en y découvrant le trou rouge de ses quatre-vingts millions de morts chinois. Cependant la façon de mener sa démonstration fait du livre de Luo Ying une piqûre de rappel aussi efficace qu'incroyablement originale.

      Ecrit entre Pékin et Los Angeles, entre octobre et novembre 2012, ce récit autobiographique prend la forme peu usitée d'un ensemble d'une centaine de poèmes d'à peu près égale longueur, soit une page et demie. Ce sont de longs vers libres, plus exactement ce que l'on appelle, avec le Claudel des Cinq grandes odes[2], mais aussi, conformément à bien des pages bibliques, des versets. A l'instar de nos poèmes historiques médiévaux (pensons à la Chanson de Roland [3]), Luo Ying retrouve un lointain atavisme épique pour chanter l'Histoire. Sauf que cette Histoire fait grincer des dents.

      Ce sont des souvenirs d'enfance (Luo Ying est né en 1956) par petites touches, anecdotes, scènes d'horreurs quotidiennes et nationales. Il n'y a guère de page sans délire idéologique, sans vexation, torture ou cadavre, ce « butin de la Grande révolution »… La « dictature prolétarienne » n'est qu'un prétexte où s'engouffrent les pires pulsions violentes, les délinquants et les criminels. L'enthousiasme, les positions hiérarchiques acquises assurent l'impunité de tous ceux que le totalitarisme arme au service de la répression : « On nous faisait préférer l'herbe du socialisme aux blés du capitalisme ». On arrête son père, en tant que « contre-révolutionnaire », et cette tache déteint sur le fils qui tente de se dédouaner : « Au nom de la révolution nous avons brisé toutes les vitres de l'école primaire. » Quand involontairement briser « l'effigie en porcelaine du Président Mao » vaut à un élève quatre ans de prison. On coupe les cordes vocales au criminel politique avant de le fusiller...

 

 

      Pourquoi écrire un tel livre ? Bien qu'il ne puisse être publié qu'en Occident, son auteur réclame « que la Chine purge totalement sa mémoire de son histoire pour que sa société progresse. » Loin de s'égarer dans les afféteries lyriques, dans un impossible esthétisme, le poète reste essentiellement factuel, sans indulgence pour les Chinois endoctrinés par le « marxisme léninisme » et leur bien aimé Mao ; sans indulgence également pour lui-même, dans la mesure où il a participé autant qu'il a subi cette litanie d'abjections. Pourtant, jeune « voleur de livre », au-delà d'un art bassement au service de l'idéologie, il trouve sa liberté et sa fierté dans cet implacable réquisitoire au ton glacial. Ce qui ne l'empêche pas, en ce récit-poème, et dans un recueil intitulé Lapins, lapins[4], d'être critique envers le matérialisme d'un capitalisme sans libertés politiques, où trop d'ex-révolutionnaires se sont reconvertis sans états d'âme. Lui-même aujourd'hui est un homme d'affaires talentueux, de surcroît passionné d’alpinisme.

      La contre-épopée hallucinante se fait leçon d'Histoire et d'humilité. Luo Ying avoue en sa postface combien il a « été imprégné de son esprit de combat ». Il faut alors entendre en cet euphémisme la Révolution culturelle qui ne fut qu'une tyrannie anti-culturelle, conspuant la culture bourgeoise, les intellectuels et les lettrés, pour les remplacer par une propagande éhontée. S'il est « depuis toujours un garde rouge » (même s'il n'a « ni tué, ni mis le feu »), en une définitive imprégnation génétique, il reste contaminé. Comme la société chinoise, point à l'abri de retrouver le chemin de la rouge abjection. C'est nous dire que chacun d'entre nous est susceptible de choir en ce travers. Les circonstances aidant, qui sait si ne va pas se réveiller le « gène du garde rouge », ou noir, ou vert, qu'importe la couleur du mal, humain, trop humain...

 

      Une fois de plus, la Chine ouvre les pages rouge-sang de son histoire. Pas par la voix officielle, bien sûr, mais par celle de ses dissidents, de ces écrivains qui ont pu témoigner en faisant sortir leurs manuscrits du pays, ou en s’exilant, comme Diane Wei Liang. Née en 1966, au début de la « Révolution culturelle », elle doit quitter la Chine en 1989, suite aux révoltes étudiantes de la Place Tiananmen de Pékin. Elle a la chance de partir étudier aux Etats-Unis où elle est pourvue d’une bourse. C’est cet itinéraire à travers l’histoire chinoise qu’elle raconte dans ce roman autobiographique. Fille d’intellectuels, elle est harcelée par les écoliers et les délinquants qui la traitent de « vilaine princesse capitaliste », bien qu’avec tout son enthousiasme enfantin elle aille ramasser des choux glacés pour toute nourriture collective. Après la mort de Mao, en 1976, elle put intégrer « une école privée d’élite », puis entra en 1986 en deuxième année de psychologie. C’est là qu’elle rencontre l’amour… Très vite, ils s’identifient aux amants d’Anna Karénine de Tolstoï, car il faudrait à Dong Yi divorcer, dans une Chine réfractaire à cette insulte à l’honneur. Ils se retrouveront dans la tourmente des 50 000 manifestants de Tiananmen, face aux « tyrans », jusqu’à ce que « le sang coule du ciel », jusqu’à ce que « 1000 contre-révolutionnaires » soient arrêtés et que leurs familles remboursent « le prix de la munition pour pouvoir emmener le corps ». Il ne s’agit peut-être pas là d’un roman inoubliable au sens stylistique et épique affirmé, mais cette révolution contre-révolutionnaire, bafouée, écrasée, reste un témoignage crucial et prenant sur les mentalités politiques d’une Chine qui est loin d’être un continent de libertés et plus près du totalitarisme en voie de perfection…

 

      Hélas l’histoire de la tyrannie chinoise ne s’arrête pas là. Si le judicieux encouragement au capitalisme a propulsé la Chine au rang de la première puissance mondiale et permis à des centaines de millions de Chinois d’accéder à un niveau de vie meilleur, la chape de plomb du régime communiste et de ses nombreux affidés règne toujours sur l’empire du milieu. Il faut alors un courage surhumain pour aller à l’encontre de la censure, de l’arrestation toujours possible, de la prison, pour n’y échapper que par l’exil, si possible. Li Chengpeng est de ces héros du verbe, de ces hérauts de la liberté.

      La satire qui veine les Confessions d’un traître à la patrie est aussi pleine d’amertume que d’humour. En une vingtaine de textes au ton vif, Li Chengpeng se livre à une charge sans concessions à l’encontre de la corruption et du mensonge communiste, tous deux omniprésents. Ce ne sont là qu’une mince partie d’un volume plus vaste réunissant les billets de son blog, qui fit un triomphe sur Weibo, un réseau social chinois, avec plus de six millions d’abonnés. Jusqu’à ce qu’il soit suspendu en 2014. Sans se décourager, notre web-journaliste, publie sa production en volume. La sanction ne tarde guère : le voilà interdit. Heureusement Taiwan permet sa reparution, cette fois sans l’ombre d’une censure. Quant à son auteur, interdit de se présenter à des élections locales, il convole avec la liberté en recevant le « German Best Bloggers Award », puis en étant invité parmi les frais gazons de Harvard Kennedy School, même s’il ne souhaite pas quitter son pays…

 

 

      Tout commence par un tremblement de terre. Pourquoi un immeuble récent s’effondre-t-il, « effrité comme un biscuit », au milieu d’immeuble anciens intacts ? Soudain, la propagande communiste ne fait plus effet : « ce n’étaient pas les impérialistes qui étaient venus voler en douce les armatures métalliques des décombres ». Quand un « Inspecteur des travaux » est digne de confiance, des dizaines d’autres sont corrompus. Dénoncer cette impéritie nationale vaut alors à Li Chengpeng d’être lui-même dénoncé comme « traitre à la patrie », pour reprendre son titre-choc. Cependant, dit-il, « Pour moi, le patriotisme, c’est donner à chacun selon ses besoins et dépouiller les usurpateurs de leurs rapines. Alors, le pays pourra devenir florissant ». On passera sur l’illusion marxiste de la première partie de cette profession de foi pour retenir l’engagement en faveur de la probité.

      Combien de fonctionnaires corrompus sont à l’origine des scandales du « lait frelaté », des scandales immobiliers et sanitaires, des vagues de pollutions aux métaux lourds, des tsunamis de suicide dans des usines, des « petits marchands illégaux » balayés parce qu’ils ne peuvent payer leur licence, des vies affligées par les traînées sulfureuses de la révolution ? Une mère qui fut membre d’une troupe d’opéra témoigne de ce qu’elle fut envoyée dans une aciérie, à fin de rééducation de classe. On devine ce que veut dire : « l’argent de l’état est utilisé pour soigner tous « les malades mentaux » du pays ».

      Toutes ces tragédies, qui ne sont que la partie émergée de l’iceberg rouge, sont cependant contées avec une ironie sagace, un humour proliférant : « Si l’on reste agenouillé trop longtemps, on oublie les avantages de la station debout ». Fonctionnaires, « gardes urbains », « barrage des Trois-Gorges » font partie du chapelet communiste des calamités offertes au « citoyen de quatre sous ». Là où les bulletins de vote « ne sont qu’une décoration », notre polémiste « se sert de son stylo comme d’une hallebarde du dragon vert »…

      Mieux, pour Li Chengpeng, « le patriotisme, c’est ne jamais léser l’individu au nom de l’état ». En dernière analyse, la même conviction autobiographique et politique anime Luo Ying, dont Le Gêne du garde rouge doit être conjuré. Une fois de plus, les voix des écrivains, qu’il s’agisse d’user des genres les plus anciens, le vaste poème épique aux cent bras, la tradition romanesque avec Diane Wei Liang, ou les plus neufs, la chronique du bloggeur, secouent avec vigueur les chaînes avariées d’un communisme qui, s’il a sagement lâché prise en autorisant le développement capitaliste, n’a pas su se suicider au service du bien des patries et des individus, en accordant ce qui doit être complémentaire à la liberté économique : la liberté politique.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Luo Ying a été publiée dans Le Matricule des anges, mars 2015

 

[1] Le Livre noir du communisme. Crimes, terreur et répression, Robert Laffont, 1997.

[2] Paul Claudel : Cinq grandes odes, Gallimard, 1936.

[3] La Chanson de Roland, Mame, 1875.

[4] Luo Ying : Lapins, lapins, Le Castor astral, 2013.

 

Globe terrestre, vide-greniers de la Couarde-sur-mer, Île de Ré.

Photo : T. Guinhut.

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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 18:38

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Qui a peur de Lovecraft ?

 

Depuis l’abîme du temps : l’appel de Cthulhu.

Howard Philip Lovecraft : L’Appel de Chtulhu ;
Dans l’abîme du temps ;
La Couleur tombée du ciel, suivi de La Chose sur le seuil ;

Chuchotements dans la nuit ;

traduits de l’anglais (Etats-Unis) par François Bon,
Points Seuil, 96 p, 4,90 € ; 144 p, 5,90 € ; 144 p, 5,90€, 144 p, 5,50 €.

 

 

      « Iä ! Iä ! Yog-Sothoth ! Ossadogowah ! » Oserez-vous prononcer cette invocation dans un cercle de pierres nocturnes ? Au risque infâme de rappeler les dieux anciens, Nyarbuthotep ou Chtulhu ; et leurs corps bulbeux, leurs tentacules infinies, leurs griffes immenses, leurs ailes gélatineuses… C’est avec une délicieuse imprudence que François Bon a osé les murmurer, en traduisant de nouveau une poignée de nouvelles du maître de l’effroi américain : Howard Philip Lovecraft. Chacun de ces titres annonce, avec une inquiète délectation, un flot de catastrophes, imminent et cosmique. Le maître du fantastique invente, voire déterre, un cycle légendaire dont n’avaient pas rêvé les prodigues mythologues que furent les anciens de la Grèce solaire.

 

       La mythologie singulière de Lovecraft (1890-1937) postule « de Très Grands Anciens qui vivaient des éternités avant l’arrivée des hommes ». Parmi eux, « Chtulu le mort attend en rêvant ». Ce pourquoi, quand résonne L’Appel de Chtulhu, il est indéfectiblement entendu par l’héritier d’un professeur de langues sémitiques. Parmi des caisses de documents, un bas-relief attire son attention, orné d’une superposition des « images d’une pieuvre, d’un dragon et d’une caricature humaine ». Des manuscrits, la coïncidence des rêves, une statuette « répulsive » venue de « vieux et impies cycles de vie », une « orgie vaudoue » conduisent l’inspecteur Legrasse auprès d’un culte sanguinaire qui révère le retour du grand-prêtre Chtulhu, prêt à soumettre « la terre à sa domination ». Créatures lacustres informes et « Grand Noirs ailés » attendent un alignement des planètes pour que les rituels du « Necronomicon », ce livre de l’Arabe Abdul al-Hazred, réveillent « la ville cyclopéenne de pierres vertes, mouillées et visqueuses ». Qu’allons-nous voir jaillir d’une porte marine, sinon « une masse battante d’ailes membraneuses recouvrant le ciel de leur gibbosité », sinon « la titanesque Chose des étoiles »… Qui sait si le narrateur survivra à son manuscrit ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Encore une fois, des « constructions inconnues et primordiales » balisent L’Abîme du temps. Une fois de plus, le narrateur vient de l’université de Miskatonic dans la ville d’Arkham, au plus ancestral du Massachussetts. De retour de l’Australie de l’ouest, il confie ses affres et tourments, en commençant par son amnésie et ses visions. De nouveaux « savoirs quasiment inconnus » vivent en celui qui avait « occupé [son] corps ». Ainsi, il confectionne une étrange machine qui lui est volée. Bientôt, il retrouve son ancienne personnalité de professeur d’économie. Quoique des rêves de voûtes et de bibliothèques monstrueuses le poursuivent. Jusqu’à ce que ses recherches psychologiques lui permettent d’appréhender  le monde plus qu’antédiluvien de la « Grand’Race », où le savoir de tous les temps est immense, où les technologies sont incroyables. Il se rêve en grand « cône » muni de tentacules, étudiant « des chapitres de l’histoire humaine dont aucun savant d’aujourd’hui n’aurait soupçonné l’existence », conversant avec les esprits de maintes créatures de temps anciens ou à venir parmi les mille millénaires. Rien de ridicule en l’univers lovecraftien, plutôt d’oniriques, voire borgésiennes, potentialités de l’existence et des civilisations, parmi les archives du temps, parmi l’univers aux dimensions multiples. Au creux des ruines du désert, au fond de la bibliothèque aux « étuis de métal », la « terreur » des poulpes aura-t-elle le dernier mot ?

      La Couleur tombée du ciel est celle d’une météorite. Là où elle tombée, et s’est dissoute, la végétation, affligée de couleurs étranges, s’agite, avant qu’il ne reste plus qu’une « lande foudroyée ». Les animaux s’effritent, la famille devient folle. Un « monstrueux blasphème » a pris possession des lieux. Une phosphorescence inconnue règne avant de disparaître dans « une frénésie cosmique »…

      Tremblerons-nous lorsqu’il faudra poursuivre les pages de La Chose sur le seuil, après avoir lu l’incipit suivant : « Et c’est parfaitement vrai que j’ai mis six balles dans le crâne de mon meilleur ami » ? Nous laisserons au lecteur le soin d’avancer au-delà de ce seuil, de crainte qu’il abandonne sa personnalité au profit d’une héroïne sombrement manipulatrice…

      Cruciaux, ces quatre récits bénéficient d’une nouvelle édition, en une traduction bienvenue. Mais pourquoi trois fois la même préface, passable au demeurant ? En revanche les postfaces sont plus éclairantes : on y apprend que L’Abîme du temps et les autres nouvelles sont des quasi-inédits, dans la mesure où François Bon traduit le dernier état des manuscrits, dont l’un fut découvert en 1994. Quoique les différences ne soient pas toujours considérables, sauf un supplément de vigueur, si l’on compare avec les traductions de Jacques Papy[1].

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Un schéma récurrent, quoique avec bien des variations, comme orchestrales, innerve les récits de Lovecraft. Un homme hérite d’une vieille demeure, fouille des bibliothèques et des manuscrits passablement maudits, reçoit la commotion d’un appel, d’une disruption de personnalité, explore des ruines lointaines ou des fonds marins. De manière obsessionnelle, et l’éloignant du commun des mortels, sa quête l’amène au bord d’un autre univers, dont par des formules imprononçables il va soulever le vitrail, la porte, le gouffre… La glaciale menace de poulpes cosmiques, de batraciens en ambassade, de chauve-souris indescriptibles, de civilisations omniscientes, d’entités aux pouvoirs démesurés et immondes déferlent sur la forêt, la côte ou la ville… Seuls quelques courageux pionniers vont savoir résister aux sirènes gélatineuses, à leurs griffes virulentes, pour les repousser dans leur antre plus que préhistorique.

      Plus loin dans la terreur que les vampires de Bram Stocker, que le monstre de Frankenstein, mais dans la tradition gothique d’Edgar Poe et d’Arthur Machen, le récit d’investigation de Lovecraft retient le lecteur en ses tenailles, grâce à la sûreté de sa narration, au suspense maîtrisé, à l’art de l’horrifique suggestion. Un narrateur d’abord ignorant, le cheminement presque policier d’une enquête, des témoignages effarants et lacunaires, une exploration hautement risquée sur le terrain amènent lentement et sûrement à un climax terrifiant, non sans que l’on demeure sur les berges dangereuses de l’incertitude : réalité incompréhensible et soudain frappée d’une indubitable évidence, ou autosuggestion, hallucination ? Délicieux onirisme qui est de l’ordre du fantastique le plus affirmé[2]. Les héros malheureux, voire suicidaires, n’ont sans doute fait que trop errer au fond des forêts primitives, au bord des flots originels, des déserts oppressants. Ou plutôt dans ces bibliothèques où ne moisit jamais le « Necronomicon », recueil fictif d’incantations et de magie noire, évoqué dans treize de ses œuvres, preuve fantasmatique de l’existence du mal radical dans la nature cosmique. Au point qu’à bien des reprises l’on a publié ce prétendu manuscrit impie d’Abdul al-Hazred (lire : « all has read ») en compilant les diverses allusions éparses dans les contes de son créateur, quoiqu’il ait pris soin d’écrire lui-même une brève « Histoire du Necronomicon[3] ». Il est alors permis de lire l’œuvre entière de l’écrivain comme « un roman d’amour entre le Chercheur et la connaissance[4] ».

      Toutes affaires cessantes, il faudrait alors poursuivre notre immersion lovecraftienne par son plus ample, initiatique et patient roman : Le Rôdeur devant le seuil. L’on sait qu’à sa mort, Lovecraft avait peu publié, que certains de ses textes étaient inachevés, en brouillon, sous forme de plan. C’est grâce à son ami et éditeur August Derleth que l’œuvre (parfois écrite en collaboration avec d’autres conteurs) put prendre son envol, être complétée, en un beau travail de réécriture fidèle et imaginative. Ainsi les contes les plus singuliers et caractéristiques du maître de Providence sont-ils réunis sous les couvertures aux illustrations splendides et hallucinantes de Virgil Finlay, aux éditions Christian Bourgois. Tels L’Ombre venue de l’espace, Le Masque de Cthulhu et La Trace de Cthulhu[5].

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Dès 1969, Lovecraft fit l’objet d’une française consécration, grâce à son apparition au sein des Cahiers de l’Herne[6]. Où l’on saura tout sur les dieux anciens, de « Nyarlathotep », « Le Chaos rampant », jusqu’à « Chtulhu », « Celui qui viendra des Abysses d’Océan », en passant par « Tsathoggua », « La Chose batracienne ». Où l’on lira des inédits, des poèmes en anglais, des études aussi précises que vénérables consacrées au « royaume noir », à la « passion selon Satan », à ses illustrateurs. Entre fantastique et science-fiction (minoritaire en ses contes) un autel érudit est élevé au digne successeur du macabre Edgar Allan Poe et d’Ovide, créateur inspiré de nouvelles métamorphoses mythologiques ; métamorphoses douées d’une redoutable et lacunaire cohérence au service de nos peurs les plus terribles et les plus ravissantes. Au-delà des mythologies grecque ou aztèque, qui sont des créations collectives et immémoriales, Lovecraft est un formidable démiurge et mythologue, même s’il s’appuie sur des incubateurs et des sources diverses, d’Algernon Blackwood  à John Dee, en passant par la tradition de l’occultisme.

 

      Le grand et sombre Lovecraft était-il misogyne, raciste ? Peu d’héroïnes en ses récits, sinon la terrible Asenath de La Chose sur le seuil, captatrice infâme qui suce le cerveau de son époux. Est-ce une image du bref mariage de l’écrivain avec Sonia Greene ?  Quant à ces créatures aux faciès batraciens et surgies de la mer, ces Indiens dansant en transe autour de délires vaudous sanguinaires, abattus et arrêtés par l’inflexibles policiers, faut-il y lire l’image métaphorique d’immigrés aux sangs pollués, de races inquiétantes à repousser, voire à éliminer ? À moins que notre auteur qui écrivit un jour à propos d’Hitler « I love the guy », bien qu’il ait par la suite conspué le nazisme, mérite que l’on soit plus prudent à son égard, et que l’interprétation se limite, en-deçà d’une surinterprétation dangereuse, à la figuration imagée du Mal et de son cortège de peurs. Ou aux métamorphoses de Phobos, ainsi que des potentialités les plus étranges de l’humanité et de l’univers…

      Pourtant il imagine, dans L’Abîme du temps, que ses créatures bénéficient d’un système politique et économique peut-être révélateur : « une sorte de fascisme socialiste, aux ressources rationnellement distribuées, et le pouvoir dévolu à un petit aéropage gouvernant, élu par les votes de tous ceux capables de réussir certains tests d’éducation et de psychologie ». Il ne semble donc pas que, conformément à sa prolixe correspondance, Lovecraft soit un amateur du libéralisme.

 

      Etonnamment, Chuchotements dans la nuit est un inédit, enfin animé en français par notre expert, François Bon. C’est l’un des récits lovecraftiens les plus audacieux. Certes la structure en est connue : un jeune chercheur en littérature et folklore, Wilmarth, se voit entretenir une étrange correspondance avec un propriétaire fermier du lointain Vermont, nommé Akely ; bientôt il lui rend visite. Entre temps il est question de créatures ailées « au corps de crustacé », d’un « grand crabe » au sang vert, d’une pierre noire couverte de hiéroglyphes à-demi effacés et venus du désormais inévitable Nécronomicon. Encore une fois, s’agit-il d’une santé mentale compromise ou d’une hideuse et fascinante réalité ? On finirait par y croire tant les personnages et l’écrivain sont doués d’ « un pouvoir de suggestion damnable ». Rarement Lovecraft a pénétré si loin, non seulement les territoires de l’horreur, là où « ces crêtes reculées sont de façon sûre l’avant-poste d’une colonie d’une effrayante espèce cosmique », mais surtout ceux de la science-fiction. Une fois dans la ferme maudite, l’on apprend que les créatures extraterrestres ont colonisé Pluton, récemment découverte, qu’elles se déplacent au-delà de la vitesse de la lumière prévue par Einstein ; enfin les cerveaux, en quelque sortes décapsulés, voyagent dans les espaces galactiques, ce à quoi est invité le narrateur. Tout cela côtoie les techniques d’enregistrements alors nouvelles, permettant aux « chuchotements », par ailleurs télépathes, d’être conservés, jusqu’à ce que l’effroi du narrateur le contraigne à abandonner les preuves amassées. Le virtuose et haletant récit, ponctué de descriptions paysagères somptueuses, de jeux de personnages dignes de la plus rare prestidigitation, s’achève par une chute aussi surprenante qu’irrésolue.

 

      Le maître des dieux atroces, ainsi que son mythe de Chtulhu et autres créatures immondes, ont essaimé non seulement dans la littérature (Stephen King et Houellebecq[7] sont des inconditionnels), au cinéma (La Couleur tombée du ciel a été trois fois adaptée), mais parmi les jeux de rôles, les jeux vidéo, la musique métal et rock, la bande dessinée, par exemple Druillet, qui signa la couverture du cahier de L’Herne. Les tee-shirts post-gothiques affichent le nom fatal de l’écrivain, ainsi que le faciès tentaculaire plus ou moins réussi plastiquement des abominations venues de l’espace stellaire ou des eaux primordiales. Pour paraphraser la conclusion de son Epouvante et surnaturel en littérature[8], Howard Phillips Lovecraft est sans nul doute parvenu à transmuer des « thèmes sinistres » en un vénéneux bouquet de récits d’une « radieuse beauté ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[1] H. P. Lovecraft, L’Abîme du temps, Denoël, 1973.

[2] On lira à cet égard Maurice Lévy : Lovecraft ou du fantastique, Christian Bourgois, 1985.

[3] Dans H. P. Lovecraft : Night ocean et autres nouvelles, Belfond, 1986.

[4] Pierre Versins, L’Herne Lovecraft, cahier dirigé par François Truchaud, 1969, p 38.

[5] Aux éditions Christian Bourgois, 1983 et 1988.

[6] L’Herne Lovecraft, ibidem.

[7] Michel Houellebecq : H. P. Lovecraft. Contre le monde, contre la vie, Editions du Rocher, 1991.

[8] H. P. Lovecraft : Epouvante et surnaturel en littérature, Christian Bourgois, 1985, p 164.

 

Lovecraft aux Editions Mnémos.

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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 17:21

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Peter Ackroyd, biographe monumental

 

et romanesque de Londres : Londres, la biographie ;

 

William et Cie, Trois frères.

 

 

Peter Ackroyd : Londres, la biographie, Stock, 2003, 980 p, 30€ ;

William et Cie, 2006, 222 p, 18€ ;

Trois frères, 2006, Philippe Rey, 2015, 288 p, 19 €,

traduits de l’anglais (Royaume-Uni) par Bernard Turle, Philippe Rey.

 

 

 

 

      Londres est un personnage. Hautement polymorphe, sous les yeux de l’historien autant que du romancier anglais jusqu’aux ongles, né en 1949. D’une efficacité redoutable, son clavier est tout autant capable d’écrire sur la Tamise que les Tudor, sur Venise et la Grèce, sur Oscar Wilde et Frankenstein. Quoique ces derniers ouvrages ne soient pas tous encore traduits en français, il faut tenir son essai Londres, la biographie, pour son plus brillant opus. La description spatiale et temporelle, au travers du regard informé de Peter Ayckroyd, ne lui parait, au moyen de son indéniable et tourbillonnant talent, jamais épuisable ; au point qu’il lui soit nécessaire d’animer sa ville favorite avec de révélateurs personnages de fiction, qu’il s’agisse de William et Cie ou de ses Trois frères

 

       D’entrée, en Londres, la biographie, le sous-titre nous laisse entendre que la ville subit une personnification, qu’une vie lui est insufflée, qu’il ne suffira pas de la décrire, de faire œuvre d’historien, mais de donner à voir la croissance de son corps autant que de ses cellules mentales, de sa sensibilité. Pour nous offrir une telle somme, encyclopédique, truculente, attachante, Peter Ackroyd est un amoureux fou et de longue haleine, sans pour cela perdre la raison devant le changeant objet de sa passion. Au-delà  du Londres de Paul Morand[1] et de ce roman londonien qu’est le Guignol’s Band de Céline[2], Peter Ackroyd les dépasse en ampleur sinon en agilité narrative.

      Cependant, plonger -comme les plongeurs au-dessus de la Tamise de la couverture- entre deux pages de hasard, nous assure d’être emportés, plus puissamment encore que par le modeste fleuve anglais, dans un continent fluctuant d’informations, d’anecdotes, récits et tableaux pittoresques et sociologiques, parfois effarants : qu’il s’agisse de la cruauté populaire et de la prostitution à l’époque victorienne, ou de l’alliance du crime et de la mode, lors de la pendaison de cette Mrs Turner qui sous Jacques Ier fut condamnée à trépasser avec ses « manchettes et collerettes à l’amidon jaune, comme étamées, puisqu’elle inventa et fut la première à porter cet horrible accessoire ». Voilà un « assassinat considéré comme un des beaux-arts » que n’eût pas renié un Thomas de Quincey[3].

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Et si l’on prend le parti de s’engager dans ce voyage au long cours avec la confiance du patient lecteur, nous suivrons Londres depuis les fossiles marins de son sol jusqu’au nouveau triomphalisme de son libéralisme économique, « alors que la ville abrite tant de déshérités et de S.D.F. » Même aujourd’hui, ces multiples quartiers hébergent des temps différents : une rue ouvre un monde à la Dickens, une autre les HLM des années soixante, une autre les lofts insolents d’ultramodernisme des Docklands… Hélas, « Londres a toujours été laid ». La ville est sans cesse démolie, reconstruite, que ce soit à cause du « grand incendie », du blitz ou de « l’âge d’or du promoteur immobilier ».

      Le chroniqueur se double d’un critique littéraire, appelant à son secours Shakespeare, Dickens, Wordsworth ou Thackeray, mais aussi gastronomique, nous entraînant dans les beuveries des pubs, parmi les fumets de la cuisine cockney… Une autre façon d’entrer dans le livre est à cet égard précieuse : se confier à l’énorme index couronnant ce modèle d’édition, nanti de deux cahiers d’illustrations. Où l’on ira s’ébahir devant « La Tamise gelée », ce « smog » aujourd’hui disparu, ou « La Complainte du bouseux », ramasseur de purin et autres déjections condamné par l’invention des « machines balayeuses », par le progrès enfin…

      Des sociologies étonnantes s’ouvrent à nos yeux. Comme lorsque « la tradition voulait que les femmes vendent les biens périssables, comme les fruits et le lait, alors que les hommes, d’ordinaire, vendaient des articles manufacturés et durables ». Tandis que jusqu’au XVIIème siècle, on trouve « de nombreuses sorcières qui font fréquemment beaucoup de mal en semant la grêle et la tempête ». Plus près de nous, aux XIXème et XXème siècle, l’auteur note la prégnance de « phobies globales face à l’immigration ». On doute à cet égard que la méfiance envers d’aujourd’hui envers le radicalisme islamiste du « Londonistan », ne soit qu’une irrationnelle phobie. Mais, notons-le, Peter Ackroyd achève cette somme en l’an 2000, au crépuscule d’un siècle, et à l’aube d’un autre, dont les démons ne seront probablement guère les mêmes. Car, dit-il, « Londres a été l’asile d’anges et de démons qui cherchaient à dominer le monde ».

      Autre sociologie : loin de privilégier le seul financier de la City et de la gigantesque tour de « Canary Warf », ou la Victorienne à crinoline, Ackroyd nous offre l’amitié du petit peuple, « dormeurs » du métro fuyant les raids aériens, enfants errants ou criminels, chétifs ramoneurs suffoqués et estropiés, « chiffonnières » et émeutiers… La « cité visionnaire » inaugure des luxes et des modes, quand parmi les strates de son sol et sous-sol se rencontrent « le sarcophage d’une dame romaine du IVème siècle », jusqu’à des « ruines de logements du XVIIIème siècle : « le palimpseste des siècles est tellement concentré qu’on y lit d’un coup d’œil toute la densité historique de Londres ».

 

 

      Londres cache également folies et faussaires. Car la ville capitale est le cadre de William et Cie, roman d’amour contrarié et de supercherie littéraire… Tous les ingrédients du polar cultivé postmoderne y sont. Charles et Mary Lamb, couple d’écrivains du XIX°, parfaitement authentifié par l’histoire des lettres, se voient concurrencer par un jeune bouquiniste : William Ireland, qui parvient à se faire un nom en découvrant et commentant des documents shakespeariens, dont une pièce inédite de la main du maître ! Nombre de spécialistes viennent authentifier les graphies et les œuvres ; le bouquiniste père profite de l’aubaine. Le souffle littéraire et théâtral emporte dans sa tourmente les esprits des protagonistes : « Là était la preuve que l’on pouvait échapper à la prison que nous sommes pour nous même. » Au point que Mary, de santé délicate, dangereusement émue par William, apprenant la vérité sur le faussaire, tuera sa mère à coup de fourchette… Satire des milieux shakespeariens et lettrés anglais, roman d’émotion, d’action et d’enquête, William et Cie, s’il manque peut-être de vivacité et de couleur dans l’écriture, est d’une lecture plus qu’agréable. Non sans rappeler un autre opus plus considérable d’Ackroyd, sa vie romancée du poète romantique Chatterton[4], auteur de faux poèmes médiévaux et qui se suicida à dix-huit ans.

 

      Raconter Londres est une fois de plus bien séduisant, cette fois à travers le prisme de Trois frères, tous nés un 8 mai, date hautement symbolique, après la seconde guerre mondiale. Venus d'un milieu prolétarien, deux parmi eux vont gravir les échelons de la réussite sociale. L'aîné, Harry, franchit la plus petite porte du journalisme, jusqu'à succéder au propriétaire du journal, non sans jouir d’un mariage doré, cependant vicié. Le cadet, Daniel, après Cambridge, devient un critique littéraire dont la dent s'aiguise à plaisir sur les mauvais livres. Son essai sur les écrivains de Londres est d'ailleurs une sorte de mise en abyme du roman, et un clin d’œil au Londres de son père romancier et essayiste. Seul le dernier né, Sam, préfère la modestie, l'amitié des clochards et des moniales, quoique peut-être dans le cadre d'une vision mystique, avant d'être le factotum d'un impitoyable entrepreneur.

       Cette narration alternée ne serait rien s'il ne s'agissait d'une triple satire : des mondes de la presse, universitaire (dont on se demande si l'auteur se l'applique à lui-même) et enfin de l'immobilier et de la politique, aux liens frauduleux, où la corruption règne en maître. Ce qui permet aux frères et à leur mère retrouvée de croiser leurs destinées, car, en cette vie londonienne, « les éléments les plus hétéroclites s'y heurtent ». La maîtrise du narrateur virtuose, qui noue avec virtuosité les fils du drame, va jusqu'à infliger des morts un brin théâtrales, qui tombent presque trop à propos pour achever les carrières de deux d'entre eux. Forcément, ceux qui ont réussi leur carrière paient ainsi leur réussite, l’autre étant en quelque sorte absous, malgré son emploi peu moral chez le méchant mafieux de l’immobilier. Le roman échappe de peu au manichéisme simplet, grâce au penchant pour l’ironie de son auteur.

      Néanmoins, en digne successeur de Dickens, Peter Ackroyd sait jeter des portraits caractéristiques, des mises en scènes aussi brève qu'efficaces, entre crime et amour familial contrarié. Pimentant son numéro de prestidigitateur de personnages d'une intrigue au suspense haletant.

 

      Peter Ackroyd confirme sa réputation de talentueux polygraphe, après d’exhaustives et fort élégantes biographies, qu’il s’agisse de Dickens, T.S. Eliot, Chaucer, Poe et Shakespeare. Mais aussi des romans parfois inégaux, entre divertissements mâtinés de thriller, comme ce William et Cie et ces Trois Frères. On se souviendra avec bonheur de ses reconstructions postmodernes de l’Histoire, qu’il s’agisse de faire revivre le poète Chatterton, d’envoyer Un puritain au paradis[5] de la Nouvelle Angleterre, ou d’imaginer, dans Le Dossier Platon[6], le philosophe revenir troubler les esprits en l’an 3700. Longtemps son Londres, reviendra habiter, hanter nos esprits… Devant la réussite de ce monumental roman-ville, on se prend à rêver à un tel livre sur Paris.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

À partir d’articles publiés dans Europe, en 2003,

et dans Le Matricule des anges en 2006 et 2015

 


[1] Paul Morand : Londres, Plon, 1933.

[2] Louis-Ferdinand Céline : Guignol’s Band, Denoël, 1944.

[3] Thomas de Quincey : De l’Assassinat considéré comme un des beaux-arts, Œuvres, Pléiade, Galimard, 2011.

[4] Peter Ackroyd : Chatterton, Le Promeneur, 1988.

[5] Peter Ackroyd : Un Puritain au paradis, Robert Laffont, 2005.

[6] Peter Ackroyd : Le Dossier Platon, Stock, 2001.

 

Photo : T. Guinhut

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18 avril 2015 6 18 /04 /avril /2015 12:24

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Le totalitarisme pas à pas ;

 

ou la grande oreille du renseignement.

 

 

 

 

      Au secours, l’Etat est devenu fou. Une grêle de lois s'abat sur la France. Mais c’est pour notre bien. « Dès lors, on ne fit pas seulement des lois pour tous, on en fit souvent contre un seul ; et plus la République était corrompue, plus les lois se multipliaient[1] », disait déjà l’historien Tacite au second siècle de notre ère. L’enfer est pavé de bonnes intentions, dit-on. Loi sur le renseignement, interdiction des propos racistes, antisémites, islamophobes et xénophobes, sécurité sociale obligatoire, tiers-payant généralisé : l’ombre d’un totalitarisme soviétoïde et national-socialistoïde s’étend sur la France. Ainsi le Renseignement, cette vaste oreille le couteau de la censure entre les dents, censé nous protéger du terrorisme, devient une grande cause de Sécurité sociale. La lecture de L'Esprit des lois de Montesquieu serait-elle salutaire ?

 

      Un Persan de Montesquieu serait aujourd'hui stupéfait par la France. Les lois coercitives bourgeonnent à plaisir. Un problème, et hop une taxe, une contrainte et une interdiction. Interdire les mannequins trop maigres sur les podiums de la mode, interdire les distributeurs de boissons sucrées, interdire le portable au volant, obliger au contrôle technique tous les deux ans, interdire de fumer en présence d’un mineur en son habitacle, interdiction des marques sur les paquets de cigarettes, interdiction du cannabis, interdiction des bâches publicitaires sur les monuments historiques en réfection, limiter le nombre de stagiaires en entreprise, imposer 153 taxes diverses à ces mêmes entreprises. Pendant ce temps les réels délits contre les biens et les personnes, les crimes, ne sont pas poursuivis, ou avec de dommageables retards. Ainsi, pour reprendre Montesquieu, « les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires[2] ».

            La loi santé, sous couvert de rembourser sans peine les Français lors de leurs consultations et soins, ne vise qu’à étatiser au dernier degré la médecine, contrôler (c’est déjà fait) leurs tarifs, salarier comme des fonctionnaires captifs les médecins, afin que rien n’échappe à l’emprise totalitaire socialo-communiste, conjointement avec l’étau d’une Sécurité sociale obligatoire, aux dépens d’une liberté de choisir son thérapeute, de s’assurer auprès des organismes privés et concurrentiels de son choix, comme cela se pratique dans la plupart des pays européens, et qui est d’ailleurs en contradiction flagrante avec les lois européennes sur le respect de la concurrence.

       Mieux et pire, les lois sur le renseignement et la « lutte contre les propos racistes, antisémites et xénophobes » vont la main dans la main, dans leur impeccable et perfide collaboration.

 

Photo : T. Guinhut.

 

      Qu’il faille permettre à l’Etat de traquer le terrorisme, soit. Entre internet, les réseaux sociaux et les messages privés, il est loin d’être impossible que se cachent des informations permettant d’arrêter des criminels, d’empêcher que se produisent des attentats terroristes. Il serait idiot, voire suicidaire, de se priver de ces sources pour assurer notre sécurité, qui est aussi notre première liberté. Mais à la condition expresse que tout contenu sans rapport direct et avéré avec ces imputations soit effacé des grandes mémoires du Renseignement. Que les lois sur le Renseignement ne puissent être en aucun cas utilisées pour une autre fin au service d’un despotisme larvaire et à venir. Sans compter que le 13 avril dernier, seuls 35 députés étaient là pour débattre d’un projet de loi à la merci des thuriféraires les plus activistes d’un gouvernement attentatoire aux libertés. Bientôt, il sera parfaitement légal, d’écouter et épier, micros et caméras cachées, chacun d’entre nous, sans requérir l’autorisation d’un Juge. Outre que notre confiance en la justice est déjà sérieusement écornée, celle que nous pourrions avoir envers d’anonymes larbins zélés de la police étatique reste de l’ordre de la plus saine méfiance scandalisée. Notons par ailleurs que cette loi s’adresserait non seulement aux actes terroristes, donc aux propos dits terroristes, mais serait également dédié au service des intérêts économiques de la France. Disons-le tout net, de façon à ce que chacun, jusqu’aux plus hautes sphères de l’Etat, l’entende j’ai bien envie d’acheter israélien, allemand et américain (malgré la NSA), chilien, plutôt que qatari, voire français ! L’espionnage en ligne d’une prolifique police politique serait donc acté ! Rassurons-nous néanmoins, il n’est pas sûr que ces espions sachent lire notre prose, puisqu’ils ont désappris de lire L’Esprit des lois de Montesquieu, avec un projet de loi de plus qui n’en a plus (d’esprit, pour mettre les points sur les i). Le ridicule ne dégonfle pas l’outrecuidance étatique et socialiste, d’autant qu’une telle surveillance gonflée de milliards de données, même soigneusement filtrées par des logiciels intelligents, n’a statistiquement guère de chance de trouver l’aiguille terroriste dissimulé par la taqiya dans les camions de foin de l’Islam, religion de paix et d’amour que l’on sait.

      Qu’il faille réprimer les actes antijuifs, antimusulmans, anti tout ce que l’on voudra lorsqu’il s’agit de dégradations, d’atteintes à la propriété, de coups et blessures, personne n’en doute. Que la courtoisie la plus élémentaire et la plus humaniste nous invite à respecter l’humanité d’autrui quelque soit sa couleur de peau, sa religion, son origine géographique, soit. Quant à réprimer « tout propos haineux », voilà qui devient plus délicat. Il est certes désagréable d’en être la victime. Mais voilà qui n’entraîne aucune lésion physique sur les personnes et les biens. Outre que les vices (ici la colère) ne sont pas des crimes, à partir de quel degré de vocabulaire, vulgaire ou raffiné, le législateur va-t-il sévir, engorgeant les tribunaux qui ont bien d’autres chefs d’accusation à fouetter ? Une insulte aussi grossière que stupide sur Facebook, une généralisation abusive (« les … sont tous des … »), une argumentation raisonnée, discutable, faillible, assise sur des faits, des textes, contrevenant aux préjugés, au politiquement correct ? La critique d’une religion, voire la citation de ses versets ordonnant le meurtre et la crucifixion de tous ceux qui ne partagent pas un tel entre soi totalitaire, sera-t-il un « propos » haineux, islamophobe ?

      Oh la vilaine blague et insulte raciste, alors que les scientifiques savent pertinemment que les races humaines n’existent pas, si nous entendons ce qu’il ne faut pas entendre, que les noirs et les musulmans représentent 70 % des locataires des maisons d’arrêt françaises, que je n’aime pas le chocolat blanc, qu’un arrière-natif de l’Afrique ou de la Creuse a omis d’utiliser son gel douche…

      Quant au racisme anti-blanc, quand à la christianophobie : « Couvrez ce sein que je ne saurais voir » ! disait le Tartuffe. La tartufferie va jusqu’à taxer d’actes de « déséquilibrés » les crimes judéophobes, les dégradations de cimetières, les profanations et les incendies d’églises. Surtout ne pas dire qu’il s’agit d’une guerre de religion, surtout ne pas désigner le coupable, par niaiserie tiersmondiste, par peur d’une religion intrusive et totalitaire, par islamophobie rentrée enfin.

      Bientôt notre Etat Monsieur Propre, combattant d’une main le terrorisme islamiste sur notre sol et hors-sol, aura achevé, au moyen de son autre main, de financer, via nos collectivités locales, conjointement avec les Qatar et autres nids salafistes nourris aux pétrodollars, la construction du double des 2000 mosquées déjà construites et actives, aura contribué aux rets étroits d’un Islam « de » France, aura définitivement fermé les yeux et les oreilles sur les poches de charia exponentielles qui mitent notre territoire et les libertés.

 

Photo : T. Guinhut.

 

      Faudra-t-il alors condamner la lecture de Montesquieu, qui, en son fleuron des Lumières, en son Esprit des lois, affirme « que le gouvernement modéré convient mieux à la religion chrétienne, et le gouvernement despotique à la mahométane » ? Que « la religion mahométane, qui ne parle que de glaive, agit sur les hommes avec cet esprit destructeur qui l’a fondée[3] » ?

      Haïr, ou, plus simplement, ne pas aimer, refuser, quelque irrationnel et mal élevé que ce soit, reste-t-il de l’ordre de la liberté d’expression ou de l’injure caractérisée ? Il faudra au législateur, aux associations dénonciatrices, au juge, à l’Etat in fine, bien du zèle collabo, bien du discernement sémantique et philosophique pour trancher. Ne doutons pas que leur compétence éclairée sera sans faille, aussi efficace que la gestion de l’économie et du chômage par notre bel et bon, saint et vénéré Etat, tel qu’il se perfectionne depuis trois décennies pour le bien de ses citoyens choyés. Encore une fois, notre Etat oublie d’entendre Montesquieu, lui qui stipule « qu’il ne faut pas décider par les principes des lois civiles les choses qui appartiennent au droit des gens[4] ».

      Un gigantesque magnétophone contre xénophobie et antisémitisme, un gigantesque Observatoire contre l’islamophobie étendent leurs filets sur les langues, sur les sites internet, les messages de nos smartphones, les propos de comptoir, bientôt les titres de nos bibliothèques publiques et privées… Nous nous aimerons tous la langue ligotée. Nous nous entrelécherons tous les papilles avec des propos aimants. Gare aux langues et aux claviers récalcitrants ! Ce sera législatif, financé (100 millions d’euros pris au fond de nos poches contribuables à merci), répressif. Et pédagogique, vous dis-je ! Comme lorsque les programmes du collège à venir ne stipulent parmi l’étude des religions qu’une seule obligatoire, l’Islam, quand le Christianisme ne doit guère mettre en avant ses réalisations morales, intellectuelles et artistiques ; n’ordonnent que l’étude de l’esclavage (européen bien sûr) et de la colonisation (forcément abjecte) aux dépens des Lumières optionnelles…

      Pédagogique, vous dis-je ! Comme un conte de bonne maman à l’usage des citoyens : « Ma mère-grand, que vous avez de grandes oreilles ! – C’est pour mieux écouter, mon enfant. – Ma mère-grand, que vous avez de grands yeux ! – C’est pour mieux voir, mon enfant. –Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents ! –C’est pour te manger ![5] » Et en disant ces mots, le méchant Etat se jeta sur le petit citoyen, et le mangea.

 

      La cause est entendue. Taisons nous donc. Les grandes oreilles de l’Etat-Dumbo nous écoutent. Big ear is watching you, aurait chuchoté Orwell, réécrit par Edward Snowden[6]. Vous ne m’avez pas entendu. Je n’ai rien dit. D’ailleurs « je » n’existe plus. « Dire » n’existe plus. « Rien » n’est même plus une chose. Les lois n'ont plus d'esprit. Seul reste le silence des tombes profanées. Mais remboursées par la Sécurité sociale en faillite…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[1] Tacite : Annales, II, XXVII, Garnier, sans date, p 155.

[2] Montesquieu : L’esprit des lois, XXIX, XVI, Garnier 1961, t II, p 293.

[3] Montesquieu : ibidem, XXXIV, III, p 135 et 137.

[4] Montesquieu : ibidem, XXVI, XX, p 189.

[5] Charles Perrault : Le Petit Chaperon rouge, Contes des fées, Le Livre Club du Libraire, 1957, p 25.

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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 17:29

 

Lichen sur une épave, Marais de La Groie, Saint-Clément, Île de Ré.

Photo : T Guinhut.

 

 

 

 

Tout peut changer, sauf Naomi Klein :

 

Le manichéisme à l’assaut du capitalisme.

 

et à la rescousse du changement climatique.

 

 

Naomi Klein : Tout peut changer. Capitalisme & changement climatique,

traduit de l’anglais (Canada)

par Geneviève Boulanger et Nicolas Calvé,

Actes Sud / Lux, 640 p, 24,80 €.

 

 

 

 

      Plus tenace qu’un lichen indicateur d’absence de pollution, Naomi Klein récidive avec virulence. Au moins on ne peut lui reprocher ni son manque de constance, ni son avancée parmi de nouveaux champs politiques. Faux courage en fait que celui d’enfoncer avec vigueur des portes déjà ouvertes, de marteler les thèses à l’emporte-pièce, de statufier la doxa anticapitaliste de l’or blanc dont on fait les mausolées de marbre rouge. C’est là son troisième ouvrage de poids, cette fois pour nous persuader, si nous n’avions pas déjà connaissance de l’évidence, que le climat est à l’agonie, que la planète terre frôle l’apocalypse, et qu’il suffit de pourfendre l’éternel chevalier noir qu’est le capitalisme toujours coupable, pour que notre blanche chevalière soit le héraut du rétablissement de la pureté écologique ! Si l’on ne peut que saluer les qualités d’opiniâtreté et d’investigation de l’ambitieuse essayiste, il faut se résoudre à dénoncer son manichéisme, ses prémisses et conclusions hallucinées.

 

      La passionaria de l’anticapitalisme militant avait fourbi ses armes avec le fer anti-mondialisation en publiant un lourd opus, No logo[1], qui se voulait dénoncer la dictature des marques. Il suffisait de penser un instant que le consommateur peut cesser de consommer tel produit et d’afficher son crocodile, peut créer à son tour marques et non-marques, pour voir tout cet édifice pseudo-intellectuel s’écrouler dans le ridicule. C’est alors qu’elle fomenta La Stratégie du choc[2] qui fustigeait les politiques d’austérité, sans prendre conscience que nous ne souffrions pas de trop de capitalisme, mais de trop d’étatisme. Il lui restait assez de clairvoyance pour constater que les stratégies économiques et politiques n’étaient évidemment ni celles des tendres, ni celles de purs esprits seulement préoccupés du bien des populations. On est en droit aujourd’hui de se demander si cette clairvoyance n’avait qu’un œil d’aveugle, qui aurait pris chaud un jour de sursaut climatique.

      Qu’il existe des catastrophes climatiques, personne ne peut le nier. Là Naomi Klein joue sur du velours. Inondations immenses par le Mississipi ou le Brahmapoutre, assauts marins contre les côtes en Vendée… Cependant, si l’on excepte pour le second cas la déforestation excessive des pentes, bien présomptueux celui qui ferait un lien avéré de cause à effet entre l’activité humaine et ces désastres. L’urbanisation des rives, des côtes et des deltas, de plus en plus intensive, multiplie les dégâts, alors que l’Histoire ne se prive pas de mentionner, depuis le mythique déluge, des pluies, des tornades et typhons, des sécheresses, des hivers terribles. Si l’on relit l’Histoire du climat d’Emmanuel Leroy-Ladurie[3], n’apprend-on pas qu’un optimum climatique régna pendant le chaud Moyen-âge, que la Loire gelait, que le vin gelait dans les barriques, sous Louis XIV, lorsqu’une longue période froide s’abattit sur l’Europe. Sans que la main visible de l’homme y fut pour quelque chose, y compris depuis la fonte des glaciers, avérée depuis la fin du XVIIIème siècle.

      Qu’il existe également des déprédations immenses sur le paysage, du fait de vastes entreprises capitalistes, là il faut l’avouer, le dénoncer avec Naomi Klein : les sables bitumineux exploités comme par un bulldozer chtonien dans l’Alberta sont hélas assez impressionnants pour l’attester. Mais les décisions des gouvernements, prétendument écologiques, sont parfois pires que le mal contre lequel ils veulent lutter : fermer les centrales nucléaires allemandes après Fukushima est aussi irrationnel que contreproductif. En effet les centrales thermiques au charbon, les mines de lignite (dont l’une est aussi vaste dans la Rhur que la ville de Lyon) entraînent une pollution au CO2 et aux particules fines sans précédent, si l’on excepte les temps révolus du smog en Angleterre, des pluies acides venues des industries de l’ex-Allemagne de l’est.

      Le remède prôné par Naomi Klein est le suivant : « planifier et interdire ». Que l’on se laisse persuader avec elle par l’accumulation des agressions environnementales commises par les grandes entreprises d’extraction des combustibles fossiles est une chose, mais il est à craindre que le remède soit pire que le mal. Que l’on souhaite avec elle que les individus et les entreprises autogérées prennent en main la production d’autres énergies, certes, mais il faut la convaincre (quoiqu’à l’idéologue nulle argumentation ne sera audible) qu’il s’agit là de ce qu’elle abhorre : la « main invisible » du marché et du libéralisme.

      Les « guerriers du climat », les « zadistes » de la « Blocadie », sont les élus du cœur militant et rougeoyant de Naomi Klein. Que le droit naturel et celui de la propriété doivent se défendre contre une agression environnementale, nous en conviendrons. Mais nous ne sommes pas sûr qu’avec de tels acteurs que ce soit « l’amour qui sauvera la planète » (oui, il s’agit bien du titre d’une des parties de cet opus).

      De Tchernobyl à la mer d’Aral, en passant par la Chine, les pays communistes ont été et sont les pires pourvoyeurs de pollution et de destruction des espaces naturels et humains. Parce qu’un projet collectiviste chapeauté par un parti totalitaire avait pris des décisions aberrantes. Si les pays capitalistes ne sont pas à l’abri de décisions politiques et économiques aux conséquences désastreuses, ce qu’il reste de démocratie ainsi que les multiplicités des acteurs économiques indépendants, des consommateurs et propriétaires privés des terrains peuvent avoir voix au chapitre pour contester et porter des initiatives plus propices à un espace écologique vivable et productif. C’est en fait ce que réclame Noami Klein, mais sous le drapeau d’un projet iréniquement totalisant, voire absolument totalitaire : « sous l’égide d’un programme cohérent destiné à protéger l’humanité à la fois des ravages d’un système économique d’une injustice féroce et d’un système climatique déstabilisé ». Pourtant, elle n’est pas sans reconnaître « une peur légitime envers ce que certains appellent le fascisme vert ».

      Comment, dans un combat capitalisme contre climat, ce dernier donné gagnant à cent contre zéro, peut-on asséner un tel pavé sur la tête du lecteur en faisant précéder le parti-pris, la foi, avant l’enquête ? Comment en des matières aussi complexes et incertaines que le climat, qui plus est l’anticipation climatique, peut-on foncer bille en tête, sans nuances ni concessions, avec tant d’immodestie péremptoire, d’hubris en un mot ? Sans compter que l’anticapitalisme primaire, soviétoïde, libertaire, idéaliste en diable, aurait dû faire long feu, du moins pour tout cerveau doué d’un minimum de raison et de capacités d’observation de la réalité qui nous entoure…

 

 

      On n’a pas vu l’Ile de Ré, si basse sur l’eau, être submergée par la fonte des glaciers. Car si la banquise arctique s’est considérablement réduite depuis quelques décennies (ce qui n’a aucune influence sur le niveau des mers), mais semble depuis peu s’étendre de nouveau, si les glaciers, dont ceux du Groenland diminuent bien, la calotte glaciaire antarctique, elle, atteint des surfaces de plus en plus étendues. Si le siècle précédent a vu la température planétaire très légèrement s’affoler, on observe depuis deux décennies une stabilisation.

      Aussi, la foi apocalyptique du GIEC en un réchauffement climatique inexorable ne cesse de gagner des affidés, malgré les bidouillages de données, malgré l’évidence de leur industrie intellectuelle au service de leur propre domination sur les esprits et les subventions qui ne submergent que leur modestie scientifique.

      Quoique souvent ostracisés, et au premier chef par Naomi Klein, les climato-sceptiques ne sont pas que des abrutis ou d’affreux capitalistes qui s’en mettent plein les poches en sifflant « advienne que pourra ». Pourtant l’on sait bien que la longue histoire de la planète a connu bien des alternances de réchauffements tropicaux, de glaciations, aux conséquences bien pires que celles d’aujourd’hui pour les créatures vivantes. Les taux de CO2 ont pu être parfois supérieurs grâce aux seules activités de la nature. Sans compter que l’augmentation de ce taux a pour conséquence heureuse un reverdissement visible par satellite, donc une activité agricole plus propice.

      Qui, hors les associations et politiques écologistes, les scientifiques arrosés de financements destinés à gonfler leurs études acquises à la thèse du réchauffement anthropique, profite donc de la manne venue des taxations et des décisions publiques ? Eh bien le capitalisme de connivence avec les Etats et les organisations internationales, au détriment du capitalisme réellement libéral, et in fine, du consommateur et du citoyen attaché à la qualité de son environnement. Ainsi, nous risquons nous seulement de plomber notre économie, mais de retarder les recherches qui mènent à de nouvelles énergies aussi propres que rentables. La science, pourtant déontologiquement sceptique,  devient l’otage d’une doxa idéologique, dans le cadre d’une guerre contre la science[4]

      On ne peut douter que des lobbys politiques encouragent les réchauffistes, alors même que des lobbys industriels attachés aux énergies fossiles financent des climato-sceptiques... Que penser des scientifiques qui, au contraire, observant en particulier les cycles de l’activité solaire, prédisent une mini ère glaciaire à venir ? Si cela s’avérait vrai, ne doutons pas que le coupable serait tout désigné. Qui donc ? Mais bon sang, c’est bien sûr : le capitalisme lui-même tel que l’éternité le change…

      Ce sont pourtant des entreprises tout ce qu’il y a de plus capitalistes et de plus innovantes (que la « main invisible du marché soit louée !) qui inventent des composants photovoltaïques de plus en plus performants, des exploitations du gaz de schiste de plus en plus inoffensives, des moyens de recycler le pétrole, le plastique, y compris celui flottant sur les océans. Bientôt, n’en doutons pas, nos transports n’aurons plus besoin des énergies fossiles, mais d’hydrogène, d’eau, de thorium. Qui sait ce que demain inventera pour nos villes et nos forêts soient bien plus vivables…

 

        Est-ce à dire qu’il ne faut pas lire Naomi Klein ? Certes non. Mais avec l’œil du sceptique scientifique et politique. On lui saura gré d’accumuler des exemples de ravages de l’activité humaine sur la nature et sur la santé humaine. De dénoncer « le commerce de la pollution ». D’offrir les apparences d’une livre savant bourré de notes. Et de cirer la langue de bois, entre « décombres du néolibéralisme » et « forces progressistes ». Nous avions déjà signalé combien le discours écologiste n’avait fait que verdir les vieux habits rouge du marxisme léninisme[5], il est à craindre que le nouveau livre de messe de Naomi Klein en soit une plus indigeste preuve qu’espéré…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[1] Naomi Klein : No logo. La tyrannie des marques, Actes Sud, 2001.

[2] Naomi Klein : La Stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre, Actes Sud / Leméac, 2008.

[3] Emmanuel Le Roy Ladurie : Histoire du climat depuis l’an mil, Flammarion, 1967.

[5] Voir : Pour une archéologie de l'écologie politique : d'Ovide et Rousseau à Sloterdijk

 

Anse du Martray, La Couarde, Île de Ré. Photo : T Guinhut.

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Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

Wright, Ellison, Baldwin, Scott-Heron

 

 

 

 

 

 

Europe

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : tyrannie ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

Morselli Dissipatio, Longo L'Homme vertical

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Christine de Pizan, féministe du Moyen Âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

Herland, Egalie : républiques des femmes

Bernardine Evaristo, Imbolo Mbue

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L'Après littérature

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Flanagan

Livre de Gould et Histoire de la Tasmanie

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

 

 

 

 

 

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Maîtres de vérité, Question anthropologique

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Destin des prisons et angélisme pénal

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

La France de Sloterdijk et Tardif-Perroux

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Maison politique, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte, Vraiment peindre

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Crivelli, Titien, Rothko, Tàpies, Twombly

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

Croisade des enfants, Vies parallèles, Livre des nombres

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inégalités : Rousseau, Marx, Piketty, Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : dénis

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : défis

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Averroès et al-Ghazali

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : Madrigaux & Clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Rires du Japon et bestiaire de Kyosai

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Le Conquérant, Aléa

 

 

 

 

 

 

Knausgaard

Autobiographies scandinaves

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langage politique et informatique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

Mélancolie

Mélancolie de Burton à Földenyi

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Pour l'amour du piano et des compositrices

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe controversé

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

SurVeillance, holocauste, hermaphrodisme

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Censures et Autodafés

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et Format américain

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Panofsky

Iconologie de la Renaissance

 

 

 

 

 

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Dictionnaire khazar, Boite à écriture

 

 

 

 

 

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron

Le tableau comme relique, cri, toucher

Peintures et paysages sublimes

Sonnets des peintres : Crivelli, Titien, Rohtko, Tapiès, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perec

Les Lieux de Georges Perec

 

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Philosophie

Mondialisations, féminisations philosophiques

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Lyrisme, baroque : Riera, Voica, Viallebesset, Schlechter

Poésies verticales et résistances poétiques

Trois vies d'Heinz M, vers libres

 

 

 

 

 

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Générosité, Chambre aux échos, Sidérations

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Ecrivains noirs : Wright, Ellison, Baldwin, Scott Heron

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

 

 

 

 

 

 

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome

Rome de César à Fellini

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

Isaac Babel ou l'écriture rouge

Ludmila Oulitskaia ou l'âme de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Le Guin : La Main gauche de la nuit

Magnason : LoveStar, Kling : Quality Land

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Mnémos ou la mémoire du futur

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

La Tempête, Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Ecrits des camps, Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

Surveillances étatiques et entrepreneuriales

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Spengler

Déclin de l'Occident de Spengler à nos jours

 

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

 

 

 

 

 

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tabucchi

Anges nocturnes, oiseaux, rêves

 

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

 

 

 

 

 

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies

Ernest Callenbach : Ecotopia

Herland parfaite république des femmes

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Culture et littérature contre la Civilisation du spectacle

Rêve du Celte et Temps sauvages

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Venise

Strates vénitiennes et autres canaux d'encre

 

 

 

 

 

 

Vérité

Maîtres de vérité et Vérité nue

 

 

 

 

 

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Lazare, Le ghetto de Varsovie

 

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