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13 octobre 2018 6 13 /10 /octobre /2018 10:30

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Eloge de vos folies contemporaines.

À l’occasion d’Erasme

et de Jean-François Braunstein :

La Philosophie devenue folle.

 

 

 

Erasme : Eloge de la folie, traduit du latin par Jean-Christophe Saladin,

230 p, Les Belles Lettres, 75 €.

 

Jean-François Braunstein : La Philosophie devenue folle,

Grasset, 400 p, 20,90 €.

 

 

 

 

 

      Prenez votre miroir et regardez-moi : je suis la Folie. Moins folle que vous certes, mais mauvaise langue en diable : garez-votre vanité, car vous allez en prendre plein les badigoinces ! Si en tous siècles et en tous continents je m’appelle la Folie, et en toutes les langues les plus folles qui se puisse imaginer, croiriez-vous qu’avec vos Lumières et vos positivistes progrès, qu’avec vos sciences et vos raisons, vous m’auriez chassée de la surface du présent ? Que nenni ! Par une généreuse corne d’abondance, je répands mes bienfaits sur vos têtes enfiévrées. Je suis toute ouïe et toutes lèvres pour pérorer en toute impudeur parmi vous, en vous et pour vous, pour déculotter et fesser enfin vos folies contemporaines, politiques, religieuses et tutti quanti. Et voici qu’aujourd’hui, outre à ma droite mon cher Erasme, qui me fit porter un généreux bonnet à clochettes, j’ai à mon côté un nouveau maître es folie, un naïf nommé Jean-François Braunstein, qui, de son plumeau, croit pouvoir ramener vos folies philosophiques à la raison.

 

      Combien frappadingues sont-ils, ceux qui coincés dans leur bastion hexagonal, gouvernent une machine à entretenir les chômeurs, bien huilée de surfiscalité, de normes exponentielles, d’aides sociales, sans l’ombre d’un résultat, alors que leur cécité s’arrête aux frontières, au-delà desquelles des pays moins bruyants, comme celui des horlogers consciencieux, hébergent un plein emploi et une prospérité enviables. Il semblait qu’il fallait observer, étudier et imiter les bons maître pour réussir ; eh bien ces dingos ne savent qu’adorer le dieu Socialisme, Etatisme, Economie régulée, pour ne mal réguler que la pénurie ! Comme mes chers Shadocks, qui ont été des élèves zélés dans mon école de Folie-sur-Bargeot, l’on pompe l’argent de ceux qui travaillent, le versant sur ceux qui ne travaillent pas, pour éviter de produire l’argent qui servirait à être pompée !

      Et vous, tous mes fous en troupeaux consentants, vous allez braire à la mangeoire du bureau de vote pour les élire aux chaires de l’Elyséenne folie, années après années, décennies après décennies, d’autant que naïvement vous croyez, en changeant de bonnet rouge, vert, bruns ou bleus, changer de politique : on dirait que la berlue vous fait les yeux chassieux, les oreilles longues comme le bras, les langues sèches comme le porte-monnaie du contribuable en milieu d’année fiscale. Rien ne vous sert de leçon ? Allez, mes fous, reprenez-en une volée de bois vert, jusqu’à ce que la volée soit de bois brun ou rouge, ou d’un vert de moins en moins exotique, vous jaillisse sur les omoplates !

      De même, outre-Atlantique, celui qui arbore un bonnet orange de fou sur la tête[1], a beau jeu d’amuser le berlaud avec ses saillies twitesques, ce denier l’en croit d’autant plus fou, stupide, infantile, déséquilibré et psychopathe, et, cela sans dire, sexiste et fasciste, sans que l’on tienne compte de ses succès indéniables et stupéfiants sur le front du chômage et de la diplomatie. Mais, sachez-le mes fous, plus il réussira, plus les fous le haïront !

      Ainsi l’on partage le monde entre fascistes et antifascistes. Qu’importe que ces premiers fous aient à peu près disparu, qu’ils n’agitent plus leurs grelots aux sommets des gouvernements, sinon au détour de quelque logorrhée vaguement mussolinienne, qu’ils ne comptent plus que quelques troupailles de néofous, bombés de blousons kakis et rasés comme des œufs de caillera, plus ils sont imaginaires, plus ils sont faciles à combattre par de vaniteux antifascites bombés de blousons noirs, cagoulés et battés comme des ânes sur un terrain de base-ball, plus violents, plus follement fascistes, et plus sûr d’eux que jamais, car de nanarchisme et de gauche, cette vache sacrée de l’idéologie politique, comme l’étaient les tenants du National-Socialisme !

      Ah, j’en ai plein ma hotte de Mère-Noël, de ces folichons qui professent l’anticapitalisme, et mordent le sein qui les nourris, qui rêvent de se l’approprier au bénéfice de leur totalitarisme pour le démanteler au profit du socialpauvrisme. Ils en rempliront, faites confiance à la longue expérience de la Folie, à sa vaste culture historique et hystérique, à sa sagesse politique inénarrable, des goulags et des logaïs, de bourgeois, de banquiers et de Juifs !

      On passera, après la folie des mâles, qui fournissent les bataillons des armées et des prisons, sur la folie des femelles, que l’on nomme viragos, et vont jusqu’à rêver un égalitarisme forcené (y compris jusque dans les prisons ?), au point de préférer à nombre égal, une incompétente à un compétent, le contraire évidemment leur semblant folie, voire rêver la castration des mâles. Quel dommage, moi, Folie allégorique, je ne règnerais que sur un demi-cheptel !

 

Erasme : Eloge de la folie, traduit du latin par Gueudeville, 1757.

Photo : T. Guinhut.

 

      Passons sur la folie de la Déséducation[2] Nationale qui livre ses professeurs en pâture à la folie des racailles, qui lèchent la paresse en toutes langues de bois et de borborygmes, qui expectorent un bouquet d’insultes à leur adresse, qui leur interdisent de parler de ces problématiques affectivement sensibles qui heurtent des sensibilités alternatives. Taisons enfin ces mêmes professeurs et médias officiels qui enfouissent le vocabulaire et le raisonnement d’euphémismes[3] comme l’autruche met la tête dans le sable à l’approche du prédateur…

      Tous les fous savants savent que le racisme, ce n’est pas bien joli, mais à condition qu’il soit blanc, car s’il est noir, il est au mieux un juste retour du bâton, une vengeance de l’Histoire, au pire l’indicible revers d’un pitoyable atavisme, quoique tous vos cloaques fécaux soient de la même couleur ; aussi faut-il être calciné de l’encéphale pour estimer que l’un est plus excusable, plus taisable, que l’autre. Le fou tire en effet gloriole de sa couleur de peau, comme le fou tire gloire de sa métropole et de son trou, de son équipe de foot, quoiqu’il n’ait rien fait pour y contribuer et qu’il ne tire au but que la chasse sur sa folie.

      Il y a les fous de tabac que leurs cancers ne dissuadent pas, de viande, de burgers et de Mc Donald, que leurs artères obèses ne dissuadent pourtant pas.  Mais à l’opposé du spectre, règnent les gourous du véganisme, pour qui le crime suprême est de déguster un suprême de volaille. Ils se proclament antispécistes[4], prétendant qu’il ne faut faire aucune espèce de distinction entre les espèces, que vous soyez lombric ou Jivaro, orang outan ou crevette, vipère ou Mongolien, que c’est aussi criminel de manger du bœuf que de la Folle de Chaillot, du poulpe que du cuissot d’intellectuel ! Aussi vont-ils jusqu’à se priver de sous-produits animaux, de lait, d’œuf et de cuir, battant le pavé en basquets de plastique et en sandales de peau d’ananas. Pourquoi pas, mais outre qu’ils taguent les boucheries, insultent les fromagers, giflent les cordonniers, ils préférent agresser les hommes que leurs frères animaux ! Supposons que leur frère âne, s’il avait un brin de conscience morale, en serait outré. Ne suffirait-il pas de réclamer des conditions de vie et d’abattage (passablement tardif) pour les animaux qui ont l’immense désavantage de ne guère connaître la folie ; que nenni, les voilà reniant leur condition omnivore, se forçant à devenir strictement granivores, frugivores et légumivores, mangeant leurs frères botaniques dont on sait qu’ils ont chimiquement conscience d’être agressés, ce au prix de carences et de compléments alimentaires, en particulier la vitamine B12, qui, comme chacun ne le sait pas, est produite à partir de bactéries, qui sont des organismes vivants microscopiques, parfois pluricellulaires, donc des animaux. On comprend que les végans aient des crampes d’estomac et se rendent fous de mauvaise humeur ! Prescrivons-leurs des compléments de folie pour les ramener à un semblant de raison…

      Rassurons-nous, quelques-uns d’entre eux prévoient de rééduquer, de manière véganement correcte, leur frère lion qui devrait éthiquement manger des graminées innocentes au lieu de ses sœurs gazelles. Cela dit, n’est-il pas fou de prétendre que tous soient frères ou sœurs, quand on sait que ces derniers parfois se détestent cordialement en famille, et combien il est folie de partager des sentiments fraternels avec une autre folie que la sienne ?

      Taisons les galopins qui régentent leurs parents, esclaves des désirs et des émotions puériles, les élèves qui insultent et frappent leurs professeurs, eux-mêmes enseignant l’ignorance, taisons les pompiers incendiés par la populace, les médecins blessés par leurs impatients. Taisons les fols de la robe judicaire qui absolvent les délinquants, les racailles machistes qui embastillent des quartiers entiers pour le bénéfice de leurs trafics, le bonheur de leurs caillassages et l’orgasme de leurs coups de couteaux et de kalachnikovs, brutalisant et assassinant jusqu’à la police, qui, elle, ne laisse pas impunis les excès de vitesse routières, au bénéfice d’un ministère des Finances qui ne pourrait plus les payer sans cela. Fous sans bourse lier, vous dis-je, qui se mettent le doigt de la folie dans l’occiput jusqu’au coccyx !

 

Erasme : Eloge de la folie, traduit du latin par Gueudeville, 1757.

Photo : T. Guinhut.

 

 

      Si je veux m’étrangler de rire en avalant les grelots de mon bonnet, j’amènerais à la barre les sectateurs de leur dieu[5]. Outre ceux qui voient des dieux partout, ainsi saisis d’hallucinium tremens, des Mercure et des Vishnou, sont saisis de démence obsessionnelle les prêtres et fidèles d’un dieu unique, vainqueur de tous les autres et tyran. Pas étonnant qu’ils aient des visions, seulement nourris qu’ils sont par une hostie pas plus épaisse qu’une peau de scarabée ou affligés par un jeûne qui les contraint à la fureur primitive du manque.

      Folle espèce. Ils ont des dignitaires, uniquement masculins, car leurs femelles sont indignes de servir leur dieu, qui jouent à touche-pipi sans se mouiller le doigt avec leurs enfants de cœur, ils éditent des permis de lecture, ils croient obliger les ventres de leurs femelles à laisser croître le produit d’un viol ou d’un accident de la nature. On se doute qu’ils ne tiendront ni le biberon, ni ne prendront soin d’un fou congénital, pourtant mon frère…

 

      Mais les plus atteints parmi nos fous à lier, mais pas le moins du monde alliés, sont certainement ceux qui partagent le monde en çaram et banal, qui ne lisent qu’un seul livre, suivent le Courant, pour qui les chiens sont çaram, qui haïssent tout ce qui est çaramel, le rouge et le porc, l’innocente brebis qui n’a pas été égorgée le gosier tourné vers une certaine bourgade qui tourne autour d’une pierre noire et avec le secours d’un prêtre infatué de versets et gourmand de se voir verser la dîme, qui recouvrent soigneusement d’un lard fou la chevelure et le faciès de leurs femelles, des fois que leur pensée résiduelle serait là-dessous étouffée, quand leur mâles, s’ils ne se griment en Occidentaux, s’entorchonnent de capelines blanches et s’embarbent comme des boucs. Une dinguerie consanguine s’empare de leur entendement lorsqu’ils prétendent que la terre est plate, en dépit d’Aristote, de Saint Thomas d’Aquin et de cent preuves, tant l'évidente rotondité de la lune voisine, des fuseaux horaires que de l’exploration spatiale. Aussi faut-il les soigner avec une cure d’urine de camélidé ; mais qui serait assez fou pour administrer un tel remède ?

      Or plus dingos du cervelet sont ceux qui, ne sachant pas lire, devraient retourner en petite section et cours élémentaire pour reprendre le B A Ba à la racine et vous ânonnent que la lame de l’épée est une religion d’amour et de paix ! Qu’ils chaussent leurs bésicles jusqu’aux narines et déchiffrent ces chapitres appelés des saroutes, dans lesquelles on enferme et bat les femelles (car l’on a jusqu’à quatre par maison), dans lesquelles un dieu commande à ses affidés de tuer et de crucifier ceux et tous ceux qui ne vénèrent pas leur dieu invisible, dégustent du goret, et prient tournés vers Trifouillis-les-Oies et non vers Le-Mec-des-Sables ! Non content d’être dingos au point d’en attraper une scoliose du raisonnement, nos fous du Vivre-ensemble appellent de leurs vœux pieux ces peuplades étranges que l’on appelle les Mi-grands (de quelle taille est leur degré de Vivre-ensemble ?) pour leur réserver des quartiers entiers de riacha, fruits que les enfoulardeurs et enfoulardées croquent à belles dents, parmi des masquées qui ont remplacé les églises, grand remplacement de la coqueluche par le choléra. Ô fous parmi les fous, qui tendez l’épée de votre suicide aux descendants de quatorze siècles de colonisation et de génocide ! Nonobstant, mes fols, vous battez infiniment votre coulpe pour quelques malheureuses décennies de colonisation, parfois meurtrières, parfois civilisatrices, pour une poignée de petits siècles d’esclavage sans castration, alors que vos adversaires en ont plein les mains, les doigts et doigts de pieds, plein le passé ancestral, le présent et le futur, que vos ancêtres ont été des petits joueurs en la demeure, que vos ancêtres Chrétiens et libéraux ont effacé ce même esclavage ! Allez, repentez-vous, mes fous, pissez les sanglots de l’hominidé blanc, fouissez vos remords, et pendant que l’on lapide vos femelles à l’acide, enfouissez-vous dans la soumission…

 

Erasme : Eloge de la Folie, illustré par Dubout, Gibert Jeune, 1951.

Photo : T. Guinhut.

 

 

      Quant au Groupement Idiotique d’Etudes Climatiques[6], le voilà pris au piège lorsqu’au détour d’une phrase il avoue que la hausse des températures ne fut que d’un degré depuis l’ère préindustrielle. Oh, la belle billevesée, si l’on pense qu’il suffit de l’explosion d’un volcan indonésien pour que l’année sans été de 1816 subît une baisse de deux degrés, entraînant désastre des récoltes et famines ! Il s’alarme de la hausse du taux de gaz carbonique, qui n’est pas un polluant et contribue à verdir la planète et favoriser l’agriculture. Oh, le vert bonnet de fou qui s’agite sur leur écotête ! Et plus fous encore ceux qui les arrosent de leur culte moutonnier, sans compter la manne financière d’origine fiscale qui les entretient comme de gras gorets nourris au vert…

      Ils vouent aux gémonies, traitent bruyamment de nazis anti-climatiques ceux qu’ils couvrent de l’infamie du vocable suivant : « climatosceptiques ! » C’est plus qu’un blâme, qu’une insulte : une excommunication urbi et orbi, ils sont jetés hors du Bien comme des hérétiques, des apostats, jetant ainsi aux poubelles de l’inhumanité la plus raisonnable prémisse scientifiques : il faut alors avec eux ou contre eux assumer des démarches coercitives pour laver le climat plus vert que vert, dans la lessiveuse caniculaire de leur folie…

      Ces fous ont imaginé une solution pour dépolluer la planète : outre, évidemment évacuer le capitalisme, car le bonnet rouge se cache sous le bonnet vert, évacuer leur progéniture, ne plus faire d’enfant. Ainsi l’on ne menacera plus les autres espèces humaines (une pincée d’antispécisme ne nuisant pas), singes, perroquets, moutons, dodos, cloportes, moustiques et virus ; ainsi la planète débarrassée de son sale affreux méchant pollueur pourra joyeusement polluer toute seule comme une grande folle avec ses avalanches, ses feux de forêts, ses volcans soufrés, ses nappes de pétrole naturel ; youpi mes fous patentés ! Rassurez-vous, un autre bonnet vert se charge de multiplier sa descendance à votre place, ô mes mignons foldingues…

 

Erasme, Holbein : Eloge de la Folie, Club Français du Livre, 1957.

Photo : T. Guinhut.

 

     

      Oui, que l'on me rende hommage ! Que l'on use des années de sa vie à traduire mon Eloge, comme ce fol Jean-Christophe Saladin ! Cependant, oser emprunter ma langue, oser ressortir des corbeilles à papier de l'histoire littéraire les commentaires inédits en français de mon père Erasme, de Listrius et de Myconnius, sans oublier les quatre-vingt-deux dessins de Holbein... L'impudent traducteur, l'impudent éditeur ! Bourré de talent, le bougre, et de ténacité, puisqu'il avait longuement dirigé l'édition des Adages de mon géniteur. Irions-nous imaginer que l'on jette soixante-quinze euros par les fenêtres pour me lire tant en latin qu'en français dans un volume toilé rouge du plus fol effet ! Le pire serait que sous un telle robe l'on prenne au sérieux mes bavasseries de 1'an 1511, que l'on lise avec pénétration mes joyeux auto-éloges, mes critiques à peine voilées d'un clergé fou d'orgueil et d'argent. Comment donc oser produire un livre aussi luxueux, alors que je moque le luxe et les Indulgences vendues par l'Eglise ?

      Enfin, trêve de billevesées, je ne rougirais pas qu'ainsi vêtu de pourpre, mon livre ait autant de succès qu'au siècle de l'humanisme, avec pas moins de onze éditions en quatre ans. Imaginez combien je me regorgeais de fierté, combien je me trouvais géniale, combien mon bonnet à grelots en tressaute encore. Aussi, saperlipopette, achetez-moi, lisez-moi, achetez-moi encore et encore ! Sucez le lait de mon antiphrase, plutôt que le vinaigre des philosophes scolastiques férus d'Aristote jusqu'au trognon (pour ne pas dire la rime), plutôt que de me jeter dans le cul-de-basse-fosse de l'Index des livres prohibés par la papauté. Lisez-moi, goûtez ma sapience et mon effronterie. Aussi, ne résistons pas au plaisir de m'auto-citer : « Applaudissez, vivez, buvez ! »

 

      Et voilà que, Folie en personne, je me vois nantie d’un sérieux concurrent : un fou dresseur de fous : obscur professeur de démence aux petites maisons de la Sorbonne. Car notre féal, Jean-François Braunstein pour ne pas le nommer, croit redresser la raison des philosophes, ce en quoi il est plus professeur Nimbus que tous les autres, agitant sa marotte aux pompons rouges sur les têtes dignes des bocaux de la psychiatrie la plus expérimentale de ses collègues et néanmoins ennemis.

      Il s’en donne bien pourtant de la peine, notre Jean-François, éminent fou d’entre les éminents, fouillant sans peur de se salir les paluches dans le cloaque de la philosophie contemporaine ! Tenez, lorsque La philosophie devenue folle s’empare du « genre », de « l’animal » et de « la mort », c’est un festival.

      Pour le psychologue John Money, « le sexe n’existe pas », le corps non plus d’ailleurs, seul le genre existe. Il faut « en finir avec la biologie viriliste », établir un « état civil neutre ». Si vous êtes femme, vous pouvez vous sentir homme et corroborer le « transsexualisme » ; blanc depuis des générations, vous pouvez vous sentir noir et vous penser en termes de « transracialisme » ; si vous êtes bête comme un âne, rien ne vous empêche le « transpécisme », sans compter le LGBTQIsme, cette véritable « soupe à l’alphabet », dans laquelle se dispersent des dizaines d’identités sourcilleuses au point d’en perdre la notion d’humanité. Aussi pourquoi ne pas changer de sexe tous les matins, comme l’on change de bonnet d’ânesse, voire s’amputer un membre qui ne correspond pas à notre image, comme le préconise le fondateur de la théorie du genre ? Ce John Money cloué au bâton de la folie prétend qu’élever un garçon comme une fille (et vice avec verça) permet d’acquérir une identité indépendante de l’anatomie. Il l’a d’ailleurs prouvé en 1996, en conduisant au suicide David, dont le pénis avait été endommagé. Il suffit alors, conseille-t-il, de se débarrasser des testicules ; ce qui n’empêche pas le drôle de se sentir homme. Ajoutez à cela une greffe traumatique de bistouriquette et vous saurez pourquoi John Money cria au complot d’extrême droite lorsqu’il se vit dénoncé !

      Autre singerie, celle d’une « primatologue », Donna Haraway, pour qui humains, chiens et cyborgs ne sont pas des espèces séparées. Qu’elle éprouve la plus grande délectation au cours de ses « baisers mouillés » avec sa chienne « Mlle Cayenne Pepper »  est le moindre de nos soucis. Et puisqu’il est méchant-méchant de se nourrir de chair de bêtes, il serait moins bête d’être gentil-gentil et de partager des gros-câlinous avec nos non-humains préférés : qu’y a-t-il de mal en effet à zoophiler avec une chauve-souris vampire, un chaton siamois, un hippopotame boueux, un boa constrictor… Que d’échanges de fluides et autres enlacements prometteurs ! Et avec une huître, donc, un moustique chikungunyesque ? C’est dengue !

 

 

      Pourquoi, puisqu’il n’y a pas de différences entre l’homme et l’animal, qui doit avoir autant de droits[7] que lui, ne pas avoir avec le second des relations sexuelles « mutuellement satisfaisantes », comme le soutient le théoricien de la libération animale Peter Singer, glorieux créateur du concept d’antispécisme et véganiste forcené ? L’homme étant un singe (son savoir rire nous l’avait déjà prouvé), les trisomiques et autres frappées de maladies génétiques et dégénératives, mériteraient bien moins de vivre qu’un bonobo dans la force de l’âge.

      Pourquoi, si l’on peut interrompre des « vies indignes d’être vécues », ne pas tuer les enfants « défectueux », voire prélever sur les quasi-morts tous les organes en faveur de « vivants plus prometteurs » ? Ainsi le fondateur de la bioéthique, Hugo Tristram Ebglehardt, imagine « des expérimentations médicales sur des malades aux cerveaux lésés plutôt que sur des animaux non humains ». On avancerait l’heure de la mort pour maximiser le prélèvement d’organes, de sang, voire de neurones connectés,  en un « éloge de l’infanticide ». Comment, l’on voudrait voler la palme à un autre éloge que celui de la folie ?

      « Amputomanie, zoophilie, eugénisme » sont parmi les folies de ces universitaires d’Absurdistan, dont le docte essayiste fait son hochet sonore. Et hop la boum, l’on éradique toutes frontières : entre sexes, animaux et hommes, vie et mort ! L’art de la discrimination[8] s’étant perdu en route, l’on mélange les torchons et les serviettes, les rats pesteux et ceux qui éradiquent la peste ! Quand les concepts de limite, de frontière, voire de transgression, sont pensés par des philosophes un peu moins atteints de dementia praecox, comment ne pas se huiler les cuisses de rire devant un tel déni du réel, une confusion pire que celle des langues ?

      Mais, comme il y a chez tout sage un grain, sinon un plomb de folie, l’auteur de La Philosophie devenue folle a forcément une ou deux pattes folles. Si l’on peut admettre (est-on sûr que Jean-François Braunstein l’admette ?) que chacune fasse de son corps ce qu’il entend, comme le ou la drag-queen Conchita Wurst, qui est à la fois « con » et « saucisse », faut-il que la philosophie se fasse non plus libérale, mais prescriptive au point d’imposer des comportements idéologiquement normés, comme elle le reproche aux traditions de répartition obligée des sexes ? En outre, n’est-ce pas folie que notre élève méritant désapprouve les transplantations d’organes ? Que de rejeter l’euthanasie au secours d’une souffrance irréversible ? Que de jeter le bébé avec l’eau du bain en paraissant ôter bien de la validité aux études de genre, qui permettent plus de libertés dans les définitions des sexualités et de leurs marges ?

      Que notre essayiste aussi documenté qu’indigné se rassure : au cours de ma longue carrière, j’ai connu d’autres fous pire délirants que ceux dont il fouette les fesses et se rie, et qui ont passé : les hérétiques Stylites, Turlupins et Cathares, les dictateurs caligulins, staliniens, hitlériens et maoiens, quoique d’autres aient tendance à se longtemps planter au travers du monde comme une arête au travers de la gorge, sans compter ceux à venir et que vous ne voyez pas venir.

 

      Chers racornis du bulbe, chers siphonnés du bocal, ne suis-je pas votre mère la Folie, votre amie de cœur et de fesse ? Soyez-rassurés, je ne vous abandonnerai pas, veilleuse d’accouchement, qu’il soit gynécologique ou maïeutique, compagne de vos vies, et veilleuse de votre putréfaction dernière, quoique vous soyez déjà putréfiés par l’amollissement cervical, sous les coups répétés des grelots de mon bonnet. Remarquez que dans ma sage folie, je n’ai pas oublié l’immodeste auteur que vous lisez, et qui croit se dissimuler sagement derrière ma signature. Chers fous anticapitalistes, climatiques, chers demeurés du véganisme et de la pulsion totalitaire, chers fous de Justice sociale et de Llah, fous de votre couleur de peau et de la sagesse de votre nombril, oui, je vous l’accorde, oui, il vous est permis de baiser onctueusement mes pieds et mes entre-orteils avec la vénération qui convient à votre maîtresse aimée : la Folie.

 

À Folipolis, le treize octobre de l’an XVIII du deuxième millénaire.

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

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6 octobre 2018 6 06 /10 /octobre /2018 14:41

 

Glaucienne jaune, Pointe du Croc et Fosse de Loix, Île de Ré.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Ruines et mémoires de l’Histoire

de la République Démocratique Allemande

par Uwe Tellkamp, Lutz Seiler

et Nicolas Offenstadt :

La Tour, Kruso, Le Pays disparu.

 

 

 

Uwe Tellkamp : La Tour, traduit de l’allemand par Olivier Manonni, Grasset, 976 p, 25 €.

 

Lutz Seiler : Kruso, traduit de l’allemand par Uta Müller et Bernard Banoun, Verdier, 480 p, 25 €.

 

Nicolas Offenstadt : Le Pays disparu. Sur les trace de la RDA, Stock, 424 p, 22,50 €.

 

 

 

 

 

 

      De la République Démocratique Allemande, il ne reste rien ; qu’une ruine de l’Histoire. Tant mieux, oserions-nous dire, tant le communisme écrasait de son régime totalitaire et de ses industries polluantes des Allemands que l’on empêchait de fuir, cerclés de barbelés sur toutes leurs frontières. Cependant une nostalgie étrange la rappelle au souvenir, voire l’enjolive. Sans aller jusqu’à parler de coupable et aveugle nostalgie, il est nécessaire de se munir d’un regard en arrière, qu’il s’agisse de celui de l’historien ou de celui du romancier. Ainsi Uwe Tellkamp, avec La Tour, et Lutz Seiler, avec Kruso, s’ingénient, non sans un fort talent, à ranimer la laide endormie, l’un au moyen du récit d’une enfance, l’autre à la faveur d’une île venteuse de la Baltique. Deux romans à propos desquels la critique d’outre-Rhin ne tarit pas d’éloges. Qui, espérons-le, aura la même indulgence envers le ramassage de souvenirs pratiqué par Nicolas Offenstadt au Pays disparu.

 

 

      Peut-être Uwe Tellkamp (né à Dresde en 1968) est-il le Marcel Proust de la mémoire de l’Allemagne de l’Est ; en même temps que son Balzac pour le réalisme de la reconstitution… Sous sa plume, la mémoire de l’ex République Démocratique Allemande est maîtrisée avec brio dans La Tour, un roman total, paru en 2008, qui brasse un monde de personnages attachants et symboliques.

      Christian, probable alter ego de l’auteur, est un lycéen acnéique aux émois amoureux platoniques, dont l’enseignement est dominé par les « homélies » de l’instruction civique communistement correcte et par l’orwellienne surveillance de son professeur de russe, langue évidemment obligée, communisme soviétique oblige. Autour de lui, au-dessus de « la ville sidérurgique idéale » de Dresde, une famille, puis un réseau de personnages, gravitent. Ses proches perpétuent tant bien que mal les valeurs bourgeoises et d’élite, lecture ou violoncelle, venues de l’ancien monde… L’on est ingénieur, physicien, médecin, et ce microcosme, quoique privilégié, souffre de pénuries, d’une recherche et de moyens à la traîne, loin derrière l’Ouest. Le jeune héros, pensant devenir chirurgien (comme Uwe Tellkamp lui-même), ne peut que devenir indiscipliné devant l’aberration du système, traversant l’enfer du service militaire, des prisons de l’armée pour quelques mots d’ « outrage à l’Etat », jusqu’à ce que la soudaine et providentielle chute du Mur de Berlin le délivre…

      Sous le touffu roman de société, voire autobiographique, pointe un roman philosophique où l’on tente de garder sa dignité intérieure et intellectuelle, malgré les compromis, les doubles vies, les courages et les lâchetés, du moins pour ceux qui entourent le jeune homme, dominés par la figure de Meno, correcteur pour une maison d’édition et diariste secret, encerclé par les liens inextricables de la censure. Ce qui permet d’infiltrer un milieu littéraire gangréné par les jeux de pouvoir, de sentir l’aile de la satire sur la foire de Leipzig et ses intrigues éditoriales, « où les rapports de lectures donnent des maux de ventre idéologiques ».

     Par-delà l’ampleur du récit, la balzacienne description méticuleuse, un réalisme magique saupoudre ce tableau, comme pour tenter de se rédimer de la grisaille quotidienne et bassement politique, dont on ne peut s’échapper que par des rituels familiaux, amicaux et par une boulimie de lectures, seule évasion hors des barbelés de l’Etat communiste. Dans « La province pédagogique », la « Tour » est une image de l’utopie de l’homme nouveau communiste, mais aussi de la confusion babélienne de ses langages. On devine une allusion à la dimension initiatique de la « société de la Tour » chère à Goethe, dans Les Années de voyages et d’apprentissage de Wilhelm Meister. Autour de la « Maison des Mille Yeux », les personnages aux noms improbables, comme « Eschschloraque », ou « Le Vieux de la Montagne », écrivains, poètes, sont des excentriques aux pouvoirs et interrogations politiques complexes.

      Loin d’être une charge brutale contre le communisme révolu et sa police politique, la sinistre Stasi, c’est avec un doigté subtil que cet univers clos révèle son fonctionnement, ses illusions, ses failles, son totalitarisme. Sous le vernis de l’Est soviétisé, un monde délabré pointe son museau infâme, fait de fonctionnaires tatillons, de miliaires exerçant une menaçante « pesanteur » : l’on vit en un pays « aussi truffé de punaises qu’un studio d’enregistrement », où l’on se demande : « je dois donc commencer par faire un dossier sur cette fille, avant de tomber amoureux ? »

      Même si l’écriture nous rend ce régime disparu avec une sensible acuité, elle ne véhicule pas cette « Ostalgie » complaisante qui voudrait nous faire prendre des vessies pour des lanternes… Rarement on aura pénétré un univers avec une telle richesse de la perception et d’une mise en scène qui s’attachent aux « singularités dans le développement de la personnalité », au contraire des camps de jeunesse qui cherchent à les « éliminer ». Uwe Tellkamp, nouvelle icône de la mémoire est-allemande, qui écrirait dit-on la suite, post-chute du Mur, de cette épopée aussi vaste qu’intimiste, peut reprendre le credo d’un de ses personnages : « Ce qui m’intéresse, moi, ce sont les abîmes qui s’ouvrent dans l’être humain. J’en ai toute une collection. »

 

      Quoique d’une manière fort différente, il s’agit également de tenter de s’échapper de l’étouffoir communiste dans le roman de Lutz Seiler, Kruso, paru en 2014. Comme La Montagne magique de Thomas Mann, le roman commence par un voyage en train, celui d’un garçon nommé Ed. Ce n’est peut-être pas tout à fait un hasard, car il s’agit là aussi du roman d’éducation d’un jeune homme, un « bildungsroman », ce genre si allemand depuis Goethe.

      Pour Ed, ex ouvrier maçon, « Etudier était comme une drogue », fouiller la bibliothèque, lire Trakl et tout sur Trakl, connaître par cœur la poésie qu’il a lue ; voilà un solitaire, un être différent dans la grisaille de la RDA, « où se délabraient les chiffres des années ». Il est un « animal exotique dans le zoo du malheur humain », jusqu’à ce qu’il parvienne au bord de la mer Baltique. Puis sur l’île d’Hiddensee, « une mince bande de terre entourée d’une aura mythique », située à cinquante kilomètres du Danemark, donc de la liberté, car l’on sait, depuis Thomas More[1] (d’ailleurs nommé par Lutz Seiler), que « l’île est la patrie même de l’utopie », selon le philosophe Georges Gusdorf[2].

      Une fois trouvé un travail, plonge et épluchage d’oignons larmoyants, et un gîte dans un restaurant que l’on appelle « notre arche », notre jeune impétrant fait parmi les cuisiniers, serveurs et plongeurs, une rencontre cruciale, celle du personnage éponyme : Kruso, dont le nom est une allusion à Robinson Crusoé, et qui, comme en une allusion au roman d’Uwe Tellkamp, a sa chambre dans « la tour ». Il est son modèle, dans le cadre d’une tâche qui lui paraît faire sens, alors que le lecteur est en droit de la trouver abrutissante : « Une folie particulière dont l’essence se composait de restauration et de poésie leur permettait de maintenir leur arche hors de l’eau ».

      Sur cette île, en forme d’« hippocampe », aux paysages de falaises, de plages et de forêts ventées, étroitement surveillée par la police des frontières, ils sont « des naufragés », d’un régime dont on ne dit presque rien, mais dont on rêve secrètement de s’échapper. Ils sont des artistes, des poètes et des rêveurs, l’un s’appelant d’ailleurs « Rimbaud ». Parfois, on lit « un livre de l’Ouest ». Car la liberté est « le vieux secret de l’île », elle « chante comme une maudite sirène » aux oreilles de cette « communauté d’initiés », même si elle a ses règles, plus ou moins implicites, parfois étouffantes. Dans leurs folles soirées et beuveries, ponctuées de délires et de bagarres, dont l’une mortelle dans laquelle est impliqué et blessé Ed, ils proclament secrètement la « République libre d’Hiddensee ». Ceux que l’on aurait pu voir comme des « excentriques issus des bas-fonds du socialisme » deviennent quelque chose comme des héros d’une nouvelle épopée. Régulièrement, ils sont rejoints par de nouveaux aspirants, jeunes le plus souvent, d’où de nouvelles aventures amicales et sexuelles pour Ed, non sans une dimension presque religieuse : « tous ces naufragés étaient des pèlerins, des pèlerins en pèlerinage vers le lieu de leurs rêves ». Au point que des dizaines d’aspirants à l’au-delà de la Baltique se sont jeté dans ses eaux, espérant franchir la « ligne sanglante, comme tracée au scalpel », et gagner la Scandinavie, trouvant le plus souvent la mort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Le mystérieux Krusowitch, alias Kruso, qui écrit des poèmes en vue d’un recueil, sera arrêté par la police, puis relâché, criera à la trahison, se battra avec Ed, sera blessé, verra sa raison délabrée, comme si elle ne pouvait survivre à la chute imminente du communisme, puis, malgré les soins fournis par son ami, sera évacué. Ed affrontera seul à bord du restaurant l’arrivée de l’hiver, alors que le poste des garde-frontières s’est vidé. Nous sommes en 1989, le mur de Berlin vient de tomber…

      Il reste à Ed, cinq ans plus tard, un ultime pèlerinage, à la recherche des noms et de l’histoire des noyés de la frontière baltique. L’on gardera de lui cette comparaison avec un « moine » marchant entre plage et falaise, probablement une allusion au « Moine au bord de la mer » du peintre romantique Caspar David Friedrich.

      Fils d’une artiste de cirque et d’un officier soviétique, Kruso est-il une sorte de gourou ? Cette communauté laborieuse, enfiévrée lors du « culte orgiaque des Esskaas autour de l’arbre bouddhique », est-elle un autre collectivisme ? L’on peut, à cet égard, rester pantois devant quelques mots de la quatrième de couverture : « le projet fou de Kruso qui incarne tous les espoirs que le marxisme officiel a trahis ». Officiel ou pas, le marxisme, si l’on lit scrupuleusement Marx, ne trahit pas ses espoirs, puis que ce sont ceux du totalitarisme[3].

      Roman d’initiation sur l’amitié, la géographie et les frontières, la tyrannie et la liberté, Kruso développe une rêverie aux parfums de robinsonnade, d’utopie politique et anarchiste, non loin de l’atmosphère de La Tempête de Shakespeare et de l’esprit d’Arno Schmidt[4] : « Le continent n’était rien de plus qu’une sorte d’arrière-plan qui s’effaçait doucement en disparaissant dans l’éternel bruissement de la mer ; quelle importance, l’Etat ? »

      Porté par une écriture réaliste, néanmoins tout autant rêveuse et sensuelle, comme à l’occasion de « la bibliothèque au miel », envoûtante même, le roman de Lutz Seiler, par ailleurs poète et nouvelliste[5] né en 1963 en Thuringe, sait émouvoir son lecteur. L’on sait qu’il s’agit d’un roman partiellement autobiographique, puisqu’en l’île d’Hidensee il fut lui-même employé saisonnier d’un hôtel ; là il trouva sa vocation poétique. Même si la dynamique narrative n’est pas toujours au rendez-vous, Kruso s’imprime dans la mémoire du lecteur comme un code secret.

 

 

      Du regard subjectif des personnages et des romanciers, passons à celui qui se voudra plus objectif, de l’historien. Dans Le Pays disparu, Nicolas Offenstadt pose ses pas Sur les traces de la RDA. Ainsi, dans une usine abandonnée de Schwerin, un « dossier personnel » éparpillé sur le sol devient un « objet sous contrôle, prêt à être rationnalisé, ou du moins pensé par l’historien ». Le dossier de cette comptable l’amène à la rencontrer, plusieurs années après l’abandon, nous procurant un récit non dénué d’émotion.

      À l’instar de Meno, un personnage de Tellkamp qui conclue le volume avec des « journaux lavés dans l’eau », des « proclamations, oukases, livres, blocs-notes [qui] tombent en vrille en direction des hélices d’une turbine dans laquelle ils sont ramollis et déchiquetés », Nicolas Offenstadt est un explorateur urbain des documents résiduels, avant leur disparition imminente. Au lieu de les vomir avec la roue de l’Histoire, ainsi que le fait avec ironie le romancier, l’historien les traque, les collectionne, les scrute et en extrait la substantifique moelle.

      Il n’est pas sûr que la critique de la « délégitimation » faite par Nicolas Offenstadt ait notre assentiment. Légitimer la RDA reste une gageure au regard de cette partie annexée de l’Allemagne par le communisme soviétique, de façon à en faire un régime satellite, une industrie faussement prospère, un camp de concentration à ciel ouvert entre des barbelés à l’échelle d’un pays, une pauvreté pitoyable, une économie instantanément obsolète et dépassée par le capitalisme voisin qui entraîna la prospérité générale. Seul miracle, sa disparition paisible, en moins d’un an, entre novembre 1989 et octobre 1990, son investissement par l’aide économique occidentale, même si l’ombre du chômage put partiellement oblitérer cette douce vengeance légitime de l’Histoire. Aussi nombre d’ex-Allemands de l’Est, surpris d’ailleurs que l’on s’intéresse à leur passé, malgré un long corset de fer étranglant leur liberté, manifestent un attachement à ces décennies enfuies. Il faut comprendre que ce serait un peu se renier que d’affirmer le contraire. Il faut cependant émettre à ce propos une réserve d’importance : l’Historien n’a rencontré aucune des victimes de la Stasi, qui auraient bien des raisons d’en vouloir à ce symbole du communisme est-allemand : une redoutable police politique tatillonne, tyrannique et omniprésente.

      Aujourd’hui encore, et malgré l’aide considérable apportée à l’ex Allemagne de l’Est, sauf à Berlin, Dresde ou Leipzig, les villes moyennes et les campagnes sont à la traîne. S’il faut jeter tout cela au passif monstrueux du communisme, Nicolas Offenstadt rappelle que le nombre des crèches, proportionnellement plus élevé qu’à l’Ouest, permet de ne pas faire que jeter un monceau d’opprobres sur le passé.

      Ne subsiste à peu près plus que la mémoire, dans les esprits des déjà anciens, dans les friches industrielles, les immeubles de la Stasi, les vide-greniers et les Trabant. C’est ainsi qu’un brin d’« ostalgie » est entretenu. C’était gris et mal payé, au moins tout le monde avait un travail, ou était pensionné en prison, et l’on préfère un folklore passablement mensonger. Voire une idéologie qui, devant l’épreuve pourtant visible des faits, préfère vanter un communisme bienheureux ou, du moins, s’il avait été mieux appliqué, meilleur encore. C’est ainsi que la « connaissance inutile[6] » est balayée par la superstition marxiste…

      Reste que la démarche d’archiviste des friches urbaines, des rebuts et des traces, pratiquée par Nicolas Offenstadt, est aussi attachante que pleine de suspense. Comme cette Maison de la culture (une antiphrase en pays communiste, malgré l’abondance de fresques, mosaïques et sculptures propagandistes) désertée à Francfort sur l’Oder, et qui, après le passage de l’enquêteur, un soupçon poète élégiaque pour l’occasion, succombe sous le coup d’un incendie. Car rien de plus étonnant qu’un pays qui, d’un coup, abandonne son Histoire, non pas saccagée comme Rome par les Barbares, mais dispersée dans la poussière avec la fin espérée des Barbares. Originale est à cet égard l’ostgraphie réalisée…

 

      Adieu Marx, Lénine et Staline, jetés aux poubelles de l’Histoire, quoiqu’il en reste d’absurdes nostalgiques. Comme lorsqu’en 2003 Wolfgang Becker sortit un film intitulé Good Bye Lenin qui obtint un fort et ambigu succès. Suite à la fuite vers l’Ouest de son mari, Maman Kerner s’investit à fond dans la société communiste berlinoise, au point d’être fêtée par le Parti. Mais à partir d’octobre 1989, un infarctus la condamne à six mois de coma. C’est à son réveil que ses enfants décident, pour la ménager, de lui cacher la chute du régime, l’occidentalisation, l’insolence du capitalisme, au point de réaliser de fausses informations télévisées et d’enrôler des comparses, tombés dans le chômage. Quoiqu’elle ne soit plus longtemps dupe, elle joue le jeu auprès de son fils, reconnaissante d’un tel amour… Faut-il lire ce film, outre l’hommage à l’amour filial, comme l’allégorie d’une nostalgie communiste émerveillée, cependant grotesque et coupable ? À moins qu’il faille l’imaginer comme un vaste apologue ironique…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Tellkamp est parue dans Le Matricule des anges, avril 2012

 

[2] Georges Gusdorf : Mythe et métaphysique, Champs Flammarion, 1984, p 315.

[5] Lutz Seiler : Le Poids du temps, Verdier 2015.

 

Steinegg / Collepietra, Trentino Alto-Adige / Südtirol. Photo : T. Guinhut.

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1 octobre 2018 1 01 /10 /octobre /2018 16:50

 

La Vueltona, Camaleño, Picos de Europa, Cantabria.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

À l’ombre de Tanizaki :

de l’Eloge de l’ombre au Noir sur blanc.

 

 

 

Tanizaki Jun’ichiro : Louange de l’ombre, traduit du japonais

par Ryoko Sekiguchi et Patrick Honoré, Philippe Picquier, 112 p, 13 €.

 

Tanizaki Jun’ichiro : Noir sur blanc, traduit du japonais

par Ryoko Sekiguchi et Patrick Honoré, Philippe Picquier, 256 p, 19,50 €.

 

      Il est des ombres esthétiques chez le japonais Tanizaki, celles de Louange de l’ombre, et d’autres plus vénéneuses, dans un récit écrit « noir sur blanc », ou comme dans sa célèbre Confession impudique, ou encore le Journal d’un vieux fou. L’on croyait tout connaitre de Tanizaki Jun’ichiro (1886-1765) grâce aux deux volumineux Pléiades proposant ses Œuvres, là où son essai ombreux, qui bénéficie aujourd’hui d’une nouvelle traduction, le dispute en réputation avec une production romanesque profuse. Etonnamment, il restait au moins un inédit, du moins en traduction française, un roman divertissant et un brin pervers. Disons-le tout net : il ne s’agit là en rien d’un fond de tiroir. Noir sur blanc, publié en 1928, est un titre mystérieux, quoique il nous entraîne vers les rives du roman noir, ce qui n’est ni tout à fait faux, ni tout à fait vrai. Assassiner ses personnages conduirait-il à faire de l’écrivain un réel tueur ?

 

      Ouvrez-nous vos toilettes, nous vous dirons qui vous êtres, ou du moins de quelle culture vous relevez. Une fois passé le premier chapitre de Louange de l’ombre consacré aux nécessaires et cependant gênantes nouveautés technologiques (chauffage et électricité), à l’occasion desquelles il faut « sacrifier le pratique à l'esthétique » traditionnelle de la maison nippone, il peut paraître surprenant qu'en la demeure Tanizaki entre dans le vif du sujet en nous entretenant de ce lieu d’aisance, intime et peu ragoutant. Au rebours de nos lieux aseptisés, blancs et brillants, il préfère entrer « en méditation » en un cabanon : « Pour goûter cette volupté, il n'est de lieu plus adéquat que des toilettes japonaises, entouré de murs sobres et de bois joliment veiné, un œil sur le bleu du ciel et le vert des arbres ». Là, dans une juste pénombre, comment ne pas composer un bouquet d'haïkus ? Notons qu’à l’occasion d’une première traduction‌ sous le titre d’Eloge de l'ombre[1], René Sieffert proposait : « à l’abri de murs tout simples, à la surface nette », ce qui est fort différent, voire de l’ordre du contresens, quoique nous ne lisions pas le japonais. Comment faire la Louange de l'ombre sinon au travers des mots de Tanizaki ? L'on pourrait imaginer qu'en telle labile matière le doigté du traducteur serait essentiel. Certes. Mais qu'il s'agisse de la plus ancienne, parue en 1977, ou de celle-ci par Ryoko Sekiguchi et Patrick Honnoré, une ombre soyeuse passe ; même si la blancheur trop immaculée des pages est passablement blessante pour la vue. Aussi intense, fluide et richissime qu’apparemment mince, l’ouvrage enveloppe son lecteur dans une délicieuse atmosphère.

      L'attention de l'écrivain est curieuse, attentive, omnivore : « même un banal objet de bureau a une influence infinie ». Or la luminosité la plus propre à l’expression ne peut être que primordiale, mais c’est celle de l’ombre : « Notre musique est discrète et mouvante par nature […] De même pour nos arts oratoires : nos voix sont délicates, nos paroles sont mesurées »… Car « ce qui brille trop fort ne procure pas la paix de l’esprit ». Ainsi le vert du jade est-il préférable aux éblouissements du diamant ou du rubis, si l’on sait « trouver du charme à ces pierres mystérieusement opaques jusque dans leurs tréfonds d’une lumière mate et onctueuse, comme la coalescence d’une lumière vieille de plusieurs siècles ». Si hélas nous ne lisons pas le japonais, une telle phrase semble procurer la sensation de la perfection poétique…

      Ainsi traduite, la prose de Tanizaki parait pouvoir être lue comme un poème. Il use d’oxymores sans violence : « nous préférons le brillant ombré au clinquant superficiel ». Comme lorsqu’à la cassure d’un humble bol, plutôt qu’un neuf, le Japonais esthète préfère fondre un éclair d’or mat pour lui rendre sa concavité. De même les couleurs de la laque ne s’apprécient qu’au moyen « de couches de ténèbres ». De surcoît « la peau du papier occidental donne presque l’impression de renvoyer la lumière, là où celle du papier chinois ou du hôsho, comme un doux duvet de première neige, l’absorbe en elle »…

      Toutes les composantes de la culture japonaise la plus raffinée sont baignées par ce lait d’ombre. La cuisine par exemple : elle « est faite pour être méditée ». Goûtant une « pâte de fruit yôkan », il faut au préalable goûter avec les yeux de la méditation « sa surface translucide et nuageuse comme du jade ». Toute une émotion spirituelle se glisse dans les sens : « Lorsqu’on porte en bouche cette chose fraîche et lisse, c’est comme si la pénombre de la pièce entière se transformait en une masse de douceur fondant sous la langue ».

 

     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      De la pénombre d’un temple à celle de d’une demeure abritée de l’excessive insolence solaire par un auvent, une fragile et durable cohérence relie les fils d’ombre d’une esthétique : « la beauté ne réside pas dans les objets mais dans le jeu d’ombres qui se crée entre les objets, dans le clair-obscur ». Jusqu’à la femme japonaise, aux dents soigneusement noircies : « nos ancêtres ont considéré les femmes comme des laques parsemées de poudre d’or ou de nacre, inséparables de l’ombre, et les ont plongées autant que faire se peut dans le noir, les ont couvertes de longs vêtements à longues manches, d’où seule dépassait la tête, distinguée du reste », blanche et poudrée comme l’on sait. Certes la condition de la femme japonaise n’est pas toujours enviable, mais la condition de la beauté, si. Il nous faudra, à nous autres béotiens occidentaux, une remise en question profonde et une souplesse mentale hors pair pour savoir l’apprécier comme il se doit selon Tanizaki : « Je n’imagine pas visage plus blanc que celui d’une jeune femme qui sourit en laissant apparaître de temps à autre ses dents d’une noir de laque entre ses lèvres vertes comme un feu follet, dans l’ombre tremblotante d’une lanterne ». Il faut aller jusqu’au bout de l’essai, et de la démarche, pour trouver ceci : « Je voudrais allonger l’avant-toit du sanctuaire qu’est la littérature, assombrir ses murs, plonger dans le noir ce qui est trop visible, en éliminer les décorations intérieures inutiles ». Ainsi se dessine un art d’écrire…

      Composé en 1933, ce traité d'esthétique profondément délicieux, outre sa leçon d’humilité, parait d'abord un éloge paradoxal, de ces éloges qui vantent un objet déplaisant au premier regard, comme « L'éloge de la mouche[2] », chez le philosophe Grec de l’Antiquité Lucien. D’autant paradoxal que selon l’un deux traducteurs et préfacier, « une telle esthétique de l’ombre subsiste davantage en Occident qu’au Japon, où l’on est en permanence assailli par une lumière blanche et crue ». Semble-t-il, du moins en Occident, où l’on peut jouir d’un dîner aux chandelles, que nous devions préférer la lumière à l'ombre ? Loin d'être angoissante ou dépressive, celle-là est fraîche, paisible. Aussi Tanizaki prend soin de transmettre une sensibilité japonaise pérenne, cependant déjà ancienne à son époque gagnée par l’occidentalisation. Ce qu’il poursuivra en traduisant en japonais moderne le Roman du Genji, venu du XI° siècle, où « chaque expression se trouve légèrement voilée, dit-il, comme la lune entourée d’un halo[3] ».

 

Meiryusai et Sensai : Vues diverses des dix mille choses, Tokyo, 1880.

Photo : T. Guinhut.

 

      Hors la symbolique du bien et du mal, ce Noir sur blanc est celui des caractères imprimés sur la page. En effet, le héros de ce roman, ou plus exactement anti-héros, Mizuno, est écrivain. C’est un solitaire, passablement médiocre et velléitaire, peinant à livrer ses textes au magazine qui l’emploie, impécunieux, payant des prostituées, courant après son fantasme de femmes vénales. Sa liaison avec une dactylo veuve d’un Allemand dont il prétend faire son « jouet » devient un rameau secondaire du récit : « je voudrais que tu inventes une intrigue pour moi », lui demande-t-il. Aussi se métamorphose-t-elle : « une femme, un fauve, une divinité ». Les affres et les images de l’érotisme rappellent La Confession impudique. La satire n’est pas sans un discret et cruel humour.

      Le romancier pousse le réalisme à sa dernière extrémité. Le crime que son personnage commet dans « Jusqu’au meurtre » doit être le double de celui qu’il réussit, sans autre mobile apparent : « un meurtre réel basé sur un roman qui décrivait un meurtre fictif ». Echo du Raskolnikov de Crime et châtiment de Dostoïevski, il se sent « capable d’accomplir n’importe quel crime en toute indifférence ». Hors ce qui pourrait permettre d’identifier le meurtrier, la victime doit ressembler à son modèle. Hélas l’écrivain, toujours en retard pour rendre ses manuscrits, laisse passer une coquille : le nom exact de la victime dans la vraie vie ! Une fois publié, « Jusqu’au meurtre » est bientôt suivi par la rédaction d’une suite : « Jusqu’à ce que l’auteur de « Jusqu’au meurtre » meure »…

      Le Kojima en question, qu’il compare à une « chaussure qui parle », à une « vieille godasse », est en effet tué. Notre écrivain, pris par les brumes de l’alcool et de la luxure, l’aurait-il caché à son lecteur ? N’est-ce qu’une désastreuse coïncidence ? L’alibi selon lequel il a passé la nuit du meurtre avec cette femme sans nom semble bien fragile, tant il est impossible de retrouver son logis, tant elle fut prudente, devant la littéraire préméditation. D’autant qu’il a tué un paquet de personnages dans ses romans : « D’ailleurs, si son épouse l’avait quitté, c’est bien parce qu’il en avait écrit trois ou quatre coup sur coup où le meurtrier assassinait sa propre femme »…

      La dimension policière est certes attrayante ici, mais outre l’analyse psychologique fouillée, il est question de l’engagement de l’écrivain : jusqu’où doit-il pousser le scrupule et l’exactitude, doit-il risquer sa liberté, sa vie, dans le souci de son œuvre ? L’inspecteur qui l’interroge est évidemment un de ses lecteurs perspicaces, qui n’a guère de doute sur l’implication de son interlocuteur. L’éditeur quant à lui « sautera de joie », car il publiera une œuvre célèbre : « le roman qui a coûté la vie à son auteur » !

Ce jeu de miroir est-il un autoportrait ironique de l’auteur lui-même ? Tanizaki est coutumier des personnages tourmentés qu’il tourmente à plaisir, en un kaléidoscope de fictions et de sensations, de délicieuse perversion. Son histoire est un chef d’œuvre machiavélique, au point que fiction et réalité finissent par se refermer sur l’écrivain-marionnette pour le broyer entre leurs serres. Que le lecteur soit rassuré, il ne lui arrivera rien, pas même une inculpation pour complicité. Nous l’avons échappé belle !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Selon la critique japonaise de Tanizaki, le « diabolisme » irrigue l’œuvre de toute une vie. En effet, dans Le Kilin[4] siège une terrifiante femme séductrice, dans Le Démon, une femme fascinante entraîne un personnage au crime ; elles sont l’écho de ces terribles femme-fantômes qui parcourent la tradition fantastique japonaise[5]. C’est dans la direction de la Terreur et de La Haine que vibrent les cordes narratives de ses récits, tendues vers Une Mort dorée. En ce dernier titre, le héros, qui fit de sa vie une œuvre d’art, se donne la mort en se couvrant d’or, de façon à servir le Beau jusqu’à son ultime expression. Un érotisme virulent, masochiste, dans Un Amour insensé pour une occidentale à la blanche peau, voire morbide, côtoie un fétichisme aigu dans Le Pied de Fumiko ou La Mèche. Pire, un personnage de La Mère du général Shigemoto va jusqu’à prendre possession de la boite qui doit contenir les excréments de sa belle… Avec La Clef (d’abord publié en France sous le titre de La Confession impudique), dans lequel les deux diaristes échangent leurs journaux intimes,  le scandale n’est pas loin. Car une épouse, plus manipulatrice que jamais, épuise la sexualité de son mari, dissimulant par là même une intention criminelle à l’égard de l’époux consentant. Au-delà des traditionnelles histoires de geishas et de prostituées, l’honorabilité du couple japonais en prend un coup. Il n’y a pas ici la moindre ombre pour feutrer la chose.

      Reflet des tensions personnelles d’un auteur que ses mariages affligent ou subliment, cet amoralisme se heurte à une société notoirement puritaine. Les masques du théâtre kabuki, puis du roman policier, comme dans Noir sur blanc, permettent de faire passer des pulsions à la croisée du crime et de l’esthétique. Comme celle, japonaise, du « hentai », qui associe perversion et métamorphose : pensons à la fameuse femme qu’enlace la pieuvre suceuse d’Hokusai. Le « hentai » trouvera d’ailleurs dans le manga contemporain des développements infinis.

      Les dernières œuvres de l’écrivain croiseront les ombres d’Hiroshima et de Nagasaki, les fantômes de ses amis morts, le spectre de sa prochaine disparition. Spectre qu’il tente de narguer, de dépasser, en usant d’un registre tragi-comique dans l’ultime Journal d’un vieux fou...

 

      Inoubliable auteur d’une esthétique paradoxale, qui associe un érotisme parfois cruel à l’ombreux « goût du zen », et qui cependant peut séduire un Occidental averti, Junichiro Tanizaki relate dans ses Années d’enfance un souvenir hautement symbolique. À l’occasion d’un tremblement de terre, il se réfugia contre sa mère : « je barbouillais de traits noirs les seins de ma mère », ce avec son « pinceau à calligraphier[6] ». Faut-il penser qu’il s’agit du point d’orgue inaugural de l’œuvre entière ?

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Noir sur blanc a été publiée dans Le Matricule des anges, juillet-août 2018

 

[1] Tanizaki Jun’ichirô : Eloge de l’ombre, Publications Orientalistes de France, 1977.

[2] Lucien : « Eloge de la mouche », Œuvres, t II, Hachette, 1874, p 267.

[3] Tanizaki Jun’ichirô : Œuvres, La Pléiade, 1998, t I, p XI.

[4] Toutes les œuvres ici citées sont publiées dans les deux volumes de la Pléiade.

[6] Tanizaki Jun’ichirô : Années d’enfance, « Haute enfance », Gallimard, 1993, p 100.

 

Lago di Fazzon, Trentino Alto-Adige.

Photo : T. Guinhut.

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26 septembre 2018 3 26 /09 /septembre /2018 18:20

 

Fresques XIII° siècle, St Katherina, Tiers / Tires, Trentino Alto-Adige / Südtirol.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Pour l’amour du Moyen Âge.

Jacques Le Goff :

Hommes et femmes du Moyen Âge ;

C. H. Lawrence : Le Monachisme médiéval ;

Pascale Fautrier : Hildegarde de Bingen.

 

 

 

Jacques Le Goff : Hommes et femmes du Moyen Âge, Flammarion, 448 p, 25 €.

 

 C. H. Lawrence : Le Monachisme médiéval, Les Belles Lettres, 432 p, 27 €.

 

 Pascale Fautrier : Hildegarde de Bingen. Un secret de naissance, Albin Michel, 352 p, 22 €.

 

 

 

 

 

 

      Un trou noir semblait anéantir la civilisation, du moins selon la vision héritée des Lumières, entre le déclin de l’Empire romain et la relève de la Renaissance. Pourrions-nous cependant croire qu’un millénaire soit dépourvu de personnalités marquantes, en même temps que symboliques de cet âge élevé de la chrétienté ? Or Jacques Le Goff, ange de l’Histoire, vient peser les âmes médiévales, avec son livre Hommes et femmes du Moyen Âge, qui, au-delà d’une portée biographique, permet de comprendre les enjeux et la mémoire d’une ère bien plus fascinante qu’il n’y parait. Si l’on y vit à l’ombre de l’Eglise chrétienne, elle est plus lumineuse qu’imaginée, y compris dans le cadre du Monachisme médiéval examiné par C. H. Lawrence. Au point que l’on y trouve également place pour les femmes, comme cette étonnante Hildegarde de Bingen, dont Pascale Fautrier restitue l’identité historique et intellectuelle.

 

      Suave invitation, initiation brillante, somptueusement illustrée, ainsi se présente cette nouvelle édition[1] de l’encyclopédique Hommes et femmes du Moyen Âge, rédigée avec clarté et sous la direction de Jacques Le Goff par une brassée d’historiens zélés. Parmi une bonne partie de l’Europe (n’est-elle pas née au Moyen-Âge ?[2]), et selon la progression chronologique, l’on voyage allègrement du IV° siècle pour Saint Augustin d’Hippone, au tournant de la Renaissance (quoique cette dernière ne soit qu’une certaine continuité) pour Christophe Colomb, qui « agissait comme un homme typiquement médiéval ». Sans omettre, avec un certain humour, des « personnages imaginaires » : il n’est à cet égard pas certain que les lecteurs chrétiens seront ravis de trouver, à mi-chemin d’Arthur et de Satan, de Mélusine et de Renart et de Robin des Bois, la Vierge Marie… Cependant la vérité historique du personnage étant faible, mieux vaut la considérer sous l’angle du développement du culte marial…

      Figurer les personnages célèbres peut paraître une façon de dire l’Histoire passablement désuète, tant on s’est évertué à en fouiller la dimension sociale, des mœurs et des sensibilités, comme le font Alain Corbin[3] ou Jean-Claude Bologne[4]. Ce sont cependant, affirme avec pertinence Jacques Le Goff, les « révélateurs de leur temps ». À n’en pas douter, il s’inscrit dans la tradition des Vies parallèles des hommes illustres de Plutarque. Là ne voisinent pas seulement rois guerriers et ecclésiastiques, mais aussi des savants, y compris dans le domaine de la musique, comme Gui d’Arezzo qui inventa le système de notation musicale qui est encore le nôtre, ou Suger, « l’inventeur de l’art gothique », ou encore Raymond Lulle qui appris l’arabe pour convertir les infidèles par l’argumentation plutôt que par l’épée.

      Il s’agit d’alors de corriger des présupposés. Bernard Gui, par exemple, n’est pas le fanatique inquisiteur de Toulouse que l’on croit, mais un « juge pondéré ». Autre présupposé, la Renaissance comme nouvelle ère. Ce qui serait une hérésie pour bien des historiens, Jacques Le Goff estime que cette dénomination, si elle est justifiée dans le domaine des arts, devrait plutôt laisser place à un plus long Moyen-Âge qui ne prendrait fin qu’avec l’Encyclopédie des Lumières et la Révolution industrielle, ce qui n’a rien de saugrenu.

      Contrairement à ce l’on pense communément, les femmes ne sont pas méprisées au Moyen-Âge. Certes elles ne peuvent être prêtres, mais bien reines, comme Aliénor d’Aquitaine, béguines, moniales, mères supérieures de couvent, Dames de courtoisie, enfin Saintes, ce qui est le sommet de l’humanité pour la Chrétienté. Ainsi, au-delà de Jeanne d’Arc, l’on découvre une aristocrate lettrée du IX° siècle, Dhuoda, une auteur de deux sagas islandaises, Gudrid Thorbjarnardottir, sans omettre la fastueuse Hildegarde de Bingen ou Christine de Pisan.

 

 

      L’on pourra s’étonner de ne guère trouver ici d’artistes, hors Hildegarde de Bingen déjà nommée, les peintres Cimabue, Giotto et Jean Fouquet, mais songeons qu’ils étaient alors le plus souvent anonymes. La présence d’écrivains doit nous en consoler, lorsqu’ils sont de la carrure de Dante[5] et de Boccace, dont Le Décaméron est « un message de liberté, qui vaut pour la femme comme pour l’homme (chose inouïe pour l’époque !) ». Sans compter la puissance du théologien Saint Thomas d’Aquin, auteur de la monumentale Somme théologique, qui affirmait d'ailleurs en son prologue : « Ainsi est-ce bien une même conclusion que démontrent l’astronome et le physicien, par exemple, que la terre est ronde[6] ». Ce qui, à l’encontre des ignorants qui proclament qu’alors l’on pensait la terre plate, confirme la thèse de Jacques Le Goff : « Mon Moyen-Âge s’éloigne radicalement -il en est presque le contrepied- de l’image d’un Moyen-Âge obscurantiste ». Cette immense période créatrice, technologique, philosophique, musicale, littéraire et poétique[7], s’affirme encore plus à partir du X° siècle pour culminer dans « le temps des cathédrales » pour reprendre le titre de Georges Duby[8].

      La naissance des langues romanes, français, italien, ou de l’anglais, sont également des traits saillants d’un Moyen-Âge pourtant abonné au latin. Le courtois Bernard de Ventadour, Chrétien de Troyes, Dante et Chaucer sont parmi les créateurs d’un esprit nouveau. Or pas de personnalités juives ici, car souvent chassés d’Europe, comme Maimonide qui partit écrire au Caire ; peu de musulmanes, hors Averroès, tant ses commentaires d’Aristote plurent aux scolastiques, et Saladin qui chassa les Croisés de Palestine, considéré cependant comme un homme vertueux.

      Plaisir de l’esprit, ce volume est également un bonheur pour les yeux : parmi sculptures, peintures et vitraux, ce sont les manuscrits enluminés qui pullulent, colorés, éblouissants. Par exemple ceux consacrés aux Commentaires sur l’Apocalypse par l’abbé Beatus de Liébana, composés à partir de 776. Car le Moyen-Âge c’est aussi l’abandon du papyrus en faveur du parchemin, du volumen en faveur du codex : notre livre.

      Les esprits chagrins trouveront peut-être que certaines biographies sont un peu succinctes, oubliant par exemple que le grand Charlemagne fit massacrer 4500 Saxons. Rappelons-leur que ce livre a le mérite d’offrir une vision panoptique du Moyen-Âge, et qu’une telle initiation invite à poursuivre ses recherches, ne serait-ce qu’au moyen de la bibliographie.

 

 

      Sans nul doute Saint Benoît de Nursie, fondateur entre 530 et 540 de la règle bénédictine, est l’une des personnalités marquante de l’ouvrage de Jacques Le Goff. Il est également l’un des piliers du Monachisme médiéval, bellement rédigé par Clifford Hugh Lawrence, qui, lui aussi, permettra de saper bien des préjugés sur les moines fainéants et oppresseurs, libidineux et abrutis par les messes trop matinales, même si de tels excès ont pu exister.

      Avant le IV° siècle, celui qui désirait se consacrer à Dieu recherchait la solitude du désert, entre Egypte et Syrie, comme le fit Saint Jérôme[9]. Ce pourquoi le vocable monachisme vient du grec « monos » qui signifie « seul ». L’anachorète, l’ascète, l’ermite fuient le monde et les passions humaines, choisissent le renoncement, la pauvreté et l’élan vers la transcendance, l’union avec Dieu enfin. Outre Saint Antoine, l’on se rappelle Siméon le Stylite, qui vécut quarante-sept ans isolé au sommet d’une colonne.

      Peu à peu cependant, le cénobite préfère la compagnie de ses semblables : sous l’impulsion de Saint Pacôme, l’on s’agrège en communautés. Avec Saint Basile, l’on doit préférer, à la vie solitaire, la loi de la charité, d’où la communauté, où l’on doit obéissance au Père supérieur : l’abbé. C’est toute la justesse de la pensée de Saint Benoît que d’établir cette règle qui veut que le moine partage sa journée entre la prière, le travail et l’étude. Au contraire de règles parfois sévères, voire cruelles, la règle de Saint Benoit est celle d’une « famille spirituelle » indulgente : « Nous espérons, écrit-il, n’inspirer rien de pénible, rien d’accablant ». Choisir d’adhérer à une telle règle est une prison rassurante, mais ouverte en direction de l’altitude de la spiritualité. Voilà de plus qui permet de lutter contre l’acédie, ce démon de l’ennui et de la mélancolie, et de servir à la fois les hommes et Dieu. En Gaule, ce sont les « saints itinérants », Saint Martin de Tours et Saint-Hilaire de Poitiers, qui répandirent le monachisme occidental, puis en Irlande avec Saint Patrick, mais aussi en Espagne, dans l’Empire germanique…

      Il fallait alors composer avec le pouvoir politique, qui parfois dotait les monastères. Ce pourquoi, une certaine adaptation étant nécessaire, naquirent d’autres règles, d’autres ordres monastiques. Cluny, fondée en 909 devint une véritable pépinière : « À la fin du XI° siècle, au faîte de sa magnificence, Cluny était à la tête d’un empire monastique comptant des centaines d’abbayes d’obédience et de prieurés dans toute l’Europe occidentale ». Un tel succès s’explique par son message : « le monde séculier irrémédiablement pécheur » n’a pour seul recours que la vie monastique, « seul chemin vers le salut » face à la menace du Jugement dernier. Mais au XII° siècle, des troubles semèrent la confusion. D’aucuns voulaient revenir à « l’Eglise primitive ». Moins de richesse, moins de corruption avec le monde séculier, clamaient-ils. D’où le retour aux mouvements érémitiques, avec Saint Bruno et les chartreux. Revenir à la simplicité christique, tel fut le vœu de Sain François, donc des franciscains et des frères mendiants. À Cîteaux, les cisterciens désiraient une vie « ascétique et isolée ». D’où la célèbre controverse entre cisterciens et clunisiens. D’autres ordres apparurent, parfois militaires à l’occasion des croisades, comme les fameux chevaliers du Temple, parfois hospitaliers. Mais au cours du XIV° siècle, le déclin des effectifs, les guerres et la peste, dispersèrent et fanèrent nombre de communautés monastiques. Le XV° siècle ne les vit pas disparaître, mais diminuer drastiquement…

      Ne l’oublions pas : bien vite, le fleuron des monastères devint le scriptorium, où l’on produisait la plus grande majorité des manuscrits, souvent enluminés, sacrés et profanes, tel Aristote traduit presque entièrement par Jacques de Venise au Mont Saint Michel[10], qui peuplaient les bibliothèques du Moyen-Âge.

      Moins documentés sont les monastères féminins. Sont-elles « moniales ou servantes ? » La règle est aménagée à l’égard du « sexe faible », qui ne peut travailler aux champs. Les nonnes sont recluses et se voient refuser tout rôle apostolique. Leurs monastères sont soumis à l’autorité de ceux masculins. Ce qui n’empêcha pas la prolifération des « sœurs cisterciennes » et des « béguines », tenantes d’une « forme de vie religieuse plus libre et plus novatrice », quoique vue parfois comme hérétique. Travaillant le tissage, la couture et la broderie, elles subvenaient à leurs besoins et sortaient pour soutenir les pauvres et les malades.

      Ecrit en réponse et en remerciement à l’égard de l’hospitalité des Bénédictins de Saint-Benoît-sur-Loire, cet essai ne prétend pas être une somme définitive, mais à une telle modestie répond une érudition amène et roborative. L’on saura ce qu’est un novice et un oblat, l’on connaîtra le rôle éducatif des monastères… Avec soin et alacrité, C. H. Lawrence dresse un tableau riche et documenté, précis et nuancé du bouillonnement du monachisme. Nanti d’une bibliographie et d’un précieux index des lieux et des personnes, de chapitres clairement disposés, de « L’appel du désert » aux « frères mendiants », c’est un ouvrage aussi didactique que plaisant, qui, au-delà de paraître bien austère par son sujet, est tout à fait passionnant. Et bien qu’il ne nous donne pas forcément l’envie de devenir moine, il a la délicieuse capacité de captiver son lecteur.

      Le péché mignon des biographies de saints est l’hagiographie, c’est-à-dire une vie idéalisée, en vue d’édifier le lecteur et de le conduire à une adhésion sans faille au bien-fondé de la religion chrétienne et de sa destination divine. Or Pascale Fautrier œuvre avant tout en historienne, montrant qu’Hildegarde de Bingen n’est pas native d’un modeste village de Rhénanie, comme aimerait le laisser croire la pieuse légende. Elle voit le jour en effet en 1098 et, quoique restée peu connue dans la clôture de son couvent des bords du Rhin jusqu’à l’âge de quarante ans, elle est bien native d’un domaine royal, la forteresse de Bökelheim. Certes l’auteure reprend la thèse de Franz Staab, mais ce dernier, mort trop tôt, lui laissa reprendre le flambeau. Une enquête minutieuse permet alors de retracer le parcours d’une femme emblématique.

      Nous connaissions les talents de Régine Pernoud, qui commit un agréable Hildegarde de Bingen[11]. Or à cet exercice d’admiration, voire de « prosélytisme chrétien », Pascale Fautrier ajoute une conscience d’historienne critique, voire fort polémique (l’est-elle trop ?) à l’égard de ses prédécesseurs en la matière, y compris Sylvain Gouguenheim[12]. Hildegarde n’a rien d’une jeune moniale inculte, elle est assez vite « magistra » des jeunes oblates, abbesse du monastère de Rupertsberg et déjà connue comme thaumaturge. Mais, à quarante-deux ans, une « tempête visionnaire » l’assaille, au point qu’elle doive consigner ses cosmologiques, prophétiques et apocalyptiques visions dans le Liber Scivias, encouragée en la matière par son « prieur » et secrétaire Volmar. L’équivalent de six cents pages imprimées, trente-cinq fascinantes illustrations de la main de l’auteure, le « Sache les voies du Seigneur » relate et figure vingt-six visions mystiques. Que l’ascétisme, le régime exclusivement végétarien, les migraines ou l’ergot de seigle aient pu contribuer à de telles hallucinantes visions n’enlève rien à leur beauté et à la rectitude de leur théologie morale. Suivront Le Livre des mérites et Le Livre des œuvres divines. Ce dernier est une théologie du cosmos, dans laquelle la terre, le corps humain, l’âme et Dieu sont en relation. Une figure angélique, pour donner un exemple, s’adresse à notre prophétesse : « C’est moi l’énergie suprême, l’énergie ignée. C’est moi qui ai enflammé chaque étincelle de vie. Rien de mortel en moi ne fuse. De toute réalité je décide. Mes ailes supérieures englobent le cercle terrestre, dans la sagesse je suis l’ordonnatrice universelle[13] ». C’est splendide, certes un peu fumeux, mais pas si loin finalement des prophéties de William Blake[14].

      Incroyable Hildegarde de Bingen, qui alla jusqu’à prêcher en public contre le fanatisme cathare, puritain, misogyne et antiaristocratique. En un monde dominé par les hommes, elle publia au XII° siècle ses somptueuses affabulations mystiques, qui reçurent l’assentiment des pouvoirs religieux et politiques, séduits par ce qui devient un levier de la gloire de l’Eglise germaine. De plus, porter Hildegarde au pinacle, ce fut un moyen de « lutter contre le rationalisme naissant ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Malgré ses encyclopédiques connaissances médicales et botaniques dans les pages de son Liber subtilatum diversarum naturarum creaturarum, elle n’est pas un esprit scientifique rationnel, mais une compilatrice inspirée. Ce Livre des subtilités des créatures divines ne permet guère d’identifier toutes leurs plantes ; en revanche son apport dans le cadre de ce que nous appelons la médecine psychosomatique n’est pas sans intérêt. Enfin Les Causes et les remèdes peut aujourd’hui étonner par une certaine « crudité sexuelle », cependant conforme à la théologie du mariage de l’époque.

      Pour elle, « l’âme est musique par essence » et « félicité ». Ce pourquoi elle compose de la musique instrumentale et vocale : plus de soixante-dix chants liturgiques et autres hymnes, formant la Symphonie de l'harmonie des révélations célestes, ensemble fascinant.

      À la fois théologienne, scientifique à sa manière, musicienne, elle est presque un esprit universel, que Pascale Fautrier s’attache à insérer dans la réalité profuse de son temps, ce au moyen d’une impressionnante érudition. Reste qu’elle est conforme à son époque, lorsqu’elle œuvre en une théologie politique, considérant la nécessité des classes sociales : pour Pascale Fautrier, elle est une « théocrate », ce qui n’est pas forcément un compliment. Surtout, l’essayiste montre qu’elle est un témoin de ce « pouvoir féminin » qui n’a rien de négligeable au XII° siècle. Elle insiste sur « cette quasi-égalité de genre dans la haute aristocratie féodale et cléricale ». Dommage seulement que son opus n’intègre pas de reproductions des enluminures de son modèle, ce que fit celui de Régine Pernoud.

      Nous passerons sur les excès de ceux qui phagocytent Hildegarde de Bingen au panthéon de leur pseudo philosophie new age, ou la révèrent comme la sainte patronne des médecines douces. Contentons-nous d’apprécier celle qui fut canonisée, puis déclarée Docteur de l’Eglise en 2012, comme une théologienne, une mystique rare, une scientifique à la mesure de son temps et une merveilleuse compositrice, dans le cadre du chant grégorien.

 

      S’il en était besoin, nos auteurs, non sans le secours de l’étonnante Hildegarde de Bingen, nous ont convaincu de la richesse du Moyen Âge. Ira-t-on jusqu’à ne plus pouvoir trouver l’adjectif « moyenâgeux »  comme une insulte, comme une opprobre jetée à la face de l’Histoire d’une humanité précieuse, même si inféodée au christianisme, même si la plus grande moniale associait à ses chants un messianisme politique qui nous laisserait aujourd’hui pour le moins sceptiques. Allons sans tarder écouter ses virtuoses antiennes mariales qui résonnaient dans les cloîtres du monachisme, ses vertigineux répons adressés à l’Esprit suprême ; nul n’est besoin d’être croyant pour plonger en cette extase[15].

 

Thierry Guinhut

Une vie-d'écriture et de photographie

 

 

[1] Auparavant parue dans la collection « Champs Flammarion ».

[2] Jacques Le Goff : L’Europe est-elle née au Moyen Âge ?, Seuil, 2003.

[6] Saint Thomas d’Aquin : Somme théologique, tome I, Cerf, 1984, p 154.

[8] Georges Duby : Le Temps des cathédrales, Gallimard 1976.

[10] Sylvain Gouguenheim : Aristote au Mont Saint-Michel, Seuil, 2008.

[11] Régine Pernoud : Hildegarde de Bingen. Conscience inspirée du XII° siècle, Editions du Rocher, 1994.

[12] Sylvain Gouguenheim : La Sibylle du Rhin, Hildegarde de Bingen, abbesse et prophétesse rhénane, Publications de la Sorbonne, 1996.

[13] Hildegarde de Bingen : Le Livre des œuvres divines, Albin Michel, 2011, p 122.

[15] Hildegarde de Bingen : Les Chants de l’extase, Sequentia, Deutsche Harmonia Mundi, 1994.

 

 

Chiostro dei Francescani, XIII°, Bolzano / Bozen, Trentino Alto-Adige / Südtirol.

Photo : T. Guinhut.

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15 septembre 2018 6 15 /09 /septembre /2018 09:59

 

Cervantès : Don Quichotte, illustré par Dubout,  1938.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Invitation à chevaucher Rossinante

avec les Don Quichotte

de Pietro Citati,

Avellaneda et Andrès Trapiello.

 

 

Pietro Citati : Don Quichotte, traduit de l’italien par Brigitte Pérol,

L’Arpenteur, 192 p, 19,50 €.

 

 

Alonso Fernandez de Avellana : Don Quichotte,

traduit de l’espagnol par Alfred Germond de Lavigne,

Klincksieck, 458 p, 30 €.

 

Andrès Trapiello : À la mort de Don Quichotte,

La Petite Vermillon, La Table ronde, 496 p, 8,90 € ;

Suite et fin des aventures de Sancho Panza,

traduit de l’espagnol par Serge Mestre, Quai Voltaire, 464 p, 24 €.

 

 

 

 

 

      Il peut être fort délicat de s’attaquer aux monstres sacrés. L’on risque ainsi les redites, les poncifs. Pourtant Pietro Citati n’a pas cette crainte. Après avoir dressé des monuments de finesse critique à Goethe[1], Kafka et Leopardi[2], le voici jetant un sort au personnage emblématique et inoubliable de Cervantès (1547-1616) : Don Quichotte, né en 1605. On ignore trop souvent qu’en 1614, un certain Avellaneda fit paraitre une suite intitulée en toute vergogne Don Quichotte ; ce qui piqua au vif Cervantès et le poussa à publier une seconde partie non moins géniale que la première, en 1615. Bien que fort connu et irremplaçable parmi l’histoire de la littérature, le roman demeure tissé de questions énigmatiques : qui est le narrateur, qui a raison, le chevalier à la triste figure ou son valet, Sancho Pança, où est la vérité ? Sans prétende apporter des réponses définitives qui fermeraient toute controverse, l’invitation à chevaucher Rossinante avec le chevalier à la triste figure par Pietro Citati sait exciter les papilles de l’intelligence, alors qu'Andrès Trapiello joue à plaisir des réécritures quichottesques.

 

 

      Entre le « je » initial qui mène la narration et « Cid Hamet Benengeli », un gouffre se creuse. Est-ce parce que Cervantès fut un temps otage des Maures ? Le récit du sage écrivain est moqué par cette liasse de papiers trouvées, qui contaient en morisque l’histoire de Don Quichotte sous la plume d’un « Benengeli, fils de l’Evangile », ou « aubergine ». Se moquant, veut-il dire que cet « historien arabe véridico-menteur » est un affabulateur, que l’auteur toujours est pluriel ? De plus le personnage « invente complètement sa vie et celle des autres », comme un romancier donc. Il y a en effet bien un « problème de la vérité » comme l’analyse Alfred Schütz[3].

      Artiste de la parodie et du sublime, Cervantès se moque des romans de chevalerie et de leurs idéaux élevés, comme ceux de L’Arioste, Roland furieux, et de Garci Rodriguez de Montalvo, Amadis de Gaule, pour descendre sur le sol d’une réalité qui les dément à coup d’avanies diverses, que Don Quichotte ne veut ni ne peut reconnaître comme véritables. Ce que, devant un personnage qui « vécut de livres et de modèles », en « un grandiose triomphe de l’imagination », Pietro Citati interprète avec justesse comme la perte des modèles, alors que la parfaite Dulcinée est une « création mentale » platonicienne. Le destin du roman quichottesque et de faire descendre le récit et ses personnages depuis les hauteurs de l’héroïsme jusqu’aux bassesses du réalisme, en passant par la parodie.

      À partir de l’idéalisation inconditionnelle de Dulcinée, le monument quichottesque d’aventures et de récits enchâssés devient un « répertoire de la passion amoureuse », même si Dulcinée du Toboso n’est  qu’une « grossière paysanne puant l’ail ». Pourtant, à la fin du diptyque romanesque, « Dulcinée fut libérée de l’enchantement qui la tenait prisonnière dans un corps de vulgaire paysanne ». Sans cesse le lecteur est balloté sur la croupe glorieuse de Rossinante, à moins qu’il s’agisse de l’âne de Sancho.  Or si l’essai, à la semblance du roman, commence peu ou prou par l’adoubement du chevalier par un aubergiste -ce qui est pure bouffonnerie- et se termine par sa mort, on ne trouvera pas là un résumé, mais une mise en bouche goûteuse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Opposé à son maître qui est tout esprit, Sancho Pança aime dormir et manger, rire de tout son corps. Il parle simplement, s’appuie sur des proverbes, et, de toute évidence, ne lit pas, puisque analphabète ; mais il sait raconter, au moyen de « sa merveilleuse langue plébéienne ». Parodiant Don Quichotte, « ce qui est docte devient farcesque ».

      Ainsi les personnages, y compris le Duc et la Duchesse qui font à notre héros abandonner provisoirement la profession de chevalier errant, sont à la fois des faire-valoir et des entités qui ont une vie propre. Quant au lieux, en particulier le Toboso, la grotte enchantée de Montesinos et « l’insula Barataria », dont Sancho devient Gouverneur, ils associent à une cartographie réaliste un répertoire de l’utopie. Ainsi les motifs saillants et récurrents sont mis en relief avec pertinence par Pietro Citati. Les grands enjeux du roman apparaissent, entre sérieux et humour, entre vérité et fiction, entre soumission au réel et imagination créatrice, jusqu’à ceux politiques du temps, comme lorsque revient le souvenir de l’expulsion des Morisques.

      Sans nul doute, Cervantès appartient à « la race des écrivains gigantesques, Shakespeare et Balzac, qui portent dans leur sein toutes les créatures humaines, les choses possibles et impossibles, les villes réelles et imaginaires ». Pietro Citati (né en 1930 à Florence) appartient lui à celle rare des biographes et critiques qui nous font pénétrer leur monde avec autant d’élégance que d’acuité. À la fois agréable initiation, à la fois subtil commentaire, voici une invitation à la lecture d’un chef-d’œuvre universel, joliment dépoussiéré. Au point qu’il nous prenne envie de chevaucher Rossinante pour vivre et rêver les aventures fantasques de son maître, sans décider pour autant du vrai et du faux, s’il faut préférer la chevalerie idéale ou la bassesse cependant comique de la réalité...

 

Cervantès & Gustave Doré : Don Quichotte, Hachette, 1869.

Photo : T. Guinhut.

 

      Moins gigantesque est le faussaire Alonso Fernandez de Avellaneda. Il eut l’audace de s’emparer du chef d’œuvre de Cervantès, pour s’embarquer dans le courant de la réputation ; quoique l’on ne sache rien de cet Avellaneda. Aujourd’hui, il serait couché au pilori de la propriété intellectuelle bafouée, du plagiat éhonté.

      Cervantès fut-il pris à son propre piège ? La fin de son Don Quichotte annonçait une suite qui se faisait attendre. Ajoutant une citation de L’Arioste : « Quelque autre chantera d’une plus douce lyre ». Un malin s’empara de la trop belle aubaine pour proposer ce qu’il appelle une « comédie ».

      La réécriture semble d’abord plutôt fidèle, le chevalier d’occasion repartant vers de nouvelles aventures en compagnie de son fidèle écuyer. De Saragosse à Madrid, il connait la prison, puis la liberté, amuse les Grands de la cour, se voit emmené à l’asile d’aliénés par la ruse d’une infante qui prétend que seul le héros peut sauver son père…

      Mais, très vite, quoique l'apocryphe récit soit assez divertissant, la bondieuserie et le comique l’emportent, la fine ironie cervantine a disparu. Don Quichotte n’est plus qu’un fou, qui ne pense pas un instant à Dulcinée, Sancho qu’un balourd, leur alternance de folie et de sagesse s’est envolée. La lourdeur finit par fatiguer le lecteur. De plus, deux récits emboités, à forte teneur religieuse, sont insérés sans réelle justification, à moins de penser en effet que ces pieuses lectures soient nécessaires pour guérir le héros ainsi désavoué dans sa complexe identité.

 

Avellaneda : Don Quichotte, La Compagnie des Libraires, 1716.

Photo : T. Guinhut.

 

      Quelques soient les mérites du travail d’Avellaneda, cette rare curiosité littéraire se devait d’être rééditée, dans la traduction du XIX°, par Alfred Germond de Lavigne. Elle est ici nantie d’une introduction et de notes sagaces grâce au soin de David Alvarez. Ne serait-ce que parce que Cervantès s’empara de l’incident pour hâter sa seconde partie, fulminer contre le voleur, qui devient un agent du récit virtuose : Don Quichotte et Sancho visitent une imprimerie où l’on corrige la continuation de l’impertinent ! L’on se doute que le blâme du maladroit ignorant ne tarde pas. Le mérite du trop burlesque et moralisateur Avellaneda ne fut-il pas de devenir un stimulant providentiel pour une seconde partie du Don Quichotte, à la fin de laquelle Cervantès prit soin de faire mourir son héros…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Il n’est guère confortable d’être un second rôle. L’on disparait plus vite que l’ombre du héros. Une fois Don Quichotte mort et enterré, son valet et écuyer Sancho Panza n’est plus gratifié d’aucune destinée digne de la moindre mémoire. Conscient de cette injustice, Andrès Trapiello, vient, quatre siècles plus tard, le ranimer parmi les pages de son À la mort de Don Quichotte, permettant à notre insatiable curiosité de découvrir ce que deviennent la gouvernante Quiteria, le bachelier Samson Carrasco, la nièce Antonia, accablée de dettes et amoureuse du précédent. Nanti d’une vaste expérience du monde et ayant appris à lire, y compris le roman qui le rendit célèbre, Sancho est un autre homme. Si l’on s’est moqué de lui, il sera assez fin pour se venger, comme Carrasco jouant le fantôme du défunt, et pour aller rencontrer son auteur à Madrid, hélas décédé il y a peu.

      Mieux, dans Suite et fin des aventures de Sancho Panza, la petite troupe s’embarque à Séville pour les Indes, en fait le Pérou. Les aventures conjugales et picaresques, les attaques de brigands défilent pour notre plus grand plaisir. Presque plus réel que Cervantès, Sancho doit affronter un notaire, Alonso De Mal ; et surtout les « anti-quichottistes ». Blessé, il est soigné en vain par la « sorcellerie indienne », et doit être amputé d’une jambe, répondant en « duc de la cassure » à son créateur manchot. Seul un tremblement de terre aura raison de lui…

      L’obsession cervantine d’Andrès Trapiello est impressionnante : non seulement il a traduit Don Quichotte en castillan contemporain, mais plus qu’un plagiaire, qu’un suiveur, c’est un réinventeur, jouant d’érudition et d’humour.

 

 

      En revanche, Gustave Doré appartient bien à la race des illustrateurs gigantesques. Le peintre romantique (1832-1883) illustra des volutes et des griffes de son noir et blanc, Dante, Rabelais, L’Arioste et bien sûr Don Quichotte. La première gravure à pleine page montre le héros dans son cabinet de la lecture, en pleine exaltation : un livre ouvert à la main, que l’on imagine être le chevaleresque Roland furieux de L’Arioste (achevé en 1532), il suscite une foule de créatures armées, de géants, de dames élégantes, rejouant l’infinie querelle du bien et du mal. Il est évident que la maigreur proverbiale du chevalier à la triste figure est le signe d’une tension vers la hauteur idéale, quand la mince et basse réalité de son corps n’est que billevesée devant la vie plus élevée de la fiction.

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Citati a été publiée dans Le Matricule des anges, mai 2018

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12 septembre 2018 3 12 /09 /septembre /2018 16:22

L'Ermafrodito dormiente, Museo Nazionale Romano, Roma.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

À la recherche d’une londonienne Sodome.

Peter Ackroyd : Queer city.

L'homosexualité à Londres

des Romains à nos jours.

 

 

Peter Ackroyd : Queer city, traduit de l’anglais (Royaume-Uni)

par Bernard Turle, Philippe Rey, 320 p, 20 €.

 

 

 

 

 

      « Pareils à des flammes de Sodome », étaient ces jeunes chevaliers de l’Angleterre médiévale… Un tel flambeau, attisé par le vent, discrètement caché, ou violemment réprimé, n’est pas prêt de s’éteindre dans la capitale de l’Angleterre. Queer city ou « L’homosexualité à Londres des Romains à nos jours », selon le sous-titre, émane d’un grand connaisseur de cette ville, qui œuvra longtemps à son monumental Londres. La biographie[1]. L’éclairage est cette fois plus précis, plus exclusif, fouillant les mœurs exhibés autant qu’un monde interlope réprouvé. Folle ou pédale, le queer est celui qui n’est pas hétéronormé. Le terme, argotique et méprisant, a trouvé depuis quelques décennies ses lettres de noblesse, grâce aux « queer studies », autrement dit les recherches, y compris universitaires, sur la culture gay et lesbienne, trans et cisgenre. Il est évident que l’essai historique de Peter Ackroyd (né à Londres en 1949), par ailleurs romancier et biographe d’un talent précieux, relève de ce champ ; car « l’ambigüité sexuelle, que l’on imagine trop souvent caractéristique du XX° siècle, a déjà une longue histoire derrière elle ».

 

 

      Lisons avec profit un préambule étymologique montrant que le queer, le gay (qui s’appliquait aux prostitué(e)s) ou sodomites), voisinent avec des sobriquets comme le Ganymède (cet échanson enlevé par Jupiter). On s’amuse du « windward passage » ou « conduit venteux », ou de ces « messieurs de la porte arrière », alors que le sérieux l’emporte lorsque l’on apprend que le terme « homoszexualitas » fut inventé en 1869 (non ce n’est pas un jeu de chiffres douteux) par un Hongrois, Karl-Maria Benkert. Cependant Peter Ackroyd est loin d’avoir tort de préférer à ce dernier néologisme, et surtout à l’affreux acronyme LGBTQIA, le terme, auparavant dénotant le dégoutant, le bizarre et l’anormal, qui donne ses lettres de noblesse à ce Queer city. À ce stade, le lecteur prude aura déjà quitté ces pages…

      D’Aristote à Diodore de Sicile, les lettrés de l’Antiquité dévoilent les mœurs des Celtes, qui pratiquaient les « amitiés ardentes entre les hommes ». Les Romains de Londinium, fondée en l’an 43, affectionnaient les mœurs homosexuelles, comme les Grecs, quoique l’homme soumis fût méprisé, ce que confirme la lecture de l’Histoire de la sexualité de Michel Foucault : « c’est, dans cette société qui admettait les relations sexuelles entre hommes, la difficulté provoquée par la juxtaposition d’une éthique de la supériorité virile et d’une conception de tout rapport sexuel, selon le schéma de la pénétration et de la domination mâle ; la conséquence est d’une part que le rôle de « l’activité » et de la domination est affectée de valeurs constamment positives, mais d’autre part qu’il faut prêter à l’un des partenaires dans l’acte sexuel la position passive, dominée et inférieure[2] ».

 

Poitiers, Vienne. Photo : T. Guinhut.

 

      L’arrivée du christianisme, événement d’importance que Peter Ackroyd signale étrangement au cœur d’un paragraphe, alors qu’il eût mérité rien moins qu’un nouveau chapitre, modifie profondément la perception morale de la chose, devenue bassement criminelle. Nul doute que règnent l’écho de la loi mosaïque (« L’homme qui couche avec un homme comme on couche avec une femme : c’est une abomination qu’ils ont tous deux commise, ils devront mourir, leur sang retombera sur eux[3] ») et de la morale du mariage de Tertullien. Cependant une tolérance presque continue affecte jusqu’aux plus hautes sphères du Royaume d’Angleterre.

      Richard Cœur de Lion était-il queer ? Pour « Richard II et ses obscene intimacies avec son favori, Robert de Vere », la cause est entendue. Jacques Ier, entre autres, était friand de mignons et fondait en extase devant ses favoris. Plus tard, Guillaume III eut la même réputation. Au XVII siècle, « la cour était un univers queer », un « château de derrière ». Il semblerait qu’existât un « club sodomitical » aux plus hauts rangs de la société. Lords, évêques, nulle catégorie sociale n’échappait à cette confrérie secrète. Hélas, « les agressions sexuelles sur les mineurs étaient à la fois plus fréquentes et plus ignorées qu’au XXI° siècle ».

      Même si la sodomie pouvait être punie de mort, bien rares furent de telles condamnations, à moins d’être pris sur le fait sans ambigüité. Cependant, au cours du XVIII°, sans compter bien sûr les maladies vénériennes, la chose devint de plus en en plus risquée au regard de la loi. Agents de la « Société pour la réforme des mœurs » et policiers organisaient des rafles, qui conduisaient au pilori, à la prison et à la pendaison, sans compter la vindicte populaire et son plaisir de l’humiliation et de l’exécution publiques, ceux que l’on appelait également des « mollies », ainsi coupables de « bougrerie ». Parfois l’on en profitait pour accuser tel ou tel le plus faussement du monde. Combien d’innocents (quoique aujourd’hui l’innocence serait pour tous, sauf les violeurs et pédophiles) furent châtiés ? Le XIX° siècle atteignit le tréfonds de l’horreur : « Quatre-vingts hommes furent pendus pour ce crime entre 1806 et 1835 ». Alors que sur le continent de telles exécutions s’étaient taries depuis 1791. Seul le philosophe Jeremy Bentham, en 1818, plaidait une cause humaniste, affirmant que la sodomie est « un crime, si c’en est un, qui ne cause aucune détresse à la société », quoiqu’il se gardât de publier ce texte. Prude et rigoriste, l’ère victorienne ne fut pas tendre pour les amours particulières. Or, dans la première moitié du XX° siècle, « les gays des deux sexes furent soumis à un degré de préjugés et d’intolérance jamais atteint dans l’histoire de l’Occident ».

      Il fallut attendre les années soixante pour que les lois sur les « crimes sexuels » soient amendées, d’abord sans grand effet. Et surtout l’activisme du « Gay Liberation Front » à partir de 1970 qui permit une rupture dans les mœurs et leur acceptation : la première « Gay Pride » défila en 1972. Il n’est pas étonnant que les mouvements féministes[4] puissent faire florès en cette même période. Hélas, apparut bientôt le Sida, cette « peste gay ». Depuis, pourtant, le gay acquiert une identité visible, tant ses célébrités envahissent tous les domaines de la société. Au point que « la reine trouva le temps d’envoyer ses félicitations personnelles au London Lesbian and Gay Switchboard à l’occasion de son quarantième anniversaire ». En une génération Londres et l’Angleterre ont pratiqué une inimaginable inversion des mœurs, malgré la résilience de l’homophobie. Enfin, la « queer theory » permet d’interroger les questions de l’inné et de l’acquis homosexuels, du sexe et du genre, quand intersexes[5] et transsexuels proposent de nouvelles identités…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      On n’échappe évidemment pas à un chapitre consacrée aux femmes « frotteuses ». Ces dames « aux reins dévergondés », selon Robert Burton, l’auteur de L’Anatomie de la mélancolie paru en 1621, sont en quelque sorte des « hermaphrodites », selon le puritain Philip Stubbes. Certaines se travestissaient en hommes : « Moll la coupeuse de bourses » se vit honorée par deux biographies, plus ou moins fiables, dont The Roaring Girl en 1610.  Elle prétendait ne pas s’intéresser à la sexualité ; on dirait aujourd’hui une asexuelle. Le dramaturge Ben Johnson évoquait un « collège hermaphroditical » dans lequel le godemiché était un indispensable accessoire. Pourtant leurs désirs étaient le plus souvent passés sous silence, tolérés tant qu’ils ne dérangeaient pas l’ordre social. Leurs poétesses, comme Katherine Philips, étaient bien moins vulgaires que les hommes travestis. L’on connut d’ailleurs des mariages féminins, l’une étant travestie. Margaret Cavendish composa en 1668 une pièce célébrant l’érotisme féminin : Le Couvent du plaisir ! La Première Guerre mondiale fut l’occasion pour de nombreuses femmes, soudains ouvrières et employées, d’affirmer des cohabitions, donc une voie vers les libertés. Mais « un livre lesbien causa un tollé en 1928 » : Le Puits de solitude de Radclyffe Hall. Bien que retiré de la vente, cette histoire de « femme masculine » devint un étendard queer.

      Dans les milieux artistes, féconds en amateurs d’amours homoérotiques, les acteurs, des pièces de Shakespeare et du théâtre élisabéthain, jouaient les rôles féminins, car il eût été indécent que les dames montent sur scène. On imagine fort bien que l’ambigüité de ces jeunes gens faisait saliver les amateurs… Pensons également aux Sonnets de Shakespeare[6], explicitement adressés à un jeune homme blond, sommet de la poésie amoureuse la plus raffinée. Quant au Comte de Rochester, écrivain pour l’occasion, il fut l’auteur présumé d’un Sodome, ou la quintessence de la débauche, en 1684…

      La liste est longue de ces romanciers et poètes que leur homosexualité contraignit à l’exil, comme Lord Byron au début du XIX° siècle, ou, au mieux, à une difficile discrétion : ce fut le cas, un siècle plus tard, d’E. M. Forster, qui ne consentit à publier son roman Maurice que de manière posthume.

      Inévitable est alors l’affaire Oscar Wilde. Si la peine de mort pour « bougrerie » fut abolie en 1861, elle fut commuée en travaux forcés à perpétuité. L’écrivain, qui eut le tort de s’entêter à vouloir réfuter l’accusation de sodomie au moyen d’un procès, se vit condamné en 1895 à deux ans de travaux forcés. L’on se consolera en se souvenant que c’est grâce à cette abjection qu’il écrivit le déchirant poème : La Ballade de la geôle de Reading. Si aujourd’hui une quinzaine de pays ont légalisé le mariage homosexuel, il en reste encore une douzaine qui prodiguent à cet égard la peine de mort. Devinez lesquels…

      Une cartographie des lupanars sodomites surgit des pudeurs de la mémoire londonienne, dévoilant maints impétrants, jusqu’à une catin masculine, surnommée « cul merdeux » ! Il existait « à Spitalfields un célèbre bordel de mineurs ». Hollywell Street était connue pour ses « cinquante-sept boutiques de pornographie », tout ceci au cœur du XIX° siècle. Un « jardin de plaisirs » à Camberwell était le refuge du « transvestisme ». Les vagabonds avaient les dortoirs de l’asile de Lambeth pour havres de chaleur humaine masculine : « Certains gentilshommes aisés se déguisaient même en mendiants pour y avoir accès ». Les églises mêmes prêtaient leur pénombre aux actes « contre nature », et jusqu’aux cimetières. Ce que confirme en 1805 le sieur Pillet, quoiqu’il passe sous silence l’homosexualité : « Le Français qui a résidé en Angleterre, qui a observé les usages et les mœurs de ce pays, y voit ce que j’ai vu, les cimetières changés en lieux de prostitution[7] ! » Peter Ackroyd note avec entrain : « Les visiteurs auraient été en droit de croire que les rues de Londres étaient pavées d’hommes plutôt que d’or » !

      Un autre intérêt de cet essai est l’attention porté au vocabulaire, à l’argot des pratiquants, où l’on voit apparaître « drag » au sens de travesti, où « dans l’idiome polari tout devenait très camp ». Mélange de cockney et de verlan, de yiddish et de romani, le « polari » fonctionnait comme un code secret aux sous-entendus couramment sexuels. Les métaphores pissaient dru dans « les chapelles en zinc » !

 

      Malgré quelques bonds chronologiques un rien désordonnés, l’essai de Peter Ackroyd se lit mieux qu’un bréviaire. Tout juste si un critique tatillon lui reprocherait l’anachronisme assumé du vocable « queer ». Animé d’anecdotes savoureuses, parfois égrillardes, avec des chapitres intitulés « Aucun con », « Suce ton maître » ou encore « Chevaucheurs de croupes », l’ouvrage soulève le voile sur tout un monde turbulent, frelaté, dangereux et cependant fascinant. Un cahier central de photographies expose des personnalités significatives, depuis les rois Guillaume II et Edouard II, friands de fessiers orgiaques ou amicaux, jusqu’à la Gay Pride et l’ « Equal marriage ». À mi-chemin du « curiosa » et du plus sérieux essai historique, la traversée des mœurs vaut par sa verdeur et sa richesse, par son empathie sans pathos. Déjà historien de sa ville préféré, avec son Londres. La biographie, Peter Ackroyd la pénètre par la porte de derrière, si l’on veut nous pardonner ce jeu de mot d’un fondement douteux. Il est cependant certain que notre essayiste, qui fait également ici œuvre sociale et politique, ayant montré en son ouvrage un tel humour pour un sujet grave aux fins trop souvent tragiques, saura sourire avec nous ; ce du haut de notre liberté sexuelle conquise de hutte lutte en Occident, et qui peut se révéler, prenons-y garde, fragile…

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[2] Michel Foucault : Histoire de la sexualité 2, L’Usage des plaisirs, Œuvres, Gallimard, La Pléiade, 2015,  p 939.

[3] Lévitique, 20, 13.

[7] Pillet : L’Angleterre vue à Londres et dans ses provinces, Alexis Eymery, 1815, p 236.

 

Photo : T. Guinhut.

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6 septembre 2018 4 06 /09 /septembre /2018 07:18

 

Frontenay-Rohan-Rohan, Deux-Sèvres. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Richard Powers, éco-romancier

et arboriculteur engagé de L’Arbre-monde.

 

 

Richard Powers : L’Arbre-monde, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Serge Chauvin, Le Cherche-midi, 488 p, 22 €.

 

 

 

 

      Trempant sa plume dans l’intimité de l’écorce, dans les veines du bois, Richard Powers n’est certes pas l’un de ses auteurs, relevant du Nouveau roman, à l’instar de Claude Simon, qui tendraient à effacer le personnage de leurs romans. Il n’en reste pas moins que ses fort nombreux personnages ont l’étrange propension de se laisser voler la vedette par un plus ancien et toujours plus jeune qu’eux, nous avons nommé : les arbres. Coutumier de sujets scientifiques, avec par exemple Générosité ou La Chambre aux échos[1], assez fin et cultivé pour poser avec justesse la question de la coexistence des musiques savantes et populaires dans Orféo[2], l’américain Richard Powers, né en 1957 dans l’Illinois, offre ici son douzième roman, L’Arbre-monde, titré en anglais The Overstory, qui est une vibrante plaidoirie forestière, en même temps qu’une éco-fiction vigoureusement engagée. Est-ce, au côté d’Orfeo, son plus bel ouvrage, sa plus belle arborescence ?

 

 

      Le récit retrace en premier lieu la généalogie d’une famille américaine, se développant, se succédant autour d’un arbre, en la demeure un châtaigner planté par le premier colon, et qui va croître au fur et à mesures des efforts, des vicissitudes des individus, soumis aux maladies, aux morts, aux passations de pouvoir de père en fils. Châtaigner exceptionnel s’il en est puisqu’il est le seul à continuer de croître alors qu’une maladie contagieuse a éliminé tous ses congénères américains, dont les fruits nourriciers étaient pourtant une manne : « un châtaigner a réchappé de l’holocauste ». Il est de plus, d’année en année, de génération en génération, régulièrement photographié. L’on s’apercevra bien plus tard qu’il est la créature séminale du roman…

      Soudain décontenancé, le lecteur bute sur un second récit, rompant toute continuité narrative, provoquant une déception d’autant plus vive que le premier ne manquait ni de grandeur ni d’intérêt. Le risque étant de trouver en cet ensemble quelque récit moins excitant, ce qui est le cas du troisième.

      Cependant, de chapitre en chapitre, la perspicacité du lecteur ne tarde pas à se rasséréner : chacun d’entre eux a pour motif récurrent, ou leitmotiv pour employer un terme wagnérien, un ou plusieurs arbres. De page en page, et parmi neuf personnages, le châtaigner reçoit pour voisin un mûrier. Un érable est finalement l’élu d’un vote parmi des enfants. Les chênes de Macbeth côtoient le tilleul ; un banian sacré arrête la chute d’un parachutiste emmêlé, et puisqu’il s’appelle Douglas, il plantera des sapins du même nom. Plus loin, un figuier immense développe des arborescences qui sont celles de l’informatique et des jeux vidéo que Neelay conçoit, bien que paraplégique, puisque tombé d’un chêne vert ; notons qu’il met sur le marché un jeu à succès qu’il appelle « Les prophéties sylvestres ». Enfin, Patricia s’approprie le hêtre noir, ce qui n’est qu’une étape de ses découvertes botaniques, de son enseignement, de ses errances forestières…  Ils sont l’arbre préféré, déclencheur, ou plus exactement totémique, de chacun.

      Justifiant amplement son titre français, le roman est une ode à l’arbre : « il y a plus de vie ici, dans son unique érable, qu’il y a de gens dans tout Belleville ». Patricia s’arrête « pour regarder l’une des plus vieilles et des plus vastes créatures vivantes sur terre ». Ainsi, reprenant un tropisme cher à Richard Powers romancier, diverses sciences se côtoient, outre au tout premier rang la botanique, l’ingénierie et la conception informatique. Ce qui n’empêche pas des artistes d’œuvrer, comme lorsque l’un d’eux, Nicholas Hoel, venu du premier récit, propose dans un coin paumé de l’« ARtliBre gratuit ». Sa première visiteuse est Olivia Vandergriff, venue elle du dernier récit, comme liant la boucle narrative qui conduit, lors du premier tiers du volume, à ce qui deviendra le réel corps romanesque.

      Quoique en première apparence plus proche d’un recueil de nouvelles, le roman se découvre d’autres fils qui relient les récits, à chaque fois fort riches, recelant un monde en soi. Un colon au XIX° siècle, un ingénieur chinois immigré fuyant le maoïsme, ils sont la mosaïque qui construit les Etats-Unis. Autre motif dans le tapis, la descendance et la transmission : d’un rituel photographique, de trois bagues de jade et d’un parchemin bouddhique, par exemple. Car les personnages vivent, murissent, donnent naissance à des enfants, vieillissent et meurent, ce à vitesse accéléré, comme dans un tourbillon cyclique, dans une nature profuse : « les humains en sont presque insignifiants ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Centrant son ambitieuse somme romanesque autour d’une thèse, l’arbre étant une créature vivante auprès de laquelle l’humanité est peu de chose, et au moyen de ses récits aux personnages bientôt disparus qui croissent autour d’elle comme autant de ligneux cercles concentriques, Richard Powers prend le risque d’offrir un superbe concept romanesque un tantinet dépourvu de l’appât d’émotion qui serait nécessaire pour, certes convaincre, mais en outre persuader ses lecteurs. Comme si, mais ce n’est là qu’une modeste réserve, son projet autant que ses personnages manquaient un peu de cette empathie qui attache son lecteur aux personnages principaux, voire secondaires, pour les abandonner bientôt. Même si, dans l’histoire, ainsi centrale de Patricia Westerford, quelques-uns d’entre eux font une très brève apparition dans un récit qui n’est pas le leur, initiant une construction en réseau : « leur parenté va se déployer comme un livre ». Certes nous ne sommes pas de bois, mais quelque chose de charnel, d’émouvant, qui nous tiendrait plus en haleine que la seule réussite splendide de ce bouquet d’arbres fait passablement défaut. C’est d’ailleurs peut-être là secret de l’immense succès critique de l’écrivain outre-Atlantique, et dans une moindre mesure auprès des lecteurs, frustrés peut-être d’une charge émotionnelle qui les ferait vibrer au diapason de l’écriture et de la narration.

 

      Bientôt cependant, à l’occasion d’une plus vaste partie intitulée « Tronc », les personnages disparates vont confluer pour se rencontrer autour d’une mince colonie arbustive à sauver des agressions d’une compagnie industrielle. Cinq d’entre eux, Nicholas, Olivia, Douglas, Mimi, et Adam, deviennent des éco-activistes, voire des éco-terroristes[3]. Par ailleurs le stupide abattage d’un bosquet de pins par une municipalité met le feu aux poudres et convainc deux autres de nos nos héros d’agir. Ainsi s’enclenchent « la guérilla forestière et la sylviculture sauvage », les manifestations pacifiques, les actions incendiaires, enfin le crime et le châtiment. Lorsque les aventures dramatiques s’enchevêtrent à celles tragiques, se pose inévitablement une question morale et politique : la défense des arbres et de la nature peut-elle s’affranchir du droit humain et de propriété ? En ce sens l’on pourrait ranger ce roman parmi un genre qui a le vent en poupe : l’écofiction, qui s’associe souvent à des « mythologies de la fin du monde », pour reprendre le titre de Christian Chelebourg[4]. D'une manière voisine, Orfeo, s'intéressait au bio-terrorisme au travers de son étonnant personnage[5].

      Il y de plus graves conflits que ceux entre les hommes : ceux entre l’homme et la nature, et parmi celle-ci, ses plus symboliques représentants : les arbres. Qu’ils soient dignes d’être défendus et respectés, nul ne le contestera ; surtout si les révélations scientifiques selon lesquels ils communiquent chimiquement entre eux et construisent un vaste système immunitaire ont stupéfié le lecteur de Peter Wohlleben[6]. Leur forme de sensibilité et d’intelligence n’empêche cependant pas que l’homme les exploite, mais avec les mêmes qualités. À moins, au nom du « syndrome de Midas », de préférer « abattre les derniers séquoias séculaires de la planète pour en faire des planches et des bardeaux » !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Richard Powers est-il un antihumaniste ? Surfe-t-il sur une vague écologiste et politique pour établir le succès de son épopée environnementale ? En tout état de cause, le roman militant s’inquiète : « La moitié des espèces ligneuse aura disparu de la planète auront disparu à la fin de ce siècle nouveau ». Si le capitalisme permet l’amélioration des conditions de la vie humaine, pouvons-nous gager qu’il permettra également d’améliorer celles de la vie naturelle ? Aussi, dans le cadre de sa Fondation, le personnage de Patricia se donne pour mission de « collecter des semences et des pousses d’arbres qui auront disparu en un rien de temps ». Pourtant « des milliers d’espèces ingénieuses » sont sans cesse découvertes. C’est peut-être là l’héroïne la plus positive de l’écrivain.

      Alors que Nicholas Hoel, qui solitairement pratique son « ARtliBre », ne l’expose que là où aucun visiteur ne peut se risquer, sauf la déjantée Olivia. Il abandonne ses œuvres, faites de bois et de mousses, déjà livrées à la consomption naturelle, à l’enfouissement, au pourrissement. Certes, devant l’éternité, ce sera le destin de toutes nos œuvres d’art, fussent-elles de Raphaël ou de Dante, mais l’on ne peut s’empêcher de voir là une piètre démission de la mission humaniste de l’art.

      Le cas d’Olivia ne laisse pas d’être inquiétant : « Dans une vie, elle meurt d’électrocution. Dans une autre, elle se retrouve au plus grand relais routier du monde à expliquer à son père qu’elle a été choisie par  des êtres de lumières pour aider à sauver les plus miraculeuses créatures de la Terre ». Une telle illuminée et droguée au mysticisme écologique (après une période de drogues plus concrètes) ne plaide pas forcément en faveur de l’activisme pro-arbre. Parfois l’auteur lui-même se laisse aller à un panthéisme exalté à l’adresse de la Terre, que l’on peut qualifier au choix de poétique, ou de prophétique, ce qui n’est pas forcément un compliment. Cependant il n’est pas douteux que le sauvetage des séquoias sempervirens assuré par les activistes aille dans le sens d’une nécessaire préservation d’un patrimoine de l’humanité et de la nature. Car « des écosystèmes entiers se décomposent. Les biologistes sont terrifiés ». Gare cependant à ne pas se laisser entraîner par une apocalyptique paranoïa, allumée par la vaste supercherie du réchauffement climatique d’origine anthropique[7], même si pollutions et destructions sont indubitables.

      L’écrivain use de tout un lexique botanique, sensible et coloré, pour évoquer ses créatures préférées, en une remarquable prose poétique. Comme lorsqu’il parle des trembles autour de Patricia Westerford : « Les longues tiges aplaties des feuilles se tordent au moindre souffle, et tout autour d’elle un million de miroirs de cadmium bicolores clignotent dans le bleu satisfait ». Sa rencontre avec Dennis est « ce que doit ressentir une racine qui découvre, après des siècles, une autre racine avec qui s’enlacer sous terre ». Dommage, en particulier vers la fin, passablement désabusée, que des longueurs alourdissent le propos. À moins qu’il s’agisse là du trop humain défaut du romancier à thèse et engagé…

      Une fois refermé le volume, qui sait si l’on se prend de regret pour la première partie, aux huit récits, avant qu’ils ne confluent. Réflexion faite, ceux-là étaient le plus souvent aussi ramassés que brillants, évocateurs de tout un monde bruissant, autour de personnages dignes d’intérêt, que ce soit par leurs vocations artistiques, scientifiques, paternelles, et bien sûr de ces arbres qui les réunissent sans qu’ils en aient conscience. Les deux dernières et immenses parties, « Tronc » et « Cimes », font un roman plus traditionnel, parfois affecté de longueurs, où le récit militant et la révolte contre les pouvoirs de l’industrie et de l’Etat souffre d’un trop d’application et de démonstration, sur des rails narratifs assez convenus, aux pages moins brillantes…

      Faut-il regretter, comme ne manqueront pas de le faire quelques esprits aussi chagrins que mesquins, que ce livre, comme tout livre, soit imprimé sur du papier, venu de la chair des arbres ? Barbara Kingsolver, dans un bel article élogieux paru dans le New York Times, n’écartait pas réellement en sa chute cette argutie : « Et même si vous n’avez jamais accordé une seconde de réflexion à l’industrie papetière, en refermant ce roman vous tenterez sûrement d’oublier qu’il a été imprimé sur la chair macérée et blanchie à l’acide de ses personnages principaux[8] ». Outre que ce papier vient d’arbres communs, souvent des pins, produits en vastes séries renouvelables, ce qui n’affecte guère par ailleurs les zones de biodiversité, ce serait risquer de jeter une écologique suspicion contre les livres et le meilleur de la culture humaine, au nom d’une idéologie apparemment généreuse, mais finalement vexatoire et dangereusement éradicatrice…

 

      Romancier s’inscrivant dans une longue tradition d’attention à la nature américaine, l’on se doute que Richard Powers pratique les allusions à Thoreau[9] et au John Muir des Quinze cents kilomètres à pied à travers l’Amérique profonde[10], et qu’ils sont les lectures de ses héroïnes sylvophiles de Richard. Tour à tour lyrique, et dramatique, son entreprise est également didactique. Avec les risques que comporte le roman à thèse, forcément touffu, engagé en faveur d’une nécessaire et judicieuse conservation de la nature. Fort heureusement, le romancier ne choit que par moments dans le prêchi-prêcha. Faut-il parier que les pouvoirs de destruction de l’homme, en dépit des espèces hélas éradiquées, seront bien présomptueux, devant les pouvoirs de résilience de la biodiversité et devant une humaine attention en devenir au service de son bien-être autant qu’à celui des humains. À l’expresse condition de ne pas faire de cette cause le prétexte d’un totalitarisme…

 

Thierry Guinhut

 

Une vie d'écriture et de photographie

 

[4] Christian Chelebourg : Les Ecofictions. Mythologies de la fin du monde, Les Impressions nouvelles, 2012.

[8] The New York Times, 9 avril 2018.

[10] John Muir : Quinze cents kilomètres à pied à travers l’Amérique profonde, José Corti, 2006.

 

Benasque, Alto Aragon. Photo : T. Guinhut.

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29 août 2018 3 29 /08 /août /2018 15:48

 

Vide-greniers de La Couarde-sur-mer, Île de Ré. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Jalons du féminisme :

Marie-Jo Bonnet,

Geneviève Fraisse et Roxane Gay.

 

 

 

Marie-Jo Bonnet : Mon MLF, Albin Michel, 416 p, 21,50 €.

 

Geneviève Fraisse : La Fabrique du féminisme, Le Passager clandestin, 480 p, 10 €.

 

Roxane Gay : Bad feminist, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Santiago Artozqui, Denoël, 464 p, 21,90 €.

 

Roxane Gay : Treize jours, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Santiago Artozqui, Denoël, 477 p, 22,90 €.

 

Roxane Gay : Hunger, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Santiago Artozqui, Points, 312 p, 477 p, 7,40 €.

 

 

 

 

      On ne doit plus douter que le féminisme, envers vertueux du machisme, ait une histoire, soit devenu une discipline universitaire à part entière, du moins aux Etats-Unis. Depuis Olympe de Gouges, qui en 1791 osa sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, en passant par les suffragettes réclamant le droit de vote, une bibliothèque ne suffirait plus à contenir tous les textes qui réclament l’égalité des sexes devant la loi et un respect égal des corps et des sexualités de la part des consciences. Au-delà de l’essai fondateur de Simone Beauvoir, Le Deuxième sexe, paru en 1949, Marie-Jo Bonnet dresse les jalons du Mouvement de Libération de la Femme, tandis que Geneviève Fraisse examine les enjeux civils et politiques du féminisme. Venue d’Outre-Atlantique, Roxane Gay propose avec Bad feminist un titre percutant qui ne dit pas cependant ce qu’il semble dire.

 

      Attachante par sa naïveté avouée de jeune fille, l’autobiographie féministe de Marie-Jo Bonnet, se présente d’abord comme une initiation : sans trop savoir où elle va, ce qu’elle veut, sinon « aimer des femmes ». Elle adhère au Mouvement de Libération de la Femme en 1971, abrégé par l’acronyme MLF, alors que tout est à construire, avec un enthousiasme électrisant : « Comment résister à la jubilation d’être ensemble, de s’intéresser à ce qui concerne les femmes, comme si ces retrouvailles avec les femmes allaient élargir le champ des possibles ». Il faut admettre que l’élan d’une telle aventure a quelque chose de communicatif, même si la récurrence du mot « sœurs », et cette « sororité » peuvent légèrement irriter un lecteur soucieux d’un peu plus d’individualisme. Cependant, en cette époque encore plus que paternaliste et outrageusement « phallocrate », force est de constater la nécessité des actions collectives, dans de houleuses manifestations en faveur de l’avortement libre, dans la rédaction de journaux comme Le torchon brûle. Aussi, dans le sillage de Simone de Beauvoir, dont Le Deuxième sexe parait un essai indépassable, nombre d’anonymes, mais également de celles qui se font une personnalité se distinguent : Françoise d’Eaubonne, « une quasi-déesse Mère rebelle et géniale », Monique Witting, mais aussi des homosexuels comme Guy Hocquenghem. Animées par un activisme débordant, ces dames un brin provocatrices créent non sans humour  le groupe « les Gouines rouges »…

      Bientôt l’ouvrage, titré avec simplicité et modestie Mon MLF se révèle devoir appartenir au genre des mémoires, puisque la dimension autobiographie ne peut se séparer de celle historique. La vie associative et militante de Marie-Jo Bonnet s’inscrit au cœur de l’évolution des mœurs de la seconde moitié du XX° siècle : « Après la libération de la France qu’avaient vécue mes parents, la libération des femmes ».

      Les combats politiques se succèdent : pour la libre disposition du corps des femmes par les femmes, donc en faveur de l’avortement, contre la répression des homosexuels… Il y a quelque chose d’héroïque dans cette épopée, née dans la ferveur de militantes et de femmes libres, dans la « colère contre la société mâle ». Même si l’on oublie un peu que les technologies, en particulier le lave-linge, conçues par le capitalisme masculin, ne sont pas tout à fait étrangères à l’affaire.

      Le livre s’achève avec amertume. Les scissions, les dogmatismes théoriques parfois abscons, les querelles de chapelles, alors que la cause de la libération des femmes et de l’égalité semble indivisible, déchirent le MLF. Par une sorte de hold-up, il devient le fief du groupe « Psychanalyse et Politique » présidé par Antoinette Fouque, animatrice des éditions « Des femmes », à l’encontre de laquelle Marie-Jo Bonnet ne mâche pas son vigoureux réquisitoire, l’associant la prédatrice au « vampirisme », qui n’est donc pas réservé à la masculinité. C’est ainsi que fin 1979 se clôt l’aventure du MLF. Un autre avenir, inquiétant, se fait jour. C’est avec pertinence qu’elle note : « Tout se fige dans un face-à-face destructeur qui ouvre le règne des genres et du communautarisme sexuel »…

      Cependant, si une aventure se disperse, d’autres mûrissent. Coïncidant avec la mort du  grand père aimé, la publication de son premier livre en 1981, Un choix sans équivoque, chez Denoël, lui permet d’assoir une position d’autorité. Lors des rééditions, il s’adjugera un titre plus explicite : Les Relations amoureuses entre les femmes[1]. S’ensuivra une remarquable carrière d’essayiste et d’historienne, sur les femmes artistes, sur l’émancipation féminine...

      Marie-Jo bonnet assume une position intellectuelle originale : en 1974, dans Adieu les rebelles ![2] Elle s’oppose au mariage pour tous, qu’elle analyse comme un échec de la contre-culture homosexuelle. De même elle s’oppose fermement aux mères porteuses, qu’elle prétend être le signe d’une nouvelle sujétion des femmes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Egalement circonscrit dans le temps, le recueil de Geneviève Fraisse embrasse les années 1975 à 2011. L’on devine qu’il s’agit, entre ces deux dates, de rien moins qu’un changement d’ère. Notre philosophe de la pensée politique du féminisme livre là un ensemble profus d’articles et d’entretiens. Recommandons ce volume, intitulé La Fabrique du féminisme, publié pour la première fois en 2012, comme une introduction aisée, cependant roborative, à une œuvre solide, argumentée, touffue, qui se décline en plusieurs essais essentiels : Muses de la raison, démocratie exclusive et différence des sexes[3], Les Femmes et leur histoire[4], À côté du genre, sexe et philosophie de l’égalité[5], ou, plus récemment : La Sexuation du monde, réflexions sur l’émancipation[6].

      D’année en année les droits des femmes se sont consolidés. Droit de vote, droit de disposer d’un compte en banque en propre, droit de contraception et d’avortement, à ces acquis s’ajoutent la reconnaissance des sexualités et transsexualités, l’accession sans entraves aux études universitaires, la croissante intrusion parmi la vie et la représentation politique. Il s’agit bien d’une « révolution du féminin », telle que le souligne le titre de Camille Froidevaux-Metterie[7]. Que souhaiter de plus ? Il n’en reste pas moins que dans les faits l’égalité des sexes est à parfaire : combien de femmes meurent encre sous les coups de leurs conjoints, combien de viols, d’agressions et de harcèlements sexuels ? C’est à l’occasion de divers scandales[8] que la réalité se lève sous nos yeux. Loin d’être des faits divers, ils sont révélateurs, comme lors de l’affaire du prédateur sexuel Dominique Strauss-Kahn – nous ajouterions aujourd’hui le producteur Harvey Weinstein. Pouvoir politique et économique, voire artistique (à condition de pouvoir parler d’art à propos d’Hollywood), engendrent trop souvent des pulsions de dominations masculines à caractères sexuels violents. Quoiqu’il ne faille pas négliger les cas où les mêmes pouvoirs animent de semblables pulsions chez des femmes.

      Plutôt que de « déclarer la guerre » aux hommes, qui d’ailleurs peuvent être complices de ce chemin vers l’égalité, il s’agit de dénoncer la « servitude volontaire » des femmes, pour reprendre le titre de La Boétie. Quant aux champs de guerre d’Irak et d’Afghanistan, avant même l’apparition de l’Etat islamique, Geneviève Fraisse sait en 2003 en quoi ils sont propices à bien des oppressions envers les femmes : « une fois parce qu’elles sont femmes et, conséquemment, plus exposées aux violences de guerre, notamment sexuelles, une seconde fois parce qu’elles sont des personnes civiles démunies de leur droits élémentaires de citoyennes, reléguées à la sphère domestique ». Quant à la question du voile islamique, elle ne semble que la frôler, non sans en deviner les tenants et aboutissants typiques de « la division sexuée du monde » : « Alors porter le voile intégral serait une forme d’émancipation ? Mais dans quelle dialectique dominante ? » Plus loin, justement polémique, elle note : « On utilise la charia pour conserver la différence des sexes sous une autorité symbolique ». Même s’il est loisible de discuter l’affirmation suivante : « On sait que tous les monothéismes fonctionnent de la même manière, du côté de la domination masculine ». En effet, si cette thèse est passablement vérifiable au cours de l’Histoire, rien à voir entre le Judaïsme, qui permet l’accession des femmes au rabbinat, le Christianisme, qui  a des saintes, la Vierge Marie et des Docteures de l’Eglise (Hildegarde de Bingen, Sainte-Thérèse d’Avila), et la soumission totale et irréductible des femmes dans l’Islam, sans compter l’esclavage…

      Au contraire de Marie-Jo Bonnet, Geneviève Fraisse s’affirme « hétérosexuelle » : « Or le choix de ma sexualité n’était pas le plus déterminant ni le plus radical dans ce que j’avais à produire de subversion pour ma génération », argue-t-elle avec pertinence.

      La réflexion de l’essayiste sur le langage sexué, voire genré, reste éminemment précieuse. À l’égard de ce dernier concept, elle s’ouvre aux avancées de la recherche, en particulier scientifique, et n’est guère dogmatique : « il y a le biologique, le naturel, et il y a le social, le construit. Or cette opposition n’est qu’un modèle de pensée […] la biologie, à notre époque, ne cesse de s’enrichir de nouvelles connaissances quant aux processus de sexuation et d’identité sexuelle. » De même, ses recherches sur la notion de consentement, de toute évidence plus particulièrement dans le domaine sexuel, devraient être centrales parmi les débats qui nous agitent quant aux questions liés au viol, à la majorité sexuelle, quand il s’agit de savoir à partir de quel âge placer le curseur d’une relation sexuelle librement assumée avec un adulte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Etrange ouvrage que celui de Roxane Gay - dont le titre n’a rien de programmatique, au sens apparent d’un rejet du féminisme - dans la mesure où il se proclame « roman ». Alors qu’il s’agit plutôt de fragments d’une autobiographie, de chroniques écrites le plus souvent sur un ton léger. On aurait tort pourtant d’écarter ce Bad feminist, qui au premier regard parait conspuer son objet dans une réaction machiste. Il est ainsi nommé parce que la modestie et la finesse de l’auteure lui interdit de revendiquer « un féminisme authentique censé dominer toute la gent féminine ».

      Aussi ne prétend-elle à aucune doxa tyrannique, à aucune pureté dangereuse. Être féministe n’interdit pas d’aimer le sexe, lire le magazine Vogue, s’amuser à peindre ses ongles en rose, aimer la téléréalité ou les séries télévisées. Certes, elle fulmine à raison contre « le diktat de la beauté », « le langage désinvolte de la violence sexuelle », « la culture du viol », contre ces sénateurs qui parlent de « viol légitime » et de « don de Dieu », s’il en résulte la naissance d’une vie, contre l’usage par les rappeurs du mot « bitch » (salope) comme d’un signe de ponctuation », contre les rôles conventionnels attribués aux femmes dans les productions d’Hollywood. Elle met en avant, encore avec modestie, son travail acharné pour devenir une universitaire, d’origine haïtienne et colorée dans un monde de blancs, enseignant la communication technique et la rhétorique.

      Qu’importe si l’on ne connait pas les séries, Girls, Girlfriends ou Hunger Games, qu’elle commente, mais elles sont symptomatiques à la fois de la pesanteur et de l’évolution des mentalités, quand les rôles subalternes sont confiés aux femmes et aux Noirs aux Etats-Unis, quand les traumatismes vécus par les personnages, y compris les viols, ne sont pas passés sous silence. Il s’agit de trouver dans les productions cinématographiques un espace, « une voix à laquelle s’identifier », où les femmes de couleur, Noires, Latinas, Indiennes, ou fort rondes comme notre auteure, puissent projeter une image plus positive, décomplexée, et plus active d’elles-mêmes, et ainsi pouvoir jouer un rôle plus valorisant dans la société. Le combat, qui n’a rien de revanchard ni dangereusement vindicatif - elle n’est pas le moins du monde une virago, comme la délirante Valerie Solanas qui publia en 1967 son SCUM manifesto, autrement dit « Manifeste pour la castration des mâles[9] » -, s’étend jusqu’aux homosexuels et transsexuels, digne d’être respectés dans leurs choix qui n’ont rien de tyranniques envers autrui, tous ceux réunis sous l’égide du vilain acronyme LGBT. Il ne semble pas à cet égard que Roxane Gay veuille imposer un politiquement correct qui poserait un masque trop flatteur sur les communautés et les individus, tout en interdisant la critique et la satire.

      Le cheminement du volume est un peu erratique, passant par un souvenir d’une colo pour gros, à l’occasion de la lecture d’un livre intitulé Skinny, par un souvenir d’agression sexuelle éhontée par des camarades de collège, dont un garçon qu’elle s’imaginait aimer, viol qui contribua lourdement à déclencher une obésité compulsive. Cet évènement fondateur se retrouve dans Hunger, son dernier ouvrage, qui narre avec maints détails les liens entre son obésité et cet abject viol collectif dont à l'âge de 12 ans elle fut la victime. La thérapie est indubitable : « La lecture et l’écriture m’ont toujours tirée des moments les plus sombres de ma vie ». L'autobiographie d'une affamée de justice, de nourriture et d'amour, passant par des liaisons masculines et lesbiennes éphémères, est aussi nécessaire que  poignante, jusqu'à ce qu'elle a apprenne à se réconcilier avec son corps.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      De Roxane Gay encore recommandons un roman, Treize jours, « l’histoire d’une femme qui vivait un conte de fées qui prend fin lorsqu’elle est kidnappée » : récit enlevé de l’enlèvement de la fille d’un des hommes les plus riches d’Haïti. Le traumatisme du personnage central, Mireille Duval, qui est avocate aux Etats-Unis, est raconté à la première personne. Le ravisseur, qui se fait appeler « le commandant » ajoute à la cruauté ordinaire le viol. Pourtant, dit-elle, « Mon corps s’installait facilement dans l’esclavage ». Il faut cependant trouver une façon intérieure de résister : « Je ne voulais voir aucune preuve de l’existence d’un homme dans cet animal ». L’histoire n’est pas si insolite hélas, car le kidnapping lucratif est répandu en Haïti. Dépassant le fait divers, l’auteure narre le retour de Mireille auprès de son mari, installant un nouvel enjeu : comment peut-elle retrouver une intimité avec son mari ?

      Son écriture de romancière est d’un réalisme noir quand celle de la chroniqueuse est allègre, incisive, sans lourdeur. Si son recueil d’essais féministe a reçu une volée de critiques dithyrambiques aux Etats-Unis, nous serons plus modérés, reconnaissant cependant qu’elle a un don sans pareil pour parler avec aisance et simplicité des questions d’égalités entre les sexes, de la façon dont sont injustement considérés ceux que l’on appelle outrageusement les minorités, qu’il s’agisse des femmes, des personnes de couleur ou des gays. C’est en mêlant étroitement à ses chroniques de nombreuses anecdotes et dévoilements autobiographiques qu’elle réussit à captiver son lecteur ; et, mieux encore, à l’attirer vers le bien-fondé de sa cause, peut-être plus que par un essai ambitieux, certes difficile à dépasser, à la manière du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir.

 

      Malgré l’amitié que leur attachement aux libertés nous permet de leur vouer, on peut garder un plus que rien de méfiance envers trop de féministes. Un étrange tropisme parcourt la pensée de nos auteures, du moins dans le cas de Marie-Jo Bonnet et surtout Geneviève Fraisse, qui alla jusqu’à être candidate sur la liste communiste aux élections européennes en 1999 : « Je crois que le Parti communiste a une responsabilité historique en tant que représentant de la tradition utopiste », dit-elle en 1995. Certes, mais pas au sens où nous entendons sa tradition totalitaire, lisant Marx[10], et consultant l’histoire génocidaire du communisme[11]. Associer le combat en faveur de la libération de la femme à cette erreur et horreur qui se prétendait libération des peuples, ne laisse pas de nous interroger sur les limites de l’intelligence humaine, y compris chez des essayistes aussi brillantes…

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Marie-Jo Bonnet : Les Relations amoureuses entre les femmes, Odile Jacob, 1995-2001.

[2] Marie-Jo Bonnet : Adieu les rebelles ! Flammarion, 2014.

[3] Geneviève Fraisse : Muses de la raison, démocratie exclusive et différence des sexes, Alinéa, 1989.

[4] Geneviève Fraisse : Les Femmes et leur histoire, Folio, 1998.

[5] Geneviève Fraisse : À côté du genre, sexe et philosophie de l’égalité, Le Bord de l’eau, 2010.

[6] Geneviève Fraisse : La Sexuation du monde, réflexions sur l’émancipation, Presses de Sciences-Po, 2016.

[9] Valerie Solanas : SCUM manifesto, Mille et une nuits, 2005.

[11] Voir : Hommage à la culture communiste

 

 

Photo : T. Guinhut.

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25 août 2018 6 25 /08 /août /2018 13:52

 

Mérou, marché de La-Couarde-sur-mer. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

L’orwellisation sociétale :

regards appuyés sur les fausses nouvelles.

À l’occasion de la nouvelle traduction de

1984 d’Orwell.

 

 

George Orwell : 1984, traduit de l’anglais (Royaume-Uni)

par Josée Kamoun, Gallimard 384 p, 21 €.

 

 

 

 

      Non content de harceler fiscalement ses concitoyens et de les laisser aux prises avec le harcèlement de la délinquance, de la racaille et de la criminalité, notre gouvernement, épaulé par un Parlement fidèle, légifère sur le harcèlement sexuel qu’il est impératif de réprimer. Cette dernière initiative sécuritaire pourrait être bienvenue, si les regards appuyés de l’Etat qui voit rouge et de la force publique stipendiée n’avaient la prétention de tout contrôler, pour le meilleur et pour le pire. Prétention orwellienne d’autant plus aberrante qu’il s’agit, au travers d’un non-dit Ministère de la Vérité, d’interdire les fausses nouvelles, ou les « fake news », comme le dit la vulgarité paresseuse de l’anglicisme. Sauf que ce « Big Brother is watching you » est fameusement borgne tant il ne voit ni ne veut voir la réalité des manipulations rhétoriques idéologiques et des quartiers entiers où toutes les paupières de l’Etat sont non seulement grand fermées, mais absentes, tant ils puent la sueur de la délinquance et de la charia, et tant ils exsudent leurs rumeurs et leurs crimes jusque dans nos villes et nos campagnes. Comme dans 1984, de George Orwell, l’on ferme les yeux sur les agissements du bas peuple, quand les radars de la surveillance généralisée, même si l’on n'en est pas encore aux extrémités du contrôle social chinois, obèrent la vitalité et la créativité de la population. Une nouvelle traduction de l’œuvre iconique de l’auteur anglais vient à point nommé pour user d’un regard appuyé sur la fausse et désastreuse nouvelle qu’est l’Etat[1].

 

 

      La rumeur fut persistante : les regards appuyés allaient être pénalisés, sanctionnés par une amende d’au minimum 90 euros, jusqu’à 750 €, voire en cas de récidive ou de circonstances aggravantes (en réunion par exemple) jusqu’à 3000 euros. Le goujat sexiste « is watching you » ! Sauf que pas un instant l’expression « regard insistant » ou « regard appuyé » n’est explicite parmi le projet de loi présenté par Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, et Nicole Belloubet, ministre de la justice, pas plus dans le texte voté au Parlement le 1er août dernier et publiée le 5 août au Journal officiel, sanctionnant le harcèlement de rue, qui n’est cependant pas tout à fait le harcèlement sexuel. Il s’agit précisément de sanctionner les outrages sexistes. En d’autres termes, ceux imposant à une personne tout propos ou comportement à connotation sexuelle ou sexiste qui, soit porte atteinte à sa dignité en raison de son caractère dégradant ou humiliant, soit crée à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. Quels en sont les exemples concrets, sinon les sifflements, les poursuites, les quolibets, les invitations sexuelles vulgaires, voire, justement, les « regards appuyés », de ceux qui engendrent le malaise ?

      On admirera le flou d’une telle disposition législative, devinant l’inapplicabilité de la loi, entre les insultes sexistes indubitables et les comportements plus ou moins discrets, entre obscénité et galanterie, selon la subjectivité de la victime ou prétendue victime. Actes et attitudes par ailleurs rarement susceptibles de flagrant délit devant les « télécrans »  orwelliens de l’Etat, à moins de prendre modèle sur la Chine dont nous reparlerons.

      Il y a deux versants à cette loi. L’un – et c’est justice – vise à réprimer la violence sexiste, l’autre instaure une surveillance généralisée des mœurs tout en enfonçant la victime, réelle ou supposée, dans un processus de victimisation a priori, qui n’est pas loin d’être sexiste. Il est entendu qu’elle ne saurait se défendre, ni pratiquer une saine indifférence, une revigorante ironie, voire un sport de combat.

 

 

      Autre billevesée orwellienne, la loi votée le 4 juillet dernier prétend mettre en place un « tribunal » des « fake news » (puisque l’on s’obstine dans l’anglicisme qui signe la démission de la langue) publiées dans la presse et sur les réseaux sociaux. Distingo byzantin, il s’agirait de batailler non contre les «fausses informations », mais plutôt contre « la manipulation de l’information», afin de ne pas pénaliser les propos humoristiques, satiriques ou diffusés par erreur sans intention de nuire. La pure intention de l’Etat et du législateur prétend permettre à la justice d’interdire la diffusion des fausses nouvelles en période d’élections nationales, de nature à biaiser ces dernières. Sauf que balancer une nouvelle qui n’est pas fausse au moment choisi et de concert médiatique peut avoir un effet délétère peut-être indu sur le destin d’un candidat présidentiel, François Fillon pour ne pas le nommer.

      Qu’il soit candidat ou électeur, tout citoyen pourrait saisir un magistrat en demandant la suppression d'une publication. Ce dernier aurait 48 heures pour en interdire la diffusion, en vertu de l'absence d'éléments vérifiables de nature à la rendre vraisemblable. Cependant, vérifier, séparer le vrai du faux, ne risque-t-il pas d’exiger bien plus de temps, sans compter la jugeote et la neutralité idéologique ? Où glisser la frontière entre un mensonge digne d’être rejeté et la censure d’une vérité déplaisante ? Où placer le curseur entre exigence salutaire de vérité et liberté de la presse d’une part et liberté d’expression d’autre part, y compris sur les réseaux sociaux ?

      La commission des Affaires culturelles a ainsi défini une fausse information : « toute allégation ou imputation d'un fait dépourvue d'éléments vérifiables de nature à la rendre vraisemblable ». Mais qu'est-ce qu'un élément vérifiable ? Le juge ne pourra par exemple statuer que si une fausse information est « diffusée de mauvaise foi, de manière artificielle ou automatisée et massive », c’est-à-dire si elle est le produit d’une stratégie délibérée. Voilà qui reste à prouver en sondant les reins et les cœurs, grâce aux neurologiques instruments d’un orwellien « Ministère de la Vérité ».

      Il existe déjà un arsenal législatif contre les fausses informations : notre loi de 1881 sur la liberté de la presse. Il y est d’ores et déjà question de réprimer les « nouvelles fausses ». Voici l’article 27 de cette loi, modifié par une ordonnance en 2000 : « La publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers, lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura troublé la paix publique, ou aura été susceptible de la troubler, sera punie d'une amende de 45 000 euros. Les mêmes faits seront punis de 135 000 euros d'amende, lorsque la publication, la diffusion ou la reproduction faite de mauvaise foi sera de nature à ébranler la discipline ou le moral des armées ou à entraver l'effort de guerre de la nation. »

      En ce sens la loi nouvelle est tout aussi superfétatoire que caractéristique d’une dommageable propension à la suréaction immédiate et émotionnelle, de façon à donner l’impression que le Gouvernement et ses magistrats aux ordres savent veiller de leurs gros yeux et agir dans le sens de la vérité…

      Gare aux manipulations de l’information, surtout si elles viennent de la méchante Russie, théorie du complot en tête, et non de la bande de Gaza… Gare aux fausses nouvelles, le regard appuyé des radars va flasher celles qui dépassent 80 km h pour renflouer en pure perte les caisses de l’Etat !

      Quant aux « territoires perdus de la République », pour reprendre le titre d’Emmanuel Brenner[2], banlieues racailleuses et chariaisées, sachez bien que l’Etat n’ira pas y jeter un œil. D’ailleurs le viol et le voile se chargent d’y faire respecter les regards appuyés de la loi islamique, la vérité théocratique est y garante du désordre, les rugissants rodéos automobiles se rient des radars inexistants, quand la police s’y assure des pavés dans les pare-brises et des cocktails molotov entre les gencives, quand des couteaux notoirement déséquilibrés égorgent jour après jour le paisible citoyen. Ainsi l’Etat borgne veille d’un œil vif sur ses concitoyens corvéables à merci, et ferme grand sa paupière politiquement correcte sur les dissidentes zones de non-droit, pour employer son euphémisme coupable...

 

 

      Autres regards appuyés : sachons que Facebook, grâce à ses inquisiteurs algorithmes, attribue à chacun de ses utilisateurs un score de fiabilité. On ne peut que s’interroger sur les critères sous-jacents, lorsque l’on sait qu’un fessier de Canova du Musée de Genève[3] s’est vu soumis à censure, assortie en la demeure une interdiction de commenter et de publier pendant 24 heures. « Fake news », puisqu’en Facebookie l’on anglicise, signifie pour la firme sociale une marque infamante au sein du réseau, que l’on peut craindre de voir disqualifier une réputation, y compris par ses utilisateurs mêmes, animés par le seul goût de nuire, ou en conformité avec un politiquement correct orienté et aseptisé, voire l’assaut concerté d’un mouvement idéologique. Il suffit, nous direz-vous, de fermer son compte et d’utiliser des réseaux sociaux apparemment plus soucieux de la protection des données et de la neutralité, tels Minds par exemple. À condition qu’ils échappent réellement à l’intrusion d’organismes étatiques, comme l’américaine NSA (National Security Agency), dont Edward Snowden révéla en 2013le programme de surveillance massif et les outrageuses capacités d’une illégale collecte d’informations.

      La France n’offre pas une image brillante : elle n’est qu’à la neuvième place européenne parmi les pays les moins frappés par la cybercensure. De plus, si l’on excepte le blocage des pages encourageant au terrorisme (ou au jihad, il y aurait matière), d’après un site peut-être soumis à caution[4], notre charmant pays bloquerait 37 990 pages, elles qualifiées de « nationalistes », alors que la Turquie n’en compterait que 6 574 et la Russie du pourtant autocrate Poutine seulement 84…

      Certes, l’on est loin de la Chine qui, grâce à d’omniprésentes caméras de surveillance et de reconnaissance faciale, sans oublier un pléthorique mixer à données globales (le « big-data », puis qu’il faut le barbariser ainsi), note son milliard quatre cents millions de concitoyens afin de les inclure ou exclure des bonnes grâces de l’Etat. Les comportements individuels, a fortiori de fonctionnaires et d’entreprises, sont non seulement évalués mais aboutissent à une attribution ou une ablation de droits, par le biais d’une batterie de crédits sociaux. Il n’est pas douteux que la criminalité, la corruption, la contrefaçon et autres délits écologiques, sanitaires et caetera, altèrent la société chinoise, mais déduire des achats via les cartes de crédits la moralité citoyenne des comportements pose un problème éthique et politique considérable, d’autant qu’en conséquence déjà la liberté d’achats en devient obérée. L’on peut être fiché pour avoir fumé dans le train, ce qui entraîne de ne plus pouvoir acheter de billet, et figurer sur une liste noire consultable sur Internet. Pire être taxé de « crime économique », de « crime par la pensée », pour reprendre une expression de l’auteur de 1984. Comme dans Rapport minoritaire de Philip K. Dick[5], l’Etat chinois pratique les arrestations préventives…

      Ce qui pourrait être un outil efficace de lutte contre délinquance et crimes réels ne devrait être manié que sous l’égide d’une juste législation, et non d’un totalitarisme exponentiel et tatillon. Il est évident que le communisme chinois pratique à grande échelle (macroscopique au sens continental et démographique, et microscopique au sens neuronal) une orwellisation éhontée, quand un communisme hexagonal qui ne dit pas son nom avance à pas orwelliens feutrés.

 

 

      1984, le roman-phare de George Orwell, est une de ces icônes qui paraissent intouchables. L’inertie de l’habitude nous faisait considérer que la traduction française d’Amélie Audiberti restait canonique. Josée Kamoun, émérite traductrice de Philip Roth, relève un défi : dépoussiérer un classique. Sauf un parti-pris peu orthodoxe, sinon saugrenu : pourquoi utiliser le présent de narration, alors que l’original est au prétérit, donc au passé ? Imaginons qu’il s’agit d’une hypotypose, cette figure de rhétorique descriptive qui vise à rendre plus saisissante une scène théâtrale. Sauf que le passé inscrit le récit dans une sorte de passé fondateur, dans un apologue dont la leçon politique ne se discute plus.

      À moins de le lire en son anglaise authenticité, il faut admettre que le roman en ressort comme nettoyé, plus rugueux : l’on se sent encore plus pris dans l’étau d’une Angleterre qui n’en a jamais fini avec les bombardements du blitzkrieg, avec le rationnement et la crasse de la guerre. À la différence que le « sociang », socialisme anglais, est une brutale dictature, un précipité du fascisme hitlérien et du communisme soviétique, d’où la moustache de « Big Brother ». Cette expression n’est pas ici traduite, tant elle est devenue proverbiale et si peu juste serait l’expression « Grand frère », sujette à des interprétations inadéquates.

      C’est surtout le vocabulaire du novlangue, opposé à l’« ancilangue », qui est nettoyé jusqu’à l’os, peut-être plus efficace. Le « newspeech » devient après le novlangue le « néoparler », ce qui lui donne une coloration enfantine et balbutiante bienvenue. De même « Minivrai » pour « Ministère de la vérité » qui était « Minitrue ». Il n’est pas sûr cependant que le « Liberté est servitude » soit judicieux pour « slavery ». Quant à préférer « Big Brother te regarde » pour plus de proximité, car le « you » anglais est ambigu sans un contexte explicite, au précédent « Big Brother vous regarde », c’est faire abstraction de la dimension collectiviste du totalitarisme.

      Le contraste entre les rares moments lumineux et  lyriques, comme les rencontres amoureuses de Winston avec Julia, dans une clairière ou dans la chambre au-dessus de la brocante où se cache le télécran, et la terreur ordinaire qui sourd comme la sueur dont sont couverts nombre de personnages est rendu avec une glaçante prégnance. L’ironie rebelle de la jeune femme, hélas provisoire, brille de toute sa vanité devant la torture et la « vaporisation » des êtres. Le travail du héros, bientôt anti-héros, qui consiste à sans cesse réécrire l'histoire selon les injonctions officielles, lui promet son propre effacement mental…

      Reste à savoir si en ranimant une lecture vieille de quelques décennies, le lecteur n’a pas faussement cru que cette nouvelle traduction permettait une révélation. La morale en serait plutôt que quelque soit le talent des traducteurs, certes doués de compétence réelle, un roman comme 1984 résiste infiniment, garde la noirceur de son monde et la verdeur de son action. Revenons à la précédente traduction. De surcroit, les expressions orwelliennes se sont tellement cristallisées dans la langue française que toucher au « Ministère de la vérité », au « novlangue », parait une trahison.

      L’apologue politique anti-utopique, mieux que toutes les fantasy matinées de science-fiction, est terriblement proche des expériences totalitaires nazies et surtout communistes, en même temps que des actualités et des potentialités de notre présent. Il reste un indépassable avertisseur ; à moins de le considérer comme un manuel : l’on saura comment briser l’individualisme, comme annihiler l’amour entre les êtres au profit de l’ultime et glaçant : « La lutte était terminée, il avait remporté la victoire sur lui-même. Il aimait Big Brother »…

 

      Il faut cependant prendre garde à cet olibrius anti-utopien[6], qui s’isola de manière anti-sociale sur l’île écossaise de Jura pour écrire son manuel de surveillance. L’impertinent auteur de La Ferme des animaux ne prétendait-il pas jouer un irrespectueux tour de cochon sans se préoccuper de la sensibilité des thuriféraires de l’espérance stalinienne du Parti Communiste Français, ni des fidèles d’une religion alternative ? Présomptueux, il laissait traîner un œil trop perspicace sur le regard appuyé et le ministère des vérités officielles pour être laissé sans surveillance. D’ailleurs il serait bon que les associations de défense des minorités, des LGBT, comme le clinquant et déshumanisant acronyme les appelle, que les polices de la pensée, jettent un œil noir sur cet écrivaillon anglais : il fut en effet passablement homophobe, traitant de « tapette » ceux qu’il n’aimait guère, sans omettre que son féminisme fût un peu mou du genou. Ces « mentocrimes » vaudraient bien un déboulonnage de statue, non ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[2] Emmanuel Brenner : Les Territoires perdus de la République, Pluriel, 2015.

[4] lesobservateurs.ch, 13-08-2017

[5] Philip K. Dick : Rapport minoritaire, Folio, 2009.

[6]  Voir : Après Thomas More, l'utopie politique d'Aymeric Caron

Thon rouge, marché du Bois-Plage-en-Ré. Photo : T. Guinhut.

 

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23 août 2018 4 23 /08 /août /2018 11:23

 

Fresque XIV°, Duomo, Bolzano / Bozen, Trentino Alto-Adige, Südtirol.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Déboires et bonheurs du Scandale.

Jean-Claude Bologne : Histoire du scandale ;

Eléa Baucheron et Diane Routex :

Le Musée des scandales.

 

 

Jean-Claude Bologne : Histoire du scandale, Albin Michel, 304 p, 20,90 €.

 

Eléa Baucheron et Diane Routex : Le Musée des scandales. L’art qui fâche,

Gründ, 176 p, 24,97 €.

 

 

 

 

 

 

      Malheur au média par qui aucun scandale n’arrive. Ne court il pas le risque de se voir négligé, boudé par son lectorat, promis au marais de l’indifférence ? Il s’agit bien là d’un renversement des valeurs, alors que Jésus clamait : « Malheur à celui par qui le scandale arrive» ! Car, « s’il est nécessaire qu’arrivent des scandales[1] », mieux valait que le vice ou le péché restât privé, offert au secret de la confession, plutôt qu’étalé sur la place publique où il risquait de semer le désordre, comme si se décrochait la cloche de l’église pour sonner le malheureux… D’où la nécessité d’une réflexion sur l’évolution de la notion de scandale. Or l’historien se découvre soudain un sujet digne de son clavier, en la personne de Jean-Claude Bologne, qui étale avec une saine impudeur sa roborative Histoire du scandale ; tandis qu’Eléa Baucheron et Diane Routex s’acoquinent avec « l’art qui fâche » en faisant défiler un piquant Musée des scandales. Autrefois huile enflammée des mœurs, le scandale n’est-il pas devenu l’huile sainte des médias, le miel de l’art contemporain, à moins qu’il ne soit  déjà rance et avarié ?

 

      Un ministre socialiste du budget qui pratique la fraude et l’exil fiscal (quoique cela dissimule un plus grand scandale, celui de l’enfer fiscal[2]), un favori du prince qui s’adjuge indument des pouvoirs de police et de tabassage, des prières de rue (où se trouve le scandale, dans les faits, ou dans le silence qui voile le scandale ?), un chômage qui ne baisse pas alors que des pays voisins jouissent du plein emploi, on userait salive et clavier à énumérer les motifs de scandale. Cependant, comme en une déclaration d’intention, Jean-Claude Bologne montre que l’indignation à l’occasion d’une révélation scandaleuse « permet d’innover, de dépasser des valeurs désuètes ou, au contraire, de consolider des normes dont la transgression soulève un tollé général ». Ainsi les deux facettes, positives et négatives, du phénomène participent des évolutions et des soubassements moraux de nos sociétés.

      Aujourd’hui, comme le souligne notre prolifique historien[3], « chaque journal télévisé déballe quotidiennement son lot de scandales sanitaires, alimentaires, écologiques, financiers, politiques, judiciaires ». Les médias s’en nourrissent, appâtent et captivent ainsi lecteurs et spectateurs. D’autant que l’universel média, internet pour ne pas le nommer, permet de contourner les normes et les interdictions locales et nationales en affichant, si le curieux le veut, un festival de croix gammées, une exposition de cadavres humains dans une galerie, les exécutions de l’Etat islamique, sans compter les informations et images manipulées pour le bien de la cause et le mal de la pensée. Aussi, aux législations, doit s’ajouter, voire se substituer le jugement individuel, en toute connaissance de cause ; au service duquel la réflexion et les comparaisons de l’historien sont ardemment nécessaires.

      L’essai de Jean-Claude Bologne a l’insigne mérite de ne pas se limiter, comme attendu pour un ouvrage d’historien, à une liste chronologique et commentée. Classées par types et familles idéologiques, les scandales sont bientôt problématisés, analysés dans leur fonction de signal des mentalités et des interdits, autant que de dépassement. En ce sens, ils sont nécessaires aux évolutions et au bien-être de nos sociétés. Plus de scandales ? Alors ils seraient enfouis sous le non-dit, le mensonge, caractéristiques des régimes totalitaires ; ou arasés par le relativisme, l’indifférence morale…

 

 

      Après celui, originel, d’Eve et du serpent, Jésus n’est-il pas un scandale ? Chassant les marchands du temple, accueillant une prostituée, se prétendant fils de Dieu… Ce pourquoi son malheur fut d’être crucifié. Peine scandaleuse, réservée aux esclaves, impossible pour un dieu ! Superstition, hérésie, libertinage, la liste est longue des péchés qui éclatent au grand jour de la chrétienté menacée. « C’est le créateur ou le tentateur qui place sur le chemin de l’homme la pierre sur laquelle il trébuche ».

     Les Grecs honnissent les actions et paroles impies qui peuvent faire choir le châtiment sur la cité ; il en est de même pour l’hubris, qui est à la fois orgueil et démesure. Combien de tragédies ont pour cause des scandales! Alors que Socrate et Diogène[4] délivrent leur enseignement philosophique à coups de paroles scandaleuses. Comme Caïn tua son frère Abel, Romulus tua Rémus. Ce sont scandales originels, préludes à de longues listes, parmi lesquelles Catilina figure en bonne place dans les écrits de Cicéron. Rome, tout au long de sa République et de son Empire, est pétrie de scandales, qu’ils s’appellent Antoine et Cléopâtre, Néron ou Caligula.

      Dans l’Occident chrétien apparaissent de nouvelles catégories : scandale actif ou passif, il faut alors tenir compte de l’intention pour statuer sur l’éventuel châtiment. Ainsi « l’Eglise s’est longtemps enfermée dans cette logique, considérant que le scandale actif de prêtres pédophiles ne devait pas être dénoncé publiquement, car cela aurait entraîné un scandale passif : la défiance de la communauté vis-à-vis de ses pasteurs ». Une oreille moderne ne l’entend pas ainsi et préfère appliquer le code pénal. Le Pape François, en 2015, a d’ailleurs mis fin à cette « argutie canonique ».

      Cependant des fils conducteurs traversent les siècles. Avec Christine de Pisan, Jeanne d’Arc fait partie des « femmes scandaleuses », choquant surtout par ses habits masculins. Fut-elle l’ancêtre des femen ? Qu’elles furent suffragettes anglaises ou résistantes au voile aujourd’hui, elles sont encore scandaleuses. Mais lorsqu’elles agissent au nom de la liberté et des valeurs occidentales, elles sont conspuées, emprisonnées et exécutées au nom d’une théocratie barbare et totalitaire. Ce pourquoi il est nécessaire de savoir au nom de quelles valeurs le scandale bruit sur la terre.

      Voltaire est un jalon d’importance. De l’affaire Calas à celle du chevalier de La Barre, ce n’est plus le scandale du catholicisme bafoué qui a droit de cité, mais celui d’une injustice effroyable : il s’agit du « retournement du scandale contre celui qui l’a dénoncé ». Bientôt « la Révolution française et l’expansion de la presse entreront pour beaucoup dans le passage du scandale à l’affaire ».

      D’abord religieux et sacré, le scandale devient politique, judiciaire, plus tardivement écologique, au gré de la pente des mentalités. Ce qui « heurte la raison, la morale ou la foi » est tour à tour scandale diabolique, divin, et surtout humain. Désormais ce dernier choque comme choquaient l’idole et le blasphème, quoiqu’il s’agisse de « laïcisation du scandale ». Sacralisation du peuple, de l’art, de l’argent, de la nature, de l’enfant, voilà que l’évolution des mœurs permet l’éclosion d’inédites pépites scandaleuses. Aux nouvelles valeurs répondent de nouvelles transgressions dignes de l’étonnement et de la vindicte publique. Quoique vouloir dénoncer le scandale de l’esclavage puisse amener à vouloir déboulonner des statues de Confédérés aux Etats-Unis, ou celle de Colbert qui participa à l’écriture du Code noir. En ce sens brûler d’éradiquer des pans de l’Histoire apparait bien comme une scandaleuse pulsion totalitaire.

      En conséquence, nous direz-vous, où est le scandale? Dans les Plantes Génétiquement Modifiées, où dans l’obscurantisme des faucheurs ? Dans les emplois familiaux et plus ou moins fictifs facturés par un Député (parmi bien d’autres et alors qu’il s’agissait d’un problème moral et non d’une illégalité) ou dans l’injuste éviction d’un candidat aux élections présidentielles ? Pour rappel, il est rapidement question des affaires qui furent des pierres d’achoppement pour le pouvoir, de l’affaire Urba sous Mitterrand à celles affectant, avec plus ou moins d’efficacité, Dominique Strauss-Khann, ou Hillary Clinton. Faut-il compter parmi les scandales la loi Pleven qui permet à des associations de se porter partie civile en justice pour défendre des intérêts plus ou moins idéologiques ?  Ce ne sont que quelques-unes des allusions placées çà et là par notre historien, mais d’autant plus éclairantes, parmi un essai toujours documenté et toujours passionnant. Il a le mérite insigne, malgré quelques négligeables approximations (sur le Contre les Chrétiens de Celse prétendument perdu et sur une relation de cause à effet entre le politiquement correct et le terrorisme à expliciter) de nous interroger sur l’évolution de nos valeurs et de nos émotions, pas toujours alliées à la raison et à la connaissance. Car les « stratégies de scandalisation », des journaux à scandales aux leviers politiques, risquent fort à la fois de rater leur but tant ils se succèdent et de naufrager l’intelligence de ceux qui les suivent de la manière la plus grégaire.

      Reste que « le paradoxe entre l’universalisme et le communautarisme est un défi du monde de demain ». En effet leurs sens du scandale peuvent-être radicalement opposés. Les caricatures de Mahomet et l’attentat contre Charlie Hebdo en sont un exemple frappant. Il nous faut sans nul doute apprendre à supporter avec paix, voire humour, que qui que ce soit scandalise notre sacré, laïc ou religieux. Les mots ne sont que des scandales mineurs où l’on doit pouvoir rire de tout[5], quand l’incitation au meurtre, qu’il s’agisse de rap ou de sourate, est un scandale majeur, seul punissable au regard de la loi.

 

      Ainsi, plus largement, la littérature, à laquelle Jean-Claude Bologne fait trop peu allusion, dit l’indicible, raconte l’irracontable, soulève les loups de l’humanité. Du Tartuffe de Molière aux Verset sataniques de Rushdie, l’hypocrisie et le dogmatisme aveugle des religions se voient exhibées. Ouvrons alors Ces Livres qui ont fait scandale[6] pour croiser comment le Parti Communiste accueillit avec horreur le J’ai choisi la liberté de Kravchenko, comment le puritanisme anglo-saxon apprécia Lolita de Nabokov. Il est est à craindre qu’aujourd’hui, malgré sa langue somptueuse et ses stratégies narratives retorses, ce dernier roman croulerait encore plus sous la vindicte du spectre de la pédophilie.

      Jean-Claude Bologne a beau jeu de consacrer l’un de ses derniers chapitres à l’art. Le scandale, entre les yeux ouverts sur ce que l’on ne veut pas voir en peinture et la sortie du formalisme et de l’académisme, tant en musique qu’en peinture, emprunte une « fonction de créativité ». Au-delà de la bataille d’Hernani en 1830 et du Sacre du printemps de Stravinsky en 1913, l’urinoir de Duchamp casse l’art en deux : sa sacralité n’est plus que dans le regard fortuit d’un spectateur qui l’élève à une dimension muséale incongrue. La représentation du Christ cependant reste au long des siècles un indicateur précieux. Les nus musculeux de Michel-Ange dans la Chapelle Sixtine durent voir leurs parties génitales recouvertes par des linges, ce qui valut au peintre de la pudeur le surnom de « Braghettone ». Trop de sang, de chairs tuméfiés heurtèrent les fidèles de la crucifixion. Aujourd’hui encore, quoiqu’intelligemment défendue par des ecclésiastiques qui y virent la réactivation de la conscience du scandale de la croix, l’œuvre photographique « Piss Christ[7] » de Serrano fit bouillir ceux qui crurent se sentir arrosés.

      L’art ne fut-il pas toujours scandaleux ? Menacé par son éventuel statut d’idole, par la querelle byzantine des iconoclastes, pire, par l’interdit absolu de la représentation humaine et divine qu’exige l’Islam, il réclame toujours son statut légitime d’éveil des consciences, de nouveauté piquante et de prurit des scléroses. À ce compte, la censure ne désarme pas, comme témoigne le providentiel volume concocté par Emmanuel Pierrat : 100 œuvres d'art censurées[8].

      Aujourd’hui l’art contemporain, à force de scandales, voit son pouvoir de scandale s’émousser. Lui qui se scandalise encore de voir s’exhiber la ringarde peinture, semble devenir un dinosaure affaissé, dont les viandes sèches s’évaporent sur la route de l’Histoire de l’art. À tel point que l’on puisse se demander si l’art contemporain est encore de l’art, s’il n’est plus qu’un ersatz, une pincée obligée de provocation sénescente dans l’espace vide des lieux d’exposition parsemés de tas, d’objets ruinés, de bidules empruntés à l’électroménager et à la voierie, le tout enveloppé d’un concert pompeux de concepts questionnant tautologiquement la légitimité de l’art et arborant un engagement politique et anticapitaliste suiviste et creux…

 

 

      Un complément judicieux à l’ouvrage informé de Jean-Claude Bologne se présente sous la forme d’un livre d’art, qui aurait pu choisir d’être un catalogue chronologique, mais a préféré jouer la carte du thématisme : « Sacrilège, Politiquement correct, Scandales sexuels et Transgression artistiques », se succèdent avec plus ou moins d’adresse, dans l’album conçu à quatre mains par Eléa Baucheron et Diane Routex,  intitulé Le Musée des scandales.

      Fort soignées, les reproductions indispensables, de tableaux, sculptures et autres installations, ne manquent pas à l’appel, depuis la Renaissance jusqu’au plus urgent contemporain. Certes l’on pourra regretter que la pliure du volume affecte hypocritement le point stratégique de La Maja desnuda de Goya. Et si l’album est fait pour aguicher la narine de l’acquéreur par l’effluve du scandale, tout en présentant des œuvres parfois méconnues (Auguste Préault ou Paul Chevanard au XIX° siècle), il répond bien à son objectif : cataloguer les occurrences, en montrant combien les pouvoirs du christianisme, du politique et des minorités sont fort chatouilleux, et bien souvent le plus ridiculement du monde.

      Les analyses jointes à chacune des œuvres présentées sont un peu minimalistes. Suffisantes pour un ouvrage d’initiation et grand public, elles ne laissent pas d’être lacunaires si l’on désire se plonger dans des problématiques esthétiques, historiques, sociologiques et métaphysiques inévitablement afférentes aux plus réussies des productions ici exposées, forcément inégales, comme dans toute anthologie, forcément soumises à des choix parfois discutables. Il faudra également pardonner une désastreuse coquille, qui fait Staline accéder au Pouvoir en « 1934 », alors qu’il s’agit de 1924 (ce à propos de Malevitch).

      Evidemment ce sont les corps et la sexualité qui posent d’abord problème. Trop réalistes ou trop esthétisés, ils exhibent la finitude, la dégradation de l’homme, fût-il pape, comme lors du portrait d’Innocent X par Velasquez, mais aussi le soupçon du pouvoir d’Eros, comme lorsque le Saint Sébastien de Fra Bartolomeo suggère de coupables désirs à une pénitente. Bien que mystique, le « long dard en or » brandi par un ange vers les entrailles de Sainte-Thérèse sculptée dans le marbre blanc par Le Bernin permet aux prudes de faire flèche de toute indignation.

      L’indignation sociale et politique de l’artiste, qu’il s’agisse des satiriques Caprices de Goya ou de la poire figurant Louis Philippe sous le trait de Daumier, s’attire la colère et la censure des pouvoirs en place. L’on se doute qu’être aujourd’hui un plasticien chinois, comme Ai Weiwei, dont l’épouse exhibe sa culotte sous le portrait de Mao, n’est pas de tout repos…

      Ne sapons pas le moral des troupes par un tableau de soldats morts dans la boue des tranchées, ne prenons pas le risque de figurer parmi les « Artistes dégénérés », exhibés par les suppôts d’Hitler dans l’Allemagne nazis, gardons-nous bien d’offenser les minorités, les enfants, les femmes, les noirs, les homosexuels, les transgenres, les animaux, ad nauseam… C’est ainsi que la liberté de l’art, la créativité se dessèchent comme peau de chagrin.

      Faut-il classer la peinture d’Artemisia Gentileschi parmi les scandales sexuels, pénaux, féministes ? Se représentant d’une manière splendide et hyperréaliste, en 1620, sous les traits de l’héroïne biblique Judith décapitant un Holopherne qui exhibe le visage stupéfait de son violeur, elle crie justice avec d’implacables giclures de sang.

      La désacralisation de l’art, dégradé par la banalité de ses sujets, de ses techniques et de ses matériaux, émeut également les puristes. Vidéos et photographies floues, Merde d’artiste par Manzoni, coulures brutales de Jackson Pollock, colonnes tronquées noires et blanches de Buren : à partir de quel moment l’art se suicide-t-il[9] ? L’on ne sait plus si c’est de l’art ou du cochon, selon le calembour consacré, lorsqu’en 2010 Wim Delvoye (l’auteur de la « machine à caca ») tatoue des porcs dont la peau tannée sera encadrée, ce qui fait couiner les défenseurs des animaux. On regrette qu’il n’ait pas songé à leur tatouer une sourate du Coran pour l’offrir à la vénération de La Mecque. Un homme également tatoué par ses soins dévouera sa peau post mortem à l’exposition. « Bizarrement les choqués du cochon ne se sont pas offusqués », ironisent notre duo de commentateurs…

      Alors que nombres d’artistes ne prétendent ni ne savent devoir susciter l’ire des spectateurs, comme Véronèse posant un chien sur le devant de La Cène, ou un japonais qui se voit reprocher de prétendus faux billets, les plus contemporains en font profession. Le scandale est la condition sine qua non de leur protestation, de leur notoriété et de leur portefeuille.

      Se targuer d’être celui par qui le scandale arrive ne suffit évidemment pas à la qualité d’une œuvre d’art. Aux côtés de Damien Hirst, dont les crânes constellés de diamants ou de mouches noires sont de fabuleux memento mori, Maurizio Cattelan, si décrié, restera pourtant l’un des plus profonds plasticiens du contemporain. En 2001, Him défraie la chronique, surtout lorsqu’il est exposé à Varsovie en 2012, où le souvenir des exactions nazies contre les Juifs reste prégnant : il s’agit en effet d’un Hitler de cire et en costume de ville, agenouillé, les mains jointes. Outre que la photographie en noir et blanc ne rend que peu justice à l’œuvre (il en existe en couleur dans une chapelle), le commentaire ne glose guère sur la question de la culpabilité, du pardon, de l’imprescriptible, sur l’époustouflante dimension historique et métaphysique de l’œuvre. Du même, en couverture, La Nona Ora : le pape Jean Paul II s’écroule sur fond rouge, abattu par une météorite. C’est encore en la catholique Varsovie que l’esclandre prit des proportions délirantes. Alors que, dans la tradition du « Christ au outrages », un pape n’est plus qu’un homme, usé, frappé, définitivement mortel. En son esthétique simplicité, l’œuvre questionne l’infaillibilité papale, la volonté divine, le hasard cosmique, et ce doute que tout vrai Chrétien doit avoir éprouvé, comme Jésus sur la croix…

 

      A contrario du mensonge et de la manipulation, rien de plus beau qu’une vérité scandaleuse. Ne dénonce-t-elle pas le scandale fondamental : celui de l’ignorance, pire, de l’ignorance militante, de l’obscurantisme et du mensonge érigé en loi ? Quand l’opinion, la doxa, la morale, la bien-pensance s’émeuvent, le scandale n’est pas loin, nuisible ou utile. Il est la pierre d’achoppement, selon l’étymologie latine ecclésiastique et a fortiori grecque, sur laquelle butent et se blessent l’habitude et les conventions. L’humanité et la vertu se heurtent cependant au scandale fondamental : la gravité du péché, le mal. Du nazisme à l’islamisme en passant par le communisme, l’Histoire du mal se pourlèche de scandales. Ainsi, autant la vertu que le vice, le délit, le crime et la tyrannie, peuvent être de scandaleux monstres dont la cloche résonne sur la terre et sur l’air des médias, fendant les cranes mieux que tout verbe, toute peinture, si scandaleux soient-ils. Que la prudence de la raison nous préserve des émotions trop scandaleuses !

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Matthieu, 18.7.

[6] Etienne de Montéty : Ces Livres qui ont fait scandale, Le Figaro / Favre, 2013.

[8]  Emmanuel Pierrat : 100 œuvres d’art censurées, Chêne, 2012.

[6] Voir : L'art contemporain est-il encore de l'art ?

 

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  • : Des livres publiés aux critiques littéraires, en passant par des inédits : essais, sonnets, extraits de romans à venir... Le monde des littératures et d'une pensée politique et esthétique par l'écrivain et photographe Thierry Guinhut.
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Index des auteurs et des thèmes traités

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Ackroyd

Londres la biographie, William, Trois frères

Queer-city, l'homosexualité à Londres

 

 

 

 

 

 

Adams

Essais sur le beau en photographie

 

 

 

 

 

 

 

Aira

Congrès de littérature et de magie

 

Ajvaz

Fantastique : L'Autre île, L'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Akhmatova

Requiem pour Anna Akhmatova

 

 

 

 

 

 

 

Alberti

Momus le Prince, La Statue, Propos de table

 

 

 

 

 

 

Allemagne

Tellkamp : La Tour ; Seiler : Kruso

Les familles de Leo et Kaiser-Muhlecker

 

 

 

 

 

 

Amis

Inside Story, Flèche du temps, Zone d'intérêt

Réussir L'Information Martin Amis

Lionel Asbo, Chien jaune, Guerre au cliché

 

 

 

 

 

 

Amour, sexualité

A une jeune Aphrodite de marbre

Borges : Poèmes d’amour

Guarnieri : Brahms et Clara Schumann

Vigolo : La Virgilia

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Luc Ferry : De l'amour au XXI° siècle

Philosophie de l'amour : Ogien, Ackerman

Erotisme, pornographie : Pauvert, Roszak, Lestrade

Une Histoire des sexualités ; Foucault : Les Aveux de la chair

 

 

 

 

 

 

Ampuero

Cuba quand nous étions révolutionnaires

 

 

 

 

 

 

 

Animaux

Elien Ursin : Personnalité et Prosopopée des animaux

Quand les chauve-souris chantent, les animaux ont-ils des droits ?

Jusqu'où faut-il respecter les animaux ? Animalisme et humanisme

L'incroyable bestiaire de l'émerveillement

Philosophie porcine du harcèlement

Apologues politiques, satiriques et familiers

Meshkov : Chien Lodok, l'humaine tyrannie

Le corbeau de Max Porter

 

 

 

 

 

 

Antiquité

Le sens de la mythologie et des Enfers

Métamorphoses d'Ovide et mythes grecs

Eloge des déesses grecques et de Vénus

Belles lettres grecques d'Homère à Lucien

Anthologies littéraires gréco-romaines

Imperator, Arma, Nuits antiques, Ex machina

Rome et l'effondrement de l'empire

Esthétique des ruines : Schnapp, Koudelka

De César à Fellini par la poésie latine

Les Amazones par Mayor et Testart

Le Pogge et Lucrèce par Greenblatt

Des romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Antisémitisme

Histoire et rhétorique de l'antisémitisme

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Céline et les pamphlets antisémites

Wagner, Tristan und Isolde et antisémitisme

Kertesz : Sauvegarde

Eloge d'Israël

 

 

 

 

 

 

Appelfeld

Les Partisans, Histoire d'une vie

 

 

 

 

 

 

 

Arbres

Leur vie, leur plaidoirie : Wohlleben, Stone

Richard Powers : L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Arendt

Banalité du mal, banalité de la culture

Liberté d'être libre et Cahier de L'Herne

Conscience morale, littérature, Benjamin

Anders : Molussie et Obsolescence

 

 

 

 

 

 

 

Argent

Veau d'or ou sagesse de l'argent : Aristote, Simmel, Friedman, Bruckner

 

 

 

 

 

 

Aristote

Aristote, père de la philosophie

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Art contemporain

Que restera-t-il de l’art contemporain ?

L'art contemporain est-il encore de l'art ?

Décadence ou effervescence de la peinture

L'image de l'artiste de l'Antiquité à l'art conceptuel

Faillite et universalité de la beauté

Michel Guérin : Le Temps de l'art

Théories du portrait depuis la Renaissance

L'art brut, exclusion et couronnement

Hans Belting : Faces

Piss Christ, icone chrétienne par Serrano

 

 

 

 

 

 

Attar

Le Cantique des oiseaux

 

 

 

 

 

 

Atwood

De la Servante écarlate à Consilience

Contes réalistes et gothiques d'Alphinland

Graine de sorcière, réécriture de La Tempête

 

 

 

 

 

 

Bachmann

Celan Bachmann : Lettres amoureuses

Toute personne qui tombe a des ailes, poèmes

 

 

 

 

 

 

 

Bakounine

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

L'anarchisme : tyrannie ou liberté ?

 

 

 

 

 

 

Ballard

Le romancier philosophe de Crash et Millenium people

Nouvelles : un artiste de la science-fiction

 

 

 

 

 

 

 

Bande dessinée

Roman graphique et bande-dessinée

 

 

 

 

 

 

Barcelo

Cahiers d'Himalaya, Nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Barrett Browning

E. Barrett Browning et autres sonnettistes

 

 

 

 

 

 

Bashô

Bashô : L'intégrale des haikus

 

 

 

 

 

 

Basile

Le conte des contes, merveilleux rabelaisien

 

 

 

 

 

 

Bastiat

Le libéralisme contre l'illusion de l'Etat

 

 

 

 

 

 

Baudelaire

Baudelaire, charogne ou esthète moderne ?

"L'homme et la mer", romantisme noir

Vanité et génie du dandysme

Baudelaire de Walter Benjamin

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Beauté, laideur

Faillite et universalité de la beauté, de Platon à l’art contemporain

Laideur et mocheté

 

 

 

 

 

 

Beckett 

En attendant Godot : le dénouement

 

 

 

 

 

 

Benjamin

Baudelaire par Walter Benjamin

Conscience morale et littérature

Critique de la violence et vices politiques

Flâneurs et voyageurs

Walter Benjamin : les soixante-treize sonnets

Paris capitale des chiffonniers du XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Benni

Toutes les richesses, Grammaire de Dieu

 

 

 

 

 

 

Bernhard

Goethe se mheurt et autres vérités

 

 

 

 

 

 

 

Bibliothèques

Histoire de l'écriture & Histoire du livre

Bibliophilie : Nodier, Eco, Apollinaire

Eloges des librairies, libraires et lecteurs

Babel des routes de la traduction

Des jardins & des livres, Fondation Bodmer

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Bibliothèques pillées sous l'Occupation

Bibliothèques vaticane et militaires

Masques et théâtre en éditions rares

De Saint-Jérôme au contemporain

Haine de la littérature et de la culture

Rabie : La Bibliothèque enchantée

Bibliothèques du monde, or des manuscrits

Du papyrus à Google-books : Darnton, Eco

Bibliothèques perdues et fictionnelles

Livres perdus : Straten,  Schlanger, Olender

Bibliophilie rare : Géants et nains

Manguel ; Uniques fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Blake

Chesterton, Jordis : William Blake ou l’infini

Le Mariage du ciel et de l’enfer

 

 

 

 

 

 

Blasphème

Eloge du blasphème : Thomas-d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

 

 

 

 

 

 

Blog

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

 

 

 

 

 

 

Bloom

Amour, amitié et culture générale

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

 

 

 

 

 

 

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Les parenthèses du chien romantique

Poète métaphysique et romancier politique

 

 

 

 

 

 

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borel

Pétrus Borel lycanthrope du romantisme noir

 

 

 

 

 

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Géographies des bibliothèques enchantées

Poèmes d’amour, une anthologie

 

 

 

 

 

 

 

Bounine

Coup de soleil, nouvelles élégiaques

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Brésil

Poésie, arts primitifs et populaires du Brésil

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

 

Brume et brouillard

Science, littérature et art du brouillard

 

 

 

 

 

 

Burgess

Folle semence de L'Orange mécanique

 

 

 

 

 

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

 

 

 

 

 

 

 

Canetti

La Langue sauvée de l'autobiographie

 

 

 

 

 

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Carrion

Les orphelins du futur post-nucléaire

Eloges des librairies et des libraires

 

 

 

 

 

 

Cartarescu

La trilogie roumaine d'Orbitor, Solénoïde ; Manea : La Tanière

 

 

 

 

 

 

Cartographie

Atlas des mondes réels et imaginaires

 

 

 

 

 

 

Casanova

Icosameron et Histoire de ma vie

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, Les Luminaires

 

 

 

 

 

 

Cavazzoni

Les Géants imbéciles et autres Idiots

 

 

 

 

 

 

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

 

 

 

 

 

 

Céline

Voyage au bout des pamphlets antisémites

Guerre : l'expressionnisme vainqueur

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

 

Censure et autodafé

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Livres censurés et colères morales

Incendie des livres et des bibliothèques : Polastron, Baez, Steiner, Canetti, Bradbury

Totalitarisme et Renseignement

Pour l'annulation de la cancel culture

 

 

 

 

 

 

Cervantès

Don Quichotte et le problème de la réalité

Don Quichotte par Pietro Citati et Avellaneda

 

 

 

 

 

 

Chesterton

William Blake ou l'infini

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Le Nouveau, rééecriture d'Othello

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Climat

Histoire du climat et idéologie écologiste

Tyrannie écologiste et suicide économique

 

 

 

 

 

 

Coe

Peines politiques anglaises perdues

 

 

 

 

 

 

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Métamorphoses du colonialisme

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Histoire amérindienne

 

 

 

 

 

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

Karl Marx théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

 

 

 

 

 

 

Constant Benjamin

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Corbin

Fraicheur de l'herbe et de la pluie

Histoire du silence et des odeurs

 

 

 

 

 

 

Cosmos

Cosmos de littérature, de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Couleurs
Couleurs de l'Occident : Fischer, Alberti

Couleurs, cochenille, rayures : Pastoureau, Roque, Jarman

Couleurs des monstres politiques

 

 

 

 

 


Crime et délinquance

Jonas T. Bengtsson et Jack Black

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

Dandysme

Brummell, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe

 

 

 

 

 

 

Dante

Traduire et vivre La Divine comédie

Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

Manguel : la curiosité dantesque

 

 

 

 

 

 

Daoud

Meursault contre-enquête, Zabor

Le Peintre dévorant la femme

 

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

 

 

 

 

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Un Tour de France littéraire au XVIII°

 

 

 

 

 

 

 

Daumal

Mont analogue et esprit de l'alpinisme

 

 

 

 

 

 

Defoe

Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

De Luca

Impossible, La Nature exposée

 

 

 

 

 

 

Démocratie

Démocratie libérale versus constructivisme

De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

Descola

Anthropologie des mondes et du visible

 

 

 

 

 

 

Dick

Philip K. Dick : Nouvelles et science-fiction

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

 

 

 

 

 

 

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

Dostoïevski

Dostoïevski par le biographe Joseph Frank

 

 

 

 

 

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie, Ecologismes

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique

Monstrum oecologicum, éolien et nucléaire

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Naomi Klein : anticapitalisme et climat

Biophilia : Wilson, Bartram, Sjöberg

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Emerson : Travaux ; Lane : Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers écoromancier de L'Arbre-monde

Ernest Callenbach : Ecotopia

 

 

 

 

 

 

Editeurs

Eloge de L'Atelier contemporain

Diane de Selliers : Dit du Genji, Shakespeare

Monsieur Toussaint Louverture

Mnémos ou la mémoire du futur

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation idéologique

Haine de la littérature et de la culture

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers d'Asie, Pu Songling, Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Histoire romanesque du franquisme

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Amendements libéraux à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

Impéritie de l'Etat et de la France

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava : Une Singularité nue

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Pessl : La Physique des catastrophes

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

Wright, Ellison, Baldwin, Scott-Heron

 

 

 

 

 

 

Europe

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : tyrannie ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

Morselli Dissipatio, Longo L'Homme vertical

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Christine de Pizan, féministe du Moyen Âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

Herland, Egalie : républiques des femmes

Bernardine Evaristo, Imbolo Mbue

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L'Après littérature

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Flanagan

Livre de Gould et Histoire de la Tasmanie

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

 

 

 

 

 

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Maîtres de vérité, Question anthropologique

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Destin des prisons et angélisme pénal

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

La France de Sloterdijk et Tardif-Perroux

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Maison politique, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte, Vraiment peindre

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Crivelli, Titien, Rothko, Tàpies, Twombly

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

Croisade des enfants, Vies parallèles, Livre des nombres

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inégalités : Rousseau, Marx, Piketty, Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : dénis

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : défis

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Averroès et al-Ghazali

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : Madrigaux & Clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Rires du Japon et bestiaire de Kyosai

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Le Conquérant, Aléa

 

 

 

 

 

 

Knausgaard

Autobiographies scandinaves

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langage politique et informatique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

Mélancolie

Mélancolie de Burton à Földenyi

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Pour l'amour du piano et des compositrices

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe controversé

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

SurVeillance, holocauste, hermaphrodisme

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Censures et Autodafés

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et Format américain

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Panofsky

Iconologie de la Renaissance

 

 

 

 

 

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Dictionnaire khazar, Boite à écriture

 

 

 

 

 

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron

Le tableau comme relique, cri, toucher

Peintures et paysages sublimes

Sonnets des peintres : Crivelli, Titien, Rohtko, Tapiès, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perec

Les Lieux de Georges Perec

 

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Philosophie

Mondialisations, féminisations philosophiques

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Lyrisme, baroque : Riera, Voica, Viallebesset, Schlechter

Poésies verticales et résistances poétiques

Trois vies d'Heinz M, vers libres

 

 

 

 

 

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Générosité, Chambre aux échos, Sidérations

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Ecrivains noirs : Wright, Ellison, Baldwin, Scott Heron

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

 

 

 

 

 

 

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome

Rome de César à Fellini

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

Isaac Babel ou l'écriture rouge

Ludmila Oulitskaia ou l'âme de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Le Guin : La Main gauche de la nuit

Magnason : LoveStar, Kling : Quality Land

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Mnémos ou la mémoire du futur

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

La Tempête, Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Ecrits des camps, Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

Surveillances étatiques et entrepreneuriales

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Spengler

Déclin de l'Occident de Spengler à nos jours

 

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

 

 

 

 

 

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tabucchi

Anges nocturnes, oiseaux, rêves

 

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

 

 

 

 

 

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies

Ernest Callenbach : Ecotopia

Herland parfaite république des femmes

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Culture et littérature contre la Civilisation du spectacle

Rêve du Celte et Temps sauvages

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Venise

Strates vénitiennes et autres canaux d'encre

 

 

 

 

 

 

Vérité

Maîtres de vérité et Vérité nue

 

 

 

 

 

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Lazare, Le ghetto de Varsovie

 

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