Quantcast

Sonnets

Samedi 13 avril 2013 6 13 /04 /Avr /2013 19:58

Selma-portrait.jpg

 

TROIS REQUIEM

 

SONNETS

 

I

 

A Selma Meerbraum, 1924-1942

 

Jamais n’ont caressé ta nuque les baisers,

Jamais tu n’as vu publiés tes vers humains,

Jamais ne fut confié, à tes yeux, un sonnet :

Ils ont jeté ton corps aux fosses pour les chiens.

 

Dans les atomes de l’air où ta langue dort,

J’offre rondeur, goût de campanule et d’aimer,

Pour ton nom et tes nuits, tes deux lèvres rimées,

Juive au front de noisette qui mangea la mort…

 

Tu bus une soupe de bactéries nazies,

On t’allongea nue sur une planche de faim,

Tu n’avais plus de mots à vomir au matin…

 

Selma, je ne sais : entends-tu la soif des larmes,

Le camp de travail blafard de la poésie,

Ou ses joues ravivées et son parfum de charme…


 

Mandelstam-Fichier-du-NKVD-1934.jpg

II

 

A Ossip Mandelstam, 1891-1938

 

Il ne reste que ton écorce, Ossip, levure

De vers et de vers, pauvre linge avorté d’os,

Sous les longues taïgas affligées du cosmos ;

Pour tous les Rouges, tu n’étais qu’une crevure.

 

Il y avait une douce Sibérie de lune

Dans tes doigts aux moufles de froid, pour nous écrire,

Une mince pelisse d’écorce et de lyre

Sur tes reins de gel où graver tes tristes runes.

 

Comme ceux d’Anna, virevoltants Requiem,

Tes codétenus gravèrent-ils tes poèmes

Sur l’écorce friable des bouleaux tombés ?

 

Ecorcé, ton corps, corné comme une page abandonnée,

Jamais, au Goulag, nous ne pourrons faire grâce,

Jamais l’écorce ne nie l’aubier de ta face.

 

 

Malala.jpgIII

 

A Malala Yousafzai, 1997-

 

Tu désirais seulement t’assoir sur le sol,

Même dur, poussiéreux et fienteux d’une école :

Pour écouter l’oiseau zen des lettres rebelles,

Entendre la fureur de Shakespeare et Babel.

Tu désirais la médecine du savoir,

Aux femmes la donner, maïeutique d’aimer,

Femmes violées par la charia voilée de noir :

Tu bloguais pour éduquer la sage liberté.

 

Quand des balle-sourates gainées vert acier,

Au pétale de l’épaule de quatorze ans,

A l’oreille bijou, brisent crâne et pensée...

 

On a reconstruit ta boite crânienne en sang,

Vêtu ta tempe de titane et d’un tympan

De fée Titania. Pour notre vivre enchanter.

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

Nota : on trouvera quelques poèmes de Selma Meerbraum dans Norman Manea : La Cinquième impossibilité, Seuil, 2013, p 83 et suivantes. Ceux d’Ossip Mandelstam ont été publiés chez Circé.

Par Thierry Guinhut - Publié dans : Sonnets
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 26 février 2013 2 26 /02 /Fév /2013 11:43

lierre.JPG

Sur le sol, Bois Henri IV, Ile de Ré, photo T. Guinhut


 

 

Robert Marteau : Ecritures, le sonnet quotidien

 

Robert Marteau : Ecritures, Champ Vallon, 304 p, 20 €.

 

 

        Bien avant l’ « Ode à un rossignol[1] » de John Keats, les poètes ont cru imiter de leur plume le chant des oiseaux, s’inspirer de leurs ailes pour animer leurs « écritures ». Celles de Robert Marteau, en contradiction avec l’apparent projet poétique contemporain, choisissent l’inactuel sonnet, quoique en conscience de l’exigence de quotidienneté, voire d’attention au banal qui croit aujourd’hui assurer sa légitimité. « Pour sa jubilation vocale », tenant sur le sol et vers le ciel un journal de bord et de promenades poitevines, ce diariste s’applique moins à la description qu’à la traduction du monde de feuillages et de présences qui l’entoure.

 

     Dans la continuité patiente, opiniâtre et assumée d’un précédent recueil, Le Temps ordinaire[2], Robert Marteau marche à l’écoute des oiseaux, tel un modeste Messiaen du sonnet, des arbres et des horizons de campagne. Mais si l’on pouvait craindre les clichés bucoliques, que l’on soit rassuré : l’inspiration se pose sur une herbe, sur une mousse, une salamandre, pour, « Consacrant ses loisirs à la métaphysique », prendre, comme Rilke, son envol en des thèmes cosmiques. Et prendre assise en des convictions chrétiennes : « Dans le jardin clos tu entends le rouge-gorge / Affirmer face au ciel le triomphe du verbe / Révélé. » Mais aussi en des instants satiriques (parfois un peu lourds -sinon viellots-) envers la civilisation contemporaine : « les positivistes / Sont devenus les négateurs ». Pourtant Marteau sait avec retrait cultiver le paysage, non pas dans le projet d’une écologie militante, régressive et hyperbolique, mais dans la simple et nécessaire attention à la nature qui l’entoure et le fait respirer, humainement et poétiquement, son carnet en main sur les chemins :

« Mêlée à la mélodie ouverte qu’expulse

La gorge du merle, un épanchement de l’âme

Humaine par le biais d’un piano : bois, cordes

Qu’un clavier meut sous les doigts de qui, interprète,

D’une partition chiffrée induit le souffle

Que contenait le cahier du poète mort,

Plus vif que le vivant le restitue aux sources,

Aux chemins infréquentés sans aucune trace

De qui que ce soit dont il nous arriverait

De côtoyer le corps. Gerbe accueillie où à

Satiété il y a de quoi se nourrir même

Si on sait que la moisson ne suffit pas à

Assouvir la faim quand d’abord on a goûté

Aux confitures dont les anges ont la clé. »

         Que devient le sonnet en cette démarche ? Certes, il a perdu la stricte noblesse de ses deux quatrains et de ses deux tercets séparés par une blanche ponctuation. De même pour ses rimes, comme souvenir d’un retour musical et rythmique obligé trop artificiel. Ne reste, excusez du peu, comme pour ne pas se faire ostensiblement remarquer en sonnet, que le bloc des quatorze vers, que le respect pour le juste alexandrin, vers noble adapté ici à l’humilité de l’écrivain, sans compter le scrupuleux usage de la diérèse. En outre, il n’hésite pas à terminer un vers par « c’est », « dans »  ou « qui », jouant avec un brin d’humour avec la trop régulière scansion. Faux ou vrais sonnets ? Sans oublier de dater chacun d’entre eux, nanti parfois d’un lieu, petite ville ou musée, où « Sonne le sens si les sons résonnent en si- / Lence. »

       Deux années, 560 sonnets, sans compter ceux des précédents recueils, puisqu’il s’agit du sixième volume d’une longue série : « Liturgie VI, 2001-2002 ». Les 154 de Shakespeare, les 336 de Pétrarque, dépassés, pulvérisés, et cependant fondateurs et inoubliables… Mais qu’importe la quantité, même si quelques poignées peuvent sembler moins nécessaires, une telle application à la mesure de l’observation, du souffle et de l’intensité, vaut bien cette avalanche tranquille qui ne s’est arrêtée qu’au dernier souffle du poète, en 2011 :

« Et chacun chante du fond de la nuit pour être

Reconnu de la postérité qui n’est qu’une

Société anonyme au bord du désastre. »

       L’écriture de ces Ecritures tend à vouloir faire oublier qu’il s’agit de poésie, ce en usant du langage de la prose en ces vers. Comme Wordsworth en 1800, il pourrait plaider sa cause : « certains des passages les plus intéressants des meilleurs poèmes sont écrits strictement dans le langage de la prose, pour autant qu’elle soit de qualité[3] ». En ajoutant : « En réponse à ceux qui défendent encore la nécessité d’agrémenter le langage versifié de certaines couleurs de style qui lui permettraient d’atteindre son but (…) peut-être suffira-t-il de faire observer que des poèmes sur des sujets plus humbles et dans un style plus dépouillé et simple que ceux que j’ai visés survivent encore, lesquels poèmes n’ont cessé de procurer du plaisir, d’une génération à l’autre.[4] » Mais, en usant de modestie rhétorique, dans le cadre d’une attention au spectacle quotidien des champs, des bois et de la transcendance, le poète ne risque-t-il pas d’omettre de nous emporter dans une musicalité supérieure, dans des fulgurances langagières décalées et somptueuses ? Le risque est, comme pour de trop nombreux poètes contemporains, de verser dans la continuité de la banalité, dans la quotidienneté langagière de ce qui aurait pu être élagué. Reste au lecteur à picorer sonnets et vers pour que « Quelques gouttes de rosée apaisent sa soif », en décrochant bien des moments éblouissants :

« Astronautes, ils avaient invoqué la grâce,

L’art et l’intercession des ombellifères, »

       Comme Corot, puis les impressionnistes, il versifie sur le motif. Lui qui a écrit sur les peintres, Cézanne, Le Brun, sur le Louvre, il est ici plutôt aquarelliste. Loin du romantisme exalté devant la nature sauvage, c’est en au réalisme attentif et sensuel du naturaliste que nous sommes invités. Le sens du détail et de la couleur, de la sensation et de l’émotion, est au service d’un repliement sur l’essentiel. Mais pour y puiser une « louange », une « liturgie[5] ». Celles de chaque identité de vie de la nature autant que du respect d’un regard qui fixe l’éphémère dans le poème ; ce pour le relier à l’universel et au divin, oiseaux et arbres vers le ciel, dans une esthétique presque taoïste : « C’est l’échelle où la Création / Se renouvelle perpétuellement neuve, / Fontaine jouventielle où ce qui est rien / Revit ayant extrait le vide du divin. »

 

       La comparaison avec le Catalogue d’oiseaux d’Olivier Messiaen est alors justifiée. Mais on s’en tiendra à ce vaste cycle de pièces pour piano. C’est déjà une rare louange à offrir aux cendres de Robert Marteau. S’il n’a que parfois atteint dans ses vers la dimension orchestrale fabuleuse du Saint François d’assise du compositeur, peut-être l’a-t-il, dans la fiction de son Dieu, trouvée.

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie



[1] En 1819. John Keats : Poèmes, L’Imprimerie nationale, 2000, p 371-377.

[2] Champ Vallon, 2009.

[3] William Wordsworth : Préface aux Ballades lyriques, José Corti, 1997, p 74.

[4] Ibidem, p 90.

[5] Pour reprendre deux titres de robert Marteau : Liturgie, Louange, Champ Vallon, 1992 et 1996.

 

Marteau

Par Thierry Guinhut - Publié dans : Sonnets
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 15 février 2013 5 15 /02 /Fév /2013 13:20

Apollon-et-les-Muses-Simon-Vouet.jpg

Simon Vouet:  Apollon et les Muses, 1640, Budapest, Museum of Fine Arts

 

 


Shakespeare : Sonnets


XVIII, XIX, LXXVI, LXXXVI et CXXVII


 

 

XVIII

 

Dois-je te comparer à l’été, à son jour?

Ton art est plus d’amour et plus de tempérance :

De brutaux vents secouent les chers bourgeons de Mai,

Et le bail de l’été connaît tôt échéance :

 

Parfois trop de brillance en l’œil du ciel s’échauffe,

Et parfois son teint d’or voit ternir vénusté,

Et trop souvent la beauté de beauté décline,

Par sort ou nature changeante, dévastée :

 

Mais ton été sans fin ne pourra s’évanouir,

Ni perdre possession de beauté qui est tienne,

Ni mort ne prendra ton errance en son ombre

Lorsqu’aux vers éternels le temps t’aura grandi :

 

Si souffle à l’homme, aux yeux la vue, ne sont ravis,

Si loin que vit sonnet, sonnet te donne vie.

 

XIX

 

Temps dévorant, arase la griffe du lion,

Fais dévorer à la terre ses doux enfants ;

Arrache canine à la mâchoire du tigre,

Et brûle du phénix les jours longs dans son sang,

 

Réjouis et fais honte aux saisons quand tu t’enfuis,

Et fais ton bon vouloir, pieds si légers du Temps :

Au vaste monde, à toutes ses douceurs enfuies :

Mais à toi j’interdis odieux crime dément,

 

Ne grave pas ton heure en le beau front que j’aime

Ni ne dessine ligne de l’antique plume ;

Permets qu’en ta course il soit, sans tes exactions,

Modèle de beauté aux hommes succession.

 

Qu’importe l’outrage, vieux Temps, use du vice,

Mon amour en mes vers, jeune toujours, sait vivre.

 

 

LXXVI

 

Pourquoi mes vers sont-ils d’un neuf orgueil stérile,

Si loin de variation, ou de changer, rapides ?

Pourquoi ne pas, à la mode, jeter un œil

Aux alliages étranges, méthodes inouïes ?

 

Pourquoi écris-je uniment, toujours identique,

Mauvaise herbe connue, empêchant l’invention,

Au point que chaque mot, ou presque, dit mon nom,

Exhibant sa naissance et ascendant unique ?

 

Sachez-le, doux amour, j’écris toujours de vous

Et l’unique argument sera l’amour et vous ;

Le mieux que je dirai, c’est vêtir mots anciens,

Consumant à nouveau le déjà consumé ;

 

Car, tel soleil ancien et nouveau chaque jour,

Ainsi, ce qui fut dit est dit neuf par l’amour.

 

 

LXXXVI

 

Est-ce fière voilure d’un lyrisme fou,

Bondissant vers le prix de votre précieux vous,

Qui, dans mon cerveau, inhuma mes pensées mûres,

Enterrant l’utérus où elles ont mûri ?

 

A-t-il, esprit inspiré, appris à écrire,

Plus haut que les mortels, pour frapper et m’occire ?

Que non ; ni lui, non, ni ses complices nocturnes,

Ne lui donnant aide, n’ont horrifié mes vers.

 

Ni lui, ni son fantôme familier, affable,

Qui nuitamment vient le duper d’intelligence,

Ne pourront se vanter, vainqueurs, de mon silence,

Je n’ai pas souffert la crainte de par leur fable :

 

Mais quand ton approbation vint combler ses lignes,

Je manquais de matière ; et miennes en languirent.

 

 

CXXVII


Aux temps anciens, n’était pas jugé beau le noir,

Ou s’il l’était n’avait pas pour nom la beauté ;

Mais aujourd’hui lui succède noire beauté,

Pour beauté diffamer avec honte bâtarde.

 

Depuis que toute main prend pouvoir naturel,

Embellissant le laid, art d’emprunt, faux visage,

Suave beauté sans nom, sans plus de bois sacré,

Est profanée, si elle ne vit en disgrâce.

 

Cependant ma maîtresse a les yeux noir-corbeau,

Yeux s’accordant si bien qu’ils semblent deuil porter

De ceux nés sans blondeur, qui manquent de beauté,

Calomnient création avec estime fausse.

 

Ainsi leur deuil est tel, commençant leur malheur,

Que toute langue dit : beauté sera leur sœur.

 

Shakespeare_sigs_.jpg

 

Traduits de l’anglais par Thierry Guinhut,

Avec le concours des traductions de Richard Egloff, Jacques Darras, Armel Guerne et Henri Thomas.

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

 

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

Rubens-Saturne.jpg

 Rubens : Saturne dévorant ses enfants,

1637, Musée du Prado, Madrid.

Par Thierry Guinhut - Publié dans : Sonnets
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 8 février 2013 5 08 /02 /Fév /2013 19:08

Shakespeare-sonnets-Matz.png

 

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

 

William Shakespeare : Sonnets.

Traduits de l’anglais par Jacques Darras, Grasset, 336 p, 20,90 €.


 

       Où recueillir notre sentir amoureux sinon d’abord dans les Sonnets de Shakespeare ? Ils sont en effet la synthèse expressive de notre pulsion d’Eros, et, dès leur parution en 1609,  l’une des plus parfaites résolutions linguistiques de son énigme et de son souffle. Certes, il y eut au XIV° siècle Pétrarque, puis, peu d’années avant le maître de Stratford, en 1581, la ferveur ailée des 104 sonnets de Philip Sydney, parus sous le titre programmatique d’Astrophil et Stella[1]. Mais à l’éclat de ceux de Shakespeare, rien ne résiste. Qu’importe que l’élu de Will soit un jeune homme blond, puis une « dark lady » concurrente apparue au sonnet CXXVII, tout lecteur y plonge en une ductile et inévitable identification pour y aussitôt substituer celle, celui qu’il aime, pour y trouver l’aspiration, la perte et le sens de l’amour, sans compter sa rédemption par les vers… Mais qu’on ne s’y trompe pas. Loin de se résumer à une passion pour un beau corps, le poète embrasse tout autant les questions fondamentales de la fuite du temps, de la procréation et de la création artistique, du beau et du bien, de l’auto-analyse, entre esthétique et éthique… Ainsi, tout sonnettiste, tout lyrique sentimental écrit dans l’ombre des Sonnets de Shakespeare pour y trouver sa propre lumière[2], y compris noire… A fortiori si, comme Jacques Darras, il passe par le filtre combien risqué de la traduction.

 

      Depuis qu’en prose on nivela et mutila les Sonnets, comme au XIX° François-Victor Hugo, voire au XX° Pierre-Jean Jouve, des dizaines de passeurs ont osé l’aventure forcément autant qu’exaltante que décevante de rendre et transmuer le sens et la musicalité des décasyllabes rimés, quoique parfois par de seules allitérations ou assonances. « Traduttore, traditore », dit l’adage italien. La « poétique du dire » est alors une éthique de la traduction, un « mouvement herméneutique », qui passe par « la générosité du traducteur[3] ». Ramener à la limpidité ce qui dans la langue première est explosion de langue et de création, devient une effroyable et délicieuse responsabilité, un balancement entre fidélité littérale et figuration réussie, avec la certitude de trop souvent sacrifier les plusieurs sens d’un même mot que les langues de Babel ne savent pas respecter en passant de l’une à l’autre.  Pensons au jeu de mots sur le prénom « Will » et « will » au sonnet CXLIII, absolument intransmissible en français ; au contraire de la trahison de ces deux vers du sonnet LXIII :


« His beauty shall in this black lines be seen,

And they shall live, and he in them still green. »


       Jacques Darras nous propose, non sans limpide élégance :


« Sa beauté se lira dans l’encre de mes lignes,

Qui vivront avec, jeune à jamais en elle, lui. »


       Quand Yves Bonnefoy offre un final plus fade :


« Sa beauté paraîtra dans les vers que j’écris,

Ces signes, noirs vivront, ils le garderont jeunes.[4] »


     Ce qui permet à Jacques Darras, un brin cruel envers on prestigieux ainé, de tacler «  la platitude musicale du vers libre et le rabotage de l’hyperbole ». Mais où est passée l’antithèse entre le noir et le vert, sans compter la polysémie, pourtant présente en français, de ce dernier mot, idéalement jeté à la chute, en un concetto baroque ? Seul Robert Ellrodt la conserva :


« Sa beauté se verra dans le noir de ces lignes

Qui vivront, et en elles il vivra toujours vert. [5]»


     Le sens de l’ellipse de Shakespeare, la concision de l’anglais rendent la translation plus qu’ardue, et bien malin, y compris, cela va sans dire, le bien modeste auteur de ces lignes, qui saurait résoudre la quadrature du cercle.

      Reste que Jacques Darras, choisissant l’alexandrin, s’autorisant la souplesse de faire entendre l’élision du « e » à l’intérieur du vers, et de ne garder de la rime qu’une « trace interne voire terminale », par instant d’ailleurs totalement imperceptible, arguant avec un aplomb bien senti, quoique discutable : « sa butée systématique étant devenue insurmontable à l’oreille moderne », parvient bien à ce qu’il appelle avec gourmandise « une virtuosité rhétorique nouvelle ». Peut-être, après avoir traduit Malcom Lowry et Walt Whitman entre-t-il dans l’orbe des grands shakespeariens, aux côtés de l’élan immense d'Armel Guerne[6] et des exacts alexandrins suggestifs d’Henri Thomas[7].

     C’est au combien attendu sonnet CXXVII, consacrant l’apparition de la musicienne dame brune, avant que sa dimension sexuelle et tyrannique se fasse jour, que le traducteur fait merveille de fluidité et d’antithèses, malgré l’effacement d’ « every tongue says beauty » du dernier vers :


« Noir, dans les temps anciens, n’était pas jugé beau,

Ou du moins, s’il l’était, n’avait pas nom beauté ;

Or noir, dorénavant, est l’héritier légal

De l’ancienne beauté décriée comme bâtarde :

Car depuis que les mains ont pouvoir naturel

D’user de l’art du faux pour rendre beau le laid,

Beauté n’a plus de nom, n’a plus de temple sacré,

Car elle est profanée, voire survit en disgrâce.

Les yeux de ma maîtresse, eux, sont noir comme corbeau,

Ils s’accordent si bien qu’ils semblent porter le deuil

De celles dont la beauté n’étant pas naturelle

Diffame la création de toute leur fausseté.

Leur deuil s’harmonise tant à leur peine que partout

L’on dit qu’ils apparaissent un modèle de beauté. »


     Le poète quitte alors une conception néoplatonicienne du beau pour, dans une perspective baroque et déjà romantique, flirter avec la beauté du laid. Un bond conceptuel semblable à celui à l’œuvre après les dix-sept premiers sonnets, plus conventionnels, malgré le « Tu vivras portraitiste de tes plus doux talents », qu’à lui-même il pourrait s’appliquer. Shakespeare dépasse alors le rose pétrarquisme pour atteindre une rare introspection angoissée, voire honteuse, qui reste profondément moderne. Au lyrisme s’ajoute le dramatisme, quand le jeune homme blond accorde ses douceurs au poète rival, quand l’idéalisation se déshabille des épaules de l’être faillible et défectueux. Pire, la dame brune se révèle infidèle, s’acoquinant avec notre blondinet, en un trio chargé de désir, de mensonge et de fiel… En cette théâtralité, la dimension éthique redouble la dimension métaphysique. Ce parcours de la sensibilité et de l’intellect serait-il parallèle à celui qui pousse le dramaturge vers les interrogations de ses plus époustouflantes tragédies…

     Et parfois, Jacques Darras, en ce bréviaire d’amour soigneux, attentif, hyperbolique et infernal, et bien sûr bilingue, sait surprendre par des trouvailles. Voyons ce qu’au crucial sonnet CXLIV il sait faire de « Wich like two spirits do suggest me still », bien qu’inévitablement effaçant la suavité de l’allitération :


« J’ai deux amours, mon réconfort mon désespoir,

Ce sont comme les deux anges de mon inspiration :

L’ange le meilleur des deux est un homme, tendre et blond,

L’ange le moins bénéfique, une femme fort colorée. »


       C’est en quelque sorte l’acmé de son Adam et de son Eve que le poète démiurge anime, au moyen de cette « inspiration » qu’a su y insuffler son traducteur ami, et poète lui-même, comme il se doit. Ainsi ce dernier orne le sonnet CXXXV de cette pépite sonore, sémantique, érotique :

 

  « Préfères-tu faire plutôt tes grâces à autrui

Que laisser mon outil s’éjouir dans ton oui ? »

 

       La bibliographie sur les Sonnets en français reste hélas lacunaire. Qu’attend-on pour traduire le livre de Robert Matz[8] ? Dans lequel on saura tout, ou presque, sur les questions biographiques irrésolues (qui sont W. H., le jeune homme blond et la dame brune ?), sur le raffinement du langage et « le Miroir de Courtoisie » qui pourtant s’effrite avec la dame brune, sur la capacité d’écrire les Sonnets en étant ou non amoureux (car le « je » des vers n’est pas toujours celui du William qui tint la plume, ce en quoi Jacques Darras insiste en sa postface), sur les lieux communs de la littérature de la Renaissance, sur l’homosexualité qui unirait Shakespeare à Michel-Ange sonnettiste, sur la « science des sonnets »...

       Ils sont en effet un monde que l’histoire de la littérature et la sensibilité contemporaine n’ont pas fini d’explorer : notre enrochement culturel et érotique, notre miroir, notre horizon. Même si Jacques Darras voit Shakespeare dépassé par un monde nouveau, celui de « l’homme de la City, le businessman, le négociant qui nie le repos (negans otium) », même si les « chevaliers poètes et autres condottières élisabéthains amoureux du sonnet », font « place aux Machiavel », avant « l’effondrement du mythe stellaire ou solaire de l’incomparable Dame Poésie », ne sommes-nous pas confrontés inexorablement, dans le cadre d’une atavique universalité, à la douce et violente tension d’Eros, que, peut-être seule, la forme parfaite des quatorze vers du sonnet saura concentrer, figurer et disposer dans une momentanée certitude du sens devant la mort ? Ce que les sonnettistes du XIX° surent retrouver, entre Nerval et Baudelaire, ce que ceux de demain ne manqueront pas de renouveler, de bouleverser…

 

       A qui dédier la poussière de ce minuscule article, qui aura la discrétion de ne pas encombrer la bibliothèque incommensurable entourant l’œuvre de Shakespeare ? Au toujours mystérieux « W. H. », peut-être objet ou protecteur de l’ardeur du Roméo élisabéthain ? A J. D. lui-même ? Non ! Peut-être à E. D.[9] Mieux encore à « M », puisque qu’il s’agit d’abord d’aimer les Sonnets et d’aimer avec eux…

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie



[1] Orphée La Différence, traduit de l’anglais par Gérard Gacon, 1994.

[2] Comme j’ai tenté de le faire dans A une jeune Aphrodite de marbre, sonnets

[3] George Steiner : Après Babel. Une poétique du dire et de la traduction, Albin Michel, 1998,  p 403.

[4] William Shakespeare : Les Sonnets, précédé de Vénus et Adonis et du Viol de Lucrèce, présentation et traduction d’Yves Bonnefoy, Poésie Gallimard, 2007. 

[5] William Shakespeare : Œuvres complètes, Laffont Bouquins, 2002.

[6] William Shakespeare : Poèmes et Sonnets, Desclée de Brouwer, 1964.

[7] William Shakespeare : Œuvres complètes, tome XII, Club Français du Livre, 1968.

[8] Robert Matz : An introduction. The World of Shakespeare’s Sonnets, McFarland & Company, 2008.

Par Thierry Guinhut - Publié dans : Sonnets
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 2 juin 2012 6 02 /06 /Juin /2012 15:26

Broc Hyacinthe

Jean Broc : La Mort de Hyacinthe (1801)

Musée Sainte-Croix, Poitiers

 

 

 

Pier Paolo Pasolini : Sonnets

traduits de l’italien par René de Ceccatty

Poésie Gallimard, 288 p, 9,90 €.

 

      

 

      Parmi les images virevoltantes du Décaméron de Pasolini, un joyeux drille est incarné par le jeune Ninetto Davoli. A l’acteur fétiche de nombreux films est sans cesse adressé ce recueil inédit, et qui n’était peut-être pas destiné à être publié. Ces cent douze Sonnets présentent un étonnant triptyque d’intérêts : biographique, de réécriture et poétique. Voire métaphysique. Quoique ces dernières dimensions, souvent éblouissantes, aient parfois du mal à dépasser l’anecdote personnelle et la confession à chaud.

 

     La vie fulgurante de Pasolini, né en 1922, s’acheva, on le sait, au cours d’un assassinat crapuleux, sur une plage d’Ostie, en 1975. Entre temps, une œuvre polymorphe, stimulante, provocante se distribua fiévreusement parmi le cinéma et la littérature. Ce sont les chefs-d’œuvre des Mille et une nuits, de Théorème ou de Médée, jusqu’au terrible de Salo ou les cent-vingt journées de Sodome, mais également l’ambitieux roman Pétrole[1]. A ses recueils de poèmes, s’ajoutent aujourd’hui les Sonnets, écrits pendant l’automne-hiver 1971-1972, lorsqu’il tournait les Contes de Canterbury. C’est alors que le comédien Ninetto, son amour préféré depuis près de dix ans, qui lui avait signifié la rupture en le quittant pour une jeune femme, lui fit sentir l’inéluctabilité de la séparation.

       Si ses précédents poèmes étaient plutôt allusifs, ici l’aventure est sans fard, voire violemment exhibée. L’homosexualité est depuis longtemps douloureusement vécue : « Deux oiseaux mâles n’ont pas entre eux de devoirs / Qui leur assurent la paix avec le monde. » (54[2]) Mais aussi assumée : « je n’aimais que les garçons pauvres » (58), quoique avec une lyrique obscénité. La chronique des sentiments, de sonnet en sonnet, devient une sorte de journal, un sismographe permanent du désir, de la douleur et du manque, de la colère et de la nostalgie. Ainsi, dès le premier sonnet, la velléité suicidaire s’exhale, la soif sexuelle bouillonne : « je me masturbe, dans les brûlants / Méandres du lit imprégné de sueur (2). Ensuite, la critique acerbe de la rivale s’envenime : elle est une « fille », une « gamine » (7), une « misère petite bourgeoise » (77). Sa « convention […] t’humilie » (87). « Au point de la condamner : « La seule solution possible serait qu’elle meure […] si je la voyais broyée et crucifiée » (4). Et parfois jusqu’à la vulgarité : « La chatte, c’est elle qui l’a : elle n’a rien de plus » (19). Ou encore : « Une jeune abrutie / S’appelle ta femme, une maison / Noire de style fasciste est ton nid » (111). Ce en quoi l’anecdote, la réaction à chaud, la « tendance incurable à soupirer » (81) peuvent l’emporter sur la dimension stellaire du lyrisme. Quoique cette « Patrizzia » soit l’occasion d’une gradation riche de musicalité autant que de psychologie : « De victime silencieuse, elle est devenue victime agressive, / Et maintenant elle veut devenir la victime maîtresse. » (86). Alors « la victime […] possède son bourreau, pauvre impuissant » (88). La déception rend-elle le poète injuste ?

 

     En toute conscience de son talent, dépassant ainsi l’écriture strictement privée, Pasolini écrit après son modèle : les Sonnets de Shakespeare, peut-être également adressés à un jeune acteur, maître d’ailleurs explicite (3) en ce trio shakespearien. Ce dernier recueil est le sous-texte, la caution éthique, tant homosexuelle que lyrique de cette italienne reprise thématique. On peut également penser à Michel Ange dont les Sonnets étaient adressés à Tommaso Cavalieri. Pasolini appelle Ninetto, ainsi nommé, avoué (41) « Mon Seigneur garnement » (17), en un bel et tendre oxymore, assumant sa réécriture, cependant moderne : « Sentimental, formaliste, régressant / A une langue du passé, tel je suis » (19). L’élégant archaïsme à l’adresse de l’ « angelot fait homme » à qui le poète demande « Qui vous enseigna la philosophie, enfant ? » (24),  côtoie alors un vocabulaire dru : « bite » et « cul » (21). Il brosse son aimé en « festif Sancho Pança » (26) avec un humour doux-amer. Les images, en leur trivialité, sont d’autant plus efficaces, émouvantes : « Et je pleurais, je pleurais avec l’alacrité  / Avec laquelle jaillit l’eau d’un robinet laissé / Ouvert, hors d’un tuyau sale et rouillé » (49). Ou lorsque « le peu de sperme » est comparé aux « larmes », quand le derniers vers, celui de la chute, n’est plus fait que de deux mots : « Se perd, » (71)…

 

     En cette vaste élégie, la poétique ciselée du sonnet, quoique par instants brutal, frôle la métaphysique : « Il ne s’agit pas de sexe, vous le savez : / Mais d’un attrait qui, comme la mort, a les mains crochues (11). Jusqu’à dénier toute déité : « Dans la nuit sale et éclairée, vous et votre Dieu / Etes un accident dans le cosmos sans finalité » (13). Le poète, quoique armé du vers inégalement rimé, est : « désarmé comme mes vieux Dieux » (27). Même si Pasolini se situe dans la tradition du « trobar clus », cette poésie hermétique des troubadours provençaux, il n’atteint pas toujours (mais qui y atteindrait ?) au raffinement esthétique de ces modèles. Cependant, une mystique de l’amitié et de l’amour n’est pas ici sans se faire jour, quand la fonction de l’écriture est de tenter de rédimer la vie, la perte, le souvenir, au-delà de la mort. Car, dit-il : « la poésie était mon autre  amour » (83)…

       Quelques-uns de ces sonnets, forcément inégaux (dont certains inachevés, comme immatures encore, ou mutilés) sont de parfaites réussites de l’argumentation poétique, tels celui sur l’ « Autorité » politique et d’amour (27) ou celui il prédit à l’amant échappé « un avenir douloureux (89). Plus banal hélas est celui où il lui promet, loin des succès du cinéaste, « une vie de pauvre «  (97). Soudain, un sonnet allégorique, dans la tradition de la Renaissance, surgit, où « deux longs serpents » sont des miroirs : « Il s’agissait peut-être de toi, de ta bonne femme et de ton destin » (101).

 

      C’est avec le plus grand soin que René de Ceccatty, traduit le cinéaste maudit et présente cette édition bilingue. Familier des passions homosexuelles et des tourments de l’amour, il sut relever le défi de l’autofiction avec des romans, parmi lesquels Aimer[3], ainsi qu’une biographie fortement épicée de subjectivité en la passion chaste de Leopardi[4], ce poète et philosophe romantique qui sait autant bouleverser le cœur que l’intellect. Reste à le remercier de nous offrir, de l’une de ses icônes littéraires et homosexuelles dont il a proposé la biographie[5], ces Sonnets brûlants, rageurs, parfois lourdement épicés et cependant dignes de l’esthétique élisabéthaine, écrits en ce XX° siècle après Shakespeare…

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie



[1] Gallimard, 2006.

[2] Nota : ce sont ici les Numéros des sonnets et non des pages.

[3] Gallimard, 1996.

[4] Dans Noir souci, Flammarion, 2011. Voir : René de Ceccatty : Noir souci, ou la passion chaste de Leopardi

[5] René de Ceccatty : Pasolini, Folio biographies, 2005.

 

Pasolini Decameron affiche 2 Pasolini Sonnets

Par Thierry Guinhut - Publié dans : Sonnets
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 3 mars 2012 6 03 /03 /Mars /2012 21:48

  Barrett-Browning 2

Elizabeth Barrett-Browning et Robert Browning

 

 

 

Elizabeth Barrett Browning et autres sonnettistes

 

Elizabeth Barret Browning : Sonnets portugais,

Traduits de l'anglais par Claire Malroux, Le Bruit du temps, 156 p, 13 €.


 

 

        Le sonnet amoureux est-il une prérogative masculine ? Histoire de s’assurer la main sur la langue, le pouvoir de la persuasion sur la sensibilité et le corps féminins… Si l’on connaît ceux de Ronsard, adressés à Hélène, Marie ou Cassandre, ceux de Shakespeare qui virent s’affronter l’art et le temps, s’affronter l’amour et la bassesse du moi ; oublie-t-on les 23 sonnets de Louise Labbé (« Je vis, je meurs : je me brûle et me noye » [1] ) ? Tous ceux que l’histoire littéraire a consacrés, en cet âge d’or du sonnet que fut le XVI°. Où il faudrait encore nommer Messieurs La Boétie, Du Bellay et Jean de Sponde. A moins que leur langage ne nous parle plus tout à fait autant qu’il le faudrait ; ou faute de notre modeste capacité d’empathie intellectuelle. C’est cependant avec une étonnante clarté, une fulgurante émotion que nous parlent amoureusement, quelques soient les siècles, Elizabeth Barret Browning, Silvina Ocampo, mais aussi Philip Sidney…


        Cette prise d’otage intérieure qu’est l’amour ne peut-elle s’exercer que par un homme ? Et faut-il la pardonner ? Mais à vouloir tenter le réquisitoire on en oublie le don, et cette œuvre d’art miniature qu’est le sonnet. Et qui n’est en rien une propriété masculine, comme l’a montré Louise Labbé, comme le montre Elizabeth Browning, dont une nouvelle traduction révèle les plis précieux. C’est une lettrée anglaise, née en 1806, déjà célèbre poétesse et essayiste, endeuillée, malade, cloîtrée par son père, lorsqu’en 1843, vint la voir Rober Browning, lui-même célèbre, dont elle admirait les vers. Non seulement l’amour masculin put avoir le bonheur de lui inspirer la réciproque, mais elle joignit grâce à lui le quasi-miracle de s’échapper de sa morbidité, de se marier, de partir avec lui en Italie. Mieux encore, dans son intime silence, elle écrivit 94 sonnets, que Robert proposa de titrer, sachant combien elle appréciait Camoens, Sonnets from the Portuguese, comme si l’apparente traduction permettait de masquer cette brûlante intimité.

       Lors de cette biographie intérieure, elle est soudain métamorphosée, sentant : « une Forme mystique bouger / dans mon dos, me tirer en arrière par les cheveux ; / Et une voix impérieuse dit, comme je luttais, / « Devine qui te tient ! » - « La Mort » dis-je – mais, alors, / Tinta la claire réponse… « Non, pas la Mort, l’Amour. » (p 23). Le journal d’une résurrection s’élance alors : « -Si tu m’y invites, / Je surmonterais mon abaissement, aussitôt. » (p 53). L’échange intérieur du je et du tu devient follement lyrisme, cet enthousiasme de la langue. Alors la fonction de la poésie est d’ « Eveiller ou éteindre la rumeur des mondes / Dans leur ruée, d’une mélodie pure » (p 55). Plus que romantisme, il s’agit d’intemporalité du souffle de la parole accomplie et de l’élan vers le vivre : « Deux âmes (…) / Jusqu’à ce que leurs ailes s’étirant prennent feu » (p 65). Si elle se qualifie, avec trop de modestie, de « viole usée / Jouant faux » (p 85), elle ne peut pas ne pas se savoir écrire « à neuf l’épigraphe de [son] avenir » (p 105) aussi bien avec Robert Browning qu’avec ses sonnets éblouissants… Qu’elle ne confia qu’une fois mariée, après l’offrande d’une boucle de cheveux, à son aimé. Passion, pudeur et engagement poétique sont ici associés pour ce qui est un trop rare exemple de la réciprocité. Car le sonnettiste amoureux se plaint trop souvent d’un amour impossible. Alors, pensons à poser dans la bibliothèque le recueil de celle qui, trop tôt, disparut en 1861, contre L’Anneau et le livre [2] de celui qui lui fut destiné…

      Quoi de plus parfait que la forme ramassée du sonnet, cette exigeante stèle où se grave soudain une construction lyrique, élogieuse, élégiaque, dramatique, argumentative, jusqu’à l’acmé du dernier vers, cette chute obligée, brillante, surprenante… Dans et grâce à la contrainte formelle, « disposant délicieusement avec proportion des mots qui s’accompagnent de l’art enchanteur de la musique [3] », l’idée jaillit plus intense, que ce soit par le concours et l’empêchement de la rime, du choix du mètre, alexandrin le plus souvent, ou décasyllabe : « Si je n’avais pas adopté ce parti prosodique, quatorze vers distribués en deux quatrains et deux tercets, ces poèmes n’auraient pas existé (…), mais je n’aurais pas su ce que quelqu’un en moi avait à me dire. [4] » A cet égard, Elizabeth Barrett Browning prend des libertés avec la stricte euphonie des rimes, use de l’enjambement pour jouer de contrastes, de vitesses… Seule la talentueuse traductrice Claire Malroux, si familière par ailleurs avec Emily Dickinson, ose tenter de respecter la structure de chaque vers [5], de surprendre une musicalité:


XIII

« Et tu voudrais que je façonne en paroles,

Sans manquer de mots, l’amour que je te porte,

Que dans les vents violents je tienne haut la torche

Entre nos visages, pour chacun les éclairer ?...

Je la lâche à tes pieds. Je ne puis habituer

Ma main à tenir mon âme si loin de moi-même…

Moi… que je t’apporte la preuve en mots…

De l’amour en moi caché, hors d’atteinte.

Non, - laisse le silence de ma féminité

Confier mon amour de femme à ta foi, -

Voyant que courtisée, je reste inconquise,

Et déchire le vêtement de ma vie, en bref,

Avec la plus muette, résolue force d’âme,

De peur que touché, ce cœur n’exhale sa peine. [6] » (p 47)


        Gérard Gacon, lui, traducteur de Philip Sidney, sonnettiste anglais de la fin du XVI°, parvient avec une aisance redoutable à l’alexandrin rimé. Quelle injustice a fait qu’aux côtés des 154 indépassables Sonnets de Shakespeare, l’histoire littéraire fasse chez nous si peu de cas d’Astrophil et Stella [7] et de ses 108 bijoux élizabéthains ? Alors, nous sommes tous astrophiles et amoureux de cette Stella insensible : « sachant ces yeux dépositaires / D’Amour, elle leur fit cet habit de grand deuil, / Hommage aux morts que Stella saigne d’un coup d’œil ». Allant jusqu’à se moquer des rimailleurs, Sidney ne se contente pas du flot lyrique, il établit une esthétique poétique, une interrogation éthique et métaphysique, toute une sapience amoureuse, avec des accents très modernes : « J’écris donc, en doutant d’écrire, pour occire / Mes maux à perte d’encre. »

     S’il fallait trouver, au-delà des Sonnets à Orphée de Rilke, de bien d’autres à laisser à la liberté du lecteur, une correspondante féminine plus contemporaine, pourront-nous penser à Silvina Ocampo ? L’épouse de Bioy Casares, l’amie de Borges, mais d’abord nouvelliste et poète, publia ses Poèmes d’amour désespérés [8] en Argentine, en 1949, alors qu’elle avait quarante-six ans. Parmi lesquels les sonnets du même nom, mais aussi « du jardin ». Elle chante avec une sensibilité exacerbée, peut-être d’hyperbole, et néanmoins poignante : « Ah, comme les mains du vent / caressaient ma gorge pour me tuer ! » Ou encore : « Comme dans la nuit obscure d’un bordel / je cherche l’amour fallacieux par les ténèbres. / Dans une chambre, sans tes portraits, / je commets, te haïssant, des meurtres / ô régions de limbes et de brumes ! »…


        Le sonnet aujourd’hui n’est pas mort, loin s’en faut. Toujours renaissant de son ombre, il est pudeur néoclassique, richesse mythologique et pensée lyrique chez Yves Bonnefoy [9] , il est jeu avec les tics et les mœurs du contemporain chez Valérie Rouzeau, dans Vrouz [10], un titre qui donne le ton. Certainement ce corset archaïsant peut-il susciter encore des libertés, mille victoires intimes sur soi et sur le monde…

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

Sur le sonnet, lire également :

Vikram Seth : Golden Gate. Un roman californien en sonnets versifiés

 

[1] Poètes du XVI° siècle, La Pléiade, Gallimard, 1969, p 283.

[2] Robert Browning : L’Anneau et le livre, Le Bruit du temps, 2009.

[3] Philip Sidney : « Défense de la poésie »,  Astrophil et Stella, Orphée La Différence, 1994, p 109.

[4] Yves Bonnefoy : L’Heure présente, Mercure de France, 2011,  p 119.

[5] Au contraire de Lauraine Jungelson : Poésie Gallimard, 1994.

[6] Le sonnet anglais, au contraire du sonnet français, ne sépare pas toujours  les strophes, sinon chez Shakespeare ; quand Philip Sidney se contente d’un alinéa devant chaque quatrain et tercet…

[7] Voir note 3.

[8] José Corti, 2010.

[9] Voir note 4.

[10] La Table ronde, 2012.

 Barrett-Browning

Par Thierry Guinhut - Publié dans : Sonnets
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 21:33

  Sonnet peint

  Sonnet peint par T Guinhut

 

 

 

Sonnet autobiographique

 

 

Notre Thierry Guinhut, dont le nez aquilin,

La mèche vaniteuse ont banale apparence,

Est né en cinquante-six à Poitiers, en France,

Pour écrire sonnets, essais, romans, sans frein.

 

Marié, père de quatre enfants talentueux,

Il étudia d’abord le rêve adolescent,

Puis l’Histoire de l’art. Enfin, au fil des ans,

Il devint agrégé de Lettres : c’est bien mieux…

 

Il parcourt la photo, les montagnes sauvages,

Pyrénées et sierras, les marais et les îles,

Les musées, tout en montant sa bibliothèque.

 

Trop peu, il publia. Il travaille avec rage

Pour édifier une œuvre aux fondations fragiles

Que lectrice et lecteur paieront de peu de chèques.

 

Thierry Guinhut

 


Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

Par Thierry Guinhut - Publié dans : Sonnets
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 4 juin 2011 6 04 /06 /Juin /2011 18:27

hobbes_leviathan.gif

Frontispice du Leviathan de Hobbes, 1655

 

 

 

Sonnet de la liberté politique


 

Connais-tu le pays où richesse flétrit,

Où l’on flatte et grossit un déficit chronique,

Où l’on nourrit bien gras l’assistanat cynique…

O Père, partons-en, ce spectre nous détruit.

 

Connais-tu la maison de l’état déprimé,

Désarçonnée par un syndicalisme inique

Qui suce et pervertit le service public…

Là-bas, mon Protecteur, garde moi du bûcher.

 

Connais-tu la montagne outrée des fonctionnaires,

L’escalade fiscale et d'administration…

O Citoyens, rêvons, de ce pays, fuyons !

 

Là où libéralisme est vu comme exaction,

Liberté de son joug n’a pas pu se défaire.

Là-bas, ô mon amour, soyons les réfractaires !

 

                                                                            Thierry Guinhut

 

Nota : Ce sonnet est une récriture parodique d'un poème bien connu de Goethe : "La Chanson de Mignon" ("Connais-tu le pays où les citroniers fleurissent...") tiré des Années d'apprentissage de Willelm Meister.

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

Par Thierry Guinhut - Publié dans : Sonnets
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 20 mai 2011 5 20 /05 /Mai /2011 22:36

Apollon-chevauchant-un-griffon--Kunsthistorisches-Museum--V.jpg

Apollon chevauchant un griffon,

Kunsthistorisches Museum, Vienne.

 

 

De l’art et autres démons

 

 

                                     

 

La poésie n’est pas un jeu de niaise enfance,

Ni un fantasme trop sucré d’adolescence,

Ni des confettis de roman rose, jetés

Dans les cheveux ébahis des nouveaux mariés.

 

En un monde d’adulte où construire le moi,

Lutter contre les monstres exquis de l’amour

Pour les pacifier, l’épouvante sans recours

De la mort aux têtes de pieuvres et de bois

 

Ne peut laisser que l’art après nos pas soufflés :

Qu’il s’agisse d’un pont, de libérale idée,

D’un état enrichi, d’un nichoir à mésanges.

 

Je n’ai que le sonnet pour massif romanesque,

Pour symphonie grandiose ou peinture livresque ;

Il suffira peut-être à convaincre les anges.

 

                                                                                  Thierry Guinhut

 

Par Thierry Guinhut - Publié dans : Sonnets
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 18 avril 2011 1 18 /04 /Avr /2011 21:59

Petrarque-par-Bargilla.jpg

Pétrarque par Bargilla, 1450, Florence, Offices.


 

Pétrarque

 

Sonnet III du Canzoniere

 

Ce fut le jour saint où, en deuil du Créateur,

Le soleil vint à décolorer ses rayons,

Quand, ne me gardant pas, je fus fait prisonnier,

De vos beaux yeux, Dame, je me vis enchaîné.

 

Il ne me semblait pas qu’il fallût me défendre,

Contre les coups d’Amour, et ainsi je marchais

Tranquille et sans soupçon : c’est pourquoi mes malheurs

En douleur universelle initièrent prise.

 

Dieu Amour me trouva tout entier désarmé

Et sut s’ouvrir la voie par les yeux jusqu’au cœur

Où larmes ont trouvé la porte et le passage.

 

Pourtant, me sembla-t-il, ce lui fut peu d’honneur

De me percer de flèche en l’état où j’étais,

Et à vous, bien aimée, de ne pas montrer l’arc.


 

Ce sonnet fondateur du lyrisme amoureux, qui permit la gloire de Pétrarque (1304-1374), de son Chansonnier, et la pérennité de ce parfait format en quatorze vers, méritait, semble-t-il, d’être traduit pour satisfaire mon oreille. Je n’ai fait que l’adapter librement en alexandrins non rimés, et avec présomption, de l’italien, en m’appuyant sur les travaux de Gramont (Paul Masgana, 1842), Ginguené (Garnier, sans date), et Langlois (Marc Artus, 1936). Thierry Guinhut.

 

Petrarque.jpg

Laure et Pétrarque, miniature médiévale.

Par Thierry Guinhut - Publié dans : Sonnets
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Index des auteurs et des thèmes traités

Ackroyd

Londres, La biographie

Ackroyd Londes

 

Adams

Essais sur le beau en photographie

Robert-Adams-Tree Line

 

Alberti

L’homme universel: La Statue et Vie.

Leon-Battista-Alberti-SelfP-c1436-BR

 

Amis

Réussir Martin Amis

Amis poupées

 

Arendt

Banalité du mal, banalité de la culture

Arendt Eichmann-a-Jerusalem

 

Arguedas

L’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Arguedas Sexto

 

Babel

Isaac Babel ou l’écriture rouge

I Babel

 

Bachmann

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

Bachmann journal

 

Ballard

Ballard : Millenium people, Crash

Ballard: un artiste de la science fiction

Ballard Millenium

 

Bang

Mikaël, Les Quatre diables

Bang Mikael

 

Barcelo

Miquel Barcelo : Cahiers d’Himalaya

Butor Barcelo : Une Nuit sur le mont chauve

Barcelo Himalaya

 

Barrett Browning

E. Barrett Browning et autres sonnettistes

Barrett-Browning 2

 

Bashô

Bashô : L’intégrale des haïkus

Basho 1

 

Baudelaire

Charles Baudelaire : « Une charogne »

Baudelaire

 

Beckett 

Samuel Beckett : En attendant Godot

Beckett


Bengtsson

Jonas T. Bengtsson : Submarino

Submarino


Blake

G. K. Chesterton : William Blake

Chesterton Blake

 

Blog

Du Blog comme œuvre d’art

IMG 1331

 

Bolano

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Roberto Bolano : Entre parenthèses

Roberto Bolano, le chien romantique

2666-roberto-bolano

 

Borges

Christian Garcin : Borges, de loin

Borges

 

Caldwell

Lettre à une jeune femme politique

caldwell

 

Capek

La Guerre des salamandres, menace totalitaire

Salamandre Buffon

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

Péchés capitaux

 

Catton

Eleonor Catton : La Répétition

Catton.jpeg

 

Ceccatty

Noir souci, ou la passion chaste de Leopardi

Ceccatty

 

Celan

Paul Celan, minotaure de la poésie : John E. Jackson, contre-parole et absolu poétique

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

Celan pavot

 

Céline

Céline ou l’indignité du génie

Céline et Wagner, l'indignité du génie ?

Céline et Proust, la recherche du voyage

Céline Gen Paul 2

 

Chen Ming

Chen Ming : Les Nuages noirs s'amoncellent

AA-copie-1

 

Chesterton

Chesterton : William Blake

Chesterton, le prince de la nouvelle policière

Chesterton Assassin

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Mattéi : Le Procès de l’Europe.

600px-Gandolfi - Allegory of Justice

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe

Danielewski 1

 

Dasgupta

Rana Dasgupta : Solo

Dasgupta 1

 

Démocratie

Dans quelle démocratie vivons-nous ?

Totalitarisme

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Derrida 2

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Dickinson 1

 

Eco

Baudolino ou les merveilles du moyen-âge

Destins du livre, du papyrus à Google Books

Eco Baudolino 5

 

Ecologie

Wilson : Biophilie, Bartram : Voyages

Ralph W. Emerson : Les Travaux et les jours

Révolutions vertes et libérale. Manier : Un Million de révolutions tranquilles

Du suicide économique et écologique, Christian Gérondeau : Ecologie, la fin

Wilson Biophilie

 

Eluard

Paul Eluard : « Courage »

Eluard Dali

 

Emaz

Antoine Emaz ou l’anti-lyrisme

Emaz

 

Emerson

Emerson : Les Travaux et les jours

Emerson

 

Emeutes et violences urbaines

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Mortel fait divers et paravent idéologique

sac de rome alaric 400

 

Etat

Serions-nous plus libre sans l'état ?

Dans quelle démocratie vivons-nous ?

Projet d'amendements à la Constitution

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Tardif-Perroux : La France, son territoire

Patriotisme et patriotisme économique

Allégorie de la Paix et de la Justice, 1753, Corrado Giaqu

 

Eugenides

De Middlesex au Roman du mariage

Eugenides 1

 

Fables politiques

L'Ânesse et la Sangsue

L'Etat-providence à l'assaut des lions

De l’alternance en Démocratie Animale

Les chats menacés par la religion des rats

La Fable des porcs et de la Dette

Fables nouvelles

 

Facebook

Facebook, perversion ou libertés ?

Girard

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique, socialisme et islamisme

Landon

 

Ferré

Ferré : la Providence du lecteur?

Ferré Providence

 

Ferry

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

Ferry

 

Filloy

Juan Filloy : Op Oloop

Filloy

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

Melancholia Lars von Trier, photo (c) Christian Geisnaes

 

Foucault

Des prisons, postérité de Surveiller et punir

Foucault L'Herne

 

Fragoso

Le tigre de la pédophilie

Fragoso

 

Franzen

Freedom ou les libertés entravées

Freedom

 

Fuentes

Anniversaire

Diane ou la Chasseresse solitaire

Le Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle

Fuentes Aigle

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

Gaddis

 

Garcia Lorca

Homosexualité, mort et création

Lorca

 

Gardner

La Symphonie des spectres

Spectre Hamlet

 

Gass

Sonate cartésienne et autres récits

Gass

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

Gibson Idoru

 

Goethe

Sonnet à l’Allemagne

Sonnet de la liberté politique

goethe

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

Golovkina

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

Goytisolo Marx

 

Gracian

L’homme de cour

Gracian

 

Grandes

Le Cœur glacé, Inés et la joie, ou la mémoire du franquisme et de l’Espagne

Almudena 2

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

Guarnieri

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Vanité

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman

I Prologue

II L'ouverture des portes

III Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

XI Récit de la Musicienne

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

Muses Mantegna

 

Guinhut

Philosophie politique

Philosophie-politique.gif

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

Pyrénées Anie Aneto

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

Couv-Aneto-Canigou

 

Guinhut

Haut-Languedoc

Haut-Languedoc.couv jpg

 

Guinhut

Le Recours aux Monts du Cantal

Cantal

 

Guinhut

Le Marais poitevin

Marais poitevin Couv

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye en Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II La Conscience de Bordeaux, contrat faustien

III Bironpolis, incipit

III Bironpolis, Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages, prologue

VIII De natura rerum, Euro Urba

VIII De Natura rerum, montée vers l’Empyrée

Lg Apollo and the Muses

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

Voyages archipel

 

Guinhut Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre, sonnets

Sonnet autobiographique

Trois Requiem, sonnets : Selma Meerbraum, Ossip Mandelstam, Malala Yousafzai

Capitoline Aphrodite Louvre

 

Guinhut Heinz M

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

Trois vies d’Heinz M III Elégies à Liesel

Ein Jahr im Leben des Heinz M.

IMG 0604

 

Guinhut

Le Passage des sierras

IMG 2457


Guinhut

Ré une île en paradis

Ré paradis

 

Guinhut

Photographie

Ré vase

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Haddad jour


Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

Hamsun

 

Hattemer-Higgins

L’Histoire de l’Histoire: troisième Reich

Hida

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libre sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Hayek

 

Hobbes

Sonnet de la liberté politique

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libre sans l'état ?

hobbes leviathan

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

Hölderlin

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales: Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Ceccatty : Noir souci, passion de Leopardi

Garcia Lorca : homosexualité et création

Broc-Hyacinthe.jpg

 

Hustvedt

Un été sans les hommes

Vivre, penser, regarder

ete-sans-les-hommes

 

Huxley

Du Meilleur des mondes aux Temps futurs : anti-utopies

Huxley brave new world


Ilis 

Florina Ilis ou la Roumanie prise en écharpe

Florina Ilis


Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

Impôt

 

IPhone

Tentation totalitaire : IPhone et législation

IPhone

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Sommes-nous islamophobes ?

Attar : Le Cantique des oiseaux

Islam

 

Jourde

Pierre Jourde : Festins Secrets

Jourde


Kawabata

Yasunari Kawabata : Les Pissenlits

Kawabata Belles

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

Kertesz Être

 

La Fontaine

Fables politiques

la fontaine

 

Lamartine

Lamartine : « Le lac »

Lamartine lac


Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

Larsen Spivet


Larsson

Les Poètes morts n’écrivent pas de romans policiers

Larsson 2


Leopardi

Ceccatty : Noir souci, passion chaste

Ceccatty

 

Lethem

Jonathan Lethem : Chronic city

Lethem Chronic city

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Libres, Dictionnaire du libéralisme
Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libre sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Liberté

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

Carré magique

 

Littell

Retour sur Les Bienveillantes

Littell B

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

Machiavel 1

 

Mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Dante 9° cercle Enfer Gustave Doré 1861 Musée de Brou

 

Malaparte

Muss ou Mussolini déboulonné

Malaparte Muss

 

Manea

La Tanière, La Cinquième impossibilité

Manea

 

Manguel

Un retour et Nouvel éloge de la folie

Manguel retour

 

Marcher

De L’Art de marcher

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

Solnit L'art de marcher

 

Martin

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Enfer Dante Boticelli

 

Marx

Karl Marx, compagnonnage et illusion

« Hommage à la culture communiste »

Marx

 

Mattéi

De la supériorité culturelle de l’Occident ?

Europe Mattéi

 

McEwan

Ian MacEwan : Solaire

Solaire

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Melville Billy Budd

 

Meshkov

Le Chien Lodok, ou de l’humaine tyrannie

Meshkov

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

Mitchell Fantômes

 

Mozart

Lady Gaga versus La Reine de la nuit

Mozart

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

Mulisch siegfried-une-idylle-noire

 

Murakami Ryû

Chansons populaires de l’ère Showa

1969, Les Bébés de la consigne automatique

Murakami bébés


Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

Naipaul Afrique

 

Nietzsche

Pourquoi un libéral lit il Nietzsche ?

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Nietzsche Munch

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

Nooteboom Labyrinthe

 

Ogawa 

Cristallisation secrète

Ogawa

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Pamuk

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

Orhan Pamuk

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Palahniuk Peste

 

Palol

Phrixios le fou

Palol Phrixios le fou

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute

Panayotopoulos

 

Pasolini

Sonnets. Les tourments amoureux

Pasolini Decameron affiche 2

 

Pétrarque

Sonnet III du Canzoniere

Petrarque-par-Bargilla

 

Poésie

Le Cantique des oiseaux

La Poésie du Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Bashô : L’intégrale des haïkus

Antoine Emaz ou l’anti-lyrisme

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Oppen, objectivisme et lyrisme

Ron Padgett : On ne sait jamais

A une jeune Aphrodite de marbre

Des fonctions de la poésie

Chanter et enchanter en poésie

Poésie en vers, poésie en prose

Allegorie der Poesie, Mosaik von Raffael

 

Policier

Pobi : L’invisible, ou la peinture

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Jesse Kellerman : Les Visages

Chesterton father-brown


Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Powers Générosité

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Céline et Proust, la recherche du voyage

Proust

 

Pynchon

Contre-jour

Vineland, une utopie postmoderne

Vice caché

Pynchon-gravitys-rainbow

 

Rand

Qui est John Galt ? La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reinhardt

Le Système Victoria.

REINHARDT

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rivas

L'Éclat dans l'abîme, Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roth

Philip Roth : La Bête qui meurt

La-bete-qui-meurt

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Rushdie 6

 

Schlanger

Présences des œuvres perdues

presence-oeuvres-perdues

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

On a marché sur la lande

Arno Schmidt Scènes

 

Science fiction

Gibson : Neuromancien, Identification des schémas

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Dan Simmons : Ilium

Dan Simmons : Flashback géopolitique

Ballard: un artiste de la science fiction

Strougatski L-Ile-habitee

 

Self 

Will Self, ou la théorie de l'inversion

No smoking

Les-grands-singes

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

Sender Roi

 

Serrano

« Piss Christ » : une icône chrétienne

Andres-Serrano Piss-Christ

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Shakespeare : cinq Sonnets traduits

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Shakespeare Cobbe portrait

   

Shteyngart

Super triste histoire d’amour

Shteyngart

 

Simmons

Ilium : Homère science-fictionnel

Flashback : mémoire et géopolitique

Ilium

 

Sloterdijk

Esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Sloterdijk Essai d'intoxication

 

Smith

Pourquoi je suis libéral

Smith 2

 

Sofsky

Le Livre des vices privés et politiques

Sofsky Vices

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue

Somoza

 

Sonnets

Sonnet peint

Sonnets
A une jeune Aphrodite de marbre

Shakespeare : Sonnets en traduction

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Barrett Browning et autres sonnettistes

Pier Paolo Pasolini : Sonnets

Vikram Seth : Golden Gate

Robert Marteau : Ecritures

 

Sorrentino

Ils ont tous raison

Sorrentino

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

Fragments (un peu roussis)

Steiner

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

Dans la forêt de Bavière

Stifter Bavière

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

Leo Strauss


Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Tavares

Un Voyage en Inde

Lusiades

 

Tellkamp

Uwe Tellkamp : La Tour

Tellkamp

 

Tesich

Karoo ou la revanche de l’anti-héros

Karoo

 

Tocqueville

Notre française tyrannie, ou l’actualité de Tocqueville

Tocqueville par Théodore Chassériau, 1850

 

Totalitarismes

Arendt : banalité du mal, banalité de la culture

Malaparte : Muss ou Mussolini déboulonné

« Hommage à la culture communiste »

Muses Academy XVII Polymnie ou la tyrannie politique

Tempérament et rationalisme politique

Capek : La Guerre des salamandres

Tejpal : La Vallée des masques

Zimler : Anagrammes du ghetto de Varsovie

Trois Requiem, sonnets : Selma Meerbraum, Ossip Mandelstam, Malala Yousafzai

Communisme 2

 

Trias de Bes

Fernando Trias de Bes : Encre

Encre

 

Tsvetaeva

Carnets, Chroniques d’un goulag ordinaire

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

Ursin

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vollmann

De la Famille royale au Grand partout

Guerre et paix en Central Europe

Vollmann famille royale

 

Vote

De la révocation du droit de vote

De l’humiliation électorale

De l’alternance en Démocratie Animale

allegorie du bon gouvernement

 

Wagner

Céline et Wagner : l'indignité du génie ?

Rackham


Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

Wordsworth.jpg

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

Zimler 1

 

Recherche

Calendrier

Juin 2013
L M M J V S D
          1 2
3 4 5 6 7 8 9
10 11 12 13 14 15 16
17 18 19 20 21 22 23
24 25 26 27 28 29 30
             
<< < > >>

Créer un Blog

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés