Partager l'article ! Paolo Sorrentino : Ils ont tous raison: Paolo Sorrentino : Ils ont tous raison traduit de l’italien ...
Paolo Sorrentino : Ils ont tous raison
traduit de l’italien par Françoise Brun, Albin Michel, 432 p, 22n50 €.
C’est avec une réputation flatteuse que nous parvient ce roman : « Le phénomène littéraire de l’année », claironne la critique italienne. Pourtant la recette paraît facile : passer une célébrité, imaginaire ou semi-fictive à la moulinette de la satire et de la complaisance. Même si la question de savoir qui pourrait se cacher derrière ce chanteur de charme reste secondaire ; Tony Pagoda est toutes les vedettes de la scène et aucune en particulier.
Seule peut-être la langue pourra sauver Tony Pagoda du marasme des clichés affectés à son type, à son milieu clinquant et délétère. En effet, Sorrentino sait user des registre divers du vocabulaire, parfois sophistiqué, souvent trivial, incongru, sinon, nous disent les italiens, emprunté aux dialectes de la péninsule. Ainsi ce personnage vaniteux, frimeur, égoïste et non indemne de sentimentalité, qui parle à la première personne, et dans lequel a su se couler l’écrivain, ne peut devoir son salut qu’à deux choses : son bagout inépuisable, que certains critiques transalpins sont allés jusqu’à comparer avec une pertinence passablement discutable à Céline, et sa valeur de symptôme d’une société fascinée par les bruyants pousseurs de chansonnettes élevés au rang de mythe dérisoire par la foule des fans.
Alors si l’on veut se repaître, dans une démarche presque scatologique, des concerts où il éructe son chant, de ses doses de cocaïne et cocktails, de ses coucheries sexuelles, on va trouver que cette autobiographie fictive est diablement réussie et foutrement parlante. Et peut-être trouvera-t-on un intérêt sociologique aux scènes sans concessions jetées à la face de l’épouse aussi peu reluisante que lui, avant qu’elle demande un divorce aussi peu ragoutant que consenti. Alors l’amour dans tout ça ? « Ils ont tous raison » : seul l’amour est un miel assez puissant et collant pour attirer les mouches du public qui en rêve sans l’avoir guère vécu. Ainsi notre Tony est possédé d’une nostalgie perpétuelle incarnée par une Béatrice, amante splendide, sensuelle et éphémère, « monument de séduction, une poupée aussi femelle que madone », anti-Béatrice de Dante, qu’il a assassinée en poussant dans l’escalier alors qu’elle voulait le quitter. L’ironie sous-jacente instillée par l’écrivain réduit à néant les velléités de grandeur du pousseur de chant sirupeux, finalement minable, coupable, qu’une vérité métaphysique ne rattrapera ou ne sacralisera jamais.
La vieillesse du crooner déclinant, bouffi d’orgueil au point de se croire le complice de Sinatra, est en effet parcourue par une verve forcenée, envers du désespoir, malgré la carapace d’humour, censée lui permettre de se faire valoir : « Je me plante sur la scène et je vous démonte les sentiments, je vous les démantibule, je vous les fait exploser en l’air avec la précision du timer posé sur une bombe, je vous envoie chez les dingues, j’ai le pouvoir, je sens que je l’ai, ce pouvoir de manipuler vos petits cœurs ».
Sa carrière peu à peu moisie, traversée par un cafard noir, est volontairement interrompue par un détour de dix-huit ans à Manaus, ville d’Amazonie, où notre Tony n’a d’admiration et d’amitié que pour l’autorité, la richesse d’un gros bras local, non sans machisme. Après que ce dernier lui paie un retour doré, l’Italie lui semble encore plus pourrie qu’avant, en un mot, aussi vulgaire que lui. Car, en ce pays, « ils ont tous raison ». Le relativisme y est, là comme ailleurs, une forme de vulgarité autant qu’une lâcheté esthétique et morale. Ne reste plus qu’un vieil abonné à la mort, dont le désabusement passe péniblement pour une philosophie, un « pauvre type pompeux et sans talent »…
Paolo Sorrentino est, paraît-il, « le jeune réalisateur phare » que l’on vient de remarquer à Cannes pour This must be the place, histoire d’une ancienne star du rock gothique rangée des voitures. Est-il également un nouvel émule des « Cannibales italiens », ces écrivains à peine pubères et volontiers trash des années quatre-vingt-dix ? Ainsi, sans doute est-il possible de le comparer à Niccolo Ammaniti, dont La Fête du siècle[1] caricatura sans presque pécher par l’exagération une clinquante pseudo-élite. De même, sous le clavier aiguisé de Paolo Sorrentino, l’irrésistible satire du milieu des variétés et de la pop va-t-elle jusque inclure une certaine charge contre une berlusconienne société qui monte au pinacle de grotesques latin-lovers ?
Pour un coup d’essai romanesque et picaresque, notre cinéaste napolitain s’est bien débrouillé. Poursuivi par une lecture trépidante au style imagé, déglingué, coruscant, amusant, le lecteur ne s’ennuie pas, quoique un sentiment de vacuité l’entraîne au fond du marasme : à quoi bon un tel personnage, une telle vie, sinon pour dézinguer toutes les fausses valeurs du fric, du sexe et du paraître, toutes les vulgarités de nos contemporains branchés et débranchés. L’humanité n’en sort pas grandie ; sauf, qui sait, le lance-flamme de la satire. Peut-être une ascèse intérieure permettra-t-elle aux qualités baroques de son écriture de rencontrer une concision narrative et une perspicacité thématique qu’il n’a pas encore tout à fait atteintes.
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