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Dimanche 26 décembre 2010 7 26 /12 /Déc /2010 20:16

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Euterpe et Clio, Pierre Mignard, 1612-1695,

Château de Fontainebleau.


 

Muses Academy

XI

Récit de la musicienne :

Euterpe ou la gourmande des sons

 

        Notre singulière affaire criminelle commença lorsqu’un employé particulièrement perspicace d’une entreprise de vente de plats surgelés vint au domicile de sa cliente pour garnir, comme chaque semaine, son congélateur. Quelle était, au fond d’un des caveaux glacés du meuble au design impeccable, cette moisissure violacée qui innervait la viande prétendue rouge sous le scellofrais de son entreprise, la Food and Frais, bien connue de tous les consommateurs de deux continents ? Pour lui, sans rien en dire devant sa belle et goûteuse cliente, il s’agissait d’un produit qui avait été décongelé, puis recongelé par cette dernière. A moins d’une erreur dans le processus de préparation ou de conditionnement de la viande de bœuf de premier choix -un beau morceau dans la culotte- qu’il n’avait à la livraison pas pu percevoir, évidemment revêtue du suggestif cartonnage à fenêtre armorié et labellisé Rouge Surchoix de la Food and Frais. Animé des meilleures intentions, l’employé, que nous appellerons David Xemeneies, subtilisa adroitement la pièce à conviction. Son intention était double. Protéger sa cliente, séduisante, aux yeux de chair fondante, quoique terriblement distante, d’une éventuelle intoxication alimentaire, et protéger son entreprise multinationale d’un problème toujours possible. Il remplaça la pièce de bœuf par une autre, conforme, elle. Notre trop romanesque jeune livreur avait peut-être sauvé la vie, pensait-il, de celle qu’il appelait en secret sa « Lolita », bien que seule sa minceur, son minois frais et sa relativement petite taille, aient pu justifier qu’il l’appelât du nom d’une célèbre et trop jeune nymphette…

       En vérité, la Lolita criminelle de notre romanesque livreur, par ailleurs totalement dénué de curiosité intellectuelle et de culture musicale, se nommait Julia Ventosa i Calvell. Je fis sa connaissance lorsque je ne pus refuser une invitation à présider un énième concours de chant lyrique qui, pensais-je, ne promettait guère d’exploits vocaux et expressifs. La profession de Muse, vous vous en doutez, n’est pas faite que de sinécures et de ravissements : vous savez combien sans nous les humains sont plats et décevants.

        Erreur… Quoique je fusse alors l’impresario d’un jeune violoncelliste aux archets émouvants (imaginez quel était le deuxième) muet par ailleurs et dont vous savez qu’un tragique accident d’avion a depuis causé la mort, une surprise fabuleuse m’attendait. Parmi les voix confondantes de banalité et leur technique excellemment correcte mais sans le brio de la sensibilité, cette Julia Ventosa i Calvell stupéfia son auditoire : jamais je n’avais entendu ainsi l’air des cloches de Lakmé, tel que seul Léo Delibes l’avait rêvé. Libérant tout naturellement les contre-fa et les contre-la, elle était l’ardeur et la cristallinité mêlées, la chaleur et la transcendance. Chacune des bulles sonores qui coulaient de sa glotte était un champagne de bonheur, ses cordes vocales étaient violoncelle et hautbois d’amour, sa langue l’exquise succion du son jusque dans l’oreille de chaque auditeur dont la moelle épinière trembla comme un jeune bouleau sous un vent de neige printanière…

       De quoi donc pouvait se nourrir un si jeune corps pour tirer de ses viscères une telle sonorité ? La Malibran, La Callas, La Bartoli, que sais-je encore, parurent soudain, n’être que raclements de gorges sur l’échelle soudain distendue des valeurs vocales. Je ne croyais pas savoir que l’ambroisie des dieux était en vente libre ou sur aucun marché délictueux. Je me chantais mentalement quelques dangereuses mesures de cet air célèbre. Bien, cette chipie ne m’avait pas volé ma voix, elle ne faisait que m’approcher, ce qui, convenez-en, pour une mortelle, est au choix un crime de lèse Muse ou une grâce momentanément cédée par le Dieu des dieux à une péronnelle, suite au travail de sape de la jalousie d’une mes sœurs Muses… Non, ne vous récriez pas !

         Certes, j’aurais pu voter publiquement contre elle, monter une acide cabale, jeter la massue de mon droit de véto, arguer de sa jeunesse de petite pisseuse, la mettre au défi de chanter ex abrupto la Reine de la nuit, la scène dernière d’Elektra…

        Mais je sentais bien qu’elle avait pris le public aux tripes, aux couilles et aux ovaires, que toutes les oreilles étaient ses heureuses captives. Sans compter mon fond de bonne foi ; je suis viscéralement bonne joueuse et dus reconnaître in petto que j’avais bien inspirée cette petite. Sûrement cela s’était-il produit lors d’un de ces multiples rêves nocturnes que nous oublions trop souvent et que j’avais imprudemment confié à notre ami le Dieu du Sommeil et à ses trois aides, Morphée, Phantasos et Phobetor… Quoiqu’une telle pureté sensuelle n’eût pu échapper à ma pleine et souveraine intention… D’où cette adorable pécore tenait-elle l’aliment de sa voix ? De quel louche contrat faustien, de quel vol au domaine des dieux, de quel rapt parmi le club des Muses -pourtant je m’appartenais encore, moi Euterpe, Muse de la musique et du chant lyrique- tenait-elle le joyau vocal qui palpitait autour de la chair pulpeuse de sa langue, comme la gainant du baiser ultime de l’art…

       Mais revenons à Julia Ventosa i Calvell. Elle fut fêtée, engagée. A peine le moindre bout d’essai. Voulait-elle chanter Rosine au Met, Armide à la Scala, Manon à Covent Garden ? Les pétales de roses couraient sous ses semelles comme un tapis des Mille et une nuits. Les cœurs énamourés crevaient de tout leur sang sous ses ongles de fée. Les hommes et les femmes découvraient soudain qu’ils n’avaient jamais su ce qu’était l’amour. Bref, l’encre d’imprimerie allait maculer les revues musicales et à scandales, les électrons frapper en mesure les écrans plats des chaines hertziennes, numériques et des blogosphères. Pourtant, déjà, elle gardait, hors les archipels du chant, une froideur, une insensibilité apparente, une discrétion, en un mot une tenue irréprochable qui désarma les ragots, sinon les jalousies.

      Qu’on me pardonne si j’anticipe, si la prolepse de la narratrice enthousiaste (quoi, moi soulevée par les Dieux au contact d’une mince mortelle tout juste pubère !) m’emporte. Revenons à ce concours. Où il parut soudain que le décibel Julia Ventosa i Calvell, était un bonbon magique, une valeur inédite et prête à être cotée en bourse. S’en suivit donc un cocktail-repas, un de ces micros évènements soudain à la mode au pays de ce chef ultra médiatisé qui applique la chimie la plus sophistiquée à la cuisine.

       Regarder Julia pincer entre les lèvres de ses doigts mignons une fumée d’escargot aux morilles, une vapeur de truffe à la vanille et les porter à sa bouche comme une note de Mozart où un accord de Rossini qu’on avale et déglutit au lieu de les expectorer dans un souffle à l’intention des auditeurs enlacés fit aux assistants du cocktail le même effet que lors de cet historique et pourtant minimal récital. Chacun eût voulu être la bouchée que la porte des sons lubriques confisquait à mesure, chacun, ingéré par ce délicieux orifice buccal et pavillon vocal, eût voulu ainsi se fondre en mystère du chant, en sa formule biologique née dans la chair secrète de la trachée, des joues et des poumons de la belle.

        Mais foin de ces éloges sans portée, de ces périodes muettes, de ces fades compliments qu’on tentait inopportunément de lui adresser en l’approchant avec crainte ; notre petite dinde se farcissait force bouchées apéritives, certes avec la lenteur étudiée de la dégustation capiteuse, intime et strictement personnelle, mais avec l’irrattrapable régularité métronomique de l’affamée méthodique. Elle mangeait. Voilà qui parut un tantinet scandaleux à quelques aficionados de l’art lyrique qui vainement avaient tenté de lui faire parler de Tosca ou d’Eurydice, ne serait-ce que pour tester sa précoce culture musicale et au moins l’entendre, faute de chant, parler. Elle dévorait. Filets de cuisses de grenouilles au romarin, dés de râbles de lièvres au poivre, œufs de caille au sfumato de genièvre, nuages d’huitres au Sauternes, perles de fuet catalan, écorces de cédrat au gel de miel quittaient les coupes de cristal et les présentoirs de porcelaine pour s’unir à l’intérieur gourmand de son estomac capitonné de roses muqueuses. Elle se goinfrait avec lenteur. Comment allait-elle pouvoir, après ce pelletage néanmoins raffiné, ce remplissage rabelaisien, chanter ? On exigeait en effet, et ce le plus traditionnellement  du monde, un air après boire de la lauréate… Le champagne avait bien sûr entre temps régulièrement humecté son gosier -une Veuve Cliquot qui acceptait sans broncher ce nouveau mariage- au point que l’on se demandait si une aussi mince créature, à la peau si parfaite, n’allait pas tomber aussitôt dans un coma gastronomique, à moins qu’elle soit depuis l’enfance affectée d’un exigeant ver solitaire.

         Connaissez-vous cet air : Casta Diva ? Oui, bien sûr. Vous pensez à La Callas qui le tirait de sa chair comme on module un long orgasme du sentiment. Mais après que Julia eût dévasté coupes, ramequins et plats à la taille de paquebots -on se demanda d’ailleurs comment sa taille n’avait pas éclaté comme la grenouille de La Fontaine- la plus naturelle respiration du chant souleva Bellini hors de sa tombe au point qu’il parût ressusciter à ses pieds pour révérer à la fois sa création et sa créatrice. Dire que le public fut subjugué est au-dessous de ce que sentirent les amateurs d’art lyrique, de ce que seule la langue des Muses peut exprimer et qu’elles ne consentiront pas à laisser aux piètres humains. Une telle gourmandise vocale était-elle possible ? Une telle dégustation musicale offerte à l’oreille choyée des auditeurs captifs était-elle imaginable ? Et comme une note da capo jetée à la soif des auditeurs mystifiés, sa main de biche piocha au creux du dernier cristal l’ultime bonbon de feuille de menthe au Chianti pour en nourrir la source du chant. Il n’y eu pas d’autre bis.

       On sut qu’elle avait dix neuf ans. Que sa porte était gardée par une Cerbère à faciès de lesbienne outragée. Qu’elle ne donna prise à aucun bruit à réelle connotation sexuelle. Qu’hors les deux plaisirs de la bouche qui l’accaparaient toute entière, elle menait une vie plus monacale qu’un chant grégorien inviolé par l’oreille du profane.

         Deux semaines plus tard, elle remplaçait Anne Sofie Von Otter (angine blanche et lit au mol édredon) à Lisbonne, dans Cosi fan tutte, phagocytant le rôle de Fiordiligi. On craignit que son amoureux lui restât fidèle. Le pauvre, s’il chantait pour elle, cela restait d’un niveau acceptable, mais s’il le faisait pour sa rivale, il frisait sans cesse le fiasco… Qu’importe si la grâce scénique de Julia ne fut pas encore tout à fait aussi communicative que l’on aurait pu l’espérer. Elle rayonnait. Les boiseries de la salle gardèrent longtemps et jalousement dans leurs pores des éclats de la sonorité adulée. Longtemps encore des amateurs viendraient poser le coquillage de leur écoute sur les nœuds du bois, espérant leur arracher un soupir exhalé par l’ardeur de la cantatrice légendaire.

        Si elle chantait dans un théâtre, elle gagnait avant et après des restaurants soigneusement sélectionnés. A Bordeaux, après la Poppée de Monteverdi, elle se nourrit de magret de canard au sang. A Vienne, elle épuisa Elektra et des symphonies alpestres de gâteaux à la crème. A Prague, elle fit le délire des spectateurs dans L’Affaire Macropulos en se gavant de l’élixir de longue vie d’Emilia-Elina. Elle chantait tout. Elle avait de plus le don des langues, sans compter le feu et la cascatelle des vocalises. Elle était selon les cas, mezzo, soprano et alto, stupéfiant les amateurs. Etait-elle mezzo profonde, soprano colorature, contralto rêveuse ou alto cristalline ? Elle chantait comme personne le « Empio, diro, tu sei » et le « Va tacito » du Jules César d’Haendel , ressuscitant mieux que tout haute-contre, falsetto ou contreténor, l’or fantasmé, longtemps pur et solide des plus légendaires castrats. Le Lamento d’Ariana de Monteverdi lui allait aussi bien que le grand air d’Amina dans La Somnambule. La berceuse de Marie dans Wozzeck affolait toutes les larmes, l’obscénité de Lulu faisait chavirer les bas-ventres des messieurs et des dames, les lèvres de Carmen caressaient l’hystérie dans le sens du poil, l’air de la poupée des Contes d’Hoffmann robotisait l’auditeur. La suave agilité de son gosier fleurissait de redoutables, périlleux et impeccables contre-fa lorsque la Reine de la nuit chantait l’effroi. L’opera seria et buffa, le singspiel et la tragédie lyrique, le bel canto et le sprechgesang lui seyaient à son gré. Pascal Dusapin, Steve Reich et György Ligeti ne l’effrayaient pas le moins du monde. Andreas Scholl, le plus délicieux et puissant des contreténors, vint lui-même baiser ses pieds. Les compositeurs se bousculaient pour lui offrir un rôle qui la magnifiât. Seule Kaija Saariaho eut son imprimatur. Pour la Julia, la seule Julia, elle fit un personnage de déesse cosmique, au centre et au-dessus de son opéra Musique des ellipses, un rôle fait à sa démesure : elle fut toutes les Eve et les Gaïa des récits de créations venus de cent bibles et mythologies, accompagné par la basse Klaus Mektoub pour le bruit de fond de l’univers. A Bayreuth, elle fit bientôt Elsa, Brunehilde, Isolde et Kundry, vampant les plus revêches aficionados par son souffle, sa mémoire, ses masques naturels, sa profondeur, sa magie… Son da capo était redoutable, aussi attendu que le Messie, à la différence qu’il venait infailliblement, comblant de joie liquide les épidermes, les viscères et les synapses. Voix ronde et chaude, sans acidité aucune, sauf ce qu’il fallait parfois de fraîcheur citronnée, voix sensuelle, nerveuse et souple jusqu’au grave, souvent orangée, parfois pourpre, quelquefois bleutée jusqu’à l’azuré, et si généreusement cristalline quand il le fallait. Pas une voix d’oiseau mécanique, mais celle du corps caressé jusqu’au cœur troublé, une voix dansante, justement émue et superlativement émouvante. Il semblait que sa voix puisait dans le sang vineux des grands Bordeaux qu’elle goûtait, des Pétrus et des Pape Clément que religieusement elle sirotait, des Montrachet qu’elle infusait lentement de ses papilles à l’oreille enivrée jusqu’au coccyx, au nerf érecteur, au clitoris soudain savant des fans. On aurait donné ses richesses, ses cuisines, ses enfants, ses couilles, sa moelle épinière, sa vie même, pour l’entendre rien que pour soi… Tout chanter et tout manger étaient sans cesse à la mesure de sa voracité. On commençait à croire qu’elle pourrait également interpréter les rôles de Faust et de Méphistophéles. Mais le monstre sacré d’un mètre cinquante neuf ne daigna pas offrir ces plaisirs à ses fans.

        De restaurants viandeux en cocktails salés, de réceptions sucrées en déjeuners briochés et pantagruéliques, où les humoristes imaginaient qu’elle n’allait faire qu’une bouchée de Guy Savoy, Ferran Adrià, la Mère Poulard et les frères Troisgros, elle paraissait ne pas prendre un gramme ; où le mettrait-elle d’ailleurs sur une ligne aussi parfaite ? A moins que, dans le secret bien gardé de son appartement parisien, elle pratiquât un régime draconien de sylphide : bouillon de navet, demi filet de perche au citron, fraise unique et sans sucre pour seule gloire journalière de son appétit…

        On sut, par on ne sait quelle indiscrétion, qu’elle donnait parfois des dîners. Nombreux furent ceux qui auraient donné jusqu’à la chair leur placenta originel pour y assister, ne fût-ce qu’au titre de spectateur. Lassée des questions dont on taraudait ma sagacité professionnelle, je résolus de m’y faire inviter. On ne refuse rien à sa Muse, n’est-ce pas… Même si j’ignorais comment je l’avais si bien inspirée (à moins qu’il s’agisse d’une intrusion d’une de mes collègues dans la sphère réservée de mon influence) je savais comment, d’un coup sec et bref, couper la corde vocale qui la suspendait au génie.

       Je n’eus pas besoin d’un tel argument. Il me suffit de l’aiguiller sur le sous-sol B 3 de la bibliothèque du couvent San Stefano de Venise, où, parmi les moisissures des missels pisseux, gisait le manuscrit que cherchaient désespérément les musicologues : Le Phaéton de Cremonini. C’était un vague contemporain de Vivaldi, prêtre albinos, trousseur de fioles et de jupons crasseux qui mourut prématurément de la petite vérole : c’est moi qui la lui ait envoyée tant il refusait de composer un second opéra. Son unique chef-d’œuvre, une seule fois représenté (il en avait caché le cahier, déçu qu’il fût par l’exécution) avait incendié les chroniques. Phaéton était en effet destiné à une basse profonde pour Apollon, mais surtout à un castrat pour le rôle titre. Parmi des difficultés vocales sans nombre que l’on comparait aux Trilles du Diable du fameux Tartini, l’air immense de l’ascension du char du soleil, de l’affolement des chevaux, puis de la chute du fils intrépide, avait brûlé la voix de celui qui s’y était essayé, pourtant doué d’un brio qui fit se pâmer une assistance réduite en cendres.

       Une fois qu’elle eût la précieuse partition entre les lèvres, je fus son obligée à la vie à la mort… Imaginez Julia sur le point de ressusciter un rôle mythique après trois siècles. Avec une faim sonore digne de Tantale, elle absorba les portées et les notes comme on engloutit la chair des huitres avec leurs perles pour mieux briller de la phosphorescence d’un chant solaire jusqu’alors inconnu. Elle confia l’orchestre à Jean-Marc Spinosi qui avait recréé quelques dizaines d’opéras du Prêtre roux. Il ne pourrait faire moins pour le Prêtre albinos.

        Quand à la Fenice les trilles dépassèrent les contre-la avec la vélocité de la folie, sans nuire un instant à l’intelligence du texte, le public suspendit son rythme cardiaque jusqu’à la limite de l’infarctus. Mille juliesques langues de feu parurent jaillir de la bouche de l’extatique cantatrice jusqu’à lécher d’amour les conduits auriculaires et les viscères les plus secrets des auditeurs en pamoison. Et lorsqu’elle retomba, comme le fils trop intrépide d’Apollon, du ciel du théâtre à machines sur le sol caverneux de la scène, on crut un moment qu’il ne restait plus que des cendres à venir pieusement recueillir…

       Les fleuristes de la Vénétie entière avaient ce soir là fait fortune. Ce n’était pas une morte que l’on couvrait ainsi de fleurs, mais une bien palpitante, vivante, riante Julia qui crevait la tempête des pétales en croquant celles qu’elle savait être toutes comestibles,  menthes et pensées, achillées et capucines, acacias et glycines, au-dessus de la basse continue des applaudissements à s’en rompre les paumes jusqu’aux omoplates…

       Il fallut à Julia un cortège de police pour franchir les portes des loges, pour descendre les degrés du théâtre, pour s’engouffrer dans une voiture sans que les inconditionnels de son triomphe se pressent contre son corps, la dévorent des mains, des baisers et des dents, au travers du corset des uniformes, comme s’ils voulaient en un cannibalisme inconscient et sacrificiel ingérer la substance miraculeuse de la Diva et de sa voix…

        Je fus donc une des rares invités de ce cocktail privé. Car dans le nouvel et, cela va sans dire, vaste et luxueux appartement de Julia, un salon de réception, entre un piano à queue Steinway et un clavecin Ruckers, offrait les bras ouverts de ses divans et les poitrines bombées de ses tables à quelques élus gourmets. Celle qui savait chanter depuis l’Eurydice de Monteverdi jusqu’à La Mort à Venise de Britten, opéra dans lequel elle s’était adjugée la voix de contre-ténor de cet autre Apollon, savait à l’évidence recevoir. Il fallait bien que quelque autre Muse concurrente et un peu salaupiote se soit mêlée de ce talent…

         Là étaient quelques personnages fantomatiques dont on aurait pu se demander s’ils venaient à un bal masqué plutôt qu’à un diner. Vêtu de rouge et noir, alors qu’habituellement son habit était aussi falot que son visage, l’impresario, connu pour être d’une discrétion de rase-murs, inattaquable, injoignable, de notre cantatrice affectait alors une aura méphistophélétique risible. Trois jeunes filles pâles jusqu’à l’excès étaient affublées de tailleurs blancs monacaux et paraissaient la suivre comme les servantes, les vestales d’un culte démodé. Le chef d’orchestre en chemise verte sur un pantalon jaune paille n’orchestrait visiblement ici rien du tout de ses mains désemparées. Une demi douzaine de vieux messieurs et de vieilles dames en smokings bleutés et Chanel roses semblaient pépier du haut du rocher des siècles, ruinés et cependant marmoréens, solides au point d’adresser un éternel sourire d’ironie à tout soupçon d’avalanche matérielle ou temporelle. Qui étaient ces Parques grotesques ? Les oncles et les tantes qui ont assuré mon éducation, payé mes études en Suisse, mes classes du Conservatoire, me dit-elle, sans préciser lequel…

       -Le dîner est servi, criailla le chœur des Anciens en tirant sur deux cordes de théâtre qui ouvrirent un vaste rideau pourpre sur ce qui ne fut, à ma grande surprise, qu’un cocktail de viandes. Viandes crues sur des planches, viandes cuites froides sur des feuillages, viandes en gelée sur des banquises de glace, viandes tièdes sur des assiettes chaudes, viandes frémissantes et caramélisées sur des poêlons rougis au feu… Viandes blanches de volailles, viandes roses de porcs et de veaux, viandes rouges de bœufs et de corridas, sans compter des nuances de carmin et de grenat que je n’avais jamais vues au monde.

        Ce qui ne sembla pas décourager les goulus vieillards aux ongles et aux canines goulues qui précédèrent même La Julia selon une étiquette qui paraissait aussi bien réglée qu’imparable. Sans compter qu’il fallait se servir avec les doigts, y compris pour les bouchées brûlantes qui paraissaient ne causer aucun dommage aux épidermes depuis longtemps cuirassées de la bande des antédiluviennes Parques.

       Pendant ce temps, sans perdre un instant l’art de la manducation et de la déglutition, sans interrompre le ballet de ses dix doigts vers ses deux mâchoires, La Julia indiquait de sa voix immanquablement chantante les noms des mets ainsi miraculeusement offerts : viandes de cygne au perlier d’eau, chevreuil au jojoba acide, singe à la fraise des savanes, sanglier au réalia de Provence, mystère de viande innommée au Margaux, tartare d’ennemi à l’ail, caille au pépin de sein de Smyrne, œil de loutre au sang d’agneau, magret de tadorne sur lit de pommes, surprise de viande innommable au sang de bœuf, jambon de rat aux truffes, filet de pigeon mêlé de confiture aigre douce, corde vocale d’alouette au cerfeuil, inventivité de viande dont on taira le nom au sel rose de Ré, aileron de requin au chorizo, faisan mariné dans l’ambroisie, création de viande dont il ne faut pas prononcer le nom au airelles de Finlande, toutes gastronomiques inventions que Julia identifiait comme une œnologue experte en plaçant des mimiques vocales irrésistibles à chaque bouchée…

      Et parmi ces plats étranges et colorées où l’on avait inventé des sculptures buccales inconnues, comme venues des Mille et une nuits, et des goûts aussi merveilleux que le chant de la Diva, on ne buvait que vins rouges ; et, pour les inconditionnels des ligues antialcooliques, des litres de jus de groseille, cerise, cassis et autres betteraves.

          Le chef d’orchestre, voyant probablement que j’étais la plus circonspecte, s’approcha en me glissant -le pauvre chéri que j’avais pourtant daigné favoriser de mon inspiration, fulgurante, il faut l’admettre- qu’il était végétarien. Je ne pus retenir mon rire en notant qu’au moins il ne mourrait pas de soif. Sans toutefois lui laisser imaginer que nombre de ses boissons aux carafes rougeoyantes était sans nul doute des jus de viandes. Sinon du sang.

        Derrière les plats déjà dévastés -j’avoue que je contribuais avec une ardente politesse à cette hécatombe- des assiettes noires quadrangulaires laissaient reposer des muscles entiers aux dimensions diverses. Malgré la taxinomie distribuée par notre Diva -biceps de lièvre à l’origan, triceps de laie aux morilles, Prostituée de biche au jus, rumsteck de panthère aux myrtilles, Inconnu de la plage, foie de crocodile au naturel, Impensable de songe au cri, Sein de sirène tranché, langue de vipère au ketchup, pénis d’orteil, testicule de cerf de Patagonie, nerf érecteur d’Adonis, corde vocale de Sainte-Cécile, pubis au sang de Roméo, pupille en gelée de Don Juan, proie de pédophile au jus de phallus impudicus, fesse de fée au cobalt- j’avais crainte de devoir regarder certains des ces esthétiques morceaux comme des muscles, des organes et des viscères d’enfants et d’adultes sur l’écorché des planches anatomiques.

          Cette gourmandise pour les corps goûtés, dévorés, me parut alors une sorte de cannibalisme culinaire raffiné quoique un peu répugnant. Et si l’on observait les vieillards, quelque chose comme une seconde jeunesse paraissait les électriser à mesure que leurs crocs, qui ne ressemblaient en rien à des dentiers de cacochymes, se hérissaient de lambeaux musculaires, que leurs mentons et leurs plastrons dégoulinaient de sangs divers et variés. Quand à l’imprésario, Monsieur Personneum en personne, il ne mangeait ni ne buvait, regardant avec une neutralité sans bornes le combat de gladiateurs se livrer dans l’arène de la salle à manger entre les viandes mortes et les viandes vivantes. Déjà il ne restait rien dans aucun plat, lapé jusqu’à la consommation des siècles. Le silence des mastications, des déglutitions et autres claquements de canines et de langues n’était plus dominé que par les petits cris orgasmiques et dodécaphoniques venus des lèvres roses et de la gorge de pigeonne de Julia Ventosa y Calvell. Qui n’était plus que chant lyrique pour avoir béatement terminé l’assiette de langues de rossignols aux pétales de rose, notre Diva, La Julia !

          Qui donc était à l’origine de ce contrat faustien ? L’une parmi nous ? Quelle Muse infâme aurait pu s’arroger l’impossible droit de marcher sur mes prérogatives ? Quelque Dieu d’une religion concurrente ? Depuis combien de temps duraient ces festins de viandes étranges et indispensables ?

         Trois jours plus tard, le signalement de la viande suspecte par David Xemeneies à la Food and Frais, révéla au travers des analyses, puis des enquêtes policières éclairs et ADN diligentées, que cet aréopage lyrique réuni autour de Julia Ventosa y Calvell se nourrissait de viandes humaines : plus exactement de jeunes corps disparus, enlevés et dépecés vivants par on ne sait quels maniaques grassement payés… Etait-ce là le secret de la voix de la Diva ?

         On ne retrouva jamais Monsieur Personneum. La Cerbère à faciès de lesbienne outragée venait de rejoindre les bords fumant du Styx au moyen d’un providentiel accident cérébral. Les six vieillards crevèrent très vite, de faim sembla-t-il, car ils ne pouvaient plus rien absorber, ou plus exactement plus rien d’autre. Les vestales n’étaient que de niaises apprenties cantatrices à qui l’on n’avait rien dit, sauf de ne toucher sous aucun prétexte aux viandes innomées et à celles sur les plats noirs. Julia Ventosa y Calvell se mourait dans un obscur hôpital militaire d’une chronique extinction de voix. Depuis l’heure où l’on annonça son décès, qui scandalisa les âmes qui la voyaient ainsi échapper à son procès et fit pleurer à larmes folles les aficionados, on ne trouve plus, parmi les cacophonies des orchestres et de ses partenaires, qu’un vide blanc sur les sillons des enregistrements qui avaient voulu recueillir son chant. Charron, dans sa barque, peina un peu plus sur sa rame et sous le poids sous estimé des morts, de la frêle Julia au sang pesant, qu’il dut cette nuit là charrier sur l’eau lourde. Dès la rive noire, les attendaient mes terrifiantes collègues en divinité, les Bienveillantes, ainsi nommées par antiphrases, ou Furies si l’on préfère, celles qui sont aussi vieilles et furieuses que le crime qu’elles persécutent, et dont pour le bonheur de cette infernale cargaison je vais prononcer les noms aux pouvoirs vengeurs et déments : Mégère. Tisiphone. Alecton.

 

Thierry Guinhut

Extrait d’un roman à paraître :

Thierry Guinhut: MUSES ACADEMY

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

Par thierry-guinhut-litteratures.over-blog.com - Publié dans : Muses Academy, roman
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Ceccatty

Noir souci, ou la passion chaste de Leopardi

Ceccatty

 

Celan

Paul Celan, minotaure de la poésie : John E. Jackson, contre-parole et absolu poétique

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

Celan pavot

 

Céline

Céline ou l’indignité du génie

Céline et Wagner, l'indignité du génie ?

Céline et Proust, la recherche du voyage

Céline Gen Paul 2

 

Chen Ming

Chen Ming : Les Nuages noirs s'amoncellent

AA-copie-1

 

Chesterton

Chesterton : William Blake

Chesterton, le prince de la nouvelle policière

Chesterton Assassin

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Mattéi : Le Procès de l’Europe.

600px-Gandolfi - Allegory of Justice

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe

Danielewski 1

 

Dasgupta

Rana Dasgupta : Solo

Dasgupta 1

 

Démocratie

Dans quelle démocratie vivons-nous ?

Totalitarisme

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Derrida 2

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Dickinson 1

 

Eco

Baudolino ou les merveilles du moyen-âge

Destins du livre, du papyrus à Google Books

Eco Baudolino 5

 

Ecologie

Wilson : Biophilie, Bartram : Voyages

Ralph W. Emerson : Les Travaux et les jours

Révolutions vertes et libérale. Manier : Un Million de révolutions tranquilles

Du suicide économique et écologique, Christian Gérondeau : Ecologie, la fin

Wilson Biophilie

 

Eluard

Paul Eluard : « Courage »

Eluard Dali

 

Emaz

Antoine Emaz ou l’anti-lyrisme

Emaz

 

Emerson

Emerson : Les Travaux et les jours

Emerson

 

Emeutes et violences urbaines

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Mortel fait divers et paravent idéologique

sac de rome alaric 400

 

Etat

Serions-nous plus libre sans l'état ?

Dans quelle démocratie vivons-nous ?

Projet d'amendements à la Constitution

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Tardif-Perroux : La France, son territoire

Patriotisme et patriotisme économique

Allégorie de la Paix et de la Justice, 1753, Corrado Giaqu

 

Eugenides

De Middlesex au Roman du mariage

Eugenides 1

 

Fables politiques

L'Ânesse et la Sangsue

L'Etat-providence à l'assaut des lions

De l’alternance en Démocratie Animale

Les chats menacés par la religion des rats

La Fable des porcs et de la Dette

Fables nouvelles

 

Facebook

Facebook, perversion ou libertés ?

Girard

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique, socialisme et islamisme

Landon

 

Ferré

Ferré : la Providence du lecteur?

Ferré Providence

 

Ferry

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

Ferry

 

Filloy

Juan Filloy : Op Oloop

Filloy

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

Melancholia Lars von Trier, photo (c) Christian Geisnaes

 

Foucault

Des prisons, postérité de Surveiller et punir

Foucault L'Herne

 

Fragoso

Le tigre de la pédophilie

Fragoso

 

Franzen

Freedom ou les libertés entravées

Freedom

 

Fuentes

Anniversaire

Diane ou la Chasseresse solitaire

Le Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle

Fuentes Aigle

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

Gaddis

 

Garcia Lorca

Homosexualité, mort et création

Lorca

 

Gardner

La Symphonie des spectres

Spectre Hamlet

 

Gass

Sonate cartésienne et autres récits

Gass

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

Gibson Idoru

 

Goethe

Sonnet à l’Allemagne

Sonnet de la liberté politique

goethe

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

Golovkina

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

Goytisolo Marx

 

Gracian

L’homme de cour

Gracian

 

Grandes

Le Cœur glacé, Inés et la joie, ou la mémoire du franquisme et de l’Espagne

Almudena 2

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

Guarnieri

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Vanité

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman

I Prologue

II L'ouverture des portes

III Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

XI Récit de la Musicienne

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

Muses Mantegna

 

Guinhut

Philosophie politique

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Guinhut

Au coeur des Pyrénées

Pyrénées Anie Aneto

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

Couv-Aneto-Canigou

 

Guinhut

Haut-Languedoc

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Guinhut

Le Recours aux Monts du Cantal

Cantal

 

Guinhut

Le Marais poitevin

Marais poitevin Couv

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye en Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II La Conscience de Bordeaux, contrat faustien

III Bironpolis, incipit

III Bironpolis, Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages, prologue

VIII De natura rerum, Euro Urba

VIII De Natura rerum, montée vers l’Empyrée

Lg Apollo and the Muses

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

Voyages archipel

 

Guinhut Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre, sonnets

Sonnet autobiographique

Trois Requiem, sonnets : Selma Meerbraum, Ossip Mandelstam, Malala Yousafzai

Capitoline Aphrodite Louvre

 

Guinhut Heinz M

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

Trois vies d’Heinz M III Elégies à Liesel

Ein Jahr im Leben des Heinz M.

IMG 0604

 

Guinhut

Le Passage des sierras

IMG 2457


Guinhut

Ré une île en paradis

Ré paradis

 

Guinhut

Photographie

Ré vase

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Haddad jour


Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

Hamsun

 

Hattemer-Higgins

L’Histoire de l’Histoire: troisième Reich

Hida

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libre sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Hayek

 

Hobbes

Sonnet de la liberté politique

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libre sans l'état ?

hobbes leviathan

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

Hölderlin

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales: Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Ceccatty : Noir souci, passion de Leopardi

Garcia Lorca : homosexualité et création

Broc-Hyacinthe.jpg

 

Hustvedt

Un été sans les hommes

Vivre, penser, regarder

ete-sans-les-hommes

 

Huxley

Du Meilleur des mondes aux Temps futurs : anti-utopies

Huxley brave new world


Ilis 

Florina Ilis ou la Roumanie prise en écharpe

Florina Ilis


Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

Impôt

 

IPhone

Tentation totalitaire : IPhone et législation

IPhone

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Sommes-nous islamophobes ?

Attar : Le Cantique des oiseaux

Islam

 

Jourde

Pierre Jourde : Festins Secrets

Jourde


Kawabata

Yasunari Kawabata : Les Pissenlits

Kawabata Belles

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

Kertesz Être

 

La Fontaine

Fables politiques

la fontaine

 

Lamartine

Lamartine : « Le lac »

Lamartine lac


Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

Larsen Spivet


Larsson

Les Poètes morts n’écrivent pas de romans policiers

Larsson 2


Leopardi

Ceccatty : Noir souci, passion chaste

Ceccatty

 

Lethem

Jonathan Lethem : Chronic city

Lethem Chronic city

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Libres, Dictionnaire du libéralisme
Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libre sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Liberté

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

Carré magique

 

Littell

Retour sur Les Bienveillantes

Littell B

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

Machiavel 1

 

Mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Dante 9° cercle Enfer Gustave Doré 1861 Musée de Brou

 

Malaparte

Muss ou Mussolini déboulonné

Malaparte Muss

 

Manea

La Tanière, La Cinquième impossibilité

Manea

 

Manguel

Un retour et Nouvel éloge de la folie

Manguel retour

 

Marcher

De L’Art de marcher

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

Solnit L'art de marcher

 

Martin

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Enfer Dante Boticelli

 

Marx

Karl Marx, compagnonnage et illusion

« Hommage à la culture communiste »

Marx

 

Mattéi

De la supériorité culturelle de l’Occident ?

Europe Mattéi

 

McEwan

Ian MacEwan : Solaire

Solaire

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Melville Billy Budd

 

Meshkov

Le Chien Lodok, ou de l’humaine tyrannie

Meshkov

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

Mitchell Fantômes

 

Mozart

Lady Gaga versus La Reine de la nuit

Mozart

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

Mulisch siegfried-une-idylle-noire

 

Murakami Ryû

Chansons populaires de l’ère Showa

1969, Les Bébés de la consigne automatique

Murakami bébés


Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

Naipaul Afrique

 

Nietzsche

Pourquoi un libéral lit il Nietzsche ?

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Nietzsche Munch

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

Nooteboom Labyrinthe

 

Ogawa 

Cristallisation secrète

Ogawa

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Pamuk

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

Orhan Pamuk

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Palahniuk Peste

 

Palol

Phrixios le fou

Palol Phrixios le fou

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute

Panayotopoulos

 

Pasolini

Sonnets. Les tourments amoureux

Pasolini Decameron affiche 2

 

Pétrarque

Sonnet III du Canzoniere

Petrarque-par-Bargilla

 

Poésie

Le Cantique des oiseaux

La Poésie du Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Bashô : L’intégrale des haïkus

Antoine Emaz ou l’anti-lyrisme

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Oppen, objectivisme et lyrisme

Ron Padgett : On ne sait jamais

A une jeune Aphrodite de marbre

Des fonctions de la poésie

Chanter et enchanter en poésie

Poésie en vers, poésie en prose

Allegorie der Poesie, Mosaik von Raffael

 

Policier

Pobi : L’invisible, ou la peinture

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Jesse Kellerman : Les Visages

Chesterton father-brown


Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Powers Générosité

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Céline et Proust, la recherche du voyage

Proust

 

Pynchon

Contre-jour

Vineland, une utopie postmoderne

Vice caché

Pynchon-gravitys-rainbow

 

Rand

Qui est John Galt ? La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reinhardt

Le Système Victoria.

REINHARDT

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rivas

L'Éclat dans l'abîme, Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roth

Philip Roth : La Bête qui meurt

La-bete-qui-meurt

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Rushdie 6

 

Schlanger

Présences des œuvres perdues

presence-oeuvres-perdues

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

On a marché sur la lande

Arno Schmidt Scènes

 

Science fiction

Gibson : Neuromancien, Identification des schémas

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Dan Simmons : Ilium

Dan Simmons : Flashback géopolitique

Ballard: un artiste de la science fiction

Strougatski L-Ile-habitee

 

Self 

Will Self, ou la théorie de l'inversion

No smoking

Les-grands-singes

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

Sender Roi

 

Serrano

« Piss Christ » : une icône chrétienne

Andres-Serrano Piss-Christ

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Shakespeare : cinq Sonnets traduits

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Shakespeare Cobbe portrait

   

Shteyngart

Super triste histoire d’amour

Shteyngart

 

Simmons

Ilium : Homère science-fictionnel

Flashback : mémoire et géopolitique

Ilium

 

Sloterdijk

Esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Sloterdijk Essai d'intoxication

 

Smith

Pourquoi je suis libéral

Smith 2

 

Sofsky

Le Livre des vices privés et politiques

Sofsky Vices

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue

Somoza

 

Sonnets

Sonnet peint

Sonnets
A une jeune Aphrodite de marbre

Shakespeare : Sonnets en traduction

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Barrett Browning et autres sonnettistes

Pier Paolo Pasolini : Sonnets

Vikram Seth : Golden Gate

Robert Marteau : Ecritures

 

Sorrentino

Ils ont tous raison

Sorrentino

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

Fragments (un peu roussis)

Steiner

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

Dans la forêt de Bavière

Stifter Bavière

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

Leo Strauss


Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Tavares

Un Voyage en Inde

Lusiades

 

Tellkamp

Uwe Tellkamp : La Tour

Tellkamp

 

Tesich

Karoo ou la revanche de l’anti-héros

Karoo

 

Tocqueville

Notre française tyrannie, ou l’actualité de Tocqueville

Tocqueville par Théodore Chassériau, 1850

 

Totalitarismes

Arendt : banalité du mal, banalité de la culture

Malaparte : Muss ou Mussolini déboulonné

« Hommage à la culture communiste »

Muses Academy XVII Polymnie ou la tyrannie politique

Tempérament et rationalisme politique

Capek : La Guerre des salamandres

Tejpal : La Vallée des masques

Zimler : Anagrammes du ghetto de Varsovie

Trois Requiem, sonnets : Selma Meerbraum, Ossip Mandelstam, Malala Yousafzai

Communisme 2

 

Trias de Bes

Fernando Trias de Bes : Encre

Encre

 

Tsvetaeva

Carnets, Chroniques d’un goulag ordinaire

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

Ursin

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vollmann

De la Famille royale au Grand partout

Guerre et paix en Central Europe

Vollmann famille royale

 

Vote

De la révocation du droit de vote

De l’humiliation électorale

De l’alternance en Démocratie Animale

allegorie du bon gouvernement

 

Wagner

Céline et Wagner : l'indignité du génie ?

Rackham


Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

Wordsworth.jpg

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

Zimler 1

 

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